Le signe de reconnaissance et le contresigne…
J∴ M∴ O∴ E∴
A la Gloire
du Grand Architecte de l’Univers
Rite Écossais Ancien et Accepté
Deus Meumque Jus
Suprême Conseil du Cameroun
Ordo ab Chao

T S A et vous tous mes T E F Ch R+C, à votre demande, j’ai l’honneur de traiter devant vous ce jour, du signe de reconnaissance et du contresigne au 18ème degré du Rite Ecossais Ancien et Accepté…
Pour ce faire, j’ai choisi de vous exposer ma perception sous les angles suivants :
- Le symbolisme du signe et du contresigne.
- Ses liens avec le concepte de sacrifier et l’âge du Chevalier Rose+Croix.
- Et enfin de vous exposer les convictions que j’ai tiré de ce thème pour mon évolution maçonnique.
Le signe est un élément permanent de notre parcours maçonnique. Dès notre initiation, il nous est dit :
« Les Secrets du grade consistent en un Signe, un Mot et un Attouchement ».
Puis le mémento du 1er degré nous redit :
D- A quoi
reconnaîtrai-je que vous êtes
Franc-Maçon ?
R- A mes Signes, Mots et Attouchement.
Dès notre réception le tableau est tracé : le signe, à l’instar du mot et de l’attouchement, est un élément central de l’identité du frac-maçon. Mon travail de ce jour sera centré sur celui spécifique au 18ème degré.
Avant d’aller plus loin, évacuons les définitions :
- Le Signe, du latin signum, est une chose perçue qui permet d’affirmer, avec plus ou moins de certitude, la vérité d’une autre chose à laquelle elle est liée. Le signe est une marque destinée à être interprétée désignant un concept ou une idée ; le signe étant le signifiant et le concept le signifié.
- Le Contresigne, est la deuxième signature destinée à authentifier la signature principale. La deuxième lettre qui confère du sens à la première. C’est le nécessaire écho à la voie.
1. Symbolisme du signe et du contresigne.
A la demande : « êtes-vous franc-maçon ? » Le franc-maçon répond invariablement, quels que soient son degré ou sa dignité : « …mes frères me reconnaissent comme tel… ». C’est dire qu’il n’est d’autre manière d’être franc-maçon que par l’acceptation et la reconnaissance de ses frères en humanité.
Ainsi à tous les degrés existent des signes de reconnaissance que seuls les frères possédant ces degrés sont à même de pleinement décoder les sens profonds :
En loges symboliques, ces signes de reconnaissance traduisent les pénalités, elles mêmes conséquences des serments qui on été prêtés. Aux trois premiers degrés nous disons respectivement :
- « …je préférais avoir la gorge coupée plutôt que de manquer à mon Serment ! » : apprenti
- « …je jure d’observer tout cela…, sous peine, …de m’arracher le coeur de la poitrine… » : compagnon
- « …que mon corps puisse être coupé en deux parties, mes entrailles arrachées et brûlées et les cendres dispersées… » : maître
En loges de perfection, le signe de reconnaissance n’exprime plus la moindre pénalité. Il démontre plutôt les vertus, les secrets ou les sciences qui n été révélées au franc-maçons. On peut citer :
- L’appel au silence et à garder le secret au 4ème degré.
- La maîtrise du tracé des épures et de la mathématique au 12ème.
- Le deuxième signe au 14ème qui exprime l’éblouissement du maçon mis devant la Lumière véritable.
En loges capitulaires, il en est
ainsi du 15ème au 17ème degré. Mais le
degré de Chevalier Rose+Crois marque une rupture. Un
élément nouveau apparaît dans la
reconnaissance, un cntresigne vient répondre en
écho au signe. Les Chevaliers ne sont-ils pas des
égaux ?
Il est généralemnt admis dans la
littérature maçonnique que :
- « …Ce signe indique qu’il y a une puissance supérieure à l’homme et que, pour arriver à la cmprendre, l’esprit doit dominer la matière. Ce geste atteste l’existence d’un principe créateur proclamé par la franc-maçonnerie sous le nom de Grand Architecte de l’Univers.
