22° #419012

Chevalier Royal Hache ou Prince du Liban 22ème degré

Auteur:

J∴ M∴ R∴

Obédience:
Non communiqué
Loge:
Non communiqué

A220-3-1A la Gloire du Grand Architecte de L’univers
Ordo Ab Chao – Deus Meumque Jus
Au Nom et Sous la Juridiction du Suprême Conseil
Des Souverains Grands Inspecteurs Généraux du
33ème et Dernier Degré du Rite Ecossais Ancien et Accepté pour la France

Résumé

Le travail commence par un préambule qui traite de façon rapide des grandes différences structurelles qui existent dans la conception et la rédaction des rituels des 18ème, 19ème et 20ème siècles. La rédaction des rituels s’est donc adaptée au fil du temps aux nouvelles mentalités des groupes culturels ambiants, ce qui explique que certaines modifications aient eu lieu (voire celle récente du rituel du 4ème degré) et qui ne doivent pas nous étonner outre mesure.

Le thème du travail est le 22ème degré ou Chevalier Royal Hache encore appelé Prince du Liban. Le premier document qui traite des lieux, décors, officiers, batterie, mot de passe, attouchements…etc… n’est que peu développé puisque nous retrouverons tous ces éléments dans bon nombre de Thuileurs à notre disposition. Il est à noter que comme dans d’autres degrés, il n’y a pas d’unité de lieu puisque la cérémonie commence dans un premier appartement appelé « collège » pour se terminer dans un second qui représente « le conseil de la Table Ronde ». (Constatons quand même que les dénominations Temple et appartements sont souvent mélangées, ce qui ne semble pas très logique. L’appellation Temple n’est pas à mon sens la plus appropriée.)

L’ouverture et la fermeture des travaux ne présentent pas un grand intérêt : C’est essentiellement le jeu classique des questions et réponses brèves (pour faciliter la mémorisation) que l’on retrouve dans presque tous nos rituels, qui assure la mise en place physique, puis la mise en place humaine (du groupe) puis la mise en place du sacré. Par analogie on peut dire que l’ouverture des travaux ressemble beaucoup à celle du 18ème degré.

La partie du rituel, qui va retenir toute notre attention et mérite un grand développement est la réception en elle-même. Deux temps et deux lieux, comme nous l’avons dit : Un premier Temple dans un univers Abrahamique, puis un second où le développement de la cérémonie est toute dans un univers Arthurien.

Premier temple : univers abrahamique

L’impétrant est détenteur de 3 qualités : Brave, Fort et Résigné, couronnées il est vrai par une 4ème, récurrente tout au long du cérémonial : La Vertu!

Après avoir prononcé le serment, le Noachite est armé d’une hache et part de l’Occident pour réaliser 3 voyages.

PREMIER VOYAGE : C’est un rappel de l’histoire de Noé
SECOND VOYAGE : C’est un hommage rendu à Hiram, Salomon, David, pour la construction du Temple et qui ont su créer entre eux des échanges harmonieux.
TROISIÈME VOYAGE : Retour au rituel où l’on exige du Frère Noachite le don de son sang afin de valider son serment.

On reprend ensuite la construction du second Temple en l’honneur de Jahvé. On parvient à la fin de la première partie de cette initiation qui va se concrétiser dans un autre « monde » par une demande d’admission au Conseil des Patriarches de la Table Ronde.

L’annonce d’une admission à la Table Ronde constitue à la fois un élément de rupture temporelle et spatiale puisqu’on ne se situera plus dans le même lieu, ni dans la même temporalité, mais aussi un élément de transition puisqu’il y aura entre les deux un passage obligé par le cabinet de réflexion, comme si l’initié avait à se préparer à nouveau pour une nouvelle aventure spirituelle et mystique.

Second temple : Univers Arthurien

Le premier symbole qui nous fait comprendre que l’on a changé d’univers est le passage de la hache à l’épée.

L’épée est l’arme privilégiée des Chevaliers, arme en forme de croix elle-même, constant rappel d’un code d’honneur auquel devait se conformer celui qui l’avait reçue, lors de la rude cérémonie de l’adoubement.

