Le Pélican et le Phoenix
M∴ A∴
A la Gloire
du Grand Architecte de L’univers
Au Nom et Sous les Auspices du Suprême Conseil de France
Deus Meumque Jus
Ordo Ab Chao
Liberté, Egalité, Fraternité
Très Sage et vous tous Chevaliers R + C, en vos grades et qualités, je vous propose quelques réflexions sur le Le Pélican et le Phoenix.
1/ Après le coq du cabinet de réflexion voilà qu’au 18ème degré, à l’Orient, deux autres oiseaux apparaissent au bestiaire du REAA sur notre chemin initiatique ; le Pélican et le Phoenix. Ces deux symboles importants, à eux seuls résument l’enseignement du grade. Ils confirment la posture qu’on doit avoir en tant que C R+C et le sens de notre recherche en général.
L’homme est enfermé dans un carré ou une boite entre la naissance et la mort du corps physique, ce corps subit une entropie ou dégradation progressive à partir de l’âge de 42 ans. L’hermétisme nous rappelle que « …la vie humaine n’est qu’un point dans l’Univers… » ; Vu de l’Univers, l’homme peut paraitre très éphémère.
Cet enfermement en deux dimensions horizontales, X et Y, lui pose un problème existentiel. Ainsi, Il veut à tout prix dépasser, transcender ses limites naturelles. Lorsqu’il se met à observer les oiseaux, il veut lui aussi évoluer en 3 dimensions comme eux ; aller vers le ciel. Pour lui, le vol de l’oiseau est un symbole de liberté ; voire même un lien entre le ciel et la terre. Mais attention, on connait tous, le mythe grec d’Icare, qui voulait aller trop haut, trop vite.
En maçonnerie, au 18ème degré, on retrouve l’aigle, sur les tableaux du 1er et 2ème Temples. Il est le symbole de suprême puissance et de majesté ; on parle bien de la vision d’aigle, de l’aigle royal et de l’Aigle bicéphale du SCF. Cet oiseau a été utilisé par les romains, d’autres nations et même Hitler…
Dans la bible, après le Déluge, la colombe symbolise la paix, mais il est aussi le symbole dans le Genèse, de l’Esprit de Dieu se mouvant sur le dessus des eaux. La colombe se trouve aussi sur le tableau du 2ème Temple. En général, la plupart des oiseaux sont considérés comme symboles positifs. Cependant il existe des exceptions avec par exemple : les vautours, les rapaces comme les chouettes et les hiboux.
L’oiseau symbolise l’âme ou l’esprit, cette partie qui échappe à la matière. L’oiseau est un symbole céleste, il s’oppose au serpent, qui lui est seulement capable de ramper. Dans l’interprétation des rêves, l’oiseau est associé à l’élément air, au voyage, au mental et au besoin d’évoluer. A contrario, le serpent est associé à la terre et aux instincts au mal. En Egypte, l’oiseau BA représente l’âme du défunt qui quitte le corps.
2/ Revenons au Chapitre au REAA, …placé à l’Orient et au nord, se trouve le Pélican qui est de couleur blanche dont l’abdomen est ouvert pour donner à manger à 7 petits, l’abdomen est rouge. C’est par charité qu’il s’ouvre le ventre, Charité à ses petits. Là, les légendes anciennes en ont fait le modèle de l’amour parental. Il renait en ses petits. Le Pélican est placé coté Lune, alignée à la colonne B, Il est donc de principe féminin et il est lié à la matière. Le Pélican correspond au Contresigne.
Il est un oiseau aquatique et Il vit dans les zones humides et chaudes.
Ce symbole nous vient de l’Eglise. Le pélican est vite apparu comme un symbole christique puisqu’il donne son corps en nourriture, à l’instar du pain eucharistique. Saint Augustin avait déjà souligné la similitude « pélican et Christ » dont le sang vivifie les croyants.
Pour nous, au 18ème, le symbole du Pélican est celui du sacrifice et de résurrection. Il symbolise aussi toutes les vertus.
Sur le bijou du C R+C, il y a un Pélican entre les deux branches d’un compas ouvert à 60. Les 7 petits Pélicans représentent les 7 vertus (4 cardinales et 3 théologales) ainsi que les 7 pointes de la couronne au-dessus du compas.
Ce degré est basé sur des aspects christiques mais aussi sur un fond alchimique et hermétique. Dans la symbolique alchimique, l’âme prisonnière dans le corps est représentée par un carré (les 4 éléments), comme j’avais indiqué plus haut concernant les limites de l’homme ordinaire. Mais, l’âme libérée du corps, est représentée par une croix.
Toujours sur le bijou, c’est bien une croix latine rouge qu’on trouve au-dessus du Pélican ; pour moi cela représente que l’initié purifié par le sacrifice (sacrifice de son égo) et par les vertus, change d’état pour entrer dans l’état de Rose Croix.
La couronne au-dessus indique qu’il est sur une Voie Royale et alchimique.
