18°
#415012
La mission du Chevalier Rose-Croix – Proclamer la Parole de régénération au bénéfice de l’Amour et de la Liberté
K∴
A la gloire du Grand
Architecte De L’Univers
Ordo ab chao
Deus meumque jus
Au nom et sous la Juridiction du Suprême Conseil pour la France
des Souverains Grands Inspecteurs Généraux du 33ème et dernier degré
du Rite Ecossais Ancien et Accepté,
TSA, TIllF, et vous tous Chevaliers R+C, mes F
La mission du Chevalier Rose-Croix :
Proclamer la Parole de régénération
au bénéfice de l’Amour et de la Liberté
Ordo ab chao
Deus meumque jus
Au nom et sous la Juridiction du Suprême Conseil pour la France
des Souverains Grands Inspecteurs Généraux du 33ème et dernier degré
du Rite Ecossais Ancien et Accepté,
TSA, TIllF, et vous tous Chevaliers R+C, mes F
La mission du Chevalier Rose-Croix :
Proclamer la Parole de régénération
au bénéfice de l’Amour et de la Liberté
Introduction
Dans l’ancien rituel de Chevalier Rose+Croix, lors de la réanimation des lumières à l’Agape pascale, il était dit d’un côté que « La Parole de régénération était retrouvée » et de l’autre que « L’Amour et la Liberté ne pouvaient plus être méconnus ».
Le rapprochement des deux pourrait définir le cadre dans lequel s’exerce la mission du Ch. R.-C. à savoir dans l’amour et la liberté de soi et des autres et avec le secours de la Parole de régénération.
Le Maçon arrivé à ce degré a-t-il la qualification nécessaire pour cela ?
I – La nouvelle position du Chevalier Rose-Croix
Lors de la réception, lorsque l’impétrant est dans le Temple rouge, deux groupes de Chevaliers se rencontrent : les chevaliers d’Orient et d’Occident d’une part, les Chevaliers Rose+Croix d’autre part. Quel est l’état d’esprit de chacun des groupes ?
Les premiers sont sous la menace d’une troisième mort, eux qui avaient déjà connu celle du cabinet de réflexion et celle du 3ème degré. Ils sont semblables au Chevalier de Dürer qui rencontre le crâne de la mort sur son chemin. Ils ne comprennent plus, ils ont tenté de construire un deuxième Temple qui, lui aussi, a été détruit.
Les seconds, les Chevaliers Rose+Croix voient leurs travaux troublés par le « fatal cataclysme de l’esprit » : » Que pouvez-vous attendre de nous ? » disent-ils au plus fort de leur déshérence.
Ce n’est que beaucoup plus tard que, dans le Temple rouge, les récipiendaires diront qu’une « voix mystérieuse s’est élevée au fond d’eux… comme un souffle », murmurant une Parole. Cette voix est un souffle semblable à Dieu dans la brise légère ou à celui du Delta au 1er degré.
La nouveauté est de taille. Cette Parole, auparavant, venait de l’extérieur par l’intermédiaire soit des frères, soit d’un inconnu, soit d’une élection.Elle vient maintenant de l’intérieur. La Maîtrise est réelle. Le 3ème degré était une maîtrise virtuelle qui faisait dépendre sa réussite d’un apport extérieur, c’est maintenant une maîtrise réelle car c’est moi qui m’initie: comme Chevalier, j’ai fait ma PREUVE et je suis apte à être reçu.
Comment les Chevaliers Rose+Croix ressentent-ils, à ce moment, la Parole du Très-Sage qui dit : « I.N.R.I. » ? La langue des oiseaux sans doute de Fulcanelli la traduisant ainsi « LA NATURE EST RENOUVELÉE ENTIÈREMENT PAR LE FEU ».
Il faut donc nous tourner vers la Nature, donc vers la Rose sur la Croix. On y voit une rose vivante sur un bois mort, deux végétaux assemblés et dissemblables. Une rose sur un bois ne poussera pas. Mais l’inconcevable se révèle ici et maintenant : la rose est flamboyante. Un feu sui generis renouvelle la rose de l’intérieur, comme la voix que les Ch. R.-C. ont entendue venant de l’intérieur. Ce feu sui generis est le message d’amour pour les hommes. Il est dans notre psyché la Lumen Naturae (la Lumière de la Nature). Ce souffle, ce feu, mes frères, n’est ni unconcept ni une notion quand j’entends que la Sibylle parle en chacun de nous.
Le feu nous a renouvelé, celui qui nous a fait renoncer à toute image de nous-mêmes, fût-elle bonne. Confère un des sermons de Maître Eckhart qui demande de renoncer même aux joies spirituelles déjà vécues et on pense là à l’anéantissement des récipiendaires au 18ème degré, anéantis disait un frère de l’atelier « jusqu’à en perdre Connaissance », grand C.
