18° #415012

L’herméneutique

Auteur:

J∴ P∴ D∴

Obédience:
Non communiqué
Loge:
Non communiqué

A la Gloire du grand Architecte de l’Univers
Ordo ab Chaos
Deus meumque jus
Au nom et sous la juridictiondu Suprême Conseil des Souverains
Grands Inspecteurs généraux du 33ème et dernier degré
du Rite Ecossais Ancien et Accepté pour la France

L’herméneutique est l’art d’interpréter un message quelque soit son support : oral, écrit, symbolique ou gestuel.

Les questions suivantes peuvent en effet se poser : l’auteur est il identifié ? Dans quel contexte a-t-il émis ce message ? Qu’a-t-il voulu dire ? Qu’a-t-il dit malgré lui ou delà de ce qu’il avait l’intention de dire ? A-t-il réussi à transcrire tout ou partie de ce qu’il voulait dire ? D’autre part, ai-je compris ce que l’auteur a voulu dire ? L’ai-je bien reçu, bien écouté ? Quel biais ai-je introduit dans cette interprétation du fait de mon contexte, de ma culture, de mon histoire, de ma personnalité. Et enfin, demain, aurai-je la même lecture ?

Nous voyons que deux parties se dégagent. L’une, exogène, liée à l’auteur et à son message, l’autre endogène liée au récepteur que je suis. On peut considérer la première partie comme objective et définie. Pour l’autre, les sciences humaines telles que psychanalyse, sociologie ou autres ont théorisé et souligné la multiplicité des facettes des vécus et caractères de chacun d’entre nous et donc la possibilité d’interprétation différentes. Paul Ricoeur parle de conflit d’interprétations. Mais pour lui, ce conflit est heureux car la recherche d’une harmonisation va nous mener à ce qu’il appelle une ontologie de la compréhension, traduisible, à mon avis sans équivoque, en perception de la transcendance. Cette recherche, étrangement proche de la notre, mérite que l’on s’y attarde.

Nous faisons de l’herméneutique comme monsieur Jourdain faisait de la prose. Etymologiquement, le terme est issu d’Hermès, messager des Dieux. Il est assez récent et couvre un vaste champ que je vous propose de parcourir au fil de notre compréhension de la connaissance.

Nous percevons que celle-ci est composée de différents degrés.

La connaissance objective est le domaine des informations élémentaires que j’ai pu apprendre à travers une méthode, un langage structuré. Le langage est ici la traduction d’une pensée en signes ou mots selon des conventions établies. Sa structuration est l’intégration de relations logiques de cause à effet. C’est le domaine du phénomène, de la réponse au comment. Le récepteur est ici indépendant du message.

La connaissance subjective est le domaine du sentiment. La logique n’est plus essentielle. Le langage est allusif. C’est le domaine de l’art. Le récepteur devient partie intégrante du message. On a quitté le comment pour rentrer dans le ressentir, le vivre.

La connaissance symbolique. Paul Ricoeur nous propose une approche analytique du symbole : c’est un signe qui pointe sur un sens premier, conventionnel, exprimable selon l’un des langages liés aux deux premiers degrés de connaissance. Ce premier sens infère nécessairement un sens second qui lui ne saurait être exprimé par ces langages. Ce deuxième sens est ouvert, source de développement. En effet, il ne peut être limité au risque de revenir au conventionnel.

Cette notion a-t-elle une réalité ? Non selon Hegel pour lequel tout peut revenir au conventionnel et au mot. Oui selon Jung qui nous dit que c’est la porte de notre inconscient avec un fond universel, expression d’archétypes, panaché de l’expression de personnalité dont l’analyse est la clé de la connaissance de soi. Oui selon la Maçonnerie, évidente conséquence de l’expression de notre confiance en Dieu que nous n’aurions pas pu intégrer dans les deux premiers degrés de connaissance vus plus haut. Le symbole va bien au-delà d’un élément de code qui ne serait accessible qu’à ceux qui en auraient la clé. Il est un outil de découverte pour qui a su apprendre à lire. Personne ne nous impose de signification ou a fortiori de dogme.

De plus le rituel nous sort d’un exercice qui pourrait n’être qu’intellectuel. Il met ces symboles en association et animation, en présence d’un groupe de frères, tous dans la même dynamique de recherche d’un sens, dans le cadre d’une théâtralisation, d’un rite. Il va même jusqu’au mythe qui fait participer l’ensemble de notre être. Il y a un monde de différence entre lire une pièce de théâtre et la vivre, l’interpréter.

Le récepteur que je suis devient un des composants essentiels du message. Je suis devenu acteur. A moi de me dépolluer des préjugés, déformations et autres armures que la vie profane m’a fait endosser. « Connait toi toi-même » prend ici toute sa signification.

Illustrons notre propos par un exemple. J’ai appris que, par convention, l’équerre est le symbole de la matière, le compas celui de l’esprit. Et c’est tout. Je suis encore là au niveau du pictogramme et pourrais remplacer l’équerre par le mot « équerre » sur un bout de papier sans rien changer à ce stade. Puis j’intègre les attributs de l’équerre où la rectitude, la solidité, la statique sont liées à la pierre que j’ébauche tandis que le compas virevolte, s’adapte, mesure, prend des circonvolutions. Voyez, tout naturellement pour l’un j’ai utilisé des substantifs, pour le second des verbes. Le cheminement est commencé. Continuons. Cette matière n’est elle pas indissociable de mon esprit ? La pensée qui me traverse justement l’esprit m’est elle propre ou exogène et captée ou encore le fruit de réactions chimiques et de connexions neuronales bien matérielles ? Et l’esprit ? Est-ce mon intellect qui à la fois me permet d’éclairer mon chemin, ou bien est ce, dans la trilogie corps-âme-esprit, l’élément qui me relie à la transcendance ? En fait je ne sais pas ce qu’est l’esprit. A moi d’en acquérir la connaissance. Voyez le champ est ouvert mais je parle à des convaincus qui connaissent la puissance du procédé.