La couleur blanche du pélican symbolise le dépassement de la première phase de l’œuvre alchimique, qui est l’ouvre au noir, la putréfaction, la mort d’Hiram. La thématique depuis le 1er degré, reste toujours La mort et l’après-mort…
La rose rouge au-dessus de la Croix sur le bijou indique cette ouverture de la conscience individuelle vers le macrocosme, c’est la troisième phase alchimique, c’est l’expérience du rouge. C’est le sang du Pélican, ou plutôt le sang du Christ, véhicule de vie et de la résurrection.
Sur le plan symbolique les 3 phases putréfaction, coagulation et dissolution des alchimistes correspondent respectivement en maçonnerie à : mort, résurrection et initiation. L’initiation est en fait la dissolution du Moi dans le Soi.
3/ Placé également à l’Orient mais coté sud sous le soleil se trouve l’oiseau mythique qu’on nomme le Phoenix. A coté du Phoenix se trouve une croix latine portant au centre une rose rouge à 5 pétales.
Sous le soleil, alignée à la colonne J, le Phoenix est de principe masculin et il est lié à l’esprit au Iod des Juifs. Le Phoenix correspond au Signe et s’oppose au Pélican qui symbolise le contresigne.
Etymologie : Le terme grec φοῖνιξ / phoinix renvoie à plusieurs sens : l’oiseau lui-même, mais aussi la couleur rouge ou plutôt le pourpre.
En Egypte, Le phœnix est un oiseau légendaire, doué de longévité et caractérisé par son pouvoir de renaître après s’être consumé sous l’effet de sa propre chaleur. Il est rattaché au culte du soleil et Il symbolise ainsi les cycles de mort et de résurrection.
Le phénix était une sorte d’aigle, mais de taille considérable ; son plumage se paraît de rouge, de bleu et d’or éclatant, et son aspect était splendide. Après plus de cinq cents ans, n’ayant pu se reproduire, le phénix, quand il sentait sa fin venir, construisait un nid de branches aromatiques et d’encens, y mettait le feu et se consumait dans les flammes.
Des cendres de ce bûcher, surgissait après 3 jours un nouveau phénix, qui contrôlait le feu de mieux en mieux à chaque résurrection ; c’est aussi pour cela qu’on le nomme oiseau de feu (ses ailes se teintaient d’un rouge flamme et se réchauffaient jusqu’à ce qu’un feu ardent en sorte, tandis que son bec pouvait, s’il le voulait, embraser une forêt avec un feu presque aussi puissant que les flammes du Soleil).
Dans la mythologie juive, le Phoenix est le seul oiseau, appelé Khôl (עוף החול), qui ne mangea pas de ce fruit défendu du Paradis. C’est pourquoi cet oiseau vit éternellement. Il vit une période de mille ans au terme de laquelle un feu jaillit de son nid et le consume ne laissant plus qu’un œuf, et de cet œuf il grandit de nouveau.
Le Phoenix est un symbole universel car on le retrouve dans toutes les mythologies ; chez les Perse, les Grecs, les romains, les chinois, etc.
4/ Il est important à ce stade est de voir l’idée qui est sous ces deux symboles majeurs. Comment ces symboles peuvent-ils éclairer notre quête de la Vérité ? La thématique est la Mort le fil rouge du corpus maçonnique.
L’hermétisme et l’alchimie sont la base de notre rite. Ils nous aident à dégager l’esprit de la matière, le subtil de l’épais. Au Chapitre, le Très Sage suspend et reprend les travaux par le signe et le contresigne hermétique. Ces signes proviennent du texte gravé de la table d’Emeraude de l’enseignement de Thot.
Au REAA nous voyons la mort en trois fois. 1/ le vieil homme qui meurt dans le cabinet de réflexion, 2/ Hiram qui se fait assassiner par les mauvais compagnons et 3/ le Christ qui meurt sur la croix.
Le rituel nous laisse penser qu’à chaque fois que ce n’est pas la Fin…mais une fin d’un cycle. C’est ça la flamme de l’Espérance qui brille quand tout est éteint, quand tous les Temples construits sont détruits.
L’apprenti renait maçon, cette renaissance symbolique avec l’aide des outils symboliques, va accroitre sa vision. Concernant Hiram « il renait dans la personne des nouveaux maitres plus radieux qu’avant… », là c’est une substitution, le maître a déjà la parole en lui parce que il est Hiram, mais dans ce monde ici bas pour continuer le mot est substitué. C’est pourquoi il doit chercher en lui. Le Christ lui, ressuscita 3 jours plus tard, il apparait aux apôtres. L’immortalité de l’acacia est réitérée par le symbole du Phoenix. Le lien entre ces 3 morts symboliques est l’Etre. L’Etre ne meurt pas…c’est seulement sa manifestation qui disparait. La Lumière chasse les ténèbres. La Connaissance de notre vraie nature chasse nos projections éphémères & illusoires.
Le rituel nous pousse à transcender notre condition humaine ; mais Comment ?
Le vrai alchimiste ne cherche pas à faire de l’or pour s’enrichir mais il recherche l’Absolu en accédant à l’illumination. C’est en travaillant sur les 3 principes dissolution / coagulation / combustion de la matière que par analogie il s’initie. En travaillant sur la Materia Prima il travaille en même temps sur l’Esprit. Car par analogie « ce qui est en haut est comme ce qui est en bas ».
