18° #415012

Roseau mystique

Auteur:

N∴ L∴ C∴

Obédience:
Non communiqué
Loge:
Non communiqué

Pendant des années, j’ai taillé ma pierre pour qu’elle s’intègre dans un édifice dont je ne percevais pas grand-chose.

J’ai ensuite voyagé pour parfaire mon savoir, étudier les arts libéraux, les connaissances des anciens… Ce n’est qu’au 3ème grade que j’ai pris conscience de la nature du Temple à construire.

Il me fallut des années pour cheminer vers la connaissance et l’acquisition des vertus nécessaires pour devenir Grand Maître Architecte et terminer la construction du Temple. Hélas, une fois construit, il fut détruit; reconstruit, il fut à nouveau démoli jusqu’à ce que je prenne pleinement conscience que je construisais mon Temple intérieur, c’est-à-dire un espace sacré qui allait permettre de me transcender. Au 17ème grade, l’Hospitalier m’a donné un roseau et m’a dit : « Lève-toi et mesure le Temple »…

J’ai donc eu la force de me redresser pour découvrir ce qui, sans surplomb, peut paraître ordinaire, plat, voire insignifiant. Mon corps ainsi redressé s’est mis à capter, comme l’antenne d’un récepteur, les vibrations imperceptibles de l’Univers. Grâce à cette nouvelle force en moi, j’ai donc pu prendre pleinement « mesure du Temple, de l’Autel et de ceux qui s’y prosternent ».

J’ai concrétisé, matérialisé cet espace sacré qui est en moi. Je me suis arrêtée devant les parvis comme on me l’a ordonné. Laissant ainsi à l’écart le monde profane et ses lumières trompeuses, le doute, et les souffrances du quotidien.

Je ne suis plus sous l’influence du monde profane, je suis dans un autre plan de réalité dont je viens de mesurer la surface. J’ai maintenant la conviction que cet espace existe et qu’il est en moi. Je me suis servie du roseau comme outil pour concrétiser ma démarche. En même temps que je prenais ces mesures, je me suis imprégnée de la beauté de la construction et de l’équilibre de ses proportions. Je me suis rendue compte de la maîtrise de celui qui avaient conçu cet édifice, j’ai senti l’œuvre d’un Grand Architecte. Cela me rend humble et respectueuse. J’ai pris conscience de mes propres limites spirituelles et cela me ramène à l’ouverture de mon compas qui m’est si cher. J’ai dû faire preuve de maturité pour fixer mes limites. Briser cette illusion d’omnipotence qui sommeille en tout être et qui aurait tendance à pousser vers la démesure : l’hubris des anciens grecs. Même si je peux admettre que j’ai en moi un espace sacré, je ne peux en aucun cas rivaliser avec les Dieux et je dois bien prendre conscience de ma finitude et de ma condition de mortel. En aucun cas je ne peux ouvrir la 11ème porte par crainte du châtiment qui en résulterait, la némésis qui me ramènerait à mes limites humaines. Je ne suis pas Prométhée, ni Icare, ni Lucifer, ni Tantaleni Adam, ni tant d’autres…

Je suis seulement un tout petit monde qui contient Mon tout Petit Temple, mais la connaissance d’une dimension sacrée en moi me rend consciente que je suis à l’image du macrocosme et que je dois tirer l’élévation du plan afin d’accéder à des niveaux de conscience plus éclairés et cette intuition développe, en toute humilité, mon sens de l’Universel tout en détruisant mon orgueil. Mais, comme je suis la pierre, l’outil qui taille, et la main qui guide ; je suis le Temple, le roseau qui mesure, et la main qui le tient.

Oui, je suis un roseau qui est né dans la nuit avec tant d’autres aux alentours du Temple et qui a grandi dans les ténèbres, mais j’ai été arrachée à ma boue natale et relevée pour accomplir une tâche inconnue de moi au départ. Mes connaissances étaient imparfaites et un voile épais me cachait les mystères de la vie.

