Des origines du Gr de CKS en France
F∴ M∴ S∴
Si les constitutions d’Anderson de 1723 constituent sans conteste le point de départ de la F M institutionnelle, ses origines réelles sont l’objet de bien des spéculations, y compris chez les maçons eux-memes.
D’aucuns, et non des moindres comme Armand Bedarride, nous rapportent la legende du R E R, établi par Willermoz vers 1778 à Lyon, selon laquelle les Templiers refugies en Ecosse à la suite de leur procès en seraient l’origine, alors que d’autres, via le Portugal, auraient été « récupérés » par les actuels Chevaliers de Malte.
En l’occurrence, le Chevalier d’Aumont et quelques autres Francais, déguisés en ouvriers macons et grâce à leurs appuis dans les corporations ouvrières, auraient gagné l’Angleterre puis les pays calédoniens.
Dans des Loges de métier existantes, ils auraient créé une composante spéculative puis des Chapitres pour poursuivre l’oeuvre de l’ordre primitif et notamment contre les papes, rois, chevaliers hospitaliers et de Malte.
Nous n’irons pas plus loin dans cette direction car, à ce jour, aucune preuve historique n’est réellement venue étayer cette théorie.
Plus prosaïquement, c’est en Angleterre et en Ecosse au 16ème siècle que des non opératifs ont été « acceptés » pour leurs appuis financiers ou politiques voire intellectuels. La notion d’« accepted mason » ou « free mason » apparaît officiellement en 1624 dans les procès verbaux de la Loge d’Edimbourg.
Développée et structurée à partir de 1717 à Londres, cette F M spéculative s’implante des deux côtés de La Manche, dont à Paris vers 1725, avec alors seulement deux grades, hérités de la maçonnerie opérative d’Ecosse : « L’Apprenti Centre » et « Le Compagnon de Métier ».
Devant l’engouement suscité par ce courant, le besoin d’une plus grande potentialité symbolico-spéculative, mais aussi celui de fédérer et maîtriser un tel essor, furent à l’origine d’un nouveau grade terminal.
Bâti entre 1725 et 1735 autour d’une légende dite « hiramico-salomonienne », le grade de Maître est en fait le premier des hauts grades, même s’il forme avec les deux autres, la F M dite bleue en trois grades, attestée des 1730.
C’est donc cette maçonnerie à trois grades qui va se développer désormais des deux côtés de La Manche, sans que l’on puisse toutefois exclure une pratique antérieure importée par les exilés Stuart prétendants au trône de Londres et d’Edimbourg et soutenus par le gouvernement francais d’alors.
Quoiqu’il en soit, ce qui semble bien établi, est que le succès, dans toute l’Europe, fut tel que d’aucuns y ont vu le risque de tendances négatives dont, notamment, la perte de densité conceptuelle voire, à l’époque, religieuse, tout comme une trop grande vulgarisation de par un recrutement de plus en plus étendu.
Tout comme pour la création du grade de M, c’est probablement pour parer à une certaine forme de « dégénérescence » qu’entre 1830 et 1840 apparurent des systèmes à degrés supplémentaires, appelés écossais probablement du fait de leur origine stuartiste, et, majoritairement constitués d’un seul 4ème Gr dépendant d’un Chapitre ayant sur le LL bleues une fonction de direction et de contrôle.
C’est sur cette base que se sont ensuite créées des hiérarchies, des rites même, sans que la notion de discontinuité entre ces hauts grades et le métier ne soit perçue comme elle peut l’être à ce jour.
En particulier, ce quatrième Gr ne remettait nullement en cause les trois autres et reprenait bien des éléments du troisième, comme la punition des assassins, l’achèvement du T ou encore la parole retrouvée.
Pour appréhender convenablement le contexte, il faut aussi considérer la tendance d’alors à la sympathie pour tout ce qui était chevaleresque, allant même jusqu’à l’établissement d’un lien entre les croisades et la franc-maçonnerie dans la bataille pour un idéal.