Ce principe analogique est la base de la méthode maçonnique. Le maçon construit le Temple de Salomon et en même temps il construit son Temple intérieur. Le travail extérieur a une résonnance à l’intérieur de lui.
L’initié s’ouvre progressivement aux principes divins du macrocosme. Mais, le processus ne fonctionne qu’avec une âme purifiée (ou en alchimie le soufre purifié…) d’où l’accent mis sur les 7 vertus que portent le C R+C.
Le sens métaphysique qu’on recherche est donné par la synthèse des deux symboles traités. Le Pélican du 18ème, principe féminin, rattaché à la terre, évoque une mort et renaissance dans ses petits comme Hiram dans les maitres et comme Jésus dans ses apôtres par le mystère de la Cène. C’est le principe de l’immanence. Le Un est dans le tout.
Le Phoenix, oiseau mythique Egyptien est différent. Le principe masculin, principe du feu ou du Yang va mystérieusement renaitre de lui-même. C’est la régénération qu’est l’œuvre au rouge alchimique.
Le Très Sage en brulant le pain et le vin de la Cène dit « Le feu régénère toute chose…tout est consommé » C’est bien le feu de l’amour qu’il s’agit ; c’est la vertu par excellence du C R+C. Le rituel nous met en contact avec le mythe Christique pour ensuite nous basculer sur le mythe égyptien de la régénération.
D’un mouvement horizontal, terrestre, immanent, du pélican, on bascule vers la verticale par le mythe de l’immortalité du Phoenix, principe feu, vers une transcendance, le tout avec l’espérance comme dénominateur commun.
En effet le Phoenix représente le feu éternel source de vie et de Lumière, il renaitra toujours de ses cendres.
La vision des trois religions monothéistes révélées est linéaire. L’existance de l’homme est sur une base de temps linéaire, naissance-vie-mort-vie éternelle après la mort, assez proche de l’idée du Pélican.
La vision issue du mythe égyptien du Phoenix vient rajouter une dimension cyclique, la régénération c’est qu’il y a changement d’état mais on revient à l’état initial. On reprend un cycle mais à chaque fois le Phoenix s’améliore.
On pourrait symboliser ces deux visions par une spirale ascendante qui représenterait l’évolution des espèces, l’évolution du plan du GADLU.
En fouillant, on s’aperçoit que la religion catholique a presque tout gommé de cette vision cyclique de la pérégrination des âmes après la mort avant de repartir avec un autre corps. C’est ce que les autres nomment la réincarnation ou la Métemphychose. C’est la spirale va se déployer jusqu’à la libération finale de l’âme vers l’Esprit. C’est la réintégration dans le Grand Soi.
La vérité ne peut venir que d’une association de ces deux mouvements, ces deux principes complémentaires.
Dans l’hermétisme, il est dit que le Principe féminin dissolve le masculin et que le masculin fixe le féminin, L’esprit dissout le corps et l’assouplit et le corps fixe l’esprit. Ces deux principes reliés ou le Pélican plus le Phoenix donnent au REAA l’aigle bicéphale, au-dessus du Pélican et du Phoenix.
C’est le symbole du retour à l’Unité ou la Réintégration. C’est aussi notre Delta Lumineux du 1er degré. C’est les noces alchimiques ou Royales d’où la couronne sur la Rose du bijou. Arrivé au centre par la compréhension des opposés et de leurs complémentarités, le maçon doit se transcender comme le Phoenix pour connaitre l’Absolu. Il doit quitter son fonctionnement dualiste.
Le Rite propose au 17ème degré, après le dépassement du temps et de l’espace manifestés, la Jérusalem Céleste, cela après la thématique de l’Apocalypse. Il est à noter que le concept Apocalypse remonte bien avant St Jean de Patmos chez les juifs 2000 ans avant l’ère chrétienne.
Ce lieu Edénique de la Jérusalem Céleste est à l’intérieur du maçon. Mais il est sur un autre plan, là où la géométrie ne peut l’imaginer ou la représenter, là où l’intellect ne peut l’appréhender, là où les repères de l’initié n’existent plus. Le centre devient partout et nulle part. La dualité est enfin résorbée.
La difficulté de l’homme moderne, scientifique, est sa vision occidental. Elle est caractérisée par une logique binaire ; il recherche la vérité, l’Absolu, il veut tout standardiser ; sa vision du monde et du macrocosme est très linéaire tout comme le formatage judéo chrétien.
L’oriental lui, il a une logique floue, il n’a pas de vérités toutes cuites mais des opinions, Il n’est pas dans la standardisation mais dans le contextuel, il sait que tout est relatif voire illusoire. Il a une vision cyclique du microcosme et du macrocosme. Cela lui permet de penser qu’il y a une seul vie mais qu’elle est vécue plusieurs fois.
Pour conclure mes F F C C R R + C C une petite phrase de l’Apocalypse ch 3,12 : « Celui qui vaincra, je ferai de lui une colonne dans le temple de mon Dieu, et il n’en sortira plus ».
Très Sage et vous tous mes F F C C R R +C C, j’ai dit.