La Connaissance ou connaissance transcendante est le prolongement du mode précédent sur lequel le rituel nous dit bien de ne pas nous arrêter. Rappelez-vous : « Tu t’efforceras toujours de découvrir l’idée sous le Symbole ». On est sorti du domaine de l’objet ou du sujet pour entrer dans celui de l’être.

Nous sommes dans le domaine du pourquoi mais aussi du doute qui nous effraie. Cela peut expliquer pourquoi nous pouvons craindre d’aborder ce mode. Combien il est confortable de ne pas se poser de question !

Le langage associé est le secret ce qui peut sembler paradoxal pour qui est resté sur la définition du langage comme étant un moyen de transmission. Ce qui est ineffable, ce qui est inexprimable n’est pas nécessairement inexistant et incompréhensible. Le langage est en fait un outil de compréhension et cette compréhension possède une valeur ontologique, c’est à dire une existence en soi. Comprendre n’est plus un mode de connaissance mais d’être !

Je ne peux m’arrêter là. Il convient d’être plus explicite. Nous somme entrés en nous présentant comme libre et de bonne mœurs. J’ai aujourd’hui en fait la volonté de le devenir. De bonnes mœurs non pas par obligation morale ou sociale mais parce que je le veux bien. Pas seulement libre dans la société profane mais aussi libéré de mes chaînes, de mes certitudes, pour accéder à la Connaissance.

Est-ce une chimère ? Avec Platon, je sais que mes sens sont trompeurs et que la réalité peut m’échapper. Existerait-il un exemple d’une réalité intangible qui pourrait m’encourager, me faire sortir de l’illusion et accepter la quête ? Eh bien, en géométrie plane, la somme des angles d’un triangle est de 180. C’est une réalité intangible, une existence en soi ! La chasse à la compréhension est donc bien ouverte ! Je me permets de le formuler en « Je comprends donc je suis », bien au-delà du « je pense… » de Descartes.

Ce parcours des différents degrés de connaissance est une véritable échelle de Jacob, et ne saurait être le fruit d’un enseignement. Il est exigeant, demande la maitrise des langages liés aux divers degrés et la connaissance de soi-même pour aller au-delà des conflits d’interprétation. Il est nécessairement initiatique et j’en suis le seul maître. Je ne saurais trop insister sur le caractère essentiel de ce point tant pour son importance que de sa nature même. L’oiseau apprend seul à voler !

Présomptueux non ? Oui si j’en reste là. Non si j’ai l’humilité de regarder d’autres voler, savoir que c’est possible de faire le pas qui me jettera dans le vide. Non si j’ai l’humilité de comprendre que nous sommes de bien piètres acrobates et que la chute et le besoin de re-démarrage sont fréquents. Non si j’ai l’humilité de demander de l’aide à mes Frères ou peut être à Celui ( C majuscule) qui est près de moi, bienveillant, respectueux de mon être, attendant peut-être que je l’appelle. D’écouter le message de Celui dont le Verbe est issu.

Ces va et vient font partie intégrante du cheminement. La tradition alchimique sous jacente de nos rituels nous le rappelle. Il en est de même de l’hermétisme tant au niveau des bonnes mœurs conséquences de sa vision humaniste que des aller et retour entre le monde d’en haut et celui d’en bas.

Ce parcours n’est possible que si je passe mon temps à transmettre, à recevoir. Bref à faire de l’herméneutique. Les messages interprétés sont ceux de la Tradition, de nos Frères en humanité, des divers composants de mon être : corps-âme-esprit.

La Maçonnerie n’est cependant pas qu’herméneutique. Elle a le soin de m’éviter tout maître à penser et me demande de devenir acteur, dans et au-delà du mythe, agissant, par Devoir et par nécessité d’être utile. Tout cela pour arriver où ? Je vous livre un témoignage, voire un testament : on peut me priver de liberté, de la vie, mais pas de la libération que m’apporte la capacité à accorder ma confiance. Celle que j’ai placée en Dieu lors de mon initiation. C’est là le maître mot. C’est un sentiment nécessairement réciproque et soutenu par l’Amour au sens Agapé du terme. En le pratiquant à travers les facettes de l’herméneutique, chaque jour auprès de mes frères, je pourrais reconnaître la partie divine qui est en eux comme en moi. Alors j’aurais compris le sens de la vie, j’aurais confiance. Au contraire du « philosopher c’est apprendre à mourir », j’aurais appris à vivre. Je serais prêt.

J’ai dit, T F P M

L’herméneutique

Résumé

L’herméneutique est l’art d’interpréter un message, que celui-ci soit oral, écrit, symbolique ou gestuel. La connaissance nous sert de support à l’analyse. On peut y voir quatre degrés. Objectif, subjectif, symbolique et secret. A chaque degré correspond un outil de transmission, le langage qui lui est propre et donc une herméneutique. C’est en effectuant un va et vient continuel entre ces différents degrés et en améliorant ma pratique de l’herméneutique liée à chacun ainsi que la connaissance que je peux avoir de moi-même que je serais à même de comprendre que je suis.
Lorsque j’ai été initié, j’ai affirmé placer ma confiance en Dieu. En la pratiquant à travers les facettes de l’herméneutique, chaque jour auprès de mes frères, je pourrais reconnaitre la partie divine qui est en eux comme en moi. Alors j’aurais compris le sens de la vie. Lorsque je subirai mon initiation ultime, je serais prêt.

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