INRI
G∴ D∴
A la Gloire
du Grand Architecte de l’Univers
RITE ECOSSAIS ANCIEN ET ACCEPTE
Ordo ab Chao
Au Nom et sous les Auspices du Suprême Conseil de France
Liberté-Egalité-Fraternité
Pourquoi avoir choisi ce sujet dans les propositions du TS parvenues par mail ?
Surement, dans un premier temps, par un réflexe de rejet du crucifix qui offre à la vue une image doloriste qui ne m’est pas sympathique et qui s’impose à moi lors de mes nombreuses visites dans les édifices religieux où je vais m’imprégner de l’art du vitrail qui est un de mes hobbies.
Quand j’éprouve ce genre de sensation, elle est comme un défi et je dois aller fouiller, dans les livres et en moi pour éclaircir les raisons de ce désagrément. Ce réflexe fut salutaire.
D’autant plus qu’il s’est produit une interférence entre les programmes fixés par nos très sages successifs :
Notre F Pierre m’ayant donné comme sujet pour la rentrée, il y a plusieurs mois : « le devoir du Chevalier Rose Croix » et que le très sage en chaire nous a sollicité pour d’autres colonnes gravées pour cette même rentrée.
Je me suis précipité sur la nouvelle donne, sans avoir oublié la précédente, qui pourra être inscrite dans l’ordre du jour pour une prochaine tenue, ou gardée en réserve pour combler une absence inopinée.
Je fus vite confronté à l’extrême pauvreté de ma culture des langues grecque et latine ; je passe sous silence discret l’hébraïque !
Quid des prononciations de tous ces vocables ? Je vais essayer de vous faire grâce de mes balbutiements.
INRI est l’acronyme (sigle qui peut se prononcer comme un mot ordinaire) dit « titulus crucis » de l’expression latine IESVS NAZARENVS, REX IVDOEORVM : « Jésus le Nazaréen, rois des Juifs ».
Cet acronyme qui reprend le verset de l’Evangile de Jean 19,19 apparait à une date indéterminée. Sa première trace archéologique date du IVème siècle avec l’inscription conservée à Rome, à la basilique Sainte Croix de Jérusalem.
Le titulus crucis reprend pour l’église catholique l’inscription qui se trouvait sur la croix de Jésus.
D’autres églises conserveront INBI ou INIII. La phrase sur le titulus aurait été inscrite par les romains sur la croix de crucifixion de Jésus de Nazareth, condamné à mort par le préfet de Judée Ponce Pilate.
Sans prendre partie sur les positions des exégètes, la version de ce titulus varie d’un évangéliste à l’autre.
Il semble que déjà dès l’origine le désaccord se fit jour ; les principaux sacrificateurs des Juifs dirent à Pilate : « N’écris pas : Roi des Juifs, mais écrit ce qu’il a dit : Je suis le Roi des Juifs »
Pilate répondit « ce que j’ai écrit, je l’ai écrit » selon Jean 19-21.
Le texte raconte que par cette phrase, les romains voulaient railler celui qui se proclamait le Messie. Ils l’ont couronné à leur manière avec une couronne d’épines.
La lecture d’INRI selon la voie chrétienne ou christique conduit à associer l’idée de la parole retrouvée à la figure symbolique du Christ.
Je préfère qualifier cette voie de christique car le qualificatif recouvre l’ensemble des représentations mythiques que le Christ exprime, tandis que le terme chrétien se rapporte aux églises édifiées à l’écoute du message proclamé par Jésus en sa fonction d’être la parole de Dieu.
La question est de savoir si dans la tradition maçonnique le Christ est évoqué comme étant la parole perdue ou comme celui qui porte la parole ?
La quête de la Parole perdue est l’un des thèmes fondamentaux que développe le REAA dans les grades, qui, à partir du 3ème guide le maître maçon dans l’ascension spirituelle qu’il a choisi d’entreprendre et de vivre.
Le message qui est alors transmis au Maître maçon est qu’il lui appartient de découvrir la vérité en lui-même, sa vérité.
IOD, HE, VAV, HE et INRI ne sont que des paroles substituées, non la parole retrouvée
Selon le rituel : je cite :
« La pluralité d’interprétations indique que la Parole n’a été retrouvée que symboliquement sous une forme substituée. Certains rituels anciens assimilaient la parole perdue au Verbe de l’Evangile de Jean. Sa recherche se confond avec la recherche de la Vérité.
Cette idée de l’existence d’une Vérité essentielle et fondatrice, source de tout ce qui est, est aussi le centre des enseignements de l’alchimie.