Il est tout aussi fondamental de prendre en compte l’atmosphère belliqueuse de l’époque, avec le conflit permanent depuis la fin du 17ème siècle entre intérêts français et britanniques et dans le même temps les guerres qui ensanglantent l’Allemagne.
De ce fait, l’histoire du Gr de C K S en France ne peut s’appréhender qu’en prenant aussi en compte le rôle prépondérant des LL militaires dans son transfert et sa diffusion à travers l’Europe d’alors.
Avant de poursuivre sur ces aspects historiques, il convient de s’arrêter un instant sur la signification étymologique du mot « Kadosch ».
D’origine hébraique, il signifie « être séparé » (du profane), consacré, ordonné, sanctifié. Le Kadosch est donc lui-même saint, c’est-à-dire revêtu des notions de perfection et de spiritualité « divines » selon le contexte de l’époque, mais aussi de celles de responsabilité humaine et tant qu’acteur choisi pour la continuation de la création. Ses références sont très certainement à rechercher dans la Bible pour traduire la notion d’élu, déjà présente aux Gr Gr antérieurs, choisi, séparé, pour veiller en gardien sur les valeurs et rétablir le T, dans le combat déjà évoqué contre les risques de dégénérescence de la F M d’alors.
Nous pouvons désormais en venir aux diverses apparitions du Gr de C KS en France.
En effet, plusieurs apparitions sont revendiquées sans qu’il soit toujours possible d’en assurer l’authenticité, sauf peut-être en 1750 à Poitiers et Quimper, puis en 1761 à Metz et Paris, avant semble-t-il de disparaître pour réapparaître avec le retour en France du R E A A en 1804.
Mais la première apparition daterait, selon Jean-Emile Daruty, de 1743, lorsque les Maçons de Lyon fondent un « Tribunal de Kadosch » et dans le même temps le Gr de « Petit Elu » qui deviendra, après plusieurs développements, « Grand Elu ou Chevalier Kadosch » ou « Chevalier de l’Aigle Noir » puis « Commandeur du Temple ».
Mais la date de cette évolution en « Chevalier Kadosch » n’est pas précisée et Bayard conteste, quant à lui, cette assimilation du « Petit Elu » ou « Elu des Neuf » au grade ultérieur de « Chevalier Kadosch ».
Daruty, tout comme bien d’autres auteurs, signale, par ailleurs, que le baron Karl Gotthelf Von Hund aurait fréquenté la maçonnerie parisienne pendant cette même année 1743 et y aurait été reçu à un Gr templier qui lui aurait servi de base pour créer ensuite en Allemagne la « Stricte Observance Templière », soulignant ainsi, et nous y reviendrons, l’influence capitale des LL militaires et des échanges franco-allemands dans la diffusion des grades, et notamment celui qui nous intéresse.
Mais à ce stade, le Gr de CKS n’apparaît pas comme irréfutablement dévoilé en France.
Il faut attendre 1750, avec « Le manuscrit de Quimper », et en parallele la citation du Chapitre de l’« Ordre Sublime des Chevaliers Elus » à Poitiers, pour attester d’une première apparition globalement incontestée.
Ce manuscrit de Quimper est d’origine inconnue, mais en tous cas antérieur à 1750, et liste les membres de l’« Ordre Sublime des Chevaliers Elus », du même nom que le Chapitre de Poitiers, ce qui n’est certainement pas un hasard, d’autant que ces membres sont dans les deux cas quasiment identiques.
Dans ce Chapitre donc, et selon ce manuscrit, un seul grade, celui de « Chevalier Elu », mais qui repose sur les deux piliers propres au Gr qui nous préoccupe, à savoir l’echelle mystérieuse portant les mots hébreux traduisant les vertus que le Chevalier doit posséder, et la fameuse légende templière.
Il divulgue la fuite en Ecosse des survivants de l’Ordre du Temple, de façon très explicite, mais il n’y est pas question du moindre appel à la vengeance contre le roi ou le pape. Plus intéressant pour notre propos, les Chevaliers Templiers y sont ici assimilés aux Chevaliers Elus Kadosch.
