#401012

Parallèle entre les 1er et 4ème degrés

Auteur:

K∴ H∴ D∴

Obédience:
Non communiqué
Loge:
NP



Trois Fois Puissant Maître et vous toutes mes sœurs maîtres secrets,



Celui qui est en quête de sagesse est un voyageur en manque. Il lui faut franchir des seuils, aller au-delà, vers l’inconnu, vers l’invisible. C’est toujours l’être seul qui s’affronte au passage : « Souvenez vous que vous ne serez jamais initiée que par vous-même ». Il s’agit en effet ici de deux initiations, de deux commencements ou mises en route qui se situent cependant à deux plans différents.



De nouveau à la porte du temple, mais cette fois-ci recouverte de ma robe et de mes gants, on va m’enlever mon tablier, je sais déjà qu’il me faut laisser mes métaux à la porte du temple et que maîtresse avertie je n’ai plus besoin d’être pieds nus et yeux bandés, cependant mon front est recouvert d’un voile diminuant la perception de la lumière, je suis dans la pénombre et on m’annonce : « de même que je ne vois pas bien, je ne comprends pas bien ».



Visible et perceptible, malgré l’obscurité lourde d’avertissements, dès le cabinet de réflexion, cette lumière est tour à tour perdue, puis regagnée chaque fois avec plus d’éclat, de force et d’intensité. Elle est liée à l’initiation qui suppose transmission d’une connaissance, passage des ténèbres à la lumière : lorsque le bandeau opaque du néophyte que j’étais, plongée dans une nuit sans repère, est tombé, je fus conviée à contempler le delta lumineux, entrevoyant la voie à parcourir qui s’étendait devant moi, au-dessus de l’horizon, et qui se perdait dans ce point de lumière, alors que tout autour de moi était enfoui dans l’ombre. La vie commence toujours dans les profondeurs du noir, même pour les gemmes qui deviendront éclat de lumière. Ce n’est qu’une fois le corps mis en putréfaction et devenu terre noire qu’un commencement nouveau peut intervenir.



J’ai bien été initiée, mais il me reste du chemin à parcourir. Le flambeau que je porte est le symbole de cette lumière intime, ténue, perpétuellement changeante et fugace, aussi imprévisible que ma vie humaine en évolution. Flambeau qui peut nous rappeler celui du cabinet de réflexion, petite flamme fragile, support de notre méditation, symbole d’une connaissance cachée.



Ce fragment de lumière doit un jour dissiper les ténèbres, sa juste mesure et sa direction (je vois désormais le plan) sont symbolisées par l’équerre d’argent (couleur de la lune), rappel du travail de rectitude et de la lutte contre l’imagination ou l’erreur qui doivent marquer ma quête. Elle estplacée sur mon front à l’emplacement de l’œil de la connaissance : ce n’est plus l’équerre de l’apprentie, elle a été relevée, c’est le reflet de la lumière qui vient d’en haut, il y a eu transmutation.


Ce qui est inconscient est dans l’ombre, cependant la grande lumière commence à paraître, lumière primordiale qui se découvre progressivement, n’est autre que l’entendement intellectuel et spirituel, là en attente dans la Parole, pour tous ceux qui la cherchent dans le silence. Le maître secret ne travaille plus à une heure mesurée par l’homme (de midi à minuit), une heure chronométrique, il fait confiance à ses seuls sens : il écoute plus qu’il ne voit : il est en rapport avec le cosmos et la nature.



Chaque initiation est avant tout une marche intérieure vers la connaissance. « Vous êtes comme des apprenties » tandis que le sceau du secret nous est apposé sur les lèvres. Cette main de justice au manche noir et blanc appelle plusieurs réflexions :


Pourquoi ces deux couleurs, emblèmes du pavé mosaïque représentant le tissage qui réalise l’Etoffe de l’Etre, avec ses ombres et ses lumières, permettant l’union des contraires et la découverte de la voie du milieu ?


Je porte sur moi les symboles de cette dualité intérieure qui oriente l’esprit vers l’alternance. Déjà apprentie, marteau et ciseau m’appelaient à travailler un 3ème élément: la pierre, ces outils de l’œuvre matérielle qui se travaillent par deux pour révéler le trois. Or la quête spirituelle en loge de perfection semble s’établir aussi sur le nombre 3 : le mandala du maître secret est formé de trois figures (géométriques) : on y associe au cercle, le triangle, la figure du degré de l’apprentie, au centre duquel est placé un pentagone régulier étoilé : le maître secret est plus qu’un apprenti, il s’est enrichi d’autres acquis.


Mais sommes-nous dans le ternaire, comme semble le suggérer aussi mon âge de 3 fois 27 ans ? 3 colonnes, 3 officières en loge d’apprenti, or ici seules 2 colonnes se répondent le Trois Fois Puissant Maître et le 1er inspecteur, la 3ème colonne est muette, deux coups seuls raisonnent à l’ouverture de nos travaux. Rappelons-nous qu’Hiram est mort, le temple est d’ailleurs tendu de noir avec des larmes d’argent, nous sommes dans le deuil, nous n’avons que des mots substitués et si nous avons une clé, nous ne pouvons nous en servir. Le sceau du secret est venu aussi nous le suggérer.