A ce moment du rituel la Vertu enjoint le nouvel initié de manifester 4 autres qualités : Discrétion, Humilité, Foi et Obéissance. (Ce qui n’est pas sans rappeler la fermeture des travaux au 4ème degré : « Que vous a-t-on appris ? » « A garder le secret, à être obéissant, à rester fidèle, que la volonté de Dieu soit faite ».)

Pour l’initié, la récompense, c’est le renoncement, la descente en soi, l’oubli de l’ego au service d’une cause qui dépasse l’individualité au profit d’un projet collectif. C’est communiquer sa force à une force qui nous dépasse.

L’accès à la Sagesse passe par la pratique de la Vertu. Œuvrer en même temps sur le matériel et pour le spirituel faisait partie du projet de Salomon. L’édification concrète du Temple a toujours trouvé sa correspondance symbolique. De même les Frères se doivent d’utiliser la diversité des situations de la vie profane pour se hisser et se hausser vers le niveau de conscience qui nous éloigne du superficiel, de l’apparence, des scories qui alourdissent, au profit de ce qui apure, épure et nous rapproche de l’essentiel, nous plaçant ainsi sur l’itinéraire qui conduit de la multiplicité à l’unité.

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Le temple de Salomon internet

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Les chevaliers de la table ronde internet

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Les 12 personnages de la Table Ronde possèdent leur emplacement gravé :

Arthur / Lancelot / Galahad / Sagremor / Tristan / Bedwere / Perceval / Hector / Urien / Bohors / Gauvin / Kay.

Structure des rituels au 18ème siècle :

Selon RAGON, le 18ème siècle a vu naître pas  moins de 75 systèmes et environ 1400 rituels, un peu partout en Europe. Un certain nombre de ces systèmes deviennent des « RITS » qui ordonnent l’échelonnement des degrés initiatiques et stabilisent, au moins relativement les textes des cérémonies rituelles.

Les manuscrits des rituels sont en quelque sorte des aide-mémoire, aussi la représentation formelle dépend-elle de l’option que lève le copiste, selon ce qu’il désire conserver par l’écrit. (On y retrouve toujours la même base initiatique mais avec des omissions, des modifications, voire même des erreurs de copie.) On est toujours un peu désemparé par le manque d’indications sur la régie théâtrale, les gestes à accomplir étant supposés connus.

En dépit de ces restrictions, situons les lignes directrices des rituels du 18ème siècle :

Un premier document, hors cérémonial, décrit la décoration de la Loge. (Couleur, nombre de Lumières, objets, emplacement des officiers, habillement, bijoux…etc…)

Un second document décrit le cérémonial : (En général en trois parties : L’ouverture, la réception du ou des candidats, et la fermeture des travaux.) L’ouverture et la fermeture se font en général en mode verbal, quant au cérémonial de réception il est relativement limité et se résume en principe à la prestation de serment et à la communication des mots signes et attouchements.

Un dernier et troisième document, en annexe la plupart du temps, résume l’instruction du degré.

Structure des rituels au 19ème siècle :

La vie maçonnique s’est adaptée aux conditions culturelles de l’époque et des lieux ; Ce fut la condition même de sa pérennité. Ainsi le présentation des rituels fut elle adaptée à la mentalité des groupes culturels. La conception théâtrale est profondément remaniée par le mouvement romantique. Le texte est joué comme une pièce de théâtre, les officiants et le ou les récipiendaires devenant des acteurs. Il y a dramatisation des jeux scéniques, de ce fait le message est plus direct et offre plus d’impact. Eventuellement un discours historique est inclus ce qui permet d’amplifier les développements sur l’enseignement moral du degré.

Comme au 18ème siècle un premier document, hors cérémonial décrit la décoration de la Loge. Enfin, le cérémonial comporte toujours trois parties qui sont l’ouverture, la réception et la fermeture des travaux, mais le texte relatif à la réception a été considérablement développé.

Structure des rituels au 20ème siècle :

L’œuvre de rédaction des rituels du R E A A est monumentale. Pendant longtemps nul n’osa y toucher ! A l’extrême mobilité des rituels du 18ème siècle fit place un immobilisme stéréotypé au 19ème siècle et pendant la première moitié du 20ème.

Les générations de maçons qui se succèdent pendant plus d’un siècle s’accommodent de ces rituels en les amendant, mais sans y apporter de changements structurels. Les rares modifications furent inspirées par des considérations d’adaptation aux conditions locales, bien plus que par le souci de retrouver le sens initiatique du Rite.

