18°
#415012
La Parole perdue et la Parole substituée
H∴ D∴
A
la Gloire Du Grand Architecte De L’
Univers
DE JS ME JMO JE ,fi JS
Rite Ecossais Ancien et Accepté
Ordo ab chao
Au Nom et sous les Auspices du Suprême Conseil De France
Liberté Egalité Fraternité
Très Sage et vous tous mes FF Chevaliers Rose Croix.
DE JS ME JMO JE ,fi JS
Rite Ecossais Ancien et Accepté
Ordo ab chao
Au Nom et sous les Auspices du Suprême Conseil De France
Liberté Egalité Fraternité
Très Sage et vous tous mes FF Chevaliers Rose Croix.
Lorsque je fus initié à la Grande Loge de France, en tant qu’apprenti, je perdis la parole.
Je ne savais pas alors que quelques années plus tard, mes aînés allaient me faire prendre conscience petit à petit que depuis la nuit des temps, l’humanité dont je fais partie avait perdu définitivement la parole et que seule une parole substituée permettrait à certains d’entre nous de progresser dans la recherche que nous nous sommes imposée, sur le chemin que nous avons choisi.
Il est évident que cette prise de conscience est allée de paire avec la compréhension progressive que la Parole Perdue n’était pas la perte de la communication entre les êtres que je côtoyais journellement mais l’échange qui pouvait exister sur un autre plan, dans une autre dimension, une dimension que je recherchais sans trop le savoir depuis très longtemps, une dimension pourtant que je percevais mais dont l’inaccessibilité par les moyens traditionnels m’avait amené à demander mon admission puis à persévérer dans le monde du Rite Ecossais Ancien et Accepté.
Mais de la même façon que je percevais confusément, je dois bien admettre que j’ai progressé confusément.
En effet, lors de l’initiation au 3ième degré du rite, j’apprends qu’une trinité de mauvais compagnons, puisqu’ils sont moi et que je suis eux en un, tuent un Maître que je ne connaissais pas avant la cérémonie et qui va par sa mort, donner place à un homme nouveau qui n’est autre encore que moi-même.
Le problème, c’est que pendant la substitution des deux corps, un élément essentiel pour la progression du nouveau maître maçon à été perdue, il s’agit bien entendu de la Parole que j’ai mentionnée plus haut, objet principale de cette planche et de ma présence devant vous aujourd’hui.
Mais qu’est donc cette Parole ?
Pour les Dogons, ethnie du Mali et animistes, vivant sur les hauteurs du Bandiagara, deux paroles sont apparues dans la nuit des temps.
La première que je mentionne mais qui est la seconde dans l’ordre d’apparition, est la Parole humide, c’est celle qui a germée dans l’œuf cosmique, qui est le son audible, qui est apparue avec l’homme, qui permet la communication par la parole prononcée entre les êtres et qui est également celle qui est ôtée de la bouche des apprentis maçon sur la colonne du septentrion.
L’autre, la Parole sèche ou Parole première, existait avant qu ‘Amma l’Esprit Premier n’entreprenne la création du monde, c’est la parole indifférenciée, sans conscience de soi, elle est présente dans toutes les oeuvres de la création mais l’homme ne la connaît pas car elle lui est inaccessible, c’est la pensée divine, dans sa valeur potentielle.
La communication et l’intersession avec le divin, l’approche des mystères de la création, n’est possible que par l’intermédiaire d’initiés, seuls possesseurs des secrets de la Parole Première.
La notion de Parole fécondante, de verbe porteur et créateur est présente sur tous les continents; En Afrique, dans les régions sud et nord américaines, en Orient, en Extrême-Orient.
Un autre exemple !
Pour les Canaques la parole est l’acte Initial dont la puissance est telle que la malédiction prononcée est considérée comme une arme absolue, non par la force de l’homme qui lance la malédiction car celui-ci n’a aucune force intrinsèque mais par l’acte de la parole du dieu ou de l’esprit invoqué, lequel peut couper le flot de la vie de l’être maudit.
