Aime et fais ce que tu veux
G∴ S∴
DEUS MEUMQUE JUS
Rite Ecossais Ancien et Accepté
ORDO AB CHAO
Sous les auspices du Suprême Conseil de France
Liberté Egalité Fraternité
Saint Augustin
Saint Augustin, commentaire de la première épître de Saint Jean.

Saint Augustin, né en 354 après Jésus Christ, mort en 430, 76 ans d’une vie passée au service de la transmission de la Connaissance. Il est baptisé à l’âge de 33 ans, l’âge de la mort du Christ. Une vie terrestre s’éteint, à 33 ans, pour l’un comme pour l’autre, une nouvelle vie renaît, à l’Orient Eternel près du Père, pour l’un, dans les hautes régions de la spiritualité, pour l’autre. Saint Augustin est le théoricien du christianisme, le chantre de l’Amour et de la Charité fraternelle. « Frères, dit-il, je ne me lasse pas de parler de la charité au nom du Christ ». En 415, 8 ans après son baptême, son commentaire de la première épître de Saint Jean est exemplaire de cette joie à inscrire l’Amour au coeur de l’esprit de celui qui l’écoute.
Aime ! Tout est dit.
A l’approche du 18ème degré, il est l’heure de démontrer que l’Initiation a porté ses fruits. C’est l’heure du sacrifice, longtemps promis, au rythme des serments, souvent pensé, comme paroxysme de l’accomplissement du Devoir, pressenti dès le début de l’Initiation, énoncé et martelé au 4ème degré, qui définit l’Idéal de la franc-maçonnerie comme « l’accomplissement du Devoir porté jusqu’au sacrifice ». Il n’est pas question seulement de Devoir ici, mais bien, d’Amour, d’Amour sans rien d’autre que l’Amour et l’abandon de soi.
Le 18ème degré est Amour, mais, pas amour vulgaire, amour matériel, horizontal, c’est le degré de l’Amour tel que Saint Augustin l’évoque dans son commentaire de la Première épître de Saint Jean. Un amour qui vient d’en haut, de Dieu, un amour qui descend du Ciel sur l’homme, par le sacrifice de « la croix, révélation de l’amour de Dieu » tel que le dit Saint Augustin, qui « a envoyé son fils unique dans le monde, pour que nous vivions par lui ». « Il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ses amis, dit le Seigneur », Dieu nous donne la vie de son fils unique, il nous donne tout. Dieu nous submerge de son amour infini, qui nous traverse, nous remplit. Il nous donne son fils unique, achevant ainsi de s’incarner lui-même dans sa propre Création, plus que jamais devenue d’essence divine, puis le livre au sacrifice, acte d’amour ultime. Il désigne ainsi la seule voie possible d’une vie humaine pour atteindre la Connaissance éternelle de Dieu, pour retourner auprès de Dieu, une voie qui doit être toute entière et uniquement guidée par l’amour, dans le moindre de ses actes, jusqu’au sacrifice. Il nous fixe la direction à suivre, pose l’acte d’Amour ultime, afin que chacun puisse ensuite tracer sa voie, dans l’éventail des possibles.
Dieu nous donne son amour, et nous devons aussi Aimer. « Aime et fais ce que tu veux ». Aimer, mais qui, quoi, comment ? Saint Augustin explique que le seul chemin de retour vers Dieu est celui de l’Amour, le même Amour que celui de Dieu envers sa Création, offrant son fils pour sauver l’humanité, l’Amour, non pas des hommes, non pas des réalisations de Dieu, non pas de la terre, de l’univers, mais l’Amour de Dieu lui-même et seulement Dieu lui-même, qui est au-dessus de et en tout. « La femme aime-t-elle la bague que lui offre son amoureux ? Non, elle aime l’homme qui lui offre cette bague par amour ». Il doit en être de même pour l’homme qui doit aimer Dieu et seulement Dieu. Dieu est symbole de l’Unité primordiale, Dieu est Tout, univers visible et univers caché au regard limité de l’homme incarné, qui doit ressentir au delà du caché, le lien qui le joint et l’intègre à toute la Création. Dès le 4ème degré, il est d’ailleurs communiqué au récipiendaire le conseil suivant : « Quelque admiration que vous inspire le spectacle de l’Univers, du macrocosme au microcosme, souvenez-vous que vous ne l’admirez qu’en proportion de votre faiblesse en présence de son immensité. Il n’y a de vraiment admirable que la Loi universelle qui régit toutes les choses dans leur ensemble et chaque chose dans son détail ».

