Joaben chez le Psychiatre
H∴ E∴ B∴
Ce matin, il faisait gris,…et en ouvrant la porte de mon cabinet, mon premier patient était là, dans la salle d’attente. Il était seul et à l’heure ! Il s’asseya, je m’asseyais derrière lui.
Comment vous appelez vous ?
Je m’appelle JOABEN, que l’on peut traduire par « fils de Dieu » ou mieux « Dieu est fils ». Je suis Macon de la classe des Maîtres.
Pourquoi êtes vous venu me consulter ?
Je vais vous raconter mon histoire : j’étais volontaire pour être le vengeur du Maître Hiram assassiné, et mon nom fut tiré au sort ainsi que 8 autres maîtres pour remplir cette mission. Je fus désigné par le roi Salomon comme le chef de l’expédition. Notre roi nous désigna l’endroit où se trouvaient les assassins de notre maître, un inconnu l’avait renseigné. Ils se tenaient non loin de la caverne de BENACAR prés de la ville de JOPPA. Nous devions ramener 3 hommes : ABIBALA et ses 2 comparses.
Que veulent dire ses mots ?
Benacar peut se traduire par « fils de la stérilité » ou « lieu stérile » et Abibala par « meurtrier du père ».
Qu’entendez vous par « venger la mort d’Hiram ». Notre roi Salomon, nous demanda de lui ramener les 3 compagnons vivants et de n’attenter à leur vie que si uniquement nous étions en danger. Mais je dois vous l’avouer, un soupçon de meurtre et de vengeance m’a effleuré.
Dans quel état étiez vous à ce moment ?
C’est vrai, je me sentais déstabilisé. Après avoir assisté à l’assassinat de Hiram, je me suis senti provoqué, acculé à agir. Je suis à nouveau confronté à la mort, à faire face a une nouvelle violence même si elle est légitime. Je suis désigné, j’accepte la mission mais je ne me reconnais plus. Ce choc fut intense, certes mais refondateur. J’ai du appréhendre ma bipolarité, la preuve en a été lors de ma marche en arrière. Cette marche en arrière m’a permis de retrouver ma disponibilité d’apprenti pour refaire une introspection. C’est une nouvelle régression que j’ai entamée. Je devais à nouveau repenser à la mort, ce qui m’avait déjà torturé dans les 3 premiers grades, et ceci je le fit dans ma marche arrière, mais en regardant devant moi, vers la lumière.
Et ensuite ?
Je partis accompagnédes 8 autres maîtres avant l’aube. Durant notre marche et notre recherche vers Joppa, je réfléchissais et j’entrais dans une phase de responsabilisation. Je savais que ma mission allait être libératrice et j’ouvrais ma conscience à ce qui m’entourait. Je me sentais devenir un justicier légitime, et appréhender le rôle qui m’incombait, je sentais une construction intérieure entre le mal de la réalité et le bien de l’avenir.
Que s’est il passé lors de votre arrivée ?
Lors de notre arrivée près de la mer, non loin de notre but, deux des hommes recherchés, nous reconnurent et dans leur fuite, tombèrent dans une fondrière. Tandis que les maîtres descendaient les identifier et s’occupaient à prélever les têtes des 2 mauvais compagnons, je m’éloignais.
Pourquoi vous êtes vous éloigné ?
Je ne sais pas…plusieurs sentiments m’envahissaient : une frustration ou un sentiment de satisfaction de n’avoir pas eu à se salir les mains. Est-ce un signe de la justice divine ? Peut être aussi de la vanité et de l’orgueil à vouloir être le premier à découvrir le scélérat ? J’avais aussi envie de passer d’une démarche collective à une démarche individuelle. J’étais perturbé et à ce moment là, je vis un chien, l’ami de l’homme, je le suivi et je sentis que j’entrais dans une nouvelle phase, une phase d’action.
Ou vous a-t-il amené ?
Dans une caverne, que je descendis par 9 marches et où venait d’arriver le traître Abibala.
En entendant de mon patient le mot « caverne », mes vieux souvenirs de philosophie et de psychologie lors de mes études, remontèrent à la surface : Comment ne pas penser au célèbre mythe de la « caverne de Platon », et dans les anciennes cosmogonies, la caverne est l’image de l’œuf du monde, de la matrice ou se forme la genèse du monde. Cette caverne est présente dans toutes les traditions initiatiques : elle représente le monde. Cérès y descend pour rechercher sa fille. Elle est aussi le retour à l’origine, d’un lieu de passage entre le ciel et la terre ; ce n’est pas un hasard si Lao-Tseu, Mithra, Hermés et Jésus naissent dans une grotte. Dans notre tradition Franc Maçonnique nous utilisons la caverne, la caverne est le lieu de séjour pour un passage lors d’un rite initiatique. Nous l’avons rencontré dans la chambre des réflexions au 1 grade, lors de l’élévation à la maîtrise, lors de notre passage dans la chambre de préparation au 1er Ordre dans laquelle les 3 maximes : « le crime ne peut être impuni », « la conscience est un juge inflexible », « sans un pouvoir légitime, la vengeance est criminelle » nous ont préparé mentalement. Je terminerai ma réflexion par René Guenon qui disait que la caverne est « la cavité du cœur considérée comme le centre de l’être » J’interrompais mes pensées et lui dit : – Que s’est il passé ensuite ?
A la lueur d’une faible lampe, je vis devant moi, Abibala, le meurtrier de notre maître, le 3eme assassin, représentant les vices des 3 mauvais compagnons ; Ignorance, Hypocrisie, Ambition, Fanatisme. Que dois je faire ? une envie de meurtre me parcourt l’esprit ! mais fort heureusement, il se plante un poignard dans le cœur ; je ne sais plus quoi faire, avertir les autres maîtres ? Non, je décide de saisir le poignard ensanglanté et de sortir de la caverne. Une source d’eau jaillissait entre 2 rochers : je m’y lave les mains, et bois aussi.
-Votre récit est intéressant ! Et vous touchez un point important, cher Joaben. J’ai noté que, de la vengeance qui vous anime, vous êtes arrivé a un abandon de vengeance, c’est cela qui vous a permis de vaincre vos passions. Cet abandon de vengeance ne peut être qu’un acte d’amour, amour vis-à-vis de soi même et de Dieu ; à condition que nous soyons éclairé par une lumière même venant d’une faible lampe. Vous avez devancé les autres compagnons, vous avez agit avec un zèle intempestif. Par précipitation et enthousiasme, par manque de réflexion et de maîtrise de soi vous avez cherché à progresser trop vite en vous identifiant à la main du justicier par qui vous étiez mandaté. Vous étiez tiraillé dans une dualité ; le Bien ou le Mal, mais je préfère dire le Bien et la Mal, car le Mal vous ne pourrez jamais l’ôter : vous devez apprendre à vivre avec. Nous sommes le Yin et le Yang à la fois, le S est imbriqué en nous. Il n’a pas d’antagonisme entre les 2 Mois, pas de domination de l’un sur l’autre. Vous avez entendu parler de « conscient, inconscient, sur conscient » Je préfère parler de « surmoi ