28° #425012

Le Kadosh doit combattre et non venger

Auteur:

Non communiqué

Obédience:
OIRAPMM
Loge:
Non communiqué
  

La planche de vacances que j’ai l’honneur de vous présenter par ordre du Trois Fois Puissant Grand Commandeur est intitulée : « Le Kadosh doit maintenant combattre et non venger, s’il veut faire triompher les principes et l’idéal acquis par les précédentes initiations. Comment le peut-il ? ».

Parvenu au sommet de l’échelle mystique, les qualificatifs « saint et séparé » qui sont attribués au Chevalier Kadosh indiquent toute la complexité de son état et de son action. La fonction chevaleresque implique la lutte contre le mal, la maitrise de soi, une éthique d’excellence par la mise en pratique de sentiments nobles et élevés, dont la générosité et la grandeur d’âme, mis au service du malheureux et de l’opprimé.

C’est pourquoi le Chevalier Kadosh, tant par sa qualité d’être que par les épreuves qu’il a surmontées et l’élection reçue de ses pairs, a mérité de devenir l’un des serviteurs de l’Ordre.

Une observation approfondie montre que tout être pensant aspire un jour, d’une manière ou d’une autre, à sortir du cadre limitatif de la vie et de la mort. Vivre vraiment, c’est rechercher à accéder à l’immortalité, pour demeurer conscient, dans l’Eternel présent.

En méditant sur l’échelle mystique du Kadosh, on trouve une réponse sur le comportement à observer dans une action qui se doit d’être à la fois « sainte » et « séparée ». Ces deux facultés, action et contemplation, sont deux aspects complémentaires du comportement du Chevalier Kadosh dans l’accomplissement de son devoir.

C’est ainsi que le Chevalier Kadosh est, ou devient « saint », par la sanctification de son action qui se veut altruiste et « séparée », à part, par ce comportement spécifique qui le magnifie vis-à-vis de l’ensemble de ses frères humains. Il lui est demandé d’être capable de se mêler aux agitations de la vie profane sans être affecté et d’agir dans la sérénité. Il doit tendre vers la perfection en se plaçant au-dessus des mobiles personnels, des plaisirs et des peines, des désirs et des rancœurs de quelque nature que ce soit.

Le Chevalier Kadosh doit se dresser contre toute forme d’asservissement de l’esprit humain, mais en même temps savoir méditer sereinement et se ressourcer, grâce à des échanges fraternels à tous les niveaux.

Pour le développement du thème ci-dessus cité, je propose le plan ci-après :

-clarifications conceptuelles ;
-la légende du grade ;
-les devoirs du Chevalier Kadosh,
-le combat du Chevalier Kadosh ;
-comment le Chevalier Kadosh peut-il triompher de son combat ?
-et la conclusion.

1-Clarifications conceptuelles

-Kadosh, le saint, le prostitué, l’alchimiste et le poète. La racine kof, daleth, shine a le sens général de « saint », « mis à part », « consacré ». La vocalisation en kadesh (féminin k’deshah, pluriel masculin k’deshim et pluriel féminin k’deshot) donne la signification de prostitué(e), sacré(e). La vocalisation kadosh signifie « saint » et kodesh signifie « la sainteté », « le sanctuaire ».

La notion de « séparé » associe le pur et l’impur, la sainteté et la prostitution. Ainsi, le pur et l’impur sont des états séparés, exceptionnels, « remarquables » … et dangereux. Ce qui est pur ou impur n’est pas l’homme. L’homme est pur et impur.

Le Kadosh est également l’alchimiste expérimenté qui ne méprise pas, ne condamne pas et ne rejette pas le vil et l’épais, mais y voit la matière destinée à devenir éthérée, spirituelle, subtile, après que lui, l’homme, aura accompli, selon l’art, les promesses de la création. C’est donc un poète.

Combattre : le combat du Chevalier consiste à exercer son ministère dans la société, mais cela se situera forcément sur deux plans, extérieur et intérieur à lui-même. Il doit se frotter à la réalité, au monde.