En effet, la dégénérescence de la F M après la période salomonienne y est soulignée, et les Chevaliers Elus se sont, selon ce catéchisme, « séparés » pour maintenir l’ordre du T dans sa pureté intégrale et originelle. Ces FF dénommés Kadosch parce que séparés, se seraient donc réfugiés en Ecosse et en Angleterre et c’est de l’Ecosse, toujours selon ce manuscrit, que l’élection serait rentrée en France.
L’assimilation entre les survivants du Temple et les Chevaliers Elus est ici manifeste, mais, comme déjà dit, point pour l’instant de vengeance contre la Tiare ou la Couronne, mais seulement le châtiment des meurtriers d’Hiram.
Un point intéressant à noter également, et toujours selon ces instructions, les chevaliers élus étaient apparentés aux Pharisiens (de « Pharas » = séparé) et aux Esséniens, ce qui semble en fait relever d’une mauvaise traduction de l’Allemand « Essäern » qui signifie Esséens. Ce point a toutefois le mérite de souligner l’influence germanique ; nous y reviendrons.
Pour revenir en France, cette prétendue descendance des Templiers circulait probablement un peu partout dans les années 40 du 18ème siècle. Nous l’avons déjà soulignée au sujet du baron Von Hund ; il en va de même pour Willermoz, fondateur du R E R, qui déclara, en 1782 au convent de Wilhemsbad, avoir reçu le 4ème Gr à Lyon en 1743, de la loge symbolique dont il était désormais président, et que, par ce fait, il était devenu successeur des Templiers et de leurs connaissances.
Il prétendait par ailleurs l’avoir reçu lui-même de son prédécesseur qui lui-même l’aurait appris d’une ancienne tradition dont il ignorait l’origine…
En réalité, il semble bien qu’il faille chercher ladite origine dans la littérature qui circulait à l’époque en Europe et tout particulièrement en Allemagne. En témoigne notamment un document daté de 1745, envoyé en Français au prince « Christian de Hesse » sous le titre de « La maçonnerie parmi les Chrétiens ». Une thématique alors courante y est reprise, qui présente les Rose-Croix comme descendants directs des Esséniens et restituteurs de l’Ordre, les chanoines du Saint Sepulcre comme des Rose-croix fixés à Jérusalem et pratiquant les vertus templières de sobriété, secret, pauvreté, chasteté, amitié et secours mutuel. L’histoire de Jacques de Molay y est également relatée, ainsi que celle du refuge de ses fidèles en Ecosse, ainsi que des secrets de l’Ordre dont (sic) le domicile doit être caché aux profanes, même parmi eux certains des vrais francs-maçons.
Rappelons enfin que le Chapitre Kadosch de Poitiers fut créé en 1750 par le comte De La Tour Du Pin La Charce, celui là même qui fut capitaine d’infanterie en 1730 puis commandant du régiment de Bourbon en 1740, et du quitter l’armée du fait d’une grave blessure aux jambes en 1748, après avoir été, depuis 1744, président d’une L militaire dans son régiment impliqué dans la guerre de succession d’Autriche de 1740 à 1748, alors que la France était alliée de la Prusse contre Londres et l’Autriche.
Cette thématique à donc probablement son origine en Allemagne et plus précisément dans la Hesse que nous avons déjà évoquée et d’ou partit également le courant rosicrucien.
Mais alors, si la thématique templière est d’origine allemande, pourquoi le catéchisme de Quimper et Poitiers précise-t-il que c’est de l’Ecosse que l’élection est rentrée en France ?
En fait, il semble relativement établi que la tendance chevaleresque, ressentie dans toute l’Europe de l’époque, est aussi liée à l’influence sur le sol français des exilés stuartistes ou jacobites prétendants au trône britannique et à leur appétit de reconquête du pouvoir.
Ainsi, derrière Jérusalem se cacherait Londres, tout comme derrière le triste sort fait à Jacques de Molay et derrière le meurtre d’Hiram, se dissimulerait l’exécution de Charles Ier Stuart en 1649, exécution qu’Anderson lui-même qualifie d’assassinat.