- Le contresigne en réponse au signe, montre la terre à l’aide du même doigt. Cela contresigne, rappelle que l’homme est né de la terre et que son corps retournera à la terre… »
Que peut-on déduire de l’existence de l’écho que génère cette dualité « signe-contresigne ? »
La réponse nous peut nous venir de l’alchimie. Le 2ème vers de la Table d’émeraude dit :
« ...ce qui est en bas est comme ce qui est en haut, et ce qui est en haut est comme ce qui est en bas ; par ces choses se font les miracles d’une seule chose… »
En réponse, le vers 4 reprend :
« ...(il monte de la terre et descend du ciel, et reçoit la force des choses supérieures et des choses inférieures… »
Le discours d’Hermès montre le lien analogique qui existe entre ce qui tient du ciel et ce qui tient de la terre. Le Chevalier qui a appris l’art de bâtir des édifices de pierre s’en trouve parfaitement armé pour oeuvrer à la Jérusalem Céleste.
René Guénon observe que « …la formule solve et coagula est regradée comme contenant d’une certaine façon tout le secret du Grand Oeuvre… Le terme solve est parfois représenté par un signe qui montre le Ciel, et le terme coagula par un signe qui montre la Terre. C’est-à-dire qu’ils s’assimilent aux actions du courant ascendant et du courant descendant de la force cosmique… »
Pour Irène Mainguy « …on peut voir aussi dans le geste symbolique du signe, l’action du phénix qui s’élève vers le ciel, et dans celui du contresigne le pélican ou le sacrifice nécessaire de Chevalier Rose-croix qui doit nécessairement renoncer à ce monde pour s’en libérer… ».
Cela induit que le Chevalier Rose+Croix se trouve à l’heure du choix de l’action, au moment de rupture où il devient un médiateur entre le ciel et la terre. Il reconnaît que, par le signe et le contresigne, se réalise l’unité des deux mondes, tout comme par son sacrifice sur la croix « …le plus humble d’entre tous… » et démontre pleinement le principe énoncé par la table d’émeraude.
2. Le signe, le contresigne, le sacrifice et l’âge du Chevalier Rose+Croix.

Au 15ème degré, il a entrepris sa quête de libération. Elle l’a fait passer de la servitude à Babylone, à la dignité de prince à Jérusalem. Au 17ème degré, la Vision lui est donnée avec l’Apocalypse de Jean. Ainsi il apprend que tout édifice bâti des mains de l’homme peut être détruit par « la Bête ». Ainsi la Jérusalem dont il est Prince est éphémère. Jésus qui dit : « …Mon Royaume n’est pas de ce monde. Si Mon Royaume était de ce monde, Mes serviteurs auraient combattu pour MOI… ; mais maintenant Mon Royaume n’est point d’Ici-bas… »
Le Chevaliers Rose+Croix doit entrer dans ce « …Royaume qui n’est pas de ce monde… », grâce aux vertus de la charité, de la foi et de l’espérence. Mais comme dit dans Marc 10, 23 :
« …Il est plus facile à un Chameu de passer par le trou d’une aiguille qu’à un riche d’entrer dans le Rayaume de Dieu… »
La citation de Marc ci-dessus montre clairement que la trace à suivre est celle du sacrifice. Le « riche » abandonnera ses métaux, si précieux et portera le bât tel le chameau. Comme nous l’avons appris dans les degrés symboliques, la richesse dont parle Marc peut être assimilée aux métaux ou bien à « …la menue monnaie des préjugés… », comme disait Oswald Wirth. L’alchimie dit que le vil métal peut être anobli par purification. Mais pour cela il doit en passer par le feu des purifications.
Tout ce qui précède commence par un sacrifice. Celui de mourir à son état du moment, dans l’espoir d’un meilleur temps, par un long processus de « solve et coagula » mené dasn le feu d’un creuset. Ce sens, que je veux ici donner, est porté par l’interprétation alchimique du sigle INRI (Igne Natura Renovatur Integra : la nature est renouvelée entièrement par le feu).
INRI selon cette acceptation nous dit que le drame initiatique, que le Rite nous propose de vivre, est référencé sur les mêmes fondamentaux traditionnels que l’alchimie. Et qu’au fil d’une ascension spirituelle, dont les étapes sont balisées par l’acceptation de mourir à un état précédant et l’Espérance d’accéder à un équilibre plus noble, le Chevalier Rose+Croix cheminera dans la philosophie d’amour d’Hermès.
