18° #415012

Immanou El… Pax Vobis

Auteur:

J∴ M∴ O∴ E∴ D∴

Obédience:
Non communiqué
Loge:
Non communiqué

A La Gloire du Grand Architecte de l’Univers
Deus Meumque Jus
Suprême Conseil du Cameroun
Ordo Ab Chao
Rite Ecossais Ancien et Accepté

Dans les tenues du 18ème degré, les Chevaliers Rose+Croix qui voient arriver « l’heure du parfait maçon », avant de suspendre les travaux et alors qu’ils célèbrent la Sainte Cène se disent alternativement à l’oreille : « Emmanuel…et…Pax Vobis ». C’est des implications de cet échange que je me propose de vous parler ce jour.

Emmanuel, mot de passe du 18ème degré du Rite Ecossais Ancien et Accepté, dérive de l’hébreu « Immanou El » qui signifie : « Dieu est avec nous ». Par cette certitude le Chevalier Rose+Croix confirme sa foi en l’affirmation faite par l’Eternel aux guides de son peuple, alors que pris par le doute, ils erraient perdus de par le monde et cherchaient la terre promise. L’Eternel dit :

  • A Moïse : « Je serai avec toi… ». Exode III ; 12
  • A Josué : « Je serai avec toi, co Immanou El… Pax Vobismme j’ai été avec Moïse ». Josué 1 ; 5.

Souvenons-nous qu’à l’heure du « parfait maçon », « …la pierre cubique suait sang et eau ». A l’heure où reprennent les travaux, les frères découvrent que tous les outils de la franc-maçonnerie sont brisés. En d’autres termes, il ne règne que ravages et désolation. Le découragement à cet instant pourrait alors gagner. Et seule la Foi du Chevalier Rose+Croix, alimentée par la certitude de la présence de sa lumière intérieure, ainsi que de celle du Grand Architecte lui permettent d’affirmer cette parole d’espérance : Emmanuel. Seule sa foi lui permet d’avoir l’assurance qu’il lui sera possible de rétablir l’ordre juste au sein de la franc-maçonnerie ; celui de l’alliance des hommes de vertu.

Ceci est l’allégorie de la confiance qui doit animer le franc maçon qui est pris dans les affres de la tempête et du doute. S’il persiste dans les voies de la vertu, toutes les difficultés s’aplaniront, comme on lui a enseigné lors de sa réception au premier degré. Car si le Grand Architecte de l’Univers marche à vos côtés, que pourrait-il bien vous arriver de contraire ?

Mais revenons tout d’abord à Emmanuel. Par une lecture de la nouvelle loi, Emmanuel nous renvoie à la parole dite dans Isaïe 7 ; 14 :

« La jeune femme est enceinte, elle va enfanter un fils et elle va lui donner le nom d’Emmanuel ».

Et le commentaire fait par Mathieu de l’apparition de l’Ange à Marie établi clairement le lien avec la parole d’Isaïe (7 ; 14) :

Or tout ceci advint pour que s’accomplît cet oracle prophétique du seigneur : « voici que la vierge concevra et enfantera un fils et on l’appellera du nom d’Emmanuel, ce qui se traduit par Dieu est avec nous ».

Ce pont entre l’ancienne et la nouvelle parole est en fait dû à un amalgame lors la traduction grecque du texte. L’hébreu « almah » (la jeune femme) qui devient « hêparténos » (la vierge). Mais il n’enlève rien à la signification symbolique qui elle seule intéresse le franc-maçon.

Celle-ci nous enseigne qu’une part divine est enfouie à l’intérieur de l’humain et elle ne peut remonter à la surface qu’à grand prix d’efforts, de persévérance et quelques fois de souffrances (comme celles du fils de la Vierge). Mais avec la certitude que la porte s’ouvrira, comme pour les Rois mages au degré de Royal Arche, ou que notre zèle nous permettra de la révéler gravée dans la pierre devant nos yeux. Cette part divine individuelle devra donc nous servir à spiritualiser l’être de chair et former ainsi le nouvel Adam, issu de l’union du céleste avec Gaïa la vierge primordiale, qui seul saura gagner la Jérusalem que Jean a prédit. Chaque Chevalier Rose+Croix se doit de se consumer par les feux de la foi, de la charité et de l’espérance afin de renaitre esprit dans la chair, comme « le plus humble d’entre nous ». Emmanuel, Dieu est en nous !