On ne peut donc pas exclure cette composante de dimension stuartiste et anti-hanovrienne, mais française de synthèse, au-delà de la thématique strictement kadosch, liée quant à elle au concept de consécration et de purification, en fait de sanctification, d’influence probablement rosicrucienne.
Force est, en tous cas, de constater que l’Ordre sublime des Chevaliers Elus, première apparition kadosch de Poitiers et Quimper, va disparaître dans les cinq ans suivant la bataille de Culloden en 1746 où le duc de Cumberland détruisit l’armée stuartiste.
Le Gr réapparaît toutefois avec une plus grande vigueur au travers de deux instructions manuscrites, probablement deux copies issues d’un même document de 1760, l’une datée de juillet 1761 et incluse dans le fonds Willermoz de Lyon, l’autre issue de la collection Kloss.
Toutes deux portent l’emblème de l’aigle à deux têtes enserrant un glaive, laissant supposer, plus encore que précédemment, l’origine allemande.
Le Gr, ultime de la maçonnerie d’alors, y est celui de « Grand Inspecteur et Grand Elu, Dernier de la Maçonnerie » sur la première et « Grand Inspecteur, Grand Elu, C K S » sur la deuxième version.
Il comporte évidemment l’échelle mystérieuse et les mots du Gr.
Quant à Kloss, il a précisé que son exemplaire appartenait vers 1762 au Général Von Hahn, noble allemand qui servit la France en Alsace et il porte par ailleurs la mention « J’appartiens à D K de Lille » du F De Klier qui a copié bon nombre de rituels et appartenait à la Loge de « St. Jean L’Ancienne » de Lille ; ce document a donc appartenu au General Von Hahn aprsè avoir été copié probablement vers 1760 par le F De Klier.
Ce texte, de Lyon, tout comme celui de Kloss, présente les Kados comme des saints séparés des autres hommes par leur recherche de vie spirituelle et de progression vers le Salut. Il cite la création de l’Ordre du Temple en 1118 à Jérusalem, mais toujours sans qu’il soit nullement question de vengeance.
C’est cette même présentation qui fut faite en 1761 à Metz dans la R L « Les Parfaits Amis » par le F visiteur Jean-Baptiste Dubarailh, officier libéré de captivité après avoir participé à la guerre de sept ans (de 1756 a 1763) sur le sol allemand, en se prévalant, sans que cela ne fut jamais prouvé, du Comte de Clermont (G M de la « Première Grande Loge De France » qui deviendra G O D F en 1773) et de Frédéric, roi de Prusse.
Mais des correspondances entre les FF de Metz et de Lyon ont révélé, sans aucun doute possible, qu’en même temps que cette instruction écrite, étaient communiquées oralement des instructions secrètes du Gr de « Grand Inspecteur, Grand Elu, C K S » comportant quant à elles toute la thématique templière, incluant les parties relatives à Jacques de Molay, Philippe Le Bel, Clément V, et où le meurtre d’Hiram était présente comme en fait la pré ou transfiguration de l’exécution de Jacques de Molay. De cette transfiguration proviendrait même l’expression reprise dans nos rituels, à savoir « Son nom fut autre et pourtant le même ».
Cette idée, dans le contexte de l’approche du premier concile, de rétablir, et en particulier dans ses biens, l’Ordre du Temple, aux dépends de l’Ordre des Hospitaliers de Jérusalem, et au profit donc de la Franc-maçonnerie, ne pouvait évidemment pas laisser sans réaction les autorités royalistes et religieuses de l’époque.
Et effectivement la réaction ne se fit pas attendre : dès 1761, les FF de Metz eux-mêmes, par leur V M Meusnier de Précourt, condamnèrent ce Gr comme mu par un projet insensé, et ce dans sa globalité, c’est-à-dire sans distinguer le rituel écrit des communications secrètes. On notera d’ailleurs que la version lyonnaise de Willermoz ne comportait pas non plus ces communications, mais il s’agit d’une version écrite ; les communications ont elles été oubliées ou volontairement omises, la question reste posée.
Toujours est il qu’il en faut plus pour éteindre un Gr et son contenu rituélique.
