Le plus humble de tous
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Cette phrase, je dois bien l’avouer, m’a rendu quelque peu perplexe. Si le rituel du 18ème degré est christique, il s’avère que, de l’ancien au nouveau testament, nous en trouvons des gens humbles. En effet l’Ancien testament signale qu’Abraham « se ravale jusqu’à la terre qu’on foule aux pieds, jusqu’à la cendre qu’on dédaigne » (Genèse XVIII, 27-1), et que Moïse est « le plus humble des hommes qui soient sur terre (Nombres XII-3). Tous deux s’humilient devant la face de l’Eternel pour lui prouver leur soumission totale. Dans le nouvel évangile, le Christ dit » : Apprenez de moi que je suis doux et humble de cœur (Matthieu 11-29).
Donc d’un côté nous avons des êtres humains se soumettant à Dieu, de l’autre Dieu qui s’est fait homme, qui s’est humilié devant l’homme et sacrifié pour l’homme afin que ce dernier devienne Dieu. S’il est aisé au Christ d’être le plus humble, cela est beaucoup plus compliqué pour l’homme de le devenir car il n’est qu’un être humain avec ses qualités et ses défauts.
En fouillant un petit peu l’histoire je me suis intéressé aux êtres humains non religieux, qui auraient présenté ces qualités et j’en ai trouvé UN, un seul qui corresponde aux critères de l’homme le plus humble, celui qui a dit : « Être libre ce n’est pas seulement se débarrasser de ses chaînes, c’est vivre d’une façon qui respecte et renforce la liberté des autres ».
Cet homme qui a été humilié, emprisonné, battu durant des années à cause de sa couleur de peau, qui a été libéré et n’a éprouvé aucune haine envers ses bourreaux, qui a unifié son pays, en est devenu le Président, prix Nobel de la Paix est à l’heure actuelle entre la vie et la mort : je veux bien sûr parler de Nelson Mandela. Comment après tant d’épreuves aussi terribles a-t-il pu en arriver à autant d’abnégation ? Cela reste un mystère mais si lui l’a fait c’est que cela peut être réalisable par tout être humain et encore plus par un Chevalier R+C, car sans enseignement que nous nous recevons du REAA, Mandela a su pendant ces années terribles conserver sa Foi en ses convictions, son Espérance en l’homme et cette Charité (dans le sens Agape ou Caritas), cet amour spirituel vis à vis de ses ennemis.
Comment le Chevalier R+C, dont l’état de conscience était empli de souffrance par la vision qu’il avait du monde au grade de chevalier d’Orient et d’Occident, peut-il arriver à cet état que St François de Sales définissait comme tel : « L’Homme est la perfection de l’Univers, l’Esprit est la perfection de l’Homme, l’Amour est la perfection de l’Esprit, la Charité la perfection de l’Amour ».
Humilité, Amour, Charité, un terme néanmoins manque à cette liste : l’Altérité et me revient en tête cette phrase connue des Maçons : « Pour aimer les autres, il faut d’abord s’aimer soit même et s’aimer soi-même c’est aller au plus profond de soi, pénétrer ce tabernacle qu’est le cœur refermant cette parcelle de lumière divine qui éclairera et réchauffera l’âme ».
Ainsi donc voici le sésame pour le chevalier R+C s’il veut rejoindre la Jérusalem céleste, car il n’est plus temps de construire des Temples de pierre, il est question à l’heure actuelle de s’intégrer dans le grand Temple de l’Humanité.
L’apprentissage de l’Humilité débute dès le grade de M S par cette phrase prononcée par le T F P : « Quelque admiration que vous inspire le spectacle de l’Univers, du Macrocosme au Microcosme, souvenez vous que vous ne l’admirez qu’en proportion de votre faiblesse en présence de son immensité ».
Au 18 ème, le Chevalier R+C doit maintenant passer aux actes, faire que le dormeur se réveille. S’il est un chevalier qui défend la veuve et l’orphelin, il se doit aussi de se conformer aux principes de la Chevalerie renfermant cette recherche de l’humilité.