Nous ne sommes plus placés en situation de cherchants de la Connaissance comme dans les ateliers de Perfection. Ce feu est celui de l’initiation, quand notre testament philosophique est devenu cendre. Notre testament brûlé est maintenant une rose comme si, au REAA, la rose offerte à la femme de l’initié lors de la cérémonie était annonciatrice du sommet du chemin. La croix dans ses six directions (cf. René Guénon dans « Le symbolisme de la croix « ) a, dans son 7ème point, une rose (batterie de 6 + 1 oblige). Le monde carré trouve donc son sens dans un végétal puisant son énergie à l’intérieur de lui-même. C’est donc la nature dans sa totalité qui est régénérée par cette Parole/souffle. C’est pourquoi aussi, à ce degré, les évènements se déroulent de manière collective.
II – La convergence avec les hommes.
En effet, lors de la cérémonie de réception au 18e degré, les Chevaliers d’Orient et d’Occident disent: « Et nous sommes accourus pour vous en rendre compte ». Important moment ! On dirait qu’ils disent : « Confirmez-moi, Chevaliers Rose+Croix, qu’on a bien trouvé la pierre philosophale ».Laréponse est immédiate : « Oui ! Applaudissons ».
Dans cette dramaturgie, il y a double mouvement : non seulement les récipiendaires sont confirmés dans leur nouvelle position, mais encore, grâce à eux, les Chevaliers Rose+Croix plus anciens sont confortés dans le bonheur et leurs travaux ne sont plus troublés. Il y a bien eu vérification mutuelle, il y a bien eu convergence : convergence spirituelle entre l’Occident et l’Orient bien sûr mais, surtout, convergence à l’infini. Nous savons tous que les parallèles se rejoignent à l’infini, cet infini annoncé au 14ème degré.Les hommes se rejoignent ici dans cet infini que constituent le lieu et le moment de l’amour.
Amour et Liberté surgissent de ce contact avec l’infini. Pour comprendre cela, échappons-nous un instant du rituel.
Un auteur parle de cette convergence, Teilhard de Chardin. Pour Teilhard de Chardin (dont je citerai des extraits des livres l’Energie humaine, Comment je crois et Les directions de l’Avenir), rassembler ce qui est épars nous apporte une conscience de plus en plus aiguë appelée noosphère, arrangement de la matière devenant pensée qui, elle-même, converge vers un point Oméga (Faites-moi crédit de l’imprécision sur cet Omega, tellement il contient d’aspects qui dépassent les limites de cette planche). Pour Teilhard, « cette convergence est la montée d’un dieu ».
Fort de son expérience de paléontologue et de géologue, Teilhard voit cette union créatrice se faire dans la matière, dans la nature. Il écrit: « En nous, l’évolution du monde vers l’esprit se fait consciente…La matière devient esprit », et, en ceci, Teilhard est gnostique et alchimique. Il ajoute: « Dans ce progrès de l’humanité, comment distinguer suprême nécessité de suprême liberté ? ». Quelle est cette nécessité ? La réponse est de Teilhard : « Ce devoirn’est autre chose à son origine que le reflet de l’univers dans l’atome. » Et l’atome c’est chacun de nous! Teilhard se disait déjà enfant de la terre et enfant du Ciel et il ajoutait qu’il n’y avait laissé aucune cloison intérieure, qu’il avait laissé réagir en pleine liberté l’un sur l’autre. Voilà une convergence.
Donc vous ne m’entendrez pas parler de liberté comme de la liberté du possible qui reste à côté de la contrainte, définition très dépressive, mais comme du levier du rassemblement de ce qui est épars pour l’achèvement de la Création. La liberté, c’est faire ce que l’on doit. La loi de l’Ordre étant la loi du Tout fait coïncider nécessité et liberté. Ce devoir est aussi impératif que le destin. Drôle de liberté de celui qui voudrait échapper à son destin ontologique. Je répète la phrase de Teilhard : « Dans ce progrès de l’humanité, commentdistinguer suprême nécessité de suprême liberté ?« . Serait-ce notre « Liberté de passer »?
L’autre aspect de la convergence est l’amour. Pierre-Marie Savaignac écrit : « Tout ce qui vit est Un, les dieux, les hommes, les bêtes. Le but de l’existence est de proclamer la pensée de l’unité et de porter remède à la douleur conséquente à la division. Ce message d’amour définit la mission du Chevalier Rose+Croix ». Cet amour est donc une démarche initiatique qui émerge du Un le Tout. Se connaître est connaître le secret de l’Univers donc rassembler ce qui est épars, autre nom de l’amour. Le Très Sage peut donc dire au rituel : « La charité procède de l’unité du Cosmos ».
Carl-Gustav Jung écrit dans son autobiographie : « Nous sommes les moyens et instruments de « l’amour » cosmogonique, cet « amour » étant un Tout, un et indivisé qui s’impose à l’individu,…qu’il acquiesce ou qu’il se révolte. L’amour ne s’arrête jamais, que ce soit par la bouche des anges ou par l’homme qui poursuit avec une méticulosité scientifique la vie de la cellule ».