En effet, le meme F Dubarailh, pendant la guerre de sept ans en Allemagne, avait constitué C K S le F écuyer parisien François Le Boucher de Lenoncourt, qui le transmit intégralement à la « Première Grande Loge De France » à Paris, laquelle l’inséra, sans aucune hésitation, au sommet de son système de « Parfaite et Sublime Maçonnerie » tel qu’il fut transmis, le 27 août 1761, sous l’appellation de « Rite de Perfection », au F négociant et voyageur bordelais Etienne Morin, avec patente pour qu’il puisse le diffuser au-delà des mers.
C’est ce qu’il fit à partir de 1762 lorsqu’il exporta ce système aux Ameriques et en particulier à Charleston.
Ce système de perfection comportait alors vingt cinq degrès, dont le 24ème, C K S ou C de l’Aigle Blanc et Noir, peut-être après la condamnation du premier, n’était surpassé que par celui de « Prince du Royal Secret » alors qu’il constituait le degré sommital de la « Parfaite et Sublime Maçonnerie » initiale.
L’origine de ce 25ème degré demeure d’ailleurs obscure et est souvent attribuée à Etienne Morin lui-même.
A ce stade, il convient de s’arrêter un instant sur cette « Patente Morin » dont la légitimité même fut longtemps contestée avant d’être aujourd’hui tout à fait reconnue, mais dont l’origine, c’est-à-dire l’autorité détentrice au départ, demeure aujourd’hui encore discutée.
Nous retiendrons seulement, qu’après l’apparition du Gr de M entre 1735 et 1745, les divers systèmes de hauts grades ou écossais, ont connu un développement très florissant et, il faut bien le dire, relativement inextricable.
Le 8 juillet 1745, le règlement de la « Parfaite L d’Ecosse » à Bordeaux (n’oublions pas les origines d’Etienne Morin) est mentionné avec le terme d ‘« Ecossais » pour Gr ou ensemble de GrGr au-delà du M.
Le 24 juin 1745, soit quasiment dans le même temps, le règlement de la « L de Saint Jean de Jérusalem », parisienne et souvent identifiée à la « Première Grande Loge De France », fait allusion aux GrGrde Parfait, Irlandais, M.Elu et Ecossais, meme si en 1743, soit deux ans auparavant, cette « Premiere Grande Loge De France » avait condamne (sic) « ces macons qui se pretendaient investis de GrGr et prérogatives supérieurs aux LL bleues ».
Il semble toutefois que cette « L de Saint Jean de Jérusalem » (là aussi, il convient de rappeler que d’aucuns considèrent la F M comme héritière des Chevaliers de Saint Jean de Jérusalem) ait été en fait une structure concentrique de la « Première Grande Loge De France » qui aurait permis l’éclosion du système de perfection et des hauts grades.
Toujours est il que ce système écossais de perfection semble bien s’être constitué vers la fin des années 1740 ou début des années 1750, en sept puis dix puis quatorze GrGr dans le Bordelais, sous l’influence du F Etienne Morin.
Mais en 1760, à Paris, après un premier passage aux Antilles, on le retrouve parmi les animateurs de la « Première Grande Loge De France », alors sous la Grande Maîtrise du Comte de Clermont.
Dans le même temps, s’est constitue le « Grand ou Souverain Conseil » dont le Gr sommital est précisément celui de C K S, et ce, au sein de la « Première Grande Loge De France », et il semble bien que ce soit cette autorité qui ait décerné la patente au F Morin qui l’aurait ensuite développé dès 1762 aux Amériques, relayé par la suite par le F Francken dont les manuscrits de 1771 et 1783 nous sont intégralement parvenus.
Pour une fidélité totale, il faut aussi mentionner deux autres origines à cette patente, longtemps evoquées mais aujourd’hui abandonnées.
En effet, toujours dans la mouvance effrénée des HH GG, s’était crée en 1756 le « Conseil des Chevaliers d’Orient, Souverains Princes Macons et d’Occident », et, en 1758, le « Souverain Conseil des Empereurs d’Orient et d’Occident, Sublime Mère L Ecossaise ».
