18° #415012

Alliances et mésalliances dans les espaces et la continuité du REAA du 1er au 18ème

Auteur:

M∴ D∴

Obédience:
Non communiqué
Loge:
Non communiqué

A LA Gloire du GADLU
Deus Meumque Jus
Rite Ecossais Ancien et Accepté
Ordo ab Chao
Au nom et sous les auspices du Suprême Conseil de France
Liberté Egalité Fraternité

L’alliance est un accord passé entre souverains ou états, personnes ou groupes de personnes, l’intérêt étant commun cet accord va généralement s’établir entre partenaires de même niveau ou condition.

Il s’agit donc d’une mise en commun de moyens ou d’intentions destinés à maintenir ou atteindre un même objectif. Une alliance peut également s’établir sur la base d’affinités particulières autour d’une même idée, d’un centre d’intérêt commun.

Ceci par opposition à la notion de la mésalliance qui, correspondant au mariage avec une personne de classe ou de fortune considérée comme inférieure, laisse entendre un décalage, voir une situation de dépendance de l’un par rapport à l’autre.

Il nous faut également prendre en compte la notion d’alliance avec le Divin, celle contractée par Dieu avec les hébreux (ancien testament) puis avec l’ensemble des Chrétiens (nouveau testament), et bien que la Maçonnerie ne soit pas une religion, les références à la Bible qui jalonnent notre cheminement dans le rite impliquent une notion d’alliance avec un principe, une valeur d’ordre spirituelle ou morale.

C’est donc sous ces différents aspects que j’ai entrepris cette réflexion et tenté, à partir de certains passages de notre REAA, de mettre en évidence ces notions et d’en comprendre le sens.

Historiquement la Franc maçonnerie a évolué suivant les circonstances sociales, économiques et politiques des périodes qu’elle a traversé et elle s’est enrichie, dans des proportions diverses, des apports de différentes cultures et traditions parmi lesquelles nous pouvons citer des influences templières, kabbalistiques, hermétiques, alchimiques, légendaires, etc. pour aboutir à la forme que nous lui connaissons aujourd’hui.

Toutes ces sources ont cependant une caractéristique commune, basée sur un concept initiatique qui permet à l’adepte d’atteindre, par une lente maturation, à la plénitude de l’esprit. Cette voie de perfectionnement personnel va passer par des épreuves successives qui vont jalonner la quête de la vérité et de la parole perdue. Il s’agit en fait d’explorer notre monde intérieur afin d’en faire émerger l’homme véritable enfoui au plus profond de nous même.

C’est ce retour à la tradition que nous propose le REAA dont la particularité est de proposer une progression par degrés successifs, dont le passage de l’un à l’autre dépend des dispositions et du travail de chacun, et une construction personnelle à partir des récits légendaires du métier, dont l’essentiel repose sur la construction du Temple et du personnage d’Hiram. Autre caractéristique commune à toutes ces traditions c’est la relation existant entre un principe supérieur, créateur ou ordonnateur, généralement de nature divine, et les hommes expression manifestée de ce même principe.

Ces traditions reposent sur l’existence d’une pensée universelle, celle que les anciens appelaient Logos, et qui est la représentation d’une structure harmonieuse et rationnelle du monde.

Ce Logos, ou Verbe pour les Chrétiens, entre en communication avec les Hommes par l’intermédiaire de divers supports ou représentations : mythes, symboles etc. et ceci toujours dans un cadre sacré, représentation matérielle de cet harmonie cosmique.

Perdre cette relation, ce lien, c’est rompre cet équilibre cosmique dont le verbe est créateur, c’est la perte de la parole, celle qui va faire l’objet de la quête du Franc Maçon.

Cette rupture, dans le REAA, s’opère symboliquement avec le meurtre d’Hiram. Après avoir découvert et utiliser les outils permettant la construction de l’édifice, c’est-à-dire les outils lui permettant d’opérer sur lui- même les transformations nécessaires, l’adepte va oublier le but essentiel qu’il doit donner à sa démarche, il va transgresser la règle, rompre le lien et par voie de conséquence s’isoler du Principe, de sa source. La parole est perdue, et désormais tous ceux, qui ayant gardé en eux la trace ou l’idée de ce que celle-ci représente, et souhaiteront entreprendre une démarche initiatique, ne pourront progresser et s’en approcher qu’en utilisant des mots substitués.

C’est donc dans la recherche de cette parole perdue, et dans cette volonté de restaurer cette alliance rompue avec le Divin ou le principe qui le représente, que va s’articuler le REAA et proposer une méthode de construction ou de reconstruction de l’homme véritable.