Ce miracle s’accomplissant alors par la magie de la loge que vous représentez ici mes Bien Aimés frères, ainsi que par le souffle de l’initiation qui nous a tous été transmis lors de notre réception au premier degré. Emmanuel, est en nous !

Pax Vobis se traduit par : « la paix est à vous ». Toutefois on trouve dans certains rituels, Pax Vobis cum : « la paix soit avec vous ». Cette expression est tirée de Luc 24 ; 36 : « …lui se tint au milieu d’eux et leur dit » : « paix à vous… ». Ce récit décrit un épisode survenu après sa résurrection où Jésus dû calmer la peur panique qui s’était emparée de ses disciples et de leurs compagnons. Ayant traversé le voile, il pouvait et il savait transmettre la paix à ceux qui en avaient besoin.

Ainsi le Chevalier Rose+Croix qui a traversé le voile, et qui à l’image du phénix est revenu à une nouvelle vie, doit être celui qui transmet la parole qui procure la paix profonde. Celui qui impose la paix revivifiée qu’il irradie :

Celle née de la certitude de la régénération, qui comme le phénix est passé par les flammes, qui est revenu au monde matériel et qui par conséquent n’a plus peur de tout perdre.

Celle « du plus humble d’entre tous » qui ressuscité, a traversé le Styx par Charon et peut venir en témoigner. Mais assurément pas celle d’un Ulysse qui, revenant des enfers, passe par la lame les prétendants de Pénélope, car il n’a pas compris.

La paix que propose le Chevalier Rose+Croix est une « pax profundis » qui touche à toutes les dimensions de l’être au point d’en faire un nouvel homme, un homme revivifié. Celui qui est évoqué dans la compréhension alchimique du tétragramme I N R I (Igne Natura Renovatur Integra). Car la nature de cet homme est renouvelée intégralement par le feu de l’esprit de l’amour qui entièrement le consume.

« Pax Vobis » répond ainsi en écho l’annonce « d’Emmanuel » et rend la présence du Grand Architecte comme une évidence. Mais s’agit-il d’une évidence ? Cette annonce parmi nous signifie-t-elle que nous ressentions sa paix ? Rien n’est moins évident. Souvenons-nous du paradoxe de : « …la Lumière luisait dans les ténèbres et les ténèbres ne l’ont point reçue… ». Cette paix que nous devons expérimenter est celle que porte la loi de l’Amour, renouvelée et amenée en lieu et place de celle du Talion. Elle peut se décliner en plusieurs strates :

La paix avec nos semblables, en compagnie de qui avons assassiné le Maître, et avec qui devons retourner dans la caverne pour nous purifier afin nous rendre au stade d’EMEREK.

La paix avec tous ceux que nous devons conduire et pour qui nous devons manier l’équité et la justice aux fins de maintenir l’équilibre social.

La paix avec ceux avec qui nous avons l’amour en partage et en compagnie de qui nous devons bâtir le temple d’une meilleure humanité.

C’est la grande leçon du grade de Chevalier Rose+Croix.

Très Sage Athirsata et vous tous mes Bien Aimés Chevaliers Rose+Croix en vos grades et qualités, nous avons parlé d’incarnation, de paix et de nouvel homme. Essayons maintenant de voir comment tout cela se tient. Pour cela revenons à l’ancienne alliance. Celle proposée par le Grand Architecte de l’Univers à l’homme dès la chute adamique. Celle dont la non-conclusion est à l’origine de l’aventure légendaire de l’espèce et dont on peut ainsi résumer les étapes :

Adam est Lui et Adam est en Lui, ils ne forment qu’une seule et même réalité. En rompant sa promesse d’obéissance Adam accède aux joies et tourments du doute et du choix en même temps qu’il accède à la connaissance du bien et du mal et au libre arbitre. En devenant libre du lien d’avec le Grand Architecte, Adam provoque la rupture. Ainsi commencent la chute et l’aventure.