Mais comment donc aimer Dieu ? En s’enfermant dans une cellule pour réciter des louanges toute la sainte journée ? Non. En aimant les Hommes, en aimant la Création. « Dans l’homme, aime l’oeuvre de Dieu, non l’oeuvre de l’Homme » dit Saint Augustin. L’Homme aime donc son semblable, ouf ! son monde, ouf ! Mais par pour eux-mêmes, pour Dieu qui les a créés, pour ce lien qui les unit tous dans l’indicible Unité. L’Amour vient d’en haut, l’Amour de l’Homme pour l’Homme est un Amour de l’Homme pour Dieu, qui a créé l’Homme et toute chose. « Ce qui est en bas, est comme ce qui est en haut et ce qui est en haut est comme ce qui est en bas, Car tout ce qui est et a été est venu de l’Un », nous éclaire la Table d’émeraude, le Signe et le Contre signe du Chevalier Rose-Croix venant en écho harmonieux de cette belle formule.
Il faut donc non pas aimer l’homme mais aimer Dieu à travers l’Homme et toute chose. Ainsi, l’Amour se portera-t-il sur soi-même, ses proches, mais aussi, sans restriction, sur tous ses frères en humanité, qu’il soient amis ou même, ennemis, comme le souligne Saint Augustin. Ton ennemi et aussi une créature de Dieu, comme toi. Si tu ne l’aimes pas, c’est Dieu que tu n’aimes pas. Si tu établis des distinctions et rejette ton Frère humain, c’est toi-même que tu n’aimes pas et rejette, lié que tu es à lui par l’Unité de la Création.
Cette formulation de l’amour par Saint Augustin, spirituel, dirigé vers le haut, transcendant l’amour de son prochain et de toute chose vers le Divin, prenant exemple sur l’amour de Dieu jusqu’au sacrifice de son fils, conduit naturellement au parallèle avec le sacrifice du monde antérieur, matériel, que doit effectuer le Chevalier d’Orient et d’Occident.
Une fois le second Temple détruit, il doit s’abandonner, livrer tout son être, à la Gloire du Grand Architecte qui peut alors détruire son vieux monde une fois pour toutes, anéantir la Maçonnerie, déchirer le Voile, couvrir la Terre de ténèbres, briser les outils, éteindre jusqu’à l’étoile flamboyante et faire disparaître la Parole. Sacrifice du monde familier, matériel, ancré dans le temporel, le Maçon erre dans les ténèbres, de son ancien monde anéanti. Seul l’Amour, pur, du plus humble d’entre tous, nous dit le Rite, guide alors ce Maçon angoissé vers les Colonnes rédemptrices de l’Espérance, de la Foi et de la Charité, annonciatrices d’un nouveau monde, moins matériel, plus lumineux. Sans amour, sans l’humilité devant Dieu, sans l’espérance et la Foi dans la Création, le monde qui se détruit reste à jamais monde de ténèbres et se referme sur le profane. Mais l’amour, l’humilité du Chevalier lui permettent de réussir à transcender toutes circonstances temporelles que ce soient, même les plus ténébreuses et d’éclairer dès lors le monde dans lequel il est, par la puissance des vertus théologales qu’il a développées, la Foi, l’Espérance et la Charité (1). L’humanité et le monde lui deviennent plus clairs, le lien entre toutes choses lui devient plus lisible, il ne construira plus de Temples matériels désormais, qui furent les maquettes et prototypes de sa réalisation à venir, les ouvrages seront spirituels, hors du simple monde temporel, pour être reliés directement à Dieu, conçus en pierre d’Amour.