Celle-ci enseigne à expérimenter sur soi-même le même type de transmutation que l’on peut mettre en œuvre sur les métaux selon le rite hermétique (Hermès Trismégiste) de régénération.
Vérité originelle, mais éprouvant labeur qui ne s’achève jamais.
Elle demeure la tâche fondamentale jamais achevée des Chevaliers Rose Croix. Aussi nos travaux ne sont jamais clos, mais seulement suspendus et reprennent avec force et vigueur quand le soleil s’obscurcit ».
Cette correspondance entre régénération spirituelle philosophique et maçonnerie écossaise nous ouvre cette deuxième voie pour interpréter INRI que l’actuel rituel désigne comme la plus sublime.
Nous retrouvons au 18ème degré de nombreux éléments qui évoquent le feu en qualité d’agent de rénovation, de transformation et d’élévation spirituelle selon les mêmes bases conceptuelles du temps de l’œuvre au rouge de l’alchimie :
- prédominance de la couleur rouge dans le Temple
- exposition du Phénix oiseau mythique qui renait de ses cendres
- proclamation qui précède la suspension des travaux : « tout est consommé ».
Ainsi est-il tout à fait concevable et admissible d’associer l’acronyme INRI au feu, agent essentiel de l’œuvre au rouge. L’alchimie enseigne à conduire par soi même et sur soi même le rite de régénération ou de renaissance.
D’où l’interprétation donnée à l’acronyme INRI :
IGNE NATURA RENOVATUR INTEGRA (Par le feu la nature se régénère tout entière.)
Ce feu n’est pas le feu vulgaire car il ne s’agit pas d’un feu qui brûle, mais d’un feu qui éclaire, qui illumine. Il représente l’esprit, la semence, l’étincelle spirituelle qui est cachée dans toute nature. Dans le macrocosme, il est l’Esprit, agent de formation et de dissolution des univers. Dans le microcosme ce feu est la part spirituelle que chaque homme possède et que le chemin initiatique doit lui permettre de rétablir dans ses prérogatives originelles.
Cette lecture alchimique est bien celle de l’instruction du Suprême Conseil où nous pouvons lire :
« Il ne s’agit pas du feu matériel que les premiers hommes ont adoré comme ils ont adoré le soleil dispensateur de chaleur, de lumière et de vie. Il s’agit du Feu principe unique et universel, de la Lumière source du monde physique et intelligible, émanation et manifestation de la Cause première ».
Luc en 23-38 mentionne que le signe a été écrit en trois langues : grec, latin, hébreu. Comme ni le grec et l’hébreu n’utilisent pas la lettre J, le nom de Jésus était orthographié avec un I qui donne IESUS. N pour Nazareth ou Nazaréen, R pour Rex et IUDAEORUM pour Juifs.
Gardons à l’esprit que les romains avaient crucifié des milliers de personnes dans les 70 ans avant cette crucifixion célèbre.
La procédure était bien établie ; il était commun pour les condamnés d’être conduit au lieu du supplice en procession à travers la ville et un des gardes portait couramment sur un titulus le motif de la condamnation.
Gardons aussi à l’esprit que les textes biblique comporte 773 746 mots et qu’il fût maintes fois copié et recopié ; ainsi nombre d’erreurs ont pu traverser les siècles et s’ajouter aux précédentes.
Certains copistes, peu regardants et payés à la tâche allongeant même certaines phrases pour être mieux rémunérés.
N’oublions pas également que les passages successifs du grec au latin et à l’hébreu ont pu altérer les formulations quand ce n’était pas simplement la largeur du parchemin qui faisait disparaître le mot Nazaréen, pour « caser le tout sur une ligne ».
Ceci n’étant pas sans conséquences graves, car Nazareth, dans l’optique juive, était la ville où devait s’accomplir les prophéties, « nazir » signifie séparé mais aussi consacré.
Celui qui passe par Nazareth est aussi celui qui a été consacré, l’élu selon l’éthique.
L’homme pour être rétabli, pour être sanctifié, pour retrouver ses facultés latentes, pour atteindre sa divinité doit passer par un certain état signifié par le Nazaréat, rite hébraïque. Il s’agit d’un rite remontant à l’époque patriarcale, vraisemblablement venu de Chaldée, pour consacrer la vie d’un homme au culte divin, sans être prêtre pour autant.