Et Saint François de Sales: « L’homme est la perfection de l’univers, l’Esprit est la perfection de l’homme, l’amour est la perfection de l’Esprit, et la charité est la perfection de l’amour. » Et pourmieux comprendre retournons-là: la charité est la perfection de l’amour, l’amour est la perfection de l’Esprit, l’Esprit est la perfection de l’homme et L’homme est la perfection de l’univers.
III – Quel est le prix à payer pour les Chevaliers d’Orient et d’Occident ?
Le Chevalier d’Orient a témoigné de sa fidélité à Jean de Pathmos donc au Livre de l’Apocalypse et le Chevalier d’Occident a juré de verser son sang pour libérer le tombeau du Christ. Quel est le but alors du Chevalier d’Orient et d’Occident réunis comme en témoigne le bijou montrant 2 épées sur une balance? Le rituel y répond: verser le sang pour ouvrir les mystères du Livre aux 7 sceaux.
C’est logiquement et rituellement dans la saignée simulée et dans le passage sur le brasier qu’est ouverte la possibilité d’ouvrir le Livre. Voici le prix à payer. Pour en arriver là, le Chevalier aura tracé l’heptagone en équerre et dans le sens du soleil, indiquant par là que l’on est dans la materia prima, comme enjeu de la transformation. Les épreuves se succèdent. Elles sont le reflet de nos vies présentes.
C’est un acte sacrificiel qui nous est demandé au sens de « faire sacré ». L’Odyssée divine n’est qu’une série de métamorphoses, de morts successives semblables aux cycles du phénix où chaque forme de nous-mêmes, résultat des précédentes est la condition de celles qui suivent. Avec le préalable énoncé par Françoise Bonnardel, « l’âme libérée réalise qu’il n’y avait d’autre commencement qu’un lâcher-prise ».
Enfin, quand le Chevalier est suffisamment mort à lui-même pour renaître de ces cendres, leTau lui permet de faire partie des élus. Il explique la présence du même Tau sur le tablier du Vénérable Maître élu qui se donne à sa loge.
Les renoncements à une image projetée, les petites morts, les épreuves que nous avons tous eues sont donc une transfiguration, elles participent de l’amour sacré qui s’efforce de réaliser la bienheureuse unité. On perçoit plus fortement encore les liens entre les différentes morts vécues par l’initié et la nécessité de l’amour qui s’incarne: Maître Eckart aura cette fulgurance dans un court sermon: « la mort, c’est-à-dire l’amour, sépare l’homme de ce qui est passager ».
Cette unité prend place dans le I.N.R.I. de l’Evangile. Jésus est une émanation de l’essence divine. Il est donc le Logos car le Logos ne se divise pas. Son autre part est celle d’être un homme vivant comme moi.Sa présence en croix réunit le haut et le bas. Le Très Puissant nous dit : « quant à l’agneau immolé, c’est vous mon frère ». Serait-ce que la place de Jésus est la nôtre?Ou serait-ce que la place de la rose est la nôtre? Est-ce que tu n’es pas dorénavant ton propre sauveur?
Pour ne pas considérer tout ceci comme un amusant jeu intellectuel et extérieur, l’ange, nous raconte l’Expert, qui a un pied sur terre et un pied sur la mer (donc dans la réunion des contraires), nous enjoint de manger le Livre afin de connaître les mystères.
Conclusion
L’Amour et la liberté, forcément ensemble, sont maintenant lâchés dans le monde. Ils se traduisent ainsi:
« Aime et fais ce que tu veux » de saint Augustin. Bien sûr le comprendre dans le sens: quand on est dans l’ordo de l’amour, on fait les choses que l’on doit, on n’en désire pas d’autre.
Mais Rabelais, en véritable alchimiste, n’écrira pas le premier mot « aime » de saint Augustin, autrement dit, le nom du feu secret et n’en retiendra que la deuxième partie « Fais ce que tu voudras« . Et pour couper court aux interprétations faciles, on n’oubliera pas qu’on est à l’abbaye de Thélème au sens de la Table d’Emeraude, dans laquelle ne pénétraient que les férus d’Evangile qui savent ce que Thélème veut dire. L’abbaye de Thélème est la demeure de la Volonté cosmique et se compose d’êtres dont le vouloir individuel a été rectifié pour laisser s’exercer en eux cette Volonté-là, sceau de leur unité. Dans cet ordre-là, on ne veut faire nécessairement que les choses justes. On pourrait dire avec Nietzche « libre dans une nécessité toute pleine d’amour ».
Le Très-Sagedit en effet « la parole a vaincu la mort« . Si j’ai donc alchimiquement expérimenté que l’amour domine et dépasse la mort par le moyen du feu sui generis, comme la rose domine la croix, si j’ai donc expérimenté cela, je peux dire avec Simone Weil: « je ne suis qu’un endroit, qu’un endroit par où passe l’amour divin« .
J’ai dit
G d