Après l’Amour, l’acte d’aimer, voici le temps de l’action, du Faire. Faire ce que tu veux faire, de ta propre et libre volonté, sans apparente contrainte que celle d’aimer, préalablement. Le « et », à la lecture de Saint Augustin, ne peut s’analyser comme la jointure de l’aimer et du faire pour les
résumer dans le « ce » du « ce que tu veux », il ne s’agit pas « d’aimer et de faire », « ce que tu veux » mais bien, d’ordonner chronologiquement les 2 injonctions, Aime d’abord, puis, Être Aimant, Fais alors ce que tu veux.

Saint Augustin est extrêmement attaché à l’Amour, qu’il place au dessus de tout le reste, l’associant exclusivement à Dieu, qu’il théorise, qu’il réfléchit, qu’il explique inlassablement à ses auditeurs.
La puissance de cet Amour, permet à Saint Augustin de s’en remettre à lui et à lui seul, de nous enjoindre d’en faire autant, pour diriger l’action de toute une vie. Aime et fais ce que tu veux. C’est tout. C’est simple, c’est clair.
A la lumière de la définition du « Aime » par Saint Augustin, il serait presque possible de s’en arrêter là, tant cet Amour est puissant, transcendant. L’amour est celui de Dieu pour sa Création, à commencer par l’Homme pour lequel il a sacrifié son fils unique, lui faisant alors regagner l’éternité.
L’amour est celui de
l’Homme, créature de Dieu, pour son
Créateur et cet amour se manifeste envers toute la
création, en laquelle il voit l’essence divine,
à commencer par son prochain. Dieu a sacrifié son
fils, l’homme doit agir en faveur de son prochain, doit
prendre soin de la Création,
jusqu’au sacrifice. Il regagnera dès lors, lui
aussi, l’éternité.
Saint Augustin développe la notion d’Amour dans sa composante active, dans sa composante du « Faire » par le concept de Charité. « Ceux qui ont la charité sont nés de Dieu ; ceux qui ne l’ont pas ne sont pas nés de Dieu. Là est le grand signe ; le grand principe de discernement. Aie tout ce que tu voudras : si cela (la charité) seul te manque, le reste ne te sert à rien ; mais si tout le reste te manque et que tu aies la charité, tu as accompli la Loi. Qui aime son frère a accompli la Loi. dit l’Apôtre, et encore : La plénitude de la Loi est la charité ».
Si tout te manque mais que tu aies la charité, tu as accompli la loi. La charité est donc non seulement ce qui est nécessaire à l’Amour de Dieu, mais également ce qui suffit à alimenter l’action de toute vie. Il n’est besoin de rien d’autre.
Peux-tu faire autre chose que la charité si tu aimes ? Saint Augustin prend-il un risque en nous laissant une telle liberté d’action ? Peux-tu te comporter de façon purement égoïste si tu Aimes ? Peux-tu négliger ou aller à l’encontre des intérêts de ton prochain ? Peux-tu causer tort à autrui ? Peux-tu rester là, à regarder le temps passer, sans rien faire ? Peux-tu sombrer dans l’ignorance et le fanatisme, enfler ton ambition de façon déréglée ? Non, non, non. Si tu aimes Dieu, à travers ton prochain et le reste de sa création, non seulement, tu ne peux pas causer du tort ou faire du mal, cela serait contre Dieu, contre l’Unité, contre toi-même, mais tu ne peux non plus rien faire, tu te sens porté par la volonté de soulager ton prochain, lui rendre la vie plus aisée, dans la mesure de tes possibilités, bien sûr et avec discernement : Tel le Pélican qui ne donne pas à manger à n’importe quel oiseau mais se concentre sur ses petits, les nourrissant jusqu’au sacrifice de sa propre chair, le Chevalier ne gaspille pas son énergie, ses connaissances, son amour. Il donne à manger à celui qui a faim et à boire à celui qui a soif. Par le filtre de l’Amour qui le guide, il reconnaît celui qui a nécessite de l’aide sur son chemin spirituel et lui apporte son soutien mesuré, selon la nature et l’étendue de son besoin.