Venger : le mot « vengeance » ou « châtiment » signifie en hébreu « Nekham » ou « Nekam ». Noun, Kof, Mem sont les trois lettres de la racine. Il s’emploie sous cette forme au masculin ou bien en ajoutant un « Hé » et devient alors NEKAMAH et est du genre féminin. Sachons que la « vengeance » dont il s’agit ne coïncide pas avec l’idée simpliste que nous en avons.

Principes : les principes en Franc-maçonnerie tournent autour de l’équité, la justice, la fraternité, etc.
L’idéal : l’idéal de la Franc-maçonnerie est l’accomplissement du Devoir porté jusqu’au Sacrifice. Le Kadosh est donc prêt à faire son Devoir en toutes circonstances et quoi qu’il puisse lui coûter.

2-La légende du grade

L’enseignement se fonde sur la mort tragique le 18 mars 1314 de Jacques-de-Molay et la persécution subie par les Templiers en France. Les responsables de cette persécution furent le roi Philipe IV et le pape Clément V.

A la suite de l’entente du roi de France et du pape, un coup de filet policier fut soigneusement préparé et, à l’aube du vendredi 13 octobre 1307, tous les 147 Templiers de France furent arrêtés et jetés en prison.

Il convient de rappeler qu’au concile de Vienne, le 3 avril 1312, il fut décidé de la suppression de l’Ordre du Temple et tous ceux qui porteraient le costume et continueraient de se faire appeler Templiers seraient excommuniés.

Le soir du 18 mars 1314, le grand maître Jacques-de-Molay et le commandeur de Normandie furent brûlés vifs dans l’île aux juifs.

3-Les Devoirs du Chevalier Kadosh

Au 4ème degré, Maître Secret, nous savons que le Devoir est, pour nous, aussi inflexible que la fatalité. En santé ou en maladie, en prospérité ou en adversité, le Devoir est pour nous aussi exigent que la Nécessité. Le Devoir est donc la Grande Loi de la Franc-maçonnerie, impératif comme la Destinée. C’est cette obligation contractée de suivre imperturbablement la route du Devoir qui se retrouve au 30ème degré.

Alors qu’il est plus facile de faire son Devoir que de le connaître, nous savons aussi que la connaissance de ce Devoir complet, c’est la Parole Perdue que nous recherchons infiniment.

Être un Chevalier Kadosh demande l’accomplissement de tous ses Devoirs, tels qu’ils sont déjà énumérés au grade de Maitre Secret à savoir :

-Devoirs envers soi-même de recherche de Vérité, de connaissance, en vue de rassembler ce qui est épars pour retrouver la Parole Perdue ;
-Devoirs d’être au service de son prochain ;
-Devoirs envers sa famille ;
-Devoirs envers l’humanité.

C’est de ces devoirs que découle le combat du Chevalier Kadosh.

4-Le combat du Chevalier Kadosh

Revêtir la toge de Chevalier Kadosh exige de combattre le mal et ses perversions sous toutes leurs formes. Cette lutte incessante demande de ne pas s’arrêter aux seules apparences. Il s’agit d’avoir un regard suffisamment perspicace pour discerner l’intériorité de l’autre. Le cas échéant, il être capable d’agir en fonction de son devoir, de le connaître pour pouvoir l’accomplir dans la défense de toute cause juste, fût-elle désespérée.

L’ordre maçonnique, qui œuvre à la Gloire du Grand Architecte de l’Univers, s’inspire des valeurs de la chevalerie et cultive le don de soi. En conséquence, chaque Chevalier devient un servant qui se réalise dans l’action pour une grande cause ou au nom d’un idéal élevé. On peut considérer qu’il est investi d’une haute dignité, mais aussi d’une autorité morale incontestable.