La rédaction des rituels s’organise selon une rédaction en mode verbal et une rédaction en mode participatif. La rédaction en mode verbal est généralement adoptée pour l’ouverture et la fermeture des travaux, ainsi que pour l’instruction du degré. La question posée amène l’attention sur un élément, la réponse donnée décrit ou commente cet élément. Questions et réponses doivent être brèves pour faciliter la mémorisation. On ne peut en aucun cas changer ces parties du Rituel.

Par contre la rédaction en mode participatif appelle des commentaires plus nuancés. Le rédacteur du rituel formule un scénario qui sera « joué » par des acteurs. La nature même de cette transposition contraint le rédacteur à choisir des arguments à développer, ou à minimiser. La rédaction doit s’adapter à la langue véhiculaire, autant qu’à l’esprit du temps et à la mentalité du groupe culturel ambiant. En conséquence la rédaction de cette partie du rituel,  peut et doit, être l’objet de révisions périodiques.

Ne nous étonnons donc pas de trouver plusieurs versions de rituels d’un même degré, et ne pensons surtout pas que telle ou telle autre est meilleure ou moins bonne que l’autre, cela n’a aucun sens. Ne nous étonnons donc pas, non plus, de voir comme il y a peu de temps, une « nouvelle mouture » du rituel du 4ème degré.

La Maçonnerie est quelque chose qui se vit… Quel paradoxe que d’essayer d’analyser un degré qui ne se pratique pas, voire même qui n’est pas officiel !

J’ai trois ou quatre versions de ce rituel, et nous allons essayer d’en prendre les points communs ou les idées voisines. Vous comprenez mieux maintenant mon préambule.

Ce rituel est classé par nombre d’auteurs dans la Sixième classe des rituels du Rite qui commence au 19ème degré pour s’achever au 27ème degré.

Il est enchâssé entre le rituel de « Patriarche Noachite » 21ème et celui de « Chef du Tabernacle » 23ème degré.

Si pour certains degrés intermédiaires les rituels sont assez succints, nous sommes ici en présence d’un très gros rituel qui suivant mes versions, oscille entre 35 et 50 pages !

Premier document hors ceremonial / description des appartements /

Premier appartement :

La Loge s’appelle « Collège » et doit être tendue de bleu. Elle représente l’atelier du mont Liban. Le tableau de Loge évoque une forêt de cèdres, il est entouré de 11 lumières, ainsi que de haches, scies, maillets et coins, qui sont les outils utilisés à la coupe des bois.

La Loge est présidée par le Très Sage, assisté de deux Sages Princes.

Chaque Frère devrait être, en principe, armé d’une hache. En réalité seul le Très Sage, les deux Sages Princes et le récipiendaire portent cette hache.

Second appartement :

Il représente le Conseil de la Table Ronde, et doit être tendu de rouge.

Le tableau posé sur la table ronde représente 5 cercles entrelacés. Ce tableau est entouré de compas, d’équerres, de pointes à tracer, outils permettant la réalisation de plans. Pour la réception il faudra prévoir une planche à tracer ainsi qu’un compas pour le récipiendaire.

Le conseil est présidé par le Grand Patriarche, assisté des 1er et 2nd Patriarches-Surveillants.

Tous les F F portent le titre de Patriarche. Les onze Patriarches autour de la table déposent leurs glaives en rayon sur celle-ci. Une place (avec glaive) est laissée libre pour le récipiendaire. Douze bougies éclairent la table.

Habillement / décors

Le tablier : L’envers, de couleur rouge, est porté dans le premier appartement. L’avers de couleur blanche, bordé de rouge, orné d’une broderie représentant une table ronde sur laquelle sont disposés des plans, des équerres et des compas est porté dans le second appartement.

Le sautoir : L’avers aux couleurs de l’arc en ciel pour le premier appartement, l’envers couleur de feu pour le second appartement.

Une hache gravée de lettres est suspendue au sautoir.

Sont détaillés ensuite : Nom des officiers / signes et attouchements mot de passe / mot sacré / marche…etc…

Je n’entrerai pas dans les détails que l’on retrouvera dans tous les Thuileurs cités en annexe.