C’est dans cet esprit que le rite se présente à nous ; comme étant l’expression de la conciliation du Ciel et de la Terre, de la matière et de l’esprit et prenant appui sur les enseignements de la tradition qu’il véhicule, va ouvrir la voie permettant de re-lier ou de ré-unir les deux termes d’une dualité originelle dont découle le monde manifesté. L’unité ainsi retrouvée, permettra à l’initié de retrouver le plan, de restaurer cette alliance avec le Principe dont nous émanons et de contribuer à nouveau à son enrichissement.

Mais si le Rite ouvre la voie, il ne nous exonère pas pour autant des épreuves nécessaires qu’il nous faut traverser pour nous libérer de toutes les tendances néfastes que notre passage dans la matérialité à fait naître en nous.

C’est pourquoi le Maître parfait, avant de prétendre avancer dans les degrés de perfection, doit se laver de toutes souillures, celles laissées par les assassins d’Hiram et la nécessité de s’appuyer sur une pierre vivante, celle où repose le Maître disparu, afin de rétablir le lien avec la divinité ; lien sans lequel aucun édifice solide ne peut s’élever.

La beauté du Plan ne peut se révéler qu’après diverses purifications, vécues, bien souvent, dans la souffrance, mais également par des prises de risques mettant en cause son existence propre. Johaben, favori de Salomon, en fit l’expérience lui qui trop zélé faillit être condamné à mourir pour avoir épié le roi Hiram que l’attitude, vis-à-vis de son Maître, avait inquiété.

Ici nous avons dans le même temps, l’interprétation du roi Hiram, la tentative d’accéder à un secret, donc rupture d’un engagement suivi de la punition qui s’impose et la reconnaissance des vertus de Johaben dont le zèle et la discrétion furent garantis par Salomon en lui confiant le titre de secrétaire intime, témoin de la nouvelle alliance entre les deux rois. Sans doute peut-on y voir également la prise de conscience de ces derniers de leur responsabilité dans la réaction de Johaben. Le non respect de l’engagement par Salomon envers le roi Hiram et la précipitation de celui-ci à condamner. Mais doit-on y voir également un certain sens du pardon, comme si le fait d’avoir osé agir pouvait excuser certaines erreurs ? Les progrès ne se font-il pas généralement sur ce principe d’essai/erreur ?

Ainsi le chemin que nous propose notre Rite est-il balisé d’épreuves, faites de transgressions et de ruptures successives, les sanctions apparaissent et le temple est détruit à plusieurs reprises. Il nous faut à chaque degré nous remettre à l’ouvrage, comprendre non seulement les méfaits d’une ambition démesurée qui voudrait placer l’homme à l’égal d’un Dieu, c’est-à-dire disposer de son pouvoir de décision et de création, mais comprendre également les conséquences de comportements excessifs qui bien qu’ils puissent parfois être profitables à celui qui en est la cause vont cependant rompre l’harmonie de l’ensemble. D’où la méfiance des Dieux à l’égard des hommes et leur volonté d’éprouver le sens de leurs actes avant de leur ouvrir les portes de la connaissance.

Jusqu’ici, le cheminement et les engagements ont un caractère essentiellement personnel et individuel.

A partir du 7ème degré, une nouvelle notion va s’affirmer progressivement, c’est l’engagement pris sur une collectivité. Tout d’abord par le Prévôt et Juge qui doit maintenir la concorde entre les ouvriers et maintenir équilibrés les deux plateaux de la balance qui symbolisent la justice soit l’équité et l’impartialité ; puis l’engagement d’un collectif sur une collectivité avec les cinq intendants des bâtiments au 8ème degré.

L’œuvre d’Hiram semble donc ne plus pouvoir reposer sur un seul homme, et si avec le meurtre du Maître le lien est symboliquement perdu avec la divinité avec le verbe ou encore avec la parole ; la démarche va devoir se poursuivre par une alliance entre des hommes ayant par leurs mérites fait reconnaître leurs qualités.

Ici sont révélés les cinq points de fidélité qui vont désormais guider les pas d’Adonhiram : agir, intercéder, prier, aimer ses F F et les secourir.

Cette alliance entre les F F va se présenter lors de la nomination parmi les intendants des bâtiments de 9 F F chargés de ramener l’un des assassins d’Hiram abif. Nous retrouvons à nouveau l’excès de zèle de Johaben qui tue l’assassin Abiram à l’encontre des instructions de Salomon qui se réservait l’exécution de la sentence et du respect dû au groupe engagé dans une mission commune. Le nombre neuf nous apporte une indication intéressante, il représente l’évolution du ternaire « corps, âme, esprit » en trois niveaux successifs, et le retour à l’unité indiquant la possibilité d’accéder a un plan supérieur. Autrement dit de se rapprocher de la parole, du verbe créateur, du plan divin.