Le dialogue silencieux du signe et du contresigne semble dire :
Ler signe : « Je m’engage dans le combat pour ouvrir la route de la Jérusalem d’en haut ».
Et en réponse :
Le contresigne : « Oui je t’en reconnais digne, car tu as achevé les luttes de la Jérusalem de la terre. Tu as franchi le feu de Dante, entrée du Royaume de l’Esprit »
Ou bien :
« …tu es un vrai maçon… »
Le feu dont il est question ici n’est pas le feu qui brûle la matière, mais celui qui la spiritualise et éclaire l’esprit ; un feu qui illumine.
Cette lecture alchimique d’INRI correspond bien celle à laquelle l’instruction du Suprême Conseil du Cameroun et y fait écho. En effet nous pouvons y lire :
« …il ne s’agit pas du feu matériel que les premiers hommes ont adoré comme ils ont adoré le soleil dispensateur de chaleur, de lumière et de vie. Il s’agit du Feu, principe unique et universel, de la Lumière, source du monde physique et intelligible, émanation et manifestation de la Cause première ».
Ce feu sacrificiel qui brule de Chevalier Rose+Croix est un agent de transformation, selon les mêmes bases conceptuelles de l’oeuvre alchimique au rouge. Pour ne retenir que quelques aspects de cette correspondance, citons :
- La prédomination de la couleur rouge dans les decors de ce degré,
- L’exposition, comme symbole, du phénix, l’oiseau mythique qui renaît de ses cendres,
- La proclamation précédent la suspension des travaux de « tout est consommé ».
- Et surtout le sacrifice du « plus humble d’entre tous… »
Le sacrifice pas ce feu inculque l’esprit, la semence, l’étincelle spirituelle qui est cachée dans toute nature. Ce feu principe est un symbole rattaché d’une part au macrocosme et d’autre part au microcosme. Ainsi, il est la part spirituelle que chaque homme possède et que l’oeuvre initiatique doit lui permettre de rétablir dans ses prérogatives originelles afin d’accéder à la conscience universelle à la connaissance. Alors, continuateurs de Prométhée, nous devons chevaucher, par l’univers entier, pour la « …donner à ceux qui ont faim… » tout comme Jésus à 33ans.
33 ans est l’âge symbolique du Chevalier Rose+Croix. C’est le seul qui ne soit à la fois multiple de 3 et de 9. Il est multiple de 3 et 11, nombres premiers donc singuliers.
L’âge du Chevalier Rose+Croix est composé de 2 chiffres 3 qui graphiquement se suivent et semblent se répondre en écho. Ce chiffre 3, nous l’avons appris est :
- Le plus sacré des nombres. Le nombre représentant la Sainte Trinité, il est aussi le chiffre du Saint-Esprit, la troisième personne de la Trinité.
- Selon le Livre des rites (Li-Ji) j’homme, intermédiaireentre ciel et la terre, correspond également au nobre trois.
- Nombre parfait selon les chinois, il est le nombre favorable associé à l’accouchement.
Par analogie, on peut l’associer à des processus de transformation menant à une nouvelle naissance, à un cyclede changement comportant une tension vers l’élévation. Ceci rejoint le sens de changement ascensionnel.
« 33 » avec « 3 » qui répond en écho à « 3 » indique que le temps de l’oeuvre matérielle est terminé ; commence celui de l’esprit.
L’âge du Chevalier Rose+Croix se lit aussi « 11×3 ». Et du « 11 » on tire que :
- Il représente la lutte intérieure, la rébellion et l’égarement qui en résulte. Mais il est aussi celui qui sort vainqueur des épreuves avec la connaissance qui en procède.
- Il représente la transgression de la loi car il dépasse d’un le nombre dix, qui est celui du Décalogue. Par ce fait, il est selon Saint Augustin, l’armoirie du péché.
- Le « 11 » symbolise la maîtrise sur le plan matériel, le « 22 » sur le plan mental, le 33 sur le plan spirituel.
Associé au « 3 », 11 met en garde. La quête du Chevalier Rose+Croix peut, si elle est mal menée, conduire au désastre. Et le Mal, qui en découlerait, répondrait en contresigne à l’aspiration au Bien qui est l’objet de la quête.
