La symbolique du Pélican chez les Chevaliers Rose-Croix
D∴ L∴
Le symbole donne accès à l’expression des multiples sens cachés de la représentation.
Gros oiseau aquatique palmipède, dont la mandibule inférieure est garnie d’une grande poche membraneuse extensible où il met en réserve le produit de sa pêche, le produit de son travail, le produit de son devoir de parent, le produit qui donne un sens, non pas à sa vie, mais à la multitude de vies de sa descendance.
Ce grand oiseau peut paraître pataud et maladroit lorsqu’il marche sur le sol, mais il devient merveilleusement agile et gracieux dans les airs, dès qu’il quitte la terre pour évoluer dans le ciel. A l’image de cet oiseau emblématique, le Ch R-C doit dépasser les conditions de sa pesanteur profane, s’élever et réaliser par là, le lâché-prise de sa matéria-prima par le ressenti profond de son immanente transcendance.
Le Pélican pêche sa nourriture dans l’eau, l’Eau, élément de purification, la nourriture qu’on en retire est donc pure par définition, d’où le rituel du baptême et ses aspects initiatiques :
Dans le dictionnaire des symboles de Jean CHEVALIER et Alain GHEERBRANT :
« Toutes les démarches de cette cérémonie initiatrice traduisent la double intention de purifier et de vivifier. Elles révèlent aussi la structure feuilletée du symbole :
Au 1er plan, le baptême lave l’homme de toute souillure morale et lui octroie la vie surnaturelle (passage de la mort à la vie : la renaissance),
Au 2ème plan, il évoque la mort et la résurrection du Christ : le baptisé s’assimile au Sauveur, son immersion dans l’eau symbolisant la mise au tombeau et sa sortie la résurrection,
Au 3ème plan, le baptême délivre l’âme du baptisé de l’assujettissement au mal et l’introduit dans la milice divine en le marquant du sceau du Saint-Esprit…cette cérémonie n’opère pas une transformation magique, elle confère la force de se développer par la foi et les œuvres dans le sens de l’Evangile. Toute cette liturgie symbolise et réalise, dans l’âme du baptisé, la naissance de la Grâce, principe intérieur de perfectionnement spirituel ».
Le Pélican c’est bien sûr le thème de la pêche et du poisson qui est constant dans l’évangile, depuis le début (appel des quatre premiers disciples pêcheurs reprisant les filets de leur père). Le poisson symbolise aussi l’homme : Simon-Pierre, la pierre angulaire de l’église, sera un « pêcheur d’hommes ».
Ce pêcheur qu’est le Pélican fait également référence à un symbole fort de la Bible : le Poisson, alors que les sacrifices païens sont faits d’animaux, le Poisson, lui, sert de nourriture rituelle et il est l’objet de miracles accomplis pour donner la foi.
Le mot grec Ichtus (= poisson) est en effet pris par les chrétien comme acrostiche, chacune des cinq lettres grecques étant regardée comme l’initiale d’autant de mots qui se traduisent par : Jésus-Christ, Fils de Dieu, Sauveur, Jesu Kristos Theou Uios Sôter. Le poisson devient l’idéogramme des chrétiens.
Les légendes abondent dans lesquelles le pélican ravive son défunt jeune en se déchirant le côté et l’arrosant avec le sang de sa vie. Pendant le Moyen Age, de nombreux artistes ont placé un pélican avec son nid au-dessus de la croix.
A toutes les époques, l’Art religieux s’est emparé du Pélican et l’a représenté sous différentes figures, fresques, peintures, sculptures, gravures… On en retrouve des traces multiples et diverses de par le monde qui, souvent relèvent de l’Art. C’est le cas pour Rome à la Basilique Saint Pierre où le Pélican figure au dessus du siège du grand pénitencier car il symbolise la rémission des péchés. Dans l’église Saint Sulpice à Paris on le retrouve dans la Chapelle de la Vierge où il symbolise l’Amour maternel. On le voit également dans l’église de Léau en Belgique, fondée au VIIème siècle par Saint Rémacle, dans la tour du Saint Sacrement.
Mais il semblerait que les plus anciennes légendes, à propos du Pélican viennent d’Egypte transmises par l’Horapole (Horus Apolo XVème traduction de hieroglyphe). Le Pélican, imprudent, fait son nid à terre où il a déposé ses œufs qui éclosent, exposant ainsi les nouveau-nés aux prédateurs. Dès le second siècle de notre ère, les premiers chrétiens ont utilisé la fable égyptienne à l’origine du Pélican, vivifiant ses petits à l’aide de son sang faisant de cet animal l’emblème du Rédempteur.
Charbonneau-Lassay (1871- 1946) symboliste dont la mission fut d’enfouir l’apparent dans le visible dans son bestiaire du Christ) a repris à son compte le symbole du Pélican que Villard de Honnecourt avait déjà utilisé dans la première moitié du XIIIème siècle comme emblème du sacrifice-tout comme l’agneau – et de la Charité comme emblème chrétien. L’agneau est sacrifié, le Pélican se sacrifie pour transmettre la vie (à ses petits). La différence réside dans l’action et pour nous Ch R-C cela nous « ordonne » de nous situer dans l’action (si l’agneau est sacrifié c’est la volonté de Dieu et si le Pélican se sacrifie c’est qu’il fait son Devoir).