L’étoile qui se présente au dessus de la caverne, la présence du buisson ardent, tout comme le fait de boire à la source indique cette possibilité de se re-lier à nouveau à la divinité.

Malheureusement l’excès de zèle de Johaben va remettre en cause la possibilité offerte par la mission qui lui était confiée et cette opportunité de restaurer l’alliance est à nouveau remise en cause.

Par contre l’alliance entre les F F, unis par l’engagement d’appliquer les cinq points de fidélité, va être réactivée par l’eau de la source ; ce qui conduira les F F à prendre la défense de Johaben devant Salomon. Nous percevons ici que les actions du F, comme ceux du groupe (la loge) sont en interaction et que le comportement de l’un ou des autres influence les progrès de chacun.

Les expériences traversées au cours des degrés que nous venons de parcourir vont donc nous permettre de comprendre, entre autres, que la construction du temple ne pourra reprendre que lorsque les assassins d’Hiram auront été punis. Autrement dit, lorsque nous nous serons nous mêmes libérés des pulsions entachant nos actes. L’adepte ayant accompli son devoir et ayant purifié son cœur, son temple intérieur, pourra alors développer les vertus nécessaires à la construction de l’édifice, et ainsi se rapprocher du céleste trône occupé symboliquement par le GADLU.

C’est seulement dans ces conditions que s’accomplira la promesse de Dieu faite aux patriarches et que pourra se rétablir l’alliance passée avec les Hommes. Mais l’initié a compris également qu’il pouvait désormais compter sur ses F F non seulement pour le guider, l’encourager et le soutenir, mais également pour le défendre contre les impies, c’est-à-dire les tentations, les pulsions qui le feraient dévier de sa route. Sans ce lien qui unit tous les grands maîtres architectes, l’œuvre ne pourra s’accomplir et encore moins prétendre à l’instruction des F F dont ils ont désormais la charge.

L’expérience de la mort d’Hiram, comme les excès de Johaben montre bien qu’un être seul ne peut porter la charge d’ordonner l’univers. Ce doit être le résultat d’un travail commun impliquant tous les F F unit par une même volonté, poursuivant un même idéal et ayant démontré par leurs actes et leur comportement qu’ils ont parfaitement intégré les enseignements des degrés précédents.

Ceci va se révéler au 13ème. Salomon ne pouvait répondre à la demande des grands maîtres architectes d’être reçus chevaliers de royal arche, mais il leur signifia que le GADLU leur permettrait peut être d’y accéder un jour. Devant dédier le Temple, Il ordonna à Guibulum, Stolkin et Johaben de ramener les choses précieuses nécessaires pour cela et c’est au cours de ces recherches que fut redécouvert le Temple d’Enoch où se trouvait la pierre d’agate sur laquelle était fixé le triangle d’or. L’ayant ramené à Salomon, celui-ci y vit le signe attendu et en récompense du zèle des trois F F, Salomon leur octroya le grade de Chevalier de royale arche.

L’alliance était rétablie et la transmission du degré pouvait se perpétrer à nouveau.

Salomon ayant mis en sûreté le précieux trésor, révéla aux chevaliers l’arche d’alliance et leur fit jurer de vivre en paix, union et concorde entre eux et à l’imitation du respectable Maître Hiram de pratiquer les devoirs de charité et de bienveillance ; très clairement apparaît la nécessaire alliance entre les F F afin que le lien avec le principe, le Divin ne puisse être à nouveau rompu.

Une autre étape va être franchi avec les degrés suivants.

Le Temple matériel fut de nouveau détruit et les hébreux déportés et maintenus en captivité à Babylone pendant 70 ans. Mais Cyrus, suite à un songe, leur permit de retourner à Jérusalem et de restaurer le Temple. Cette alternance de sanction/récompense ou mort/renaissance se retrouve ainsi au fil des degrés avec cependant une progression qui nous fait passer de l’alliance de l’homme avec le Divin, puis des hommes entre eux pour enfin arriver à celle unissant les peuples. Ainsi Cyrus va-t-il soutenir Zorobabel dans la reconstruction du Temple, et Darius son successeur va, quant à lui, contribuer à la réorganisation de la nation en déléguant Esdras dont la mission sera d’enseigner au peuple hébreu comment rétablir l’alliance avec Dieu.

