18° #415012

Comment concevez-vous l’amour du Chevalier R+C, après la fraternité des grades précédents ?

Auteur:

B∴ L∴

Obédience:
Non communiqué
Loge:
Non communiqué

Cette question nécessite de se pencher d’abord sur la fraternité des grades précédents.

Au grade d’Apprenti pratiquement tout est déjà dit sur la fraternité maçonnique : elle se vit en Loge, c’est de l’affection, de la solidarité et elle débute par l’acceptation inconditionnelle de l’existence de l’autre. Il s’agit d’un comportement provoqué d’abord par le rituel qui débouche rapidement sur un sentiment d’une appartenance pourvu que l’on soit « reconnu comme tel ».

Liberté, Egalité, Fraternité : La fraternité est ce qui permet d’unir le différent (issu de la liberté) et le semblable (qui résulte de l’égalité). La fraternité est le bon moyen pour faire co-exister liberté, donc différence et égalité, donc ressemblance. Les invitations a se sujet sont nombreuses :

Etendre à toute l’humanité les liens fraternels qui unissent les F M.

Efforçons-nous de rapprocher tous les hommes par la fraternité. Dans la Chaîne d’Union : promettons de conserver les uns pour les autres la plus fraternelle affection et de travailler sans relâche à réaliser la fraternité universelle.

Le rituel à ce grade expose déjà les moyens pour promouvoir la fraternité et qui sont développés dans les grades suivants :

  • tolérance mutuelle, respect des autres et de soi-même.
  • défendre l’idéal et les institutions laïques, expression des principes de raisons, de tolérance et de fraternité.
  • Le geste que nous faisons pour le tronc de la veuve en fait évidement parti.

Pour le Compagnon : le rite de la scène est déjà inscrit à ce grade. En effet, compagnon vient du latin populaire « companio » et qui signifie « qui mange son pain avec ».

La gravitation est considérée comme une force mystérieuse qui rapproche les cœurs et assure la solidité de l’édifice maçonnique en unissant les frères par la fraternité.

Les Maîtres doivent développer les vertus opposées aux trois vices destructeurs des mauvais compagnons : l’amour de l’étude contre l’ignorance, la loyauté contre l’hypocrisie, et la tolérance contre le fanatisme.

Du grade de Maître Secret à celui de Prince de Jérusalem, nous prenons conscience des moyens pour construire l’harmonie en nous-mêmes et une humanité plus fraternelle.

C’est au grade de Chevalier d’Orient et d’Occident que la F M s’affirme comme un ordre fraternel, puisque n’y sont admis que ceux qui on fait preuve de leur fraternité. Le 2 eme temple est détruit ainsi que la parole. Dès lors, toute réalisation matérielle est vaine et condamnées à disparaître car elle est source d’orgueil et de pouvoir, facteurs essentiels de corruption et de désordre. Le troisième temple mystique sera le temple intérieur fondé sur une nouvelle Loi : l’autorité et la justice y seront tempéré et par l’amour.

En résumant, on voit :

Dans le monde profane, une fraternité innée, qui institue des humains à se considérer comme frères dès lors qu’ils ont le même père et la même mère. Il existe également de nombreuses fraternités d’alliances, voir d’allégeance. Les fraternités profanes sont faites aussi de sympathie, de camaraderie, d’amitié, d’élan du cœur.

Dans le monde sacralisé, des fraternités acquises, également sous forme d’alliances reposant  en général sur des fondements religieux, et heureusement la nôtre. Les valeurs communes, qui fondent notre Fraternité, sont proches des autres : le respect, la tolérance, la bienveillance, la bonté, la justice, l’humanité, la solidarité…

Mais la Fraternité maçonnique est plus que ça, car elle est acquise par l’initiation. C’est donc avant tout une Fraternité initiatique, à base de symboles, de rites, de traditions, s’inscrivant dans une perspective de bâtisseurs d’un monde meilleur. Nous devenons frères en oeuvrant pour une œuvre commune, celle de la fraternité universelle.

Les constitutions d’Anderson marque une étape essentielle dans la perspective de la diffusion et de la pratique d’un idéal de fraternité. Elles parlent non pas d’obligation, mais de devoir de fraternité.

Je cite : « Le franc-maçon a pour devoir, en toute circonstance, d’aider, d’éclairer, de protéger son frère, même au péril de sa vie, de le défendre contre l’injustice ». Elles posent comme règle fondamentale : « vous cultiverez l’amour Fraternel qui est la base, la pierre angulaire, le ciment et la gloire de notre confrérie ». Dès le fondement de notre ordre, l’amour est lié à la fraternité. C’est cohérent car la fraternité désigne le lien unissant des frères et comporte donc une dimension affective. Bien qu’à l’époque, la référence à Dieu était de mise, cette culture de l’amour fraternel dans l’espace laïc semble un bon moyen de faire avancer la fraternité.

Au grade de R+C, le rituel nous invite à réaliser la fraternité universelle par la nouvelle Loi qui est celle de l’Amour Universel. Cette ambition demande évidement que notre temple intérieur soit assez solide pour se consacrer à l’amour de nos semblables. Et ce n’est pas facile, car nous savons depuis notre initiation que le désir de perfection personnel est un désir de l’ego. « L’introspection étant une amélioration de soi, elle est par essence égocentrique ». Et notre égo et toujours un peu là, surtout pour recouvrir le discours du cœur. Le cœur est faible, parce que l’affectivité rend l’homme vulnérable. L’égo en moi s’aime parfois tellement qu’il ne sait pas aimer du tout son prochain. Il nous rappelle également que l’humain dont le cœur est plein de haine et de jalousie ne peut pas aimer ni être aimé.