Saint Augustin nous dit : « Ce qui distingue les actes des hommes, c’est la charité qui est à la racine. Bien des choses peuvent avoir l’apparence du bien, qui ne procèdent pas, à la racine, de la charité. (…) Une fois pour toutes t’est donné ce court précepte : Aime et fais ce que tu veux ; si tu parles, parle par amour, si tu te tais, tais-toi par amour ; si tu corriges, corrige par amour, si tu pardonnes, pardonne par amour ; aie au fond du coeur la racine de l’amour : de cette racine il ne peut rien sortir que du bon ».
Si l’Amour est ton guide, tu ne feras que le bien. Si ton intention est mauvaise, quoique tu fasses, ce sera le mal. Dieu livre son fils par amour, Judas livre Jésus par cupidité. L’un fait le bien, l’autre fait le mal. La diversité de l’intention fait la diversité des actes. Pas de couleur grise chez Saint Augustin, comme il n’y a pas de boules grises dans nos Temples. Tout ce qui n’est pas fait dans le Bien est mal, l’Amour de Saint Augustin ne tolère pas l’à peu près, il est comme le Devoir du 4ème degré, inflexible comme la Fatalité, exigeant comme la Nécessité, impératif comme la Destinée. Le Chevalier Rose-Croix a laissé les Temples matériels derrière lui, il travaille désormais à édifier des constructions spirituelles, tout en acceptant pleinement les servitudes de son incarnation dans le monde. Il n’y a plus d’obstacle ni de piège de matière dans sa progression, être d’Amour, il combat sans relâche l’ignorance, le fanatisme et l’ambition, pour faire régner à la place, le dévouement, la charité et la vérité.
De Dieu à l’homme et de l’homme à Dieu, l’amour est le lien.
Aime et fais ce que tu veux : si tu ne fais qu’aimer mais ne « fais » pas ensuite, en fait, tu n’aimes pas. Il ne peut y avoir d’Amour qui reste théorique, l’Amour est action, action de donner puis sacrifier son fils pour Dieu, action de Charité pour l’Homme. L’Amour est Dieu, l’Amour est l’univers, connu et inconnu, l’Amour est le constituant de l’Univers et de la Vie.
Emplis toi, gorge toi d’amour jusqu’à n’être plus qu’Amour. En fait, tu es Amour, tu n’es qu’amour, dans un univers d’amour, ressens le à travers chacune des cellules de ton incarnation et le souffle de ton esprit. Fais rouler entre tes doigts, entre les synapses de tes neurones, cet Amour universel qui coule dans tes veines, qui fait battre ton coeur, qui te parcourt jusqu’au bout de chacune des plus infimes de tes terminaisons nerveuses et fait crépiter d’étincelles électriques ton cerveau, qui fait frissonner ton esprit, qui unit et harmonise chacune des particules atomiques des cellules qui se sont formées et ont été assemblées pour être ce Toi, individu indivisible, petit bout d’univers conscient d’être Toi, mais jamais assez conscient d’être aussi partie indissociable de l’autre Unité, celle qui est le Tout, celle qui s’est arrachée un morceau d’elle-même pour que tu existes en propre et qu’elle existe en toi, à la fois Tout et ce petit rien, spectaculaire condensé de tout ce qu’elle est, avec en plus, ce que, Tu, es, instant magique d’humanité, qui se voit surpasser en possibilité l’incommencée et infinie créature qui l’a créé.
Petit homme perché sur les épaules de son Grand Architecte, prends conscience que tu es Amour, fais en ton guide pour chaque seconde de ta vie, petit homme trop conscient d’être unique et tu toucheras l’infini de ton Créateur. Quitte la cité terrestre pour la cité de Dieu, t’exhorte Saint-Augustin, la cité de Dieu, qui n’est pas de ce monde, te donne accès à l’éternité.
Saint-Augustin, nous enseigne l’Amour et la charité. L’Initiation, l’Espérance, guident le Franc-maçon sur le chemin qui y conduit.
J’ai dit, Très Sage.
Notes
:
1 renforcées par de solides vertus cardinales : Courage,
Justice, Prudence, Tempérance.