L’italien Dante (1265-1321) mentionne le Pélican dans son chef-d’œuvre de la « Divine comédie », lorsqu’il parle de Saint Jean (Le Paradis, XXV) : « Voilà celui qui reposa sur le sein de notre Pélican. Ce fut lui que, du haut de la Croix, Jésus élut pour le grand Devoir ».
En fait, cette légende du Pélican est le fruit d’une vision mystique de l’observation, purement ornithologique, du Pélican donnant à manger à ses petits les poissons qu’il a pêchés et emmagasinés dans la poche intérieure de son bec et, qu’il essore sur sa poitrine. Par cette ouverture mystique, le Pélican est devenu symbole de sacrifice, puis symbole de la mort sacrificielle du Christ puis enfin symbole du sacrifice Suprême par Amour pour l’humanité (pervertie). Nous sommes loin du Pélican impur du Lévitique…
En alchimie, le pélican servait de récipient circulatoire : sa panse était également surmontée d’un chapiteau duquel partaient deux tubes qui rentraient latéralement dans cette même panse, de sorte que le liquide distillé retombait constamment dans cette dernière (Caron, Hutin, Alchimistes, 1959, p.63).
Dans le Physiologus (texte grec IIème siècle associant textes de la Bible et descriptions d’animaux) de l’Antiquité tardive, le Pélican va jusqu’à tuer ses petits qu’il peut ressusciter, trois jours après, en les abreuvant de son sang, au sacrifice de sa vie ! Cette notion de revivification constitue la base même du sens alchimique du Grand Œuvre. Il apparaît dans le Mythe de la Genèse dans l’œuf, de l’Opus Magnum. Le grand Œuvre représente tout le processus alchimique qui mène de la « MatériaPrima », où les forces antagonistes encore isolées, s’opposent violemment dans le chaos originel. Tout au long du processus ces forces sont intégrées progressivement pour atteindre une parfaite harmonie sous la forme de la « Pierre Philosophale ». Avant ce stade ultime, vers lequel tendent les efforts de l’initié, nous retrouvons étrangement associé, le Pélican dans son image classique, s’ouvrant le cœur avec son bec, pour en faire jaillir le sang – la teinture – qui redonnera vie à ses petits – les vils métaux avant la transmutation définitive. C’est en effet dans le sens de purification intégrale que les Alchimistes ont considéré le Pélican, quand ils ont désigné sous le nom de « sang de Pélican » l’état des éléments destinés au Grand Œuvre, après une longue série de purifications préalables.
C’est la fin de la réalisation de l’homme sur terre. Le Pélican est encore terrestre, mais totalement réalisé. Il est blanc comme la pureté nécessaire à toute réalisation et Rouge à la fois car il annonce l’étape suivante où surgit le Phénix.
En alchimie, le Pélican est un père nourricier, une matrice active, un androgyne passif et actif tout à la fois.
Le sang est comme le vin de la terre, une boisson purifiée, distillée, digérée. Il est nourriture spirituelle et rappelle l’une des missions du Chevalier Rose-Croix : donner à boire à ceux qui ont soif !
Le Pélican devient l’Athirshata, l’échanson du roi, le tonnelier divin. Il illustre le Chevalier Rose-Croix que l’on appelait autrefois « Le Chevalier du Pélican ».
Le sang du Pélican est ici, la quintessence naturelle. Il représente la Charité, une des vertus théologales que les Chevaliers d’Orient et d’Occident font siennes : La Foi, la Charité et l’Espérance. Le sang versé est le symbole du sacrifice qu’exigeait la voie du devoir pour atteindre la Vérité et la Parole Perdue. Ce symbole du sacrifice concrétise la mort du Fanatisme, de l’Egoïsme et de l’Ambition, mais en même temps il ouvre la voie du Cœur – centre de l’Être – et siège de l’Âme et de l’Amour. Il symbolise la grande voie universelle du sacrifice et de l’altruisme. A l`époque du compagnonnage et dans les signes secrets de reconnaissance, il y avait : le triangle – la truelle – l’équerre – le compas et, également – le Pélican – symbole d’entraide et de charité (pour ne pas dire d’Amour).
A l’instar des pélicaneaux qui tendent vers le haut, le bec entrouvert, les hommes ont faim de connaissance et soif d’Amour et de spiritualité. Le Chevalier Rose Croix a pour mission de « donner à manger à ceux qui ont faim et à boire à ceux qui ont soif » Il se doit de reconnaître avec discernement l’âme en détresse de spiritualité, et lui donner ce dont elle a besoin pour grandir et prendre son envol. Le Chevalier, comme le Pélican ne peut laisser mourir le sentiment de l’amour divin, qui étend ses ailes sur la terre.
Le symbole a été intégré par l’église chrétienne pour représenter le Don du Christ Rédempteur, dans le mystère de l’Eucharistie.
Le Pélican est toujours associé au phénix, oiseau mythique qui renaît de ses cendres. En rapport avec le feu qui couve sous les cendres, il indique l’étape suivante de réalisation qui ne peut plus être terrestre.
On peut reconnaître cette dualité fondamentale entre le Pélican qui représente la nature humaine, et le Phénix, symbole de la nature divine, ils sont chacun sur un côté du bijou du Ch R-C cela montre que c’est par l’empathie, l’amour agapè et le sacrifice que la nature divine notre nature Divine peut nous être révélée.
C’est la réalisation spirituelle de l’initié parfait qui ne peut avoir lieu qu’au dessus du Cœur de la Croix, point où la Rose Mystique s’épanouit.
Ensemble ils symbolisent le signe et le contre signe.