Avant l’ère chrétienne, chez les philosophes, la parole fut également un élément de ré flexion intense.
Pour Héraclite, c’est la loi de l’être; Pour Platon la source des idées; Pour les stoïciens, le sort et la raison immanente en l’ordre du monde ; Pour les néo-platoniciens, le logos, est un aspect de la divinité et en fin pour le juif grec Philon, c’est l’intelligence divine, celle qui organise le monde.
La franc-maçonnerie ne pouvait pas ne pas en faire la clef de voûte de sa recherche existentielle et spirituelle.
En effet animés d’un réel besoin de savoir et de connaître les raisons, la finalité de son parcours d’être vivant, pensant et conscient de son existence, l’homme, initiateur de la franc-maçonnerie, d’origine chrétienne, ne pouvait qu’être interpellé par les textes du livre de la loi sacrée.
Bibliquement, à ma connaissance, seuls deux hommes entendirent directement la voix de Dieu, ce furent Adam et Moise.
Avant et après Moise les communications ne se firent que par l’intermédiaire de songes, de rêves, de périodes d’extases ou de voix d’anges.
Adam, souvenons-nous en, le premier homme selon le livre de la genèse, était en mesure de converser directement avec Yahvé
.
Il avait été créé avec l’humble « limon de la terre » mais il avait reçu directement de Dieu le « souffle » divin qui l’avait animé.
Pendant la période qui suivi cette naissance, les rapports entre l’homme et son créateur, étaient empreints d’une certaine pureté car la connaissance n’était pas encore en l’homme et le bien et le mal, telles les misères de la boite de Pandore, n’avaient pas été libérées.
Cet Adam qui signifie « homme » dans le sens épicène du terme ou encore « humanité », avait-il perdu la Parole telle que nous l’entendons ? Il est probable qu’il ne l’avait jamais possédé car le temps n’était pas encore venu pour lui de la comprendre, « Le temps est l’ennemi de la connaissance » disait Maître Eckart; Mais elle existait, présente dans l’éther, pas très loin, il aurait suffit qu’il conserve l’espérance et la foi pour que celle-ci lui soit probablement révélée.
Au lieu de cela, Adam s’éloigna de son créateur en s’enfermant sur lui-même, seulement attentif à son propre bien-être, seulement soucieux de son confort matériel et si la Parole ne lui avait jamais été donnée, elle lui était maintenant à jamais inaccessible.
Puis le temps passa; Des hommes s’aperçurent que l’essentiel n’était pas uniquement dans la recherche du plaisir matériel mais qu’il existait autre chose, bien plus important, que cette chose était d’essence divine et que son approche nécessitait une recherche spirituelle, demandant un travail axé sur la Connaissance avec un grand C.
Des hommes succédèrent à d’autres hommes, des bribes de savoir s’accumulèrent à des bribes
de connaissance mais il manquait toujours l’essentiel soit, les lettres qui devaient former le mot de la Parole perdue, symbole de la connaissance universelle, celle vers laquelle tout homme avide de la science du sacré souhaitait se tourner.
Enfin, le temps arriva où le propriétaire du savoir absolu décida qu’il était maintenant possible d’aider l’humanité, je passerai bien évidemment sur toutes les péripéties relatées en détail dans le livre de la loi sacrée qui eurent lieues après le départ d’Adam du jardin d’Eden pour arriver directement à Moise, le deuxième homme à qui la Parole de Yahvé fut adressée directement.
Avant l’épisode du buisson ardent, le Dieu des juifs, n’était connu que sous le nom de Shaddaï dont la signification pourrait être selon les exégètes soit le « Destructeur » soit le « Dieu de la montagne » soit encore « Celui qui garde les portes d’Israël », il désignait tout simplement, le Dieu auxquels se référait l’un des peuples de l’époque.