Ici le GADLU, qui est l’inspirateur de cette alliance avec les Perses, introduit la nécessité de s’ouvrir aux autres peuples, de s’unir à eux afin que tous puissent contribuer et bénéficier des bienfaits découlant du respect d’un ordre naturel.

Une transition désormais s’impose et avant d’aborder le 18ème, la légende nous projette au temps des chevaliers d’occident venus défendre le tombeau du Christ et protéger les pèlerins. Transition sans doute rendue nécessaire par la nécessité comprendre comment s’est opérer le passage de l’ancienne à la nouvelle alliance. De l’alliance entre Dieu et les hébreux à celle de Dieu avec tous les Chrétiens préfigurée par l’élargissement des alliances entre les peuples que nous avons perçu plus haut.

La vision de St Jean et l’apocalypse qu’il nous décrit nous montre les conséquences des luttes entre les forces bénéfiques et maléfiques qui surgissent sur la planète et qui entraînent la chute et la ruine des civilisations jusqu’à ce que s’instaure le temps de l’Intemporel et de l’Eternel.

Il ne s’agit plus de la construction d’un temple matériel qui en fait était destiné à abriter l’arche d’alliance, mais bien de construire le temple intérieur dans lequel réside Dieu lui-même, c’est-à-dire dans le cœur de l’Homme, là où s’établit le lien unissant l’homme au principe.

Désormais nous pouvons mieux comprendre l’importance du sacrifice du Christ et la passion qu’il vécu pour que se réalise enfin cette union mystique que l’homme a tant de fois brisée. Le Christ a connu le rejet et la trahison et malgré cela il nous a fait don de sa passion. Nous pouvons ainsi mieux comprendre le sens donné au meurtre d’Hiram qui, fidèle à son serment a par son sacrifice permis à l’homme de comprendre ou se situait son devoir.

Notre mission devient claire, du moins de mon point de vue, et si la Maçonnerie qui puise abondamment, à ces deux derniers degrés, dans la symbolique chrétienne, n’est pas une religion, puisqu’elle ne prétend pas apporter une quelconque révélation, elle ne peut que faire sienne une doctrine qui introduit explicitement une loi d’Amour ; celle qui permet à chacun, placé sur la voie de la recherche et de l’action, d’accéder à cette prise de conscience que seul l’amour peut véritablement unir les hommes et contribuer à leur salut, ceci pris dans le sens, bien évidemment, de ne pas nuire à l’harmonie universelle et d’éveiller en chaque être l’espérance d’un monde meilleur, un monde où l’amour se donne autant qu’il se reçoit.

C’est la reconnaissance de ce principe auquel il est relié, et cette nécessaire alliance entre tous les être reliés, que le chevalier Rose croix va se donner comme mission de propager à travers le monde ; il va ainsi reproduire régulièrement la passion du Christ afin de réactiver cette alliance puiser de nouvelles forces pour sans cesse restituer et transmettre ce qu’il a reçu.

J’ai dit.

Chev R C. M D

Ici j’ai envie de vous faire une confidence. Combien de fois nous est-il arrivé de constater, à l’écoute du travail d’un F à qui nous avions donné un sujet de planche, la relation étroite qui s’est établi entre le sujet donné et son histoire personnelle, et par voie de conséquence du travail que cela l’avait amené à faire sur lui-même. Raisonnement ? intuition ? Les deux se trouvent bien souvent intimement liés et dans des proportions différentes suivant l’instant où se fait le choix et la connaissance que nous avons du F concerné. J’ai, pour ma part, et pour cette planche, rarement éprouvé autant de difficulté à passer à l’écriture, des freins inconscients bloquaient ma réflexion et m’entraînaient, afin de forcer le passage, dans des directions sans issues, insatisfaisantes, jusqu’à ce que je prenne conscience que ce qui m’inhibait était en fait en relation directe avec les évènements que j’ai traversé ces dernières années. Et nous avons là, encore une fois, si besoin était, la démonstration des effets opérants de notre Rite, lorsque nous osons le mettre à l’épreuve de notre quotidien. C’est pourquoi, je tiens à remercier notre Très Sage, responsable d’un certain nombre de mes nuits blanches, et mes FF qui ont eu la patience de m’écouter, car je peux les assurer que ce travail a renouveler, avec encore plus de force et de conviction, mon alliance avec notre rite, les principes auxquels il se réfère, et les F F qui avancent dans les mêmes voies. Et si j’éprouve encore quelques difficultés avec la Charité, autrement dit avec l’amour sans restriction que je me dois d’accorder aux hommes, mais sans doute est-ce là la parole que je dois retrouver, la foi me soutiens et l’espérance m’encourage à persévérer.

J’ai dit.

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