Il est temps de nous rappeler le « Connais-toi toi même », qui signifie qu’il faut savoir qui l’on est pour ne pas se prendre pour ce que l’on n’est pas. Cela veut aussi dire qu’il faut se remémorer la Vérité qui est enfouie en soi et que l’on a oublié. L’humilité est la forme la plus aboutie de la Connaissance de soi, elle doit nous conduire à mourir à nous même et faire mourir en nous notre Ego : Mourir pour renaître pour que l’orgueil cède la place à l’humilité.
Le chevalier R+C est apte à voir clair et se considérer en fait tel qu’il est, c’est à dire imparfait. Il doit prendre conscience de son ignorance, de ses faiblesses et de ses insuffisances. Il doit se rappeler ses origines, la Terre, (Humus racine latine de humilité mais aussi d’humiliation) et voir sa propre grandeur tout en se sentant petit devant elle. Son combat sera celui d’une lutte contre les certitudes et les vérités toutes faites.
De ce fait le chevalier R+C grandira dans son cœur qu’il rendra pur et délivrera son esprit de toute passion. Son devoir est de devenir le chemin et que sa parole devienne enseignement : chaque mot qu’il prononce doit avoir un sens, un but, être une parole juste.
Bernard de Clairvaux disait « Le chevalier doit être armé de l’humilité pour cuirasse qui préservera ses profondeurs intimes ». Ainsi paré le chevalier R+C sera apte à sa quête du Graal, ce vase précieux qui est au plus profond de son cœur, centre du cercle des Maçons et seule l’humilité profonde et sincère lui en permettra l’accès.
Une question se pose tout de même, est ce que l’humilité nécessite l’humiliation ?
Personnellement je ne pense pas que l’humilité signifie une absence d’estime de soi. Il faut la prendre comme une acceptation du fait qu’il existe des choses plus importantes que nos propres désirs et nos propres besoins. Rappelons nous que nous ne sommes qu’une infime partie de l’Univers : ce qui est bien est infiniment plus précieux que le fait de ne s’occuper que de soi. C’est l’orgueil qui mène à l’humiliation car il est le fait de l’ignorance.
Mais l’humilité seule n’aide pas le chevalier R+C à avancer s’il ne se voit pas refléter dans un être qui lui est étranger. Par l’humilité on accède à une connaissance de soi et une reconnaissance de l’autre, elle est une synergie de la tolérance.
Saint Exupéry disait :« Si tu diffères de moi, Frère, loin de me léser tu m’enrichis ».
La vertu de l’humilité n’est pas celle qui se proclame mais celle qui s’offre à l’autre : elle se manifeste par l’acceptation du fait que l’aide d’autrui nous est absolument indispensable.
Le chevalier R+C doit, en tout temps, chercher à servir les autres et à les regarder comme étant plus excellents que lui-même. L’autre se présente comme un autre soi-même, ce qui amène à le reconnaître comme différent et comme semblable à soi.
Je ne sais plus qui disait : « C’est en moi que je connais l’autre, c’est en moi qu’il se constitue comme un miroir ». Rencontrer l’autre, c’est le voir et l’entendre en ce qu’il est de particulier et d’unique. Au lieu de ramener à soi, à sa compréhension du monde, à son interprétation la situation de l’autre, le chevalier R+C va recevoir et rencontrer la réalité de l’autre. Il se doit de pénétrer complètement dans l’univers et des conceptions personnelles d’autrui et les voir sous le même angle que lui.
Il s’agit pour le Chevalier R+C de sortir de l’indifférence de la neutralité, aussi bienveillante soit elle, pour ressentir et partager l’expérience d’autrui et pouvoir lui répondre ce que disait Carl Rogers : « J’aimerai que l’individu sente que quoi qu’il lui arrive, je serai très proche de lui dans les moments de souffrance ou de joie afin qu’il sache que je l’accompagne dans sa douleur, dans sa crainte comme dans son bonheur ».