On notera que Meusnier de Précourt, de Metz, et Le Boucher de Lenoncourt, notre écuyer parisien, étaient membres du « Conseil des Empereurs d’Orient et d’Occident » et de la « Première Grande Loge De France ». Le premier écrivait à Willermoz en 1762 que le Gr de C K S renfermait les secrets des templiers transmis par les Rose-croix et quelques membres de l’Ordre Teutonique, mais cela n’empêchera pas chacun d’eux de le condamner par la suite, dès 1762 pour Metz et en 1772 et 1779 pour Willermoz.
Toujours est il qu’aucun de ces deux conseils ne semble être à l’origine de la patente.
En effet, le « Conseil des Empereurs… » ne comportait pas une structure de HH GG similaire à celle du rite de perfection, et Etienne Morin s’est même montré hostile à ce conseil avant son départ en 1762 ; quant au « Conseil des Chevaliers… », il était éteint en 1760 pour n’être rallumé qu’en 1765.
C’est donc bien la « Première Grande Loge De France » qui, d’elle-même, ayant alors autorité sur tous les grades, et ce jusqu’en 1763, et peut-être via le Souverain Conseil des Chevaliers Kadosch pré-cité et en son sein, aurait décerné cette patente au F Etienne Morin.
Le manuscrit Francken atteste de la structure en 25 degrés du rite de perfection, et aussi du caractère clairement Templier du système, ici donc y compris par écrit.
Le catéchisme de communication du Gr se termine par « Vous êtes maintenant un Chevalier du Temple ; ainsi, tous les grades antérieurs n’étaient que des préparations, la Maçonnerie n’était que le vivier dans lequel, après un long noviciat, étaient recrutés les nouveaux Chevaliers. Parash kol, tout est expliqué ! Nec plus ultra, il n’y a rien au-delà ». Je vous laisse juge quant à la véracité de tout cela, et au caractère persistant et pérenne de notre Ordre, si ce but avait été effectivement seul et unique.
Revenons donc en France où ce Gr fut condamné en 1762 à Metz, où il fut introduit un ou deux ans auparavant, en 1762 et surtout 1766 à Paris par les deux conseils.
On notera toutefois que le même F Willermoz signe, en 1763, un document du Gr de C K S et que, dans la confusion totale, il n’est pas certain que le Gr n’ait pas continué de vivre sans ses instructions secrètes.
Il n’empêche qu’en 1766, le « Conseil des Empereurs d’Orient et d’Occident » condamne le Gr et ses instructions secrètes comme contraires tant aux principes de la maçonnerie que, je cite, aux devoirs d’état et de religion. Quant à notre écuyer parisien Le Boucher de Lenoncourt, il fut, en 1769, rayé du tableau des LL parisiennes par le substitut du G M, le Comte de Clermont, comme follement ambitieux et faisant commerce de mystères maçonniques.
C’est, peut-être, ému par ces condamnations qu’Etienne Morin, à Charleston, adopta pour le Gr un autre nom, celui de Chevalier de l’Aigle Blanc et Noir, mais sans vraiment oublier celui de C K S qui sera d’ailleurs maintenu par Francken.
Il n’en demeure pas moins que Willermoz, à son tour, condamne le Gr en 1773 et 1778 et que le « Conseil des Empereurs d’Orient et d’Occident » renouvelle la condamnation en 1780.
Il fut écarté du Rite Français en 7 degrés du G O D F (remplaçant la « Première Grande Loge De France » depuis 1773), oublié du R E R après l’assaut de Willermoz et jamais inclus dans le Rite Ecossais Philosophique.
Ainsi, à la fin du 18ème siècle, en France bien sur, le Gr de la Perfection Maçonnique était celui de Chev R+C, Gr.d’un autre T, spirituel celui-là, de la nouvelle loi, après le premier T des GrGr Salomoniques et le 2ème des GrGr Chevaleresques.
Il n’empêche que ce Gr, proscrit par les Maçons eux-mêmes, fut la base de bien des accusations contre l’Ordre, de la part des ecclésiastiques, et notamment des Jésuites, en particulier pendant toute la période révolutionnaire.