Aussi lorsque Moise reçoit le véritable « Nom », la véritable « Parole », il devient théoriquement en mesure de posséder la connaissance universelle et même de prendre pouvoir sur son propre Dieu selon les traditions orientale de l’époque car donner un nom à quelqu’un ou tout simplement le prononcer permettait d’avoir autorité sur lui.
Oui mais !
Mais Moise est affublé d’un sérieux problème d’élocution et de prononciation, il le dit lui-même « J’ai la langue embarrassée » (Ex4 : 10)
Alors, la Parole ne fut-elle pas perdue aussitôt qu’elle fut reçue ?
Les divers degrés de la franc-maçonnerie nous enseignent à progresser dans la quête de la Parole perdue ainsi que nous l’avons vu au tout début de cette planche, le Maître maçon reçoit à défaut de la Parole véritable, un mot de substitution «Mac Bénac », cela lui permettra dans un premier temps de tenir en attendant une autre progression sur le chemin de la vérité.
Ce premier mot, car nous savons que nous allons parler de trois mots substitués, est une première et importante étape dans la progression initiatique.
Le Maître maçon qui le reçoit comprend à ce moment que le mot substitué est un symbole, le symbole d’une absence qu’il faut retrouver.
Cette perception stimule le travail de l’imagination pour aller vers la recherche du divin qui est en nous, autours de nous mais dont bien souvent nous avons le plus grand mal à nous approcher car justement il nous manque la clef, la clef de la Parole.
L’étape suivante amène l’initié à la découverte du second mot de substitution de la Parole Perdue, יהוה
Yod-Hé-Wav-Hé Adonaï, le nom du Dieu de la Bible, du Dieu de Moise à la prononciation si incertaine.
Pourtant seule sa prononciation exacte nous permettrait de renouer avec le divin et les grands mystères de l’univers, symboliquement parlant, si nous y arrivions cela voudrait dire que nous sommes proche de la perfection, voire que nous sommes parfait et que le temple que nous nous efforcions de construire en nous est terminé et surtout suffisant or nous savons que le temple terrestre n’est pas le but ultime de nos recherches.
Ce deuxième mot sacré annonce tout simplement l’accomplissement de l’ancienne loi, c’est l’ultime degré lié à construction du temple de Salomon, la construction du moi par le savoir qui doit ensuite aller vers le temple idéal, la Jérusalem Céleste bâtie grâce aux fondations du savoir, certes mais élevée au mortier de la connaissance.
Pour autant, peut-on totalement se détacher et re jeter le temple de Salomon dans lequel nous avons travaillé, progressé, grandi pendant des années, il est évident que non car l’homme fait de chair et de sang à une nécessité vitale de se raccrocher à un cadre palpable et visible sinon….aurions nous besoin quelque soit le degré pratiqué de se réunir dans des lieux bien définis, entouré de ces pierres qui sont nos frères, dont l’ensemble forme ces hauts temples du savoir, ferments de la connaissance ?
En restant présent symboliquement parlant mais aussi physiquement dans les temples des degrés inférieurs, le Chevalier Rose Croix sait dé jà que la finalité de son parcours initiatique se situe dans une autre dimension, celle du troisième mot de substitution.
Lorsque les Chevaliers d’orient et d’occident amènent ce dernier mot substitué après l’avoir découvert sous les ailes du phénix renaissant de ses cendres, au maître de la Loge du Souverain Chapitre, celui-ci épèle les lettres « I.N.R.I. et s’écrit, « C’est la Parole ! »
Mais presque aussitôt, il précise : Les rituels anciens traduisent ces lettres par « Jésus Nazarenus ex Judaeorum » qui veut dire, Jésus le Nazaréen, roi des juifs.
Puis il ajoute que pour le Chevalier Rose Croix, la signification de ces lettres peut être traduite de la façon suivante : « Igne Natura Renovatur Integra » dont la traduction est : La nature est renouvelée entièrement par le feu.