Est-ce un rappel du silence de l’apprentie ?


Nous nous sommes volontairement mises au secret, au silence, il ne nous est pas imposé, comme lorsque nous étions apprentie, nous avons droit à la parole mais nous sommes averties : « La discrétion même que vous avez jurée lors de vos initiations successives est encore plus stricte pour ce nouveau grade ».



Pourquoi une telle discrétion ? C’est en voyageant, non plus les chaînes aux mains, mais la corde au cou aux entrelacs noirs et blancs, nous réduisant à une situation précaire si nous ne marchons pas à l’unisson de l’inspir et de l’expir de nos sœurs, que nous allons le découvrir ?


Nous avançons selon une ligne qui s’enroule telle une spirale où tout est vibration, marquant ainsi notre passage d’un plan à un autre, de l’équerre au compas, symbole de notre recherche impermanente, immuable. Nous n’errons plus de façon désordonnée dans le tumulte et le vacarme en contournant un carré long. Chacun de nos voyages éclaire le sens de notre démarche par des exhortations fortes (sortir du monde de l’ignorance, pas de confiance aveugle, n’est admirable que la loi universelle et le respect de toutes opinions, aimer la justice et la servir) : il nous faut partir à la recherche de la Parole perdue. Cette recherche est sanctionnée de sentences qui claquent et de mises en garde impératives : Malheur à celles qui … !C’est alors qu’à la notion plurielle des devoirs demandés à l’apprentie se substitue la notion unitive et singulière du Devoir métaphysique, du Devoir essentiel, inflexible qui va jusqu’au sacrifice. Ce travail long et difficile va demander un engagement très fort qui ne peut se tenir sous les auspices de la coupe des libations ou sous la lumière du delta, ce serment est plus intérieur, il se fait donc voilée, courbée, le flambeau tenue en main gauche, côté cœur, sur la Bible ouverte, devant la clef, les deux premiers doigts de la main droite sur le cœur et non plus élevée au dessus de l’autel des serments : c’est plus qu’un engagement sacré, c’est aussi une allégeance ou obligation de soumission et une promesse de fidélité à son Devoir ; et n’est ce pas cette faible lumière qui réside au fond de notre être qui nous le dicte.



Désormais maître secret, il nous faut toujours reprendre l’enseignement du 1er degré où tout est en germe, en construction pour l’approfondir,  le rectifier, le remettre en question, progresser et oser tenter une nouvelle aventure, un renversement. Il nous faut aller au-delà de notre pôle matériel, prendre contact avec notre Etre intérieur qui n’est pas du domaine des idées mais du vécu, compléter notre travail d’apprentie, mais sur un autre plan, bâtir le temple avec de la matière de pierres solides, sans négliger la géométrie. Le Maitre secret doit s’engager à ce qu’il est réellement.


Le quatrième degré réactualise la recherche passée, mais développe surtout la notion de changement de plan, annoncé dès le grade de maître. Nous passons du plan horizontal à la verticale, nous avons été relevées : mais le plan métaphysique ne peut être coupé du plan matériel, comme le ciel ne l’est de la terre, il y a corrélation, harmonie, équilibre, pose de passerelle symbolique entre l’équerre et le compas.



Dans son beau Livre de l’Apprenti, Oswald Wirth affirme que : « Rien ne commence et rien ne finit d’une manière absolue. Il n’y a de commencement et de fin qu’en apparence. En réalité, tout se tient, tout se continue, pour subir d’incessantes transformations qui se manifestent par une série de modes successifs d’existence. »


Mon initiation maçonnique peut être caractérisée de périlleuse, car elle m’engage à conquérir l’endurance nécessaire pour une recherche qui se sait sans fin. Rechercher la vérité, c’est se rappeler que ce qui m’est donné de voir, de sentir, d’écouter ne se donne pas sans voiles, ne se laisse voir que voilé. Dès ma première initiation l’accent a été mis sur ma démarche volontaire vers la lumière, elle mettait sur le chemin d’une recherche. Or cette nouvelle initiation me confirme qu’il me faut inlassablement poursuivre et avancer.


« Quand les temps sont accomplis » : l’accomplissement annonce un événement : je quitte le temps cyclique pour passer à un temps évolutif. Il me faut abandonner l’illusoire pour me diriger vers la lumière, l’horizontalité pour privilégier la verticalité. Je ne suis plus une apprentie, je possède un viatique et renais sur un plan plus élevé du monde des idées ; mais encore une fois la vérité m’est inaccessible, car je suis tout juste sortie du monde de l’ignorance, des préjugés et des superstitions : mon chemin même peu éclairé me laisse suffisamment deviner la direction pour que je me sente tenue d’avancer, on m’a donné une clé dès que je comprendrai mieux son fonctionnement, peut-être pourrai-je franchir le passage de la porte ?J’ai peut-être appris une chose c’est que pour retrouver la Parole perdue il faut partir à la recherche de la connaissance du Devoir dont le chemin nous a été tracé notamment par les grands initiés et des générations de francs maçons.

J’ai dit Trois fois Puissant Maître

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