La disposition de la Loge, à quelques variantes près est celle des trois premiers degrés dans le premier appartement. Dans le second appartement, une table comme citée plus haut autour de laquelle sont assis 11 Frères. Le M de Cérémonie faisant face au Grand Patriarche.

Second document : le cérémonial ouverture / ferméture / récéption

Ouverture / ferméture

La rédaction en mode verbal est adoptée pour l’ouverture des travaux. C’est essentiellement le jeu classique des questions et réponses brèves (pour faciliter la mémorisation) que l’on retrouve dans presque tous nos rituels, qui assure la mise en place physique, puis la mise en place humaine (du groupe) puis la mise en place du sacré. Par analogie on peut dire que l’ouverture des travaux ressemble beaucoup à celle du 18ème degré.

La fermeture des travaux est presque complètement escamotée : Une batterie, on jure de garder le secret, et on se retire en paix ! (Plus sobre, ce n’est pas possible !)

Recéption /

C’est bien entendu la partie qui va attirer un peu plus notre attention, et qui mérite d’être développée.

Premier temple : Univers Abrahamique

L’impétrant est d’abord identifié et reconnu en temps que maçon : « Sait-il lire et écrire ? » (Constatons la rotation voire l’inversion par rapport au 1er degré.)

Il est en principe détenteur de 3 qualités : Brave, Fort et Résigné, couronnées il est vrai par une 4ème, récurrente tout au long du cérémonial : La Vertu !

De ces trois qualités, on peut isoler du bloc brave et fort, qui induisent une dynamique de combat, d’effort, de courage, d’entreprise, d’activité, de mouvement, le terme résigné, qui réfère au contraire à l’acceptation volontaire et réfléchie d’un échec, ou au renoncement momentané ou définitif de la poursuite d’une action, marquant ainsi un arrêt, une pause, un fléchissement de cette dynamique.

Peut être la vertu réclame t-elle à la fois l’élan, la détermination, l’action, la prouesse associées à la patience, voire le repli, la part du doute non pas sur la mission à accomplir mais sur notre compétence à la réaliser. Doute comme force probablement nécessaire dans la lutte contre l’ego. L’association de ces caractéristiques se transmute verticalement en vertu, qualité essentielle reconnue aux héros et aux élus.

On demande ensuite, ce qui est relativement classique (sauf au 18ème degré), au candidat, après avoir identifié son appartenance et ses qualités, de prêter serment sur le volume de la Loi Sacrée. On se retrouve bien dans une mystique de vertu, prônant le renoncement aux passions humaines et le dépouillement de toute attache matérielle.

Après avoir prononcé le serment, le Noachite est armé d’une hache et part de l’Occident pour réaliser 3 voyages.

Premier voyage :

C’est un rappel de l’histoire de Noé : Dieu déçu par sa création décide de faire disparaître les éléments de cette création, mais confie à Noé « le Juste » la conception d’une arche (salvatrice, rédemptrice ?).

Second voyage :

C’est un hommage rendu à Hiram, Salomon, David, pour la construction du Temple et qui ont su créer entre eux des échanges harmonieux.

Échanges entre Salomon et Hiram Roi de Tyr : Blé et huile contre bois. Échange entre Salomon et Jahvé : D’un côté le projet de la construction d’un Temple et en retour la Sagesse.

Troisième voyage :

Retour au rituel où l’on exige du Frère Noachite le don de son sang afin de valider son serment : Le sang est un élément biologique personnel qui peut être assimilé à une signature. (Aujourd’hui, peut être que l’on parlerait d’ADN !) Le pacte du sang entre deux individus scelle entre eux un indéfectible lien de fraternité. (Constatons quand même que ce don est antérieur au serment, il valide donc par anticipation.)

On reprend ensuite la construction du second Temple en l’honneur de Jahvé. A ce moment de la cérémonie, les Frères forment la croix spatiale formée de haches croisées horizontalement entre elles complétée par celle du Très Sage, tenue verticalement. Il ne s’agit donc pas d’une croix plane mais d’une croix en trois dimensions avec un centre à l’intersection des haches. Croix, alliance du matériel et du spirituel, l’homme matérialisant ou réalisant en son centre le croisement de ces deux énergies. (Voir Platon et Aristote et 18è degré)

Dans cette croix spatiale, si nous occupons la position du centre, celle de l’observateur, nous repérons 6 directions qui sont le haut et le bas, la droite et la gauche enfin l’avant et l’arrière, la septième position ou direction replace le centre en temps que direction intérieure. Cette géométrie de la croix spatiale pourrait être mise en rapport avec l’heptagramme (ou étoile à 7 branches), l’heptagone du 17ème degré et le groupe des 7 couleurs de l’arc en ciel qui feront partie des symboles remis à l’initié à la fin de la cérémonie. C’est aussi le rappel d’une figure très connue de l’iconographie alchimique qui montre l’homme engagé par son désir dans une demande de réalisation spirituelle.