Des propriétés du nombre 33, R. Allendy dit : « …ce nombre montre l’activité libre de l’être dans l’organisation du monde. Il montre la créature libre liée aux plans du Créateur par des liens de justice et d’amour… ».
« 33 » est un multiple de 11, dont les deux unités antagonistes se sont élevées à l’harmonie en se développant chacune en un ternaire, qui éloigne ainsi le danger de la tentation. « 33 » représente la conscience spirituelle, le développement par l’expérience et un désir de l’atteinte d’un plan plus élevé de servir.
Est-ce là le contresigne que nous renvoient les frères Grands Inspecteurs Généraux par leurs silences ? Là est une autre affaire qu’il n’est pas temps d’aborder.
2. Des convictions retirées de cette étude.
T S A et vous tous mes T E F Ch Rose+Croix, je ne saurai toutefois pas terminer sans vous dire quelques humbles convictions que ce travail m’a apporté :
- Les derviches tourneurs, dansent une paume de main tournée vers le ciel et l’autre vers la terre. L’alchimiste ne fait rien d’autre lorsqu’il prononce sa prière avant d’oeuvrer : « Ciel écoute moi, Terre ouvre toi ». Et nous nous attacherons, nous Francs Maçons, en faisant la chaîne d’union courte, à avoir une paume de main tournée vers le ciel et l’autre vers la terre, l’une répondant en contresigne à l’autre.
- Signe et contresigne nous indiquent par ailleurs que, même si nous énonçons ensemble en choeur l’acclamation, la Franc Maçonnerie ne marchera jamais au pas cadencé. Et que si chez nous en maçonnerie, il y a des Maîtres, il n’y a pas de gourous. Car au signe de reconnaissance du Rose+Croix, répond un nécessaire contresigne de son frère, indiquant ce que peut apporter à l’autre en toute égalité.
- Le signe et le contresigne nous montrent essentiellement le chemin. Ils indiquent que l’homme se constituent lui-même et qu’il est un « cherchant ». Et ce chemin peut rendre fluide le passage de « l’ici-bas », conditionné par les sens, au « là-haut » de l’intelligence et de la spiritualité. Héraclite a dit : « Le chemin qui monte et le chemin qui descend sont un seul et même chemin ».
- La traversée de tous les plans de l’existence est « passage » par tous les états de la conscience et « voie » vers la connaissance. Le passage de la réalité sensible à une réalité voilée où inspiration et expiration, évolution et involution, unité et diversité se croisent. Ces croisements de « signe et contresigne » opèrent les jonctions : « visible-invisible », « rationnel-intuition », « conscient-inconscient », « connu-inconnu »… Ils donnent naissance à un nouvel univers, comme le croisement de la Parole et du vide dans la Genèse.
- Présent dans toute trdition métaphysique, l’image du chemin est en réalité la quête de l’Etre. Cette quête est une traversée des ténèbres, de la nuit, du doute, une recherche de toutes les utopies en passant par la Foi, la Charité, l’Espérence, en évitant les dangers, en parcourant les vallées. « Ne demande pas ton chemin à quelqu’un qui sait, de peur de ne pouvoir t’égarer » nous dit un vieil adage. Nous cheminons donc, faisons quelque écarts et traversons les plans de l’existence, de la concience pour nous libérer dans la Fraternité et l’Egalité.
- Enfin les Chevaliers Rose+Croix font le signe et contresigne, avec espoir. L’espoir, comme pour le sacrifice du Phénix, renaître continuellement de ses cendres après s’être brûlé aux enfers afin de s’élever ensuite vers les cimes de la jérusalem Céleste et d’entrer dans le « …Royaume qui n’est pas de ce monde… ». Et cette traversée, grâce au signe et contresigne, ne se fait qu’avec le regard, la bienveillance, l’Amour des frères. Le Pélican, athanor à deux becs des alchimistes, est le viatique du franc-maçon dans ce degré.
T S A et vous tous mes T E F Chevaliers Rose+Croix, voilà livrés à vos avis et sentiments mes réflexions éphémères sur le thème du signe et du contresigne au 18ème degré du Rite Ecossais Ancien et Accepté.