Son combat est bel et bien contre les forces du mal, qu’elles soient spirituelles ou temporelles. Son combat, s’il est partagé avec ses frères et sœurs, demeure malgré tout solitaire, ce en quoi il est « séparé », mis à part. Son cheminement vise à la perfection, à se déplacer sans cesse et c’est pourquoi en œuvrant positivement, il devient saint. Cet état est à la mettre en relation avec celui du Juste qui est aussi un sage œuvrant dans la cité comme dans le monde profane.

Pour aimer, il faut se connaitre et s’aimer soi-même, vaincre ses peurs et aussi, celles de l’autre, des autres, pour se comporter avec justice et équité en toutes circonstances.

Agir conformément à son devoir correspond à la maîtrise du libre arbitre qui réclame que chaque chevalier, le moment venu, sache faire abstraction de son intérêt particulier. Dans cette perspective, il doit bannir toute forme d’égoïsme, pour se mettre au service des valeurs les plus nobles et les plus élevées. Quelles que soient les circonstances, il doit toujours rechercher la Justice et la Vérité en fonction de ce que le devoir impose et dicte à sa conscience. Le moteur de son action est bien évidemment l’intérêt supérieur idéal qui le guide. Cette conscience du devoir à accomplir est le fruit d’un sens profond de la responsabilité envers autrui et envers l’humanité dans son ensemble.

Le Chevalier Kadosh doit être capable de sortir de l’oppression et des contraintes de la vie moderne pour agir, doté de sentiments nobles, élevés et désintéressés afin d’œuvrer de telle sorte qu’il puisse parvenir à cette réalisation, tant humaine que spirituelle, vers les plus hauts sommets de l’idéal de perfection. Son action se fait dans la réflexion et avec raison, dans la voie du juste milieu à laquelle il a eu accès, dès la maîtrise.

Le trentième degré est l’ultime grade d’Elu. La réalisation de ce grade réside dans son obligation d’agir et de se déterminer avec courage, sans espérer d’autres récompenses que la satisfaction intérieure d’avoir mis en adéquation ses actes avec ses principes dans le subtil combat qu’il faut mener pour harmoniser les antagonismes.

Ce combat ne se situe pas seulement sur le plan spirituel pour accéder à la Cité céleste, car il doit aussi combattre dans la cité terrestre contre toute espèce d’oppression, d’injustice et de tyrannie. Le combat sur terre, n’est que le reflet du combat céleste, celui de la Lumière contre les Ténèbres.
Le ressort de toute progression initiatique est de parvenir à triompher de toutes les épreuves et de tous les combats. La vie est un conflit permanent entre le bien, allié au droit, contre le mal et l’injustice. Ces deux forces conjointement opposées, pour parvenir à la paix et à la sérénité, auxquelles chacun aspire, ne sont ni inertie ni attentisme, mais le fruit d’un combat pour l’apaisement des passions et des conflits.

5-Comment le Chevalier Kadosh peut-il triompher de son combat ?

Pour triompher de son combat, le Chevalier Kadosh doit se fonder sur l’une des maximes auxquelles il s’est engagé à rester fidèle, à savoir : Savoir-Comprendre-Agir.
Cette maxime résume à elle seule le cheminement maçonnique dans l’étendue de son engagement et de son idéal.
Ces étapes successives, « savoir-comprendre-agir », sont un rappel de l’enseignement des grades de perfection, du chapitre et de l’aréopage.
On peut se demander s’il existe dans ce ternaire un rapport de succession ou de simultanéité. Le grade de compagnon fait accéder à une recherche active du savoir. Un rapport de simultanéité peut être établi entre ces trois termes : je sais et par compréhension j’agis contre toute forme d’oppression et d’injustice.

Tout savoir est étroitement lié au vouloir dans l’étude des devoirs à accomplir envers soi-même et envers ses semblables.
Le savoir peut se définir comme la somme des connaissances acquises. Lorsque le savoir acquis est intégré au monde et à la nature des choses, il est incorporé en soi et se transforme en connaissance avec une ouverture de l’entendement et de la conscience. Savoir quelque chose par cœur n’est pas savoir, car ce n’est pas la répétition formelle de ce que l’on a appris. Un savoir dans quelque domaine que ce soit demande d’apprendre, puis de comprendre avec l’intelligence pour l’assimiler et se l’approprier.