Le rite consiste à se séparer des hommes pour se consacrer pleinement à la divinité ou à la recherche spirituelle, en pleine connaissance de cause. Ce sont des Elus ou selon l’optique du Nazaréat, des hommes de haute vertu morale, qui réservent une partie de leur vie pour devenir plus parfaits, plus purs et plus exemplaires, par pureté et consécration.
J’entrevois dans cette belle définition une quasi obligation de nous transporter tous à Nazareth et de nous soumettre de bonne grâce à ce rite hébraïque !
Etonnant parcours que ce titulus crucis qui me laisse perplexe sur l’ensemble des textes bibliques qui sont parvenus jusqu’à nous, connaissant toutes les tribulations des mots, sans oublier les censures successives et le rejet des apocryphes, pourtant si intéressants, je pense notamment à l’évangile de Thomas qui paraît bien plus limpide sur de nombreux points.
Comme toujours, retour au rituel écossais :
Les réponses du récipiendaire donnant une clef de l’étrange inscription :
Q – D’où
venez vous ?
R – De Judée
Q – Par quelle ville
êtes vous passé ?
R – Par Nazareth
Q -Qui vous a guidé ?
R – Raphaël
Q – De quelle tribu êtes
vous ?
R – De Juda
Toujours durant le rite d’initiation, le futur chevalier découvre le mot sacré : INRI ; le Très Sage lui en explique la signification symbolique. Pour le Rose Croix maçonnique le mot prend la signification alchimique (la nature est renouvelée intégralement par le feu) « Igne natura renovatur integra ».
Sur son chemin, le Chevalier Rose Croix devra donc, initialement développer une motivation profonde dans son engagement. C’est par la compassion qu’il atteindra la transfiguration et par la Gnose. (Révélation intérieure) qu’il transcendera le monde fluctuant de l’existence en empruntant cette ligne médiane entre la Gnose et l’Amour Universel.
Vaste chantier où le vœu solennel de rechercher la Liberté, l’Egalité et la Fraternité s’applique à libérer tous les êtres, sans exception, de leurs souffrances ; thème christique s’il en est !
Les parallèles entre le Christ et le feu, entre le Christ et le soleil, source de lumière, symbole de l’esprit sont constamment proclamés dans les ouvrage gnostiques et alchimistes chrétiens des deux premiers siècles de notre ère.
L’ésotérisme chrétien s’est toujours fondé sur l’exigence de vivre suivant l’exemple du Christ afin de développer et d’exalter les richesses intérieures de l’être. L’imitation du Christ étant la voie fondamentale des alchimistes pour réaliser le Grand Œuvre, c’est-à-dire accéder au Royaume de l’Esprit.
Dans le Rosaire des Philosophes, traité alchimique, j’ai relevé cette phrase : « Cette pierre qui est la notre est de feu. Issue du feu, elle se transforme en feu ».
L’Evangile selon Marie porte le message que le Christ est devenu intérieur à chacun ; il est comme le conjoint de l’âme promise à retrouver l’unité androgyne primordiale.
Ainsi le rituel déclare que la maçon ne fait plus de planche mais grave des colonnes au nom de la trinité et le signe de reconnaissance montre le ciel ; le bijou est or et argent, symboles solaires.
Désireux de faire le lien avec le grade qui nous réunis, j’ai été confronté à une masse d’analyses plus ou moins confuses, aux vicissitudes de l’histoire maçonnique et à des choix obligés pour ne pas prendre trop de chemins de traverse.
Ce travail de gravure, en plus du salaire que j’ai perçu lors de son élaboration, m’aura rappelé qu’il faut toujours chercher l’idée sous le symbole et que mes outils de maçon ne sont pas toujours aussi dociles à ma main que j’aurai pu le croire.
Nous pouvons dès lors admettre que le double sens que nos rituels donnent à INRI, la vraie ou fausse parole retrouvée, exprime en fait, sur le plan ésotérique une seule et même idée, celle de la domination de l’esprit sur la matière.
Ainsi sommes nous vraiment des Chevaliers de l’Esprit ou du moins nous prétendons l’être…reste à le prouver jusqu’à notre dernier souffle !
Pour conclure une histoire émouvante que nous devons à Christian Bobin :
Accompagnant pendant de longs mois son papa atteint d’Alzheimer et hospitalisé, l’auteur passe de longues heures à son chevet. La chambre est dans les étages de la clinique et le visiteur suit le cours des saisons par la fenêtre. Arrive l’automne et le poète note, un jour, dans son carnet :
« Dieu passe en riant devant la fenêtre, déguisé en feuille morte »
Très S et vous tous mes F…j’ai dit.