Pour nous,cet amour ne peut pas être divisé entre sacré et profane. Son action s’inscrit dans un temps perpétuellement sacré et il n’est plus nécessaire d’être périodiquement sacralisé puisque les travaux en Souverain Chapitre sont tout simplement suspendus et repris. Cet amour est un don de soi intemporel. Il se rapporte aussi bien à une personne qu’à l’humanité toute entière. Cela veut dire que lorsque j’aime quelqu’un, cela n’exclut donc pas l’amour pour les autres. Nos actions à l’extérieur de notre Souverain Chapitre sont difficiles car on retrouve la valeur initiatique du sacrifice du Maître par le don de soi.

A l’extérieur de notre Souverain Chapitre, la Lumière qui est en chacun de nous se voile progressivement et les ténèbres reviennent vite. Il nous faut de nouveau nous retrouver dans notre Vallée pour que nos travaux nous encouragent à repartir. Dans le souverain chapitre, le R+C en triomphant des ténèbres voit s’instaurer un nouveau cycle de paix et d’harmonie où la parole est retrouvée. Au service des autres, le R+C met en pratique sa foi, son espérance et sa charité dans l’amour de ses frères humains. Nous sommes rassuré par la révélation de notre lumière intérieure et de notre état de paix profonde.

Le rituel nous indique : « la Charité est la flamme où s’allumera notre Foi, que réchauffe notre Espérance. La Charité est, dans toute sa force et sa beauté, l’Amour, dans ce qu’il a de plus noble. L’Agapè est la vertu qui s’applique à toute l’humanité ». A noter que l’Agapè est pour Platon, une des formes de l’amour (le mot grec est à l’origine des agapes, et ce n’est donc pas par hasard si notre repas en commun se nomme ainsi).

Si mon désir en tant que Chevalier Rose-croix est de me consacrer à la charité, il me faut vérifier que mon intention soit parfaitement pure et s’accompagne de l’Amour et de la Compassion. Le Symbole de la rose rouge, perfection naturelle, fleur de la chevalerie, et emblème de l’Amour pur et là pour me le rappeler.

Cet amour ne saurait être un marchandage avec l’autre afin de lui soutirer de l’affection. C’est pourquoi l’amour doit laisser libre et aider à éclairer l’autre, à le faire grandir. L’amour permet de comprendre au lieu de juger. Il révèle en l’autre ce qu’il a de meilleur. Quand on aime, « l’autre » a tendance à s’effacer au sens de la dualité conflictuelle, du face à face. L’amour met l’unité là où d’ordinaire règne la dualité et nous conduit assurément à la fraternité. Les exemples de fraternité en temps de guerre, ou malgré la légitimité du conflit, des soldats font la paix des braves le temps d’un noël réconcilient l’homme dans sa dimension fraternelle avec autrui.

Ma conception de cet amour est donc plutôt l’amour fraternel qui ne concerne pas uniquement mes bien aimés frères mais tous les humains. Aimer seulement mes F F, mes proches, mes amis, n’est pas un accomplissement. L’amour fraternel ne commence réellement à s’épanouir que lorsqu’il concerne ceux qui ne remplissent aucune fonction à mon égard. Le pélican me demande d’étendre mon serment d’apprenti à toute l’humanité. Il m’invite à se porter au secours de l’autre sans avoir peur du sacrifice.

Cet Amour n’est pas une simple expérience émotionnelle, car mon sentiment ne doit pas se fonder sur l’attachement et sur des considérations égocentriques, comme de penser qu’être bienveillant contribue à mon propre bien-être physique ou spirituel. C’est, au contraire, un sentiment de compassion qui surgit spontanément au plus profond de moi quand je perçois la souffrance d’autrui et reconnaît à quel point tous les humains me ressemblent.

Aimons-nous les uns et les autres n’est pas la même signification qu’aimer les autres comme soi-même. Je préfère la première formulation, car cet amour suggère une certaine réciprocité promesse d’un futur équilibre harmonieux. La deuxième formulation introduit une dose d’égoïsme dans la relation.

Le R+C est à la fois serviteur d’un idéal de fraternité universelle qui le dépasse et maître de lui-même. Il œuvre avec foi, espérance et Charité réalisant son devoir d’amour. La pratique de cette fraternité devient une charité active qui se confond avec l’amour du prochain.

La mise en pratique de la Charité par l’amour du prochain contribue à créer et à maintenir un ordre dans le monde. C’est en aimant les humains qu’on parvient à les apprécier ou à mettre en lumière les inconvénients de continuer à les fréquenter. La Charité nous permet de rapprocher ceux que les opinions divergentes tiennent séparée. Cette action doit être conduite sans extrapoler sur une récompense du bien qui peut être fait en dehors de la satisfaction de sa propre conscience.

Ainsi, si notre Fraternité est à la fois un moyen et un but pour améliorer les humains et les sociétés afin que les temples ne soient plus détruits. L’amour fraternel est un moyen puissant pour arriver à la fraternité universelle.

Ma conception de cet amour à notre grade et bien le moyen pour atteindre le but de la fraternité universelle. C’est pour cela que lorsque les travaux sont suspendus, « je » recherche un « tu » pour former un « nous », ce qui est en continuité, avec la mise en œuvre de la nouvelle loi, de la fraternité des grades précédents où seulement un peu de « moi » cherchait à s’épanouir dans le « nous ».

Mes bien aimés F ! J’ai dit.

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