Le chevalier R+C se doit d’être un phare pour les autres. Il a été « élu » au service du plus pauvre et du plus faible comme l’indiquent les deux tranchants de son épée.
Et surtout comprendre et accepter autrui n’entraîne pas la crainte de se perdre soi-même. Il ne s’agit pas d’une abnégation pour l’autre mais du passage d’un seuil, celui de l’élargissement de notre état de conscience, car une fois que nous avons poussé notre Ego au sacrifice par une refonte totale de notre façon de penser alors nous naissons à l’Esprit et de l’Esprit. Nous devenons chevalier de l’Esprit, soldat de l’Universel et du GADLU combattant le mal afin que triomphe la vraie liberté dans le cœur et l’esprit des hommes.
R. Bernard disait : « Avancez vers la Connaissance, appliquez cette Connaissance et souvenez vous que le cherchant ne doit pas demander tant à être servi qu’à servir et que le service s’accomplit partout et en particulier où l’on se trouve, où les circonstances et l’existence nous ont placés car c’est là que nous devons être et assumer notre fonction de serviteur. Humilité et Amour…Aimer sans rien demander en retour, sans rien exiger. Aimer tout simplement…Aimer »
L’Amour dont il est question, l’Agapè, est l’amour universel, céleste, véritable secret de la vie. Le chevalier R+C qui donne à boire et à manger à ceux qui ont faim et soif, le fait par amour car il est capable de reconnaître une âme en détresse de spiritualité.Cet amour va se définir comme une force intérieure qui nous poussera à rechercher la paix et à la partager avec les autres.
En fait le rituel du 18ème est explicite : il est le plus humble de tous car il sait que l’inspiration vient d’en haut…ou du dedans. C’est cette voix intérieure que nous parvenons de temps à autre à entendre, celle qui nous dicte notre devoir que nous ne pouvions deviner mais simplement en avoir l’intuition, celle qui nous suggère la réponse juste, la parole adéquate. Avancer sur le chemin de la Connaissance spirituelle demande d’accepter de sortir de l’illusion et d’avoir le courage de se remettre en question, s’avancer vers l’inconnu dans le chemin tracé par le rituel, pour que l’éclat du jour chasse les Ténèbres et que la grande lumière commence à paraître.
Le plus éclairé des hommes est le plus humble car il est au service des autres et celui qui se fait serviteur l’est d’autant plus que ses prérogatives, titres et responsabilités sont élevés dans l’échelle des vivants.
Le chevalier R+C doit savoir qu’il aura toujours des progrès à faire, savoir regarder plus loin le parcours qu’il a exploré et donc savoir qu’il lui est encore possible de s’améliorer.
Celui qui possède cette vertu dans son sens le plus large peut être considéré à juste titre comme ayant atteint le sommet de sa spiritualité.
Malheureusement nous ne sommes que des hommes et je ne crois pas que nous puissions devenir les plus humbles, mais n’oublions pas que c’est de l’homme ordinaire que naît l’homme spirituel alors peut être, un jour, deviendrons nous humbles parmi les humbles.
Pour ma part je reste attaché aux mots prononcés par le T F P M au 4ème : « Quelque admiration que vous inspire le spectacle de l’Univers, du macrocosme au microcosme, SOUVENEZ-VOUS QUE VOUS L’ADMIREZ QU’EN PROPORTION DE VOTRE FAIBLESSE EN PRÉSENCE DE SON IMMENSITÉ ».
C’est dans ces moments que je reconnais que je ne sais ni ne suis rien, mais j’ai le bonheur d’être CR+C, et cela je le sais. C’est sûrement à cause de cela que ma canne de pèlerin à la main j’avancerai parmi mes Frères, les hommes, en essayant de soulager ou de réconforter qui en aura besoin, car pour l’instant je n’ai rien donné car je n’avais rien à donner et les hindous disent que ce qui n’a pas était donné est déjà perdu.
J’ai dit Très sage
J M R