Après la remise du ruban, qui porte les couleurs de l’arc en ciel, on observe que la hache de l’initié porte deux groupes de lettres liées à l’histoire du Temple de Salomon. Chaque lettre évoque un nom ou un symbole, retraçant ainsi un itinéraire à la fois architectural et spirituel.

On parvient à la fin de la première partie de cette initiation : Il n’y a en effet pas d’unité de lieu dans cette cérémonie qui va se concrétiser dans un autre « monde » par une demande d’admission au Conseil des Patriarches de la Table Ronde.

Certains Frères resteront dans le premier Temple, alors que d’autres prendront place dans le second (Référence aux 2 Temples régulièrement cités tout au long de cette première partie de l’initiation). Le positionnement du premier Temple par rapport à l’Ancien et au nouveau Testament, ainsi qu’aux grands personnages et symboles qui y affèrent (Arche d’Alliance, Tabernacle, Mission de Noé, Temple de Salomon) lui confère une dimension nettement Abrahamique.

L’annonce d’une admission à la Table Ronde constitue à la fois un élément de rupture temporelle et spatiale puisqu’on ne se situera plus dans le même lieu, ni dans la même temporalité, mais aussi un élément de transition puisqu’il y aura entre les deux un passage obligé par le cabinet de réflexion, comme si l’initié avait à se préparer à nouveau pour une nouvelle aventure spirituelle et mystique.

Second temple : Univers Arthurien

Le premier symbole qui nous fait comprendre que l’on a changé d’univers est le passage de la hache à l’épée.

La hache est un outil utilisé pour couper abattre les cèdres puis les dresser de nouveau une fois ébranchés, égalisés, polis, attachés afin de les transformer en piliers, supports, voûtes, portes…du Temple de Salomon. (Notons quand même que cette hache est en or, qui bien qu’ayant beaucoup de qualités, n’est pas le métal le plus approprié pour cet office. N’y aurait-il pas une analogie, dans la démarche symbolique, avec la clé du 4ème degré en ivoire, fragile qui n’a pas de caractère fonctionnel, mais qui représente ou symbolise, tout simplement, l’ouverture ?)

L’épée, en revanche, est une arme, l’arme privilégiée des Chevaliers, arme en forme de croix elle-même constant rappel d’un code d’honneur auquel devait se conformer celui qui l’avait reçue, lors de la rude cérémonie de l’adoubement.

L’épée doit défendre les justes causes, c’est un symbole de loyauté et de courage. Son histoire est souvent indissociable de celle de son propriétaire : Escalibur, épée magique d’Arthur, Durandal épée glorieuse du Chevalier Bayard.

Tout au long de la deuxième partie de la cérémonie, les officiants vont utiliser symboliquement leur glaive autour du candidat, d’autres glaives étant encastrés ou déposés à des emplacements précis de la Table Ronde, construite sur un cercle de perfection divine et de perfectionnement ardemment recherché par ses acteurs humains.

Les officiants vont manier leur glaive tantôt horizontalement vers les yeux de l’initié comme pour le replacer en face de ses responsabilités et lui rappeler l’âpreté du chemin à parcourir dans sa dimension terrestre, tantôt verticalement vers un point situé au dessus de sa propre tête, point ténu et immatériel, invisible mais toujours présent, celui de l’appel de l’absolu, celui de la spiritualité et de l’exigence de Vertu réitérée.

A ce moment du rituel la Vertu enjoint le nouvel initié de manifester 4 autres qualités : Discrétion, Humilité, Foi et Obéissance. (Ce qui n’est pas sans rappeler la fermeture des travaux au 4ème degré : « Que vous a-t-on appris ? » « A garder le secret, à être obéissant, à rester fidèle, que la volonté de Dieu soit faite ».)