En fait, la pluralité des mots substitués, les différentes possibilités de traduction du dernier mot, montrent qu’il ne nous est pas plus possible de prononcer le véritable mot de la Parole qu’il n’a été possible pour les hommes aussi grands initiés qu’ils aient pu l’être, de le faire.
Alors qu’en est-il de la Parole Perdue, qu’en est-il de cette Parole que nous recherchons sans cesse depuis notre entrée en franc-maçonnerie ?
Nous venons de le voir, bien que le Très Sage se réjouisse de la trouvaille des Chevalier d’orient et d’occident, le mot est et restera un mot substitué.
Car la Parole Perdue, ne peut se situer que sur le plan soit du symbole tout court, soit d’une symbolique divine à l’instar des animistes Dogons ou des chrétiens avec le verbe du prologue de Jean.
Quoiqu’il en soit, le Chevalier Rose Croix avec la découverte des lettres I. N. R.I. est théoriquement à même de maîtriser cette symbolique, il sait qu’il va s’investir dans le cheminement de son itinéraire spirituel par l’unique pouvoir de son esprit, le combat contre les trois mauvais compagnons devrait avoir été gagné, je dis bien, devrais car la foi et la charité semblent, sur le parcours, avoir été un peu égarées.
Les temples terrestres ont été par deux fois détruits parles assassins d’Hiram, les ténèbres et la douleur triomphent sur la terre.
Or qu’apprenons-nous dans les Souverains Chapitres, que la foi et la charité viennent tousjuste d’être à nouveau perçues grâce à l’espérance.
Le franc-maçon en devenant Chevalier Rose Croix, passe d’une période de combats et de construction du savoir vers une étape où le pouvoir de l’esprit va prendre le pas sur la conduite de sa vie qui sera désormais axée sur l’amour de son prochain.
La progression initiatique s’est déroulée de degrés en degrés par la transmission du savoir des plus anciens vers les plus jeunes, chacun est à même d’habiter maintenant son temple intérieur; reste l’ultime étape, la compréhension que l’homme ne pourra jamais gagner l’extase de la Jérusalem Céleste si comme l’écrit Jacques dans son épître (2:17) « Il en est ainsi de la foi : si elle n’a pas les oeuvres, elle est morte en elle-même ».
La véritable prononciation de la Parole, est et restera à jamais du domaine du symbole, donc imprononçable, par contre sa signification perceptible par les mortels que nous sommes, réside dans la compréhension que seule, la nouvelle loi doit régner sur notre vie.
L’espérance qui nous a conduite jusqu’ici nous a permis de comprendre que la foi et la charité étaient des éléments essentiels dans la recherche de notre spiritualité et que cette dernière ne pouvait atteindre sa plénitude que dans le don de soi et par l’amour que nous devons porter à l’humanité.
Je dis bien « portée à l’humanité » et non seulement à l’homme.
En effet l’amour porté à l’homme singulier, peut-être éphémère, un jour on s’aime, le jour d’après on s’aime moins, voire plus du tout, de plus, l’amour, lorsqu’il est tellement pro fond que chaque douleur ressentie par l’autre est une souffrance intolérable pour soi-même, devient un amour insupportable qu’il convient d’éviter dans sa forme la plus extrême sous peine de perdre sa raison et sa santé.
L’amour qui doit nous habiter est un équilibre difficile entre l’amour de notre prochain vers lequel doit se porter nos élans et l’amour du monde qui doit se construire sur la compréhension de l’ordre et de la marche de l’univers, cet amour qui est strictement du domaine de la spiritualité pure s’acquière par une démarche de réflexion, de méditation, de transcendance que seul un travail personnel peut permettre d’atteindre.
Et alors seulement et seulement à ce moment là nous seront en mesure de comprendre réellement le pouvoir et le sens exacte que les initiés donnent aux mots K La Parole H
J’ai dit Très Sage et vous tous mes FF Chevaliers Rose Croix.