Mais, une fois encore, le Gr et son contenu rituélique, au moins partiellement, vont renaître, et ce de la fusion de l’Ecossisme français et de la tradition anglaise des anciens, en Amérique du Nord et en particulier à Charleston.
Souvenons-nous qu’au début de 1762, le F Etienne Morin avait quitté le vieux continent pour les Amériques, muni de sa patente du système de Perfection dont le C K S occupait la 24ème place.
Sous son influence, puis après sa mort à Kingston en 1771, celle de Franken, sous le nom de C K S ou de Chevalier de l’Aigle Blanc et Noir, il prospéra aux Amériques ou le Comte de Grasse Tilly, fils de l’Amiral du même nom, le reçut lui-même à Charleston où le S C avait été inaugure en 1801.
Il occupait alors le 30ème degré du R E A A, réimporté en France lors de son retour en 1804 via Bordeaux puis Paris où, en ce début de 19ème siècle, il ne risquait plus de mettre à mal les structures obédientielles ; c’était la création par son premier G C du S C du R E A A.
Mais l’essor du Gr sera cahoteux. Devenu à son tour S G C le 13 août 1806, Jean-Jacques de Cambacérès décida que le Gr ne serait plus transmis que par communication, et, deux ans plus tard, le S C du R E A A pour la France ne comptait que neuf C K S pour cent vingt Princes du Royal Secret alors 32ème Gr.
Le C K S ne devint le degré de base des aréopages que lors de leur création officielle en 1821, même si des écrits relatent l’existence en 1830 de l’aréopage « La Sincerité » au Camp de Besançon et « La Trinité » au Camp de Dunkerque.
En 1890 seulement, apparut le premier aréopage parisien « Lutetia », avec en tout cinq aréopages en province.
Notons toutefois qu’en 2009 se sont constitués, pour le seul G O D F, quatre aréopages, en Amérique du Nord, Dunkerque, Paris et Le Mans, portant le nombre total d’aréopages du GODF à soixante dix.
On peut dire toutefois que le Gr poursuivit une vie tranquille au sein du R E A A par la suite, avec des rituels tres variables puisque dix sept auraient été identifiés très récemment, les uns citant nommément le foulage aux pieds des couronnes et des tiares pontificales, les autres ne retenant que le combat, par tous les moyens et sans trêve ni repos, de toute injustice et de toute oppression et la lutte pour leur réparation.
Mais vous connaissez tout aussi bien ce rituel et l’examen de ses diverses sources et variantes pourrait faire l’objet d’un autre balustre en lui-même.
Une constante demeure, selon moi : il est le Gr de la Sainteté Maçonnique militante, soutenu par un triptyque dont il constitue le Nec plus ultra : Apprendre, Aimer, Agir.
Quant aux sources templières, il convient, selon moi toujours, de ne pas les ignorer et encore moins les rejeter trop vite.
Peu importe, en fait, que nous soyons ou pas les continuateurs authentiques de l’Ordre.
Nous en sommes trop éloignés dans une société du 21ème siècle trop différente de celle du Moyen-âge, et d’une mentalité totalement transformée par la philosophie et les sciences. Mais les templiers, resitués dans leur contexte, semblent avoir été très en avance sur leurs contemporains.
Chrétiens ésotériques, peu orthodoxes et suspectés d’hérésie, ils usaient de symboles, avaient une initiation en 3 GrGr (novice, écuyer, chevalier) et aussi un secret, contrairement aux chevaliers profanes.
Ils protégeaient des corporations ouvrières et, « puissance souveraine », ne relevant que de leur G M, dont la nomination ne dépendait que d’eux-mêmes, ils exerçaient une puissance d’attraction et d’influence sur tous ceux qui désiraient échapper à l’arbitraire des officiers royaux ou du clergé séculier.
Leur catholicité même avait peu à voir avec celle du Vatican : ils armaient chevaliers des catholiques grecs, hostiles à la papauté romaine, des musulmans appartenant à certaines sectes ésotériques pourvues d’une initiation similaire, et se sont trouvés alliés des sultans.