Autant on se trouvait dans la construction de soi, dans l’auto-construction avec brave, fort, résigné, vertueux car on agit, on avance, on s’arrête parfois, mais on se forge car on a l’ambition d’acquérir la Vertu. On se trouve dans une dynamique de lumière, on est au premier plan.

Avec la discrétion, l’humilité, la Foi, l’obéissance on met en réserve, on met à disposition, on se met à disposition de, au service de…, d’une cause, d’une quête. On a fait ses preuves, mais on ne doit en tirer aucune gloire personnelle. On passe dans la socio construction. Pour continuer à grandir, il faut se faire petit, à l’ombre de soi-même.

Dans la plupart des contes ou des légendes, le héros est celui qui se trouve en proie aux forces du mal. Il doit satisfaire à de nombreuses ou pénibles épreuves pour accéder au statut de héros. Dans la plupart des cas sa récompense c’est le bonheur (Mariage, fortune, consécration sociale…etc…).

Pour l’initié, la récompense, c’est le renoncement, la descente en soi, l’oubli de l’ego au service d’une cause qui dépasse l’individualité au profit d’un projet collectif. C’est communiquer sa force à une force qui nous dépasse.

La dynamique du héros est une consécration individuelle, celle de l’initié c’est l’appel du spirituel et la construction collective, qui passe par l’abandon de l’ego.

Vers la fin du rituel, les Frères miment ensemble et dans l’harmonie les mouvements de la hache coupant un arbre L’outil qui a été remis à l’initié est utilisé par tous en même temps. Les Frères vivent un moment de partage, une mutualisation de leurs aspirations, une communion des consciences qui induit le passage du matériel au spirituel, une sorte de phase de spiritualisation de la chair.

Avec le retour à la Vertu, le cycle est achevé et l’initié est prêt à recevoir l’enseignement des premiers éléments de la géométrie sacrée en utilisant le compas. L’élément majeur de cette géométrie est le cercle,  signe de la perfection et symbole de la quête constante de la Vertu. C’est la même quête qui anime les Chevaliers de la Table Ronde elle-même inscrite dans un cercle à 12 lames.

Conclusion

L’accès à la Sagesse passe par la pratique de la Vertu. Œuvrer en même temps sur le matériel et pour le spirituel faisait partie du projet de Salomon. L’édification concrète du Temple a toujours trouvé sa correspondance symbolique. De même les Frères se doivent d’utiliser la diversité des situations de la vie profane pour se hisser et se hausser vers le niveau de conscience qui nous éloigne du superficiel, de l’apparence, des scories qui alourdissent, au profit de ce qui apure, épure et nous rapproche de l’essentiel, nous plaçant ainsi sur l’itinéraire qui conduit de la multiplicité à l’unité.

Annexe

Ce rituel du 22ème degré mérite absolument une double lecture.

A la première lecture on peut penser à une révision générale d’une grande partie des idées fortes contenues dans les 21 premiers degrés. On y retrouve la Vertu, un des premiers termes cités au premier degré, « savoir lire et écrire », même chose, on y retrouve encore des thèmes du second degré, des thèmes du 4ème degré, même si le mot devoir n’est jamais prononcé bien qu’absolument présent. A la première lecture, je dis bien à la première lecture, on peut penser qu’il n’y a pas de grandes nouveautés dans cette initiation au 22ème degré.

On peut même être surpris de l’emploi de certains mots, comme celui de « sectateur » à de nombreuses reprises et qui veut dire : membre d’une secte, personne qui adhère sans réserve à une secte, personne qui professe des opinions, des croyances formées, figées et adoptées par un groupe…etc… Péjoratif et vieilli c’est un partisan d’une doctrine jugée erronée ou d’une religion rejetée ! Et si on lit vite ce rituel il y a deux paronymes (mots voisins à quelques lettres près) qui impriment notre inconscient : Spectateur (ce qui par essence est l’inverse de notre démarche maçonnique) ou Sécateur qui là aussi est à l’opposé de notre travail d’ouverture.

Tout le mérite de ce rituel est de nous obliger à une lecture à un autre niveau des thèmes qui, pour nous, sont connus depuis fort longtemps comme la Vertu, le Cercle, l’épée, le Devoir, la Foi, la croix…etc… Et en ce sens on peut considérer ce rituel comme fort intéressant même si non pratiqué.

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