A090-D : La vengeance est-elle un acte réparateur ?
B∴ L∴
A la Gloire
du Grand Architecte de l’univers
ordo ab chao
deus meumque jus
Au nom et sous la juridiction du Suprême Conseil
des Souverains Grands Inspecteur Généraux du 33éme et dernier degré
du Rite Écossais Ancien et Accepté pour la France.
Ce qui me déplais dans cette phrase, c’est l’adjectif « réparateur », en effet, le mot vengeance est un substantif qui ce suffit à lui-même. En FM, on sait ce qu’est « un acte » on insiste sur le fait que l’on est responsable de nos actes, l’adjectif réparateur, en plus, essaye d’atténuer, même d’effacer la force et la valeur profonde de ces deux mots en admettant une erreur ou une faiblesse. Et ce : « il y a toujour moyen de » me géne. De plus, l’un des synonymes de vengeance est réparation, Et une chose est sûre, nous sommes en Loge pour vaincre nos passions et non pas les réparer.
Maintenant revenons chronologiquement aux différents rituels.
En premier, l’ambivalence du Grade de Maître ou nous sommes ; assassiné et assassin, le sacrifiant et l’objet du sacrifice, victime et bourreaux, le rituel insiste d’ailleur sur le fait que nous sommes plus victime, ce qui psychologiquement, est plus agréable. Et je trouve que ce que dit le théologien Nicolas de Cues en parlant « de l’union des contraires » et en affirmant que c’est la définition la moins imparfaite de Dieu, est un bon résumé.
Au 9ème, il se venge, seul, sa fureur meurtrière est instinctive, il n’a pas besoin d’explication, il est là pour tuer, cela vient de ces tripes, de la tristesse de son être, un acte non réfléchi qui est venu naturellement comme seule solution, la réponse à la loi du talion, un mort = un mort. Mais cette acte déclenche une rumination mentale qui confine l’esprit dans le remord et la noirceur. Salomon a vu cela, c’est pour cela qu’il est écrit « que de son regard sage, Salomon a pénétré l’Âme de Yahoben et l’a gracié », il a vu la détresse et la douleur, et le fait qu’il devra vivre avec son acte.
Au 10 et 11ème, on retrouve les 2 autres assassins et leur mort est plus horrible, c’est de la torture, et il est dit que : « leurs gémissements et cris étaient tel, que les bourreaux leurs coupèrent la tête ». La justice collective était rendue et la punition était acomplie, punition, faible mot pour tant de violence gratuite.
Que nous enseignent ces rituels ?
Le résultat est le même ils ont été tués et ont eu la tête tranchée.
L’un sans souffrir par des coups précis, et les deux autres dans d’affreuses souffrances que l’on a prolongé pendant plusieurs heures. D’un coté, c’est déobéissance et vengeance, de l’autre coté, cette barbarie est décrite comme une punition, car, opéré par une source externe et je dirai de façon organisée. Issue d’un collectif ou le juge n’est pas le bourreau, dans ce cas on n’a pas de période de rumination et de plus cette vengeance est même considérée et ressentie positivement comme un acte nécessaire pour que tout rentre dans l’ordre.
Nous arrivons au fait que la vengeance n’est pas une passion mais une maladie qui dévore l’esprit et empoissonne l’âme, mais collectivement c’est la justice. Pourtant on sépare toujours la justice et la vengeance et la seule œuvre que je connaisse qui les représente ensemble c’est « la justice et la vengeance divine poursuivant le crime » de Pierre-Paul Prud’hon. On les associe, mais l’adjectif « divine » derrière vengeance l’autorise car cela devient : la punition de Dieu.
Donc la notion de vengeance est une réaction humaine, ou la souffrance a une part importante, mais notre propre souffrance ne peut être gommée par celle des autres, ce concept est comparable à un besoin de Vérité. Quelqu’un a dit : « celui qui désire se venger ne fait qu’entretenir sa douleur par crainte qu’elle ne s’appaise ». Oui, la vengeance est un acte d’origine émotionnel qui peut devenir, ou non, passionnel. Elle nait donc pour détruire comme pour construire que ce soit des sentiments ou d’une communauté unie par un même désir. Elle n’est jamais juste et on rend toujours plus que ce que l’on a reçu, car mon jugement ou votre jugement sera sous le coup du ressentiment, complaisant, subjectif et surtout partial et si on veut respecter l’égalité de proportion, on a alors recourt à une authentique justice qui rendra un jugement qui lui est équilibré.
L’esprit de vengeance, lui, est à blamer, comment peut-on s’arroger le droit de juger et de chatier, cela devient alors une passion personnelle mais pas la justice.
Par contre, « le Vengeance pour nos Frères, des Grecs ou des Spartiates au cours des guerres qui les ont opposés ou contre les Romains »n’était pas des paroles en l’air et un acte noble et pur, l’importance des liens du sang qui faisait partir des pays complets à la guerre. Ils y allaient et après la bataille ils enterraient les morts. Ils étaient vengés.
Mais que se soit en individuel ou en collectif, la vengeance restera une manière de faire le deuil.
Louis de Rouvray, Duc de Saint Simon (ancêtre d’un frère de l’atelier) a dit : « le nerf et le principe, de la haine et de l’amitié, de la reconnaissance et de la vengeance, est le même ». Dualité permanente des resentis, mais il est vrai que pardonner et oublier est autant difficille que de ne pas oublier et de se venger.
La plus pure des maximes est la Bible, dans les Lévites, il est dit : « Tu ne te vengeras pas et tu ne garderas pas de rancunes envers les enfants de ton peuple. Tu aimeras ton prochain comme toi-même ».
Mais au fil du temps et des lectures on se rend compte que ce peuple a souvent été puni. Et que beaucoup de morts et de guerre parsèment les pages de ce livre.