Le Grand Architecte à plusieurs reprises tend la main à des Elus de son peuple pour reconstituer l’alliance :

Caïn fils d’Adam le premier n’a pas compris. Aussi tue-t-il son frère Abel. On a là l’allégorie de celui qui est resté trop près des influences de la terre et ne s’est pas spiritualisé. Le meurtre d’Abel lui, symbolise notre meurtre de « l’agneau de Dieu » en nous. La chute continue. A Abraham il dit : « Lekh Lekha ». Vas loin vers toi-même ou vas loin en toi même. Le patriarche comprend : « vas au loin vers ce qui est à toi ». Il s’embarque ainsi vers des destinations extérieures éloignées de la quête essentielle de lui-même. Au moment de sceller l’alliance, et il lui est demandé de sacrifier l’homme juvénile qu’il était en lui. Là encore il ne comprend pas et manque de verser lui aussi le sang de « l’agneau de Dieu », son fils. Symboliquement comme Caïn a versé celui de son frère. Ainsi se poursuit la chute. Et le peuple de Moise à qui Il dit la loi qui doit guider vers la terre promise. En réponse ceux-ci adorent le veau d’or et le sang de l’homme doit être versé de nouveau. Et la chute ne s’arrête pas.

Pour mettre un terme à ce cycle descendant, Il, le Grand Architecte, doit renouveler entièrement la création. Il insuffle donc l’Esprit dans une terre pure et vierge (Marie) et cela donne naissance à cet agneau que célèbrent les Chevaliers Rose+Croix dans le rituel de la Cène.

Par son parcours le prophète Yeshoua montre la voie sur laquelle le Chevalier Rose+Croix devra cheminer pour entrer dans la Jérusalem céleste de Jean :

Il vivra une vie d’homme avec ses joies et ses peines.

Quand viendra l’heure de mener le juste combat qui élève au-dessus de soi-même, il ne rencontrera que l’hostilité. Mais il persévèrera pour rétablir les outils et restaurer la vraie maçonnerie ; les outils de l’amour.

A l’heure de la finitude, tel le phénix il acceptera son destin d’homme pour que l’Esprit vive, afin que l’Alliance soit de nouveau rétablie.

C’est par cette voie de l’amour et par cette voie seule, qu’elle se rétablit. D’où l’invite qui est faite au maitre secret de ne pas trainer le pas sur les sentiers fleuris de peur que la mort ne le surprenne. Car la mort surprend le profane. Mais la mort ne surprend pas le Chevalier Rose+Croix qui par le juste combat qu’il mène, l’a par avance vaincue. A la fin de ceux-ci, il attend la finitude pour que s’accomplisse la dernière transformation qui libèrera l’Esprit que tenait la matière. Afin qu’il puisse entrer dans la Jérusalem Céleste. Car Jean le dit bien, on ne peut y pénétrer qu’en acceptant de mourir et de naitre à nouveau.

Le degré auquel nous travaillons ce jour, nous enseigne que « le plus humble d’entre tous » a dit : « aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés… ». Le bon sens indique cela comme étant le chemin du Chevalier Rose+Croix. Mais quel est alors le catalyseur qui induit la quête que tous ici nous devons mener ?

Très Sage Athirsata et vous tous mes Bien Aimés Chevaliers Rose+Croix en vos grades et qualités, ce problème m’a longtemps taraudé l’esprit mais la méditation m’a un soir apporté une réponse en un seul mot : le pardon.

Le pardon, comme nous le savons, est le résultat de l’acte de la rémission d’une faute. C’est tenir une offense, une faute pour nulle et renoncer à en tirer vengeance. C’est décider de placer son frère en humanité au-dessus de soi-même et de lui rendre son humanité qu’il a perdue par la commission de l’offense.

En psychologie, une offense non pardonnée, c’est une blessure qui me fait mal et qui peut me rendre malade. Cette blessure non guérie contient des émotions refoulées, non exprimées, qui monopolisent de l’énergie, perpétuent et nourrissent une souffrance passée. C’est une amputation de l’énergie vitale disponible qui va handicaper la construction de ma vie future. Vu dans cette perspective, le pardon est une condition sine qua non pour être dans la paix, vivre une vie pleine et répandre la paix autour de soi.

Le combat que nous, Chevaliers Rose+Croix, menons n’est pas destiné à faire rendre gorge à un spectre qui viendrait s’attaquer à notre espèce. Il est juste destiné à purifier et à rétablir l’humanité dans sa dimension de beauté. Car à « l’heure du parfait maçon », on ne recrée pas de nouveaux outils, les anciens sont restaurés par la purification des souillures qu’ils ont subies. Garder le souvenir de la dégradation c’est conserver la dégradation. Le seul moyen de l’effacer devient dès lors de prendre sur soi de remettre les fautes. Car comme dit un proverbe anglais : « Se venger d’une offense, c’est se mettre au niveau de son ennemi ; la lui pardonner, c’est se mettre au-dessus de lui ». Le chevalier d’esprit doit donc tenir le glaive de Lumière dans la main du pardon aux fins d’apporter la paix aux cœurs de tous… Pax Vobis cum…