Il demande à chacun un effort personnel de compréhension, de maturation et d’assimilation. La compréhension fait appel à la faculté d’intelligence et à la raison. Le savoir livresque est un point de départ vers le vrai savoir, mais il ne peut pas se substituer à l’expérience personnelle. Le savoir se réalise dans la compréhension et la confrontation de la vérité entrevue à la lumière de la raison. Le savoir conditionne la nature de l’action en passant par la compréhension ; il demande la capacité de remettre en question ses acquis. L’acquisition du savoir est caractérisée par le travail de l’apprenti et du compagnon maçon. Le temple correspond à l’athanor où s’élabore le grand œuvre, où se décante et se transmettent les connaissances initiatiques.

Comprendre permet d’aimer qui demande de l’énergie et correspond à l’ouverture du cœur. C’est le moteur de toute quête initiatique. Il permet de former une chaîne d’union qui s’inscrit dans la transmission. Comprendre renvoie à l’œuvre du compagnon par le partage. Le savoir avec la compréhension permet de tempérer la sécheresse de la connaissance, d’établir un équilibre. Comprendre, c’est par respect éviter de faire aux autres ce que l’on ne voudrait pas qui nous soit fait. C’est considérer son prochain et de l’aimer comme soi-même. C’est se mettre au service de l’humanité en étendant le principe de la fraternité à tous les êtres humains. Le Chevalier Kadosh doit être un modèle d’altruisme et de bonté en aidant son semblable pour toute cause juste.

Pour exercer une action à bon escient, il faut être capable d’amour et de compréhension. Tout est intimement lié. Agir ne signifie pas s’agiter. L’action réfléchie est efficace alors que l’agitation inconsidérée, désordonnée, incohérente est néfaste. Agir nécessite de savoir choisir, de se déterminer pour lutter contre l’obscurantisme des préjugés, des tyrannies et des fanatismes. Agir nécessite de savoir transmettre ses acquis pour contribuer à perpétuer la chaine initiatique qui traverse le temps et les générations.

6-Conclusion

Le Chevalier Kadosh constitue le grade d’action indispensable dans un cheminement initiatique. La connaissance, objet des quatorze premiers degrés, l’amour qui est celui des degrés capitulaires, n’ont de sens que s’ils sont prolongés par l’action. Ce qui compte, c’est le niveau d’évolution de l’ensemble de l’espèce et c’est là qu’intervient l’action qui nous occupe. L’évolution personnelle du Chevalier n’a d’intérêt que pour lui, celle qui compte concerne l’ensemble de l’humanité et les deux sont intimement liées. Le Kadosh dans le monde est comparable à un Franc-maçon dans la Loge : seul, mais participant à l’ensemble, poursuivant sa formation parce qu’il reçoit et contribuant à celle des autres par ce qu’il émet.
Tout humain est perpétuellement seul au milieu des autres et en même temps uni à eux par des liens très forts qui sont des sentiments.
La dualité noir et blanc, les autres et moi, perfectionnement personnel et action dans le monde, temporel et spirituel, se retrouve parfaitement dans l’aigle bicéphale qui apparaît ici.

Le trentième degré, grade de combat, semble sous-entendre des certitudes car l’on ne peut se battre que pour ce que l’on croit vrai. Mais en réalité, la seule certitude du Kadosh est que son nom fut autre et que son combat ne peut être que pour la tolérance et la liberté de pensée.

J’ai dit !

Références bibliographiques :
-Rituels et Livres d’instructions des 28ème, 29ème et 30ème degrés du Rite ;
-Symbolique des Grades Philosophiques – Irène Mainguy – Editions Dervy, 2015 ;
-Du Chevalier d’Orient… au Chevalier Kadosh – Jean-Claude Mondet – Editions du Rocher, 2009.

Vous devez être abonné pour accéder à ce contenu


S'abonner

Retour à l'accueil