J’aurais pu devenir calame et écrire les mots sacrés ; flûte et concrétiser le souffle divin ou protéger l’arche de Noé et ainsi éviter à l’humanité de disparaître dans les eaux du déluge ; mais je suis chaîne d’arpenteur et j’ai pour mission de mesurer le Temple. C’est donc avec application que j’ai fait ce que l’Ange dit à Jean et j’ai mesuré le Temple (1).

J’ai tenu bon, je fais maintenant partie des 9 chevaliers et mon roseau est devenu mystique, il m’a permis de rentrer en contact avec l’être divin qui réside en moi, il est le vecteur entre Malkhuth et Kether.

J’ai essayé de faire ce que l’ange avait dit : « Pratique ce que tu enseignes et cet effort personnel rendra ton enseignement plus précis, plus nuancé, plus efficace ».

J’ai donc continué ma route avec la certitude qu’à l’intérieur de moi existait une terre fertile qui ne demandait qu’à être ensemencée et que je devais partager mes découvertes. Je suis donc partie, pleine d’espoir à la rencontre des hommes mais je n’ai pas trouvé d’écoute, pas de réponses à mes demandes.
La foi que l’on me proposait ne correspondait pas à ce que ma conscience pouvait accepter et la charité était devenue fanatisme.

Je devais sortir de ce marasme et chercher, chercher encore…et garder au fond de moi le souvenir de mon idéal, ne pas perdre de vue l’étoile qui me guide et entretenir la flamme de l’espérance qui ne m’a pas quittée jusque là.

J’attendais un signe et la pierre s’est mise à suer sang et eau.

Après un long moment d’errance j’ai compris que : « c’est par le feu que la nature est rétablie dans sa pureté » et j’ai suivi le très sage, qui à deux mains, a élevé la Rose et a fait jaillir le Feu du pramantha. Elle a alors saisi ce roseau, elle l’a plongé au centre de ce cube développé, en mon propre milieu et l’a enflammé.

Elle a libéré le fruit au cœur de la fleur, le roseau est devenu fécond, il est devenu porteur de feu et va propager la lumière divine et l’espoir d’un monde meilleur.

Il est le garant de notre foi, de notre espérance et de notre amour. Il avait mesuré le pavé du Temple au 17ème grade, maintenant il se dresse et trace un axe vertical allant de la terre vers le ciel et inversement ; il m’indique la 3°dimension qu’il me manquait dans l’évaluation des dimensions de mon Temple. Il est mon fil à plomb étiré à l’infini. Il est l’échelle de Jacob.

Par sa flamme droite dressée vers le ciel, pleinement relevé, il est la concrétisation du feu divin qu’il nous faut découvrir au fond de nous.

Que demande le profane ? La lumière… Je viens de comprendre, d’intégrer le message, de digérer la nourriture spirituelle que l’on me tendait, …je quitte les ténèbres.

Que de chemin parcouru depuis le cabinet de réflexion…du feu extérieur, purificateur au Feu intérieur qui embrase mon cœur, du sentiment de fraternité la philia, à l’Agapè,de la Dualité à l’unité,de la recherche de la parole perdue à la Parole retrouvée.

L’initiée que je suis, relevée, porteuse de son infime part de lumière témoigne de l’ordre tiré du chaos et à un message à propager…

Il n’y a plus de doute à mes yeux, le chevalier Rose-Croix est bien habité par une force d’amour, le divin pourrait-on dire, comme l’indique le mot de passe Emmanuel : Dieu en nous.

Ce feu que nous recevons est un don issu de la source innommable. Nous devons le répandre sans condition. C’est par ce don que nous accédons au « par-don » et à l’Amour absolu. Nous avons donc le devoir de distribuer cette lumière et d’ensemencer ; c’est ainsi que nous rachèterons les erreurs du passé et que nous construirons un monde meilleur et plus éclairé.

J’ai dit Très Sage

Note :

(1) Lève-toi, et mesure le temple de Dieu, l’autel, et ceux qui y adorent. Mais le parvis extérieur du temple, laisse-le en dehors, et ne le mesure pas; car il a été donné aux nations, et elles fouleront aux pieds la ville sainte pendant quarante-deux mois. 

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