Cette tolerance singulière, en particulier à l’egard du judaïsme et de l’islamisme, les amenait à considérer les divergences religieuses comme diverses formes d’une même spiritualité renfermant un mysticisme unique.
Sur le plan politique et social, certains historiens spécialistes considèrent qu’ils visaient la construction de la Cité terrestre, où les trois mondes, chrétien, juif et musulman, seraient emboîtés dans la paix et la prosperité.
Toujours selon ces historiens, appuyés sur leurs commanderies, ils cherchaient à réaliser en Europe une fédération de petits états libres avec un empereur à l’instar de ceux des Romains, respectant les institutions et coutumes locales, en un mot une sorte de Saint Empire, où le spirituel guide les consciences, le temporel régissant l’équilibre matériel, les deux s’accordant sans conflit avec chacun son domaine propre.
Religieux et soldats, soumis ni au roi ni au pape, ce qui causera leur perte, ils étaient protecteurs du temporel et conservateurs du spirituel, exerçant même une régulation économique.
En réalité, la Terre Sainte idéale dont ils étaient gardiens était bien voisine de notre T de Salomon. Ils en étaient les gardiens, ceux de la foi idéale, des traditions et connaissances universelles.
Comme eux, n’est ce pas en cela que les maçons des HH GG, et tout particulièrement les Chevaliers Kadosch, auraient un rôle de gardien ?
Gardiens de la Foi, confiance inébranlable dans le triomphe de la lumière sur les ténèbres, de la vertu sur le vice, de la justice sur l’iniquité, de la conscience libre sur toute forme d’asservissement, de l’homme libre sur toutes les servitudes du dedans comme du dehors, de la cité maîtresse de ses destinées contre tous les tyrans ou despotes d’en haut ou d’en bas.
Chevaliers combattant loyalement contre les ennemis, intérieurs et extérieurs, non par amour de la bataille, mais par devouement a l’idéal, contre toute forme d’esclavage des corps et des consciences, contre tous les autoritarismes, d’où qu’ils viennent, et contre tout ce qui menace la foi en ces valeurs universelles car librement acceptées et gardiennes de l’Humanisme véritable.
Dans l’évolution de l’humanité existent, semble-t-il, des constantes auxquelles répondent, selon le langage des siècles, certaines institutions et certains courants d’action : n’occuperions nous pas, pour notre temps, et peut-être, je l’espère, pour longtemps, la place qu’ils ont tenue au Moyen-âge, comme les Rose-croix a la Renaissance, s’occupant à la fois de l’ordre spirituel et temporel, c’est-à-dire veillant sur la cité, une cité idéale sans dogme ni oppression d’aucune forme.
Les Templiers portaient ombrage à la Tiare et au Sceptre en haut, au désordre et aux abus en bas.
FMFM, ne travaillons nous pas aussi sans relâche pour l’Amour du genre humain, de la Verité, de la Beauté de la Lumière et de la Justice, à former aussi des Hommes indispensables à toute cause noble publique ou privée.
Ces hommes, capables de construire des formes sociales nouvelles, où chaque pierre aura son rôle dans l’édifice, ou toutes les catégories s’égrèneront l’une dans l’autre, par la Fraternité et l’Amour, comme les Templiers prévoyaient probablement l’emboîtage des races et des classes du monde de leur temps.
Le chao des compétitions anarchiques remplacé par l’ordre bâati en vertu de la Sagesse et de l’Amour, au nom du Vrai, du Bien et du beau, en Action, tel n’est il pas notre but commun, notre Nec plus ultra ?
J’ai dit,
Bibliographie :
– Travaux de la L de recherches
Ars Macionica n°30 – GLRB – Bruxelles
– « Le livre d’instruction du C K S»
– Armand Bedarride
– « L’Ecossais »
n°5 – SC du REAA – GODF
– « Son nom fut autre » –
Claude Guerillot
– « Recherches sur le REAA »
– Jean-Emile Daruty
– « Deux siecles de REAA en France
» – SC du REAA – GODF