Et l’épée que tient le Chevalier Rose+Croix est tournée contre lui-même et éloigne les maux qui peuvent l’éloigner du chemin de l’amour de l’homme (rancœur, désir, vengeance…). C’est le combat qui est prescrit depuis les temps bibliques, le combat entre les forces de la lumière et celles des ténèbres. Et Marcel Achard le confirme en disant : « Nous n’aurons pas trop de notre vie entière pour remercier le Christ d’avoir remplacé la vengeance par la grâce, le pardon et l’amour ».

Car comment pourrions-nous nous prétendre être capables d’amour si nous n’avons pas la capacité de pardonner aux hommes que nous voulons aimer ? Et encore plus à nous-mêmes. Comment pourrions-nous nous aimer si nous ne sommes pas capables de nous pardonner nos limites et de n’être que des hommes ?

Cela est une voie bien plus exigeante que celle d’accabler l’autre de ses justes reproches, car le processus du pardon commande qu’on se pose à soi-même des questions pouvant conduire à de douloureuses remises en cause. C’est une démarche qui peut mener à se trouver une part de responsabilité personnelle dans une offense qui nous a été faite. Ce qui induit alors l’obligation de se pardonner à soi-même pour pouvoir pardonner à l’autre avant que le processus d’amour ne s’établisse. Car si le processus du pardon ne s’accompli pas de manière rigoureuse, la promesse d’amour reste vaine, superficielle et se brise au moindre remous.

A l’heure où est partagé l’agneau pascal, c’est bien du pardon dont on parle. Quand sont brulés les restes, que « …tout est consommé… », c’est bien le passé avec ses ressentiments qui est consumé, alors nous pouvons entrer dans les voies qui nous sont tracées, celles de l’amour fraternel véritable, union de cœur à cœur.

C’est ce message de rédemption, qui passe par la catharsis du pardon, que nous propose « Emmanuel…Pax Vobis ». Si INRI en explicite le processus, l’acte pardon en est bien le catalyseur de ce processus. Et les chrétiens le traduisent en disant : « Dieu nous a tant aimé qu’il a envoyé son fils unique mourir pour la rémission de nos péchés… ». A rapprocher du symbolisme du pélican qui offre son sang pour sauver sa progéniture et aussi effectuer un acte de transmission.

Il a pardonné les fautes d’Adam et celles des patriarches. Il prouve par son acte le rétablissement de la nouvelle alliance avec le nouvel Adam. Cette alliance nouvelle que j’ose décrire ainsi : « tu es poussière, mais désormais tu ne retourneras plus à la poussière. Par le pardon tu renaitras en Esprit afin de t’élever vers ta condition véritable, de passer la barrière des chérubins et d’accéder à la place juste que je t’avais réservée…celle de l’amour véritable ».

Ce chemin que je décris est ouvert à tous les Chevaliers d’esprit sincères quelles que furent leurs vies passées. Rappelons-nous combien la rédemption de Jean Valjean quand il sauve Causette a marqué nos esprits de lycéens. Car celui qui sauve une vie sauve l’humanité toute entière. Ce qui est demandé au Chevaliers Rose+Croix, c’est de se lever à « l’heure du parfait maçon » et de rétablir les outils, qui bâtissent l’homme d’amour, dans leur intégrité.

Rabbi Lévi YITSHAQ de Berditchev s’est demandé : « Dieu, si nous n’avions pas de péchés, que ferais-tu de ton pardon ? ». Rétablissons la voix du pardon.

Très Sage Athirsata et vous tous mes Bien Aimés Chevaliers Rose+Croix, « Emmanuel… Dieu est avec nous… », met en action l’intention de pardon qui elle-même induit l’élan d’amour. C’est par cette opération que se réalise l’alchimie de la paix sur nous et de proche en proche sur la terre toute entière.

« Immanou El…Pax Vobis » est dès lors le procédé par lequel l’homme arrête la chute, renouvelle l’alliance avec le Grand Architecte et recrée de ses mains en son monde le paradis d’où a été chassé Adam. Il entame ainsi l’ascension vers ce Temple « …qu’aucune main d’homme ne pourra jamais détruire… »

T S A et vous tous mes Bien Aimés C R+C en vos grades et qualités…

J’ai dit.

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