A2185-A : De la fraternité à l’amour
L∴ B∴
Ordo ab chao
Deus Meumque Jus
Au Nom et sous la Juridiction du Suprême Conseil
pour la France des Souverains Grands Inspecteurs
Généraux
du 33ème et Dernier Degré du Rite Ecossais Ancien
et Accepté
La Fraternité, qui nous a réunis en Franc Maçonnerie, est un repère sur notre chemin initiatique. Elle n’est pas pour autant notre finalité. Nous avons à la sublimer en lui donnant une dimension universelle pour qu’enfin « l’Amour règne parmi les Hommes ».
Etre fraternel est un engagement solennel pris sur les trois Grandes Lumières de la Franc Maçonnerie. Cependant, cette Fraternité bien qu’impérative ne va pas de soi. Elle nécessite, pour être réelle, un effort d’acceptation de l’autre dans ses différences. C’est en cela qu’elle se distingue de l’Amour qui est illumination de l’être au-delà des imperfections humaines. Mais cet Amour nécessite « d’avoir accoutumé notre cœur et notre pensée à ne concevoir que des idées construites sur les valeurs de la morale éternelle de l’Amour de Dieu et de son prochain ».
Cette accoutumance est un travail
alchimique de transmutation de la Fraternité en Amour.
Il commence par les Epreuves de purification de la
Cérémonie d’Initiation et notamment
celle du Feu qui accomplit l’œuvre au rouge de
l’Amour Ardent. Dès ce moment, nous sommes
invités à quitter « l’avoir
» pour « l’être
» en abandonnant humblement la prédominance de
notre égo à la recherche de notre
vérité. Accepter cette perte nous montre
qu’un « autre Moi »
est en germe pour croître vers la lumière
où se trouve l’amour.
La Cérémonie d’Elévation à la Maîtrise est déterminante dans cette apparition. En renaissant en Hiram, qui est mort pour ne pas trahir son idéal, cet « autre Moi » est aussi venu au monde. Il prend racine dans la lumière divine cachée au fond de notre cœur qui nous impose notre Devoir : partir à la recherche de la Vérité et de la Parole Perdue en réalisant le Grand Œuvre alchimique.
Mais avant, nous avons à honorer Hiram en érigeant une sépulture digne de sa science et de sa sagesse. Cette tache incombe au Maitre Parfait afin que « les œuvres d’amour et de lumière triomphent toujours des crimes et de la violence ! »
Nous devons aussi dissiper notre désir de vengeance et rejeter « le fanatisme et l’intolérance » pour poursuivre notre œuvre de bâtisseur inspirée par l’exemple d’Hiram.
Ce Temple, à construire en nous-mêmes, est l’expression de l’Esprit créateur tracé et conçu par l’exercice de notre volonté. Son élaboration, qui n’est pas encore dictée par l’Amour, est cependant le résultat d’une implication personnelle reliant notre âme à la Connaissance, la Parole Perdue.
Cette Connaissance, qui est en nous, reste à découvrir. Au grade de Chevalier de la Royale Arche notre recherche s’est soldée par un échec. Notre pulsion de transgression nous a montré que l’accès au Divin nous est interdit. Nous devons l’accepter : « je suis, ce que je suis ». Il nous reste le cœur, c’est-à-dire l’Amour, pour accéder à la Connaissance.
Au 14ème degré, la licence de Salomon a entraîné la destruction du Temple de Jérusalem défendu par les Grands Elus de la Voûte Sacrée qui ont cependant réussi à sauvegarder le Triangle d’Or et à transmettre le Nom Ineffable en l’épelant lettre par lettre. Par leur courage et leurs vertus, ils ont préservé l’essentiel : la présence de Dieu en nous. En nous détournant du vice pour aller vers le Bien, qui est Dieu, nous sauvons l’amour en nous.
C’est ce que les degrés suivants jusqu’en 18ème vont nous enseigner : apprendre à aimer en s’inspirant des trois vertus théologales, Foi, Charité et Espérance.
Les Grands Elus de la Voûte Sacrée sont conduits en captivité à Babylone qui représente leur exil dans le monde sensible. Les 15ème et 16ème degrés décrivent notre reconquête spirituelle.
En ayant « la Liberté de passer » par le Pont de Gandara pour rejoindre Jérusalem, nous entrons dans le monde intermédiaire entre matérialité et esprit. Il correspond à notre « vision intérieure » que seule l’intelligence du cœur peut appréhender.
Au 17ème degré devenus Chevaliers d’Orient et d’Occident, nous avons parcouru des contrées où la force régnait en maître sous le souffle de l’égoïsme et de l’ambition. Dans cette errance, la Foi, la Charité et l’Espérance qui nous soutenaient, nous ont abandonnés et laissés au bord de « l’anéantissement, de l’agonie, de la mort ». Dans cette tension extrême, nous avons entendu une voix qui était l’annonce d’une Lumière nouvelle. C’était I N R I que nous avons reconnu comme étant la Parole. Ainsi de Chevaliers d’Orient et d’Occident, nous somme devenus Chevaliers Rose-Croix, parce qu’au bout de nous-mêmes, nous avons été touchés par l’Amour qui a le pouvoir d’allumer à nouveau les flambeaux de l’Espérance, de la Foi et de la Charité. Par eux, nous avons percé le secret de la Parole, révélée par le feu ardent de l’Amour et réalisé l’œuvre au rouge.
Ces trois vertus théologales s’unissent dans cette conception de l’Amour divin qui nous rattache aussi à toutes les consciences humaines en ce qu’elles ont d’infini et universel et nous déterminent Frères en humanité.
– L’Espérance
ouvre notre cœur afin de poursuivre notre route sous le
regard de Dieu : « Dieu avec nous
» pour accomplir la Parole.
– La Foi nous anime dans cette recherche parce que « Dieu
est en nous » et qu’ainsi se
parachève la construction de notre Temple
intérieur. Dans cette remise en cause incessante de
nous-mêmes, nous avons pu enfin rejoindre le Principe en se
découvrant véritablement.
– La Charité nous transcende parce qu’elle est,
comme le dit notre Rituel, « cette sublime
Charité, amour inconditionnel de toute vie, qui embrase par
le feu le cœur des Initiés et le pousse
à remédier aux injustices…à
rénover sans cesse la société des
hommes ». Elle se manifeste dans la
Cérémonie de la Cène où
tous les Chevaliers Rose-Croix se rejoignent pour
célébrer l’Amour après avoir
cheminé lentement baguette en main. Ce périple
dans la Loge est aussi un périple en soi-même et
avec les autres. Il prépare le moment où chacun
s’apprête à donner et à
recevoir comme une part de divin qui passe de Frère en
Frère.
Ainsi notre parcours initiatique nous a conduit jusqu’au 18ème degré, là où, arrivés au bout de nos forces, nous avons entendu la Parole. Si elle est la manifestation de « Dieu en nous » dans un message de régénération et d’Amour, elle est aussi celle de « Dieu avec nous ». Cet Amour de Dieu pour nous, nous rend humble et nous ouvre la voie de l’Amour pour l’Autre. Cet Autre, dans lequel je me reconnais et qui a pris la place de mon égo. Maxence Van der Mersch dans son livre « L’empreinte de Dieu » illustre cette pensée par ces mots : « Il n’y a que deux amours. L’amour de soi ou l’amour des autres créatures vivantes. Et derrière l’amour de soi, il y a la souffrance et le mal. Et derrière l’amour des autres, il y a le bien, il y a Dieu. Chaque fois que l’homme aime en dehors de lui, c’est consciemment ou non, un acte de foi en Dieu. Il n’y a que deux amours, l’amour de soi ou l’amour de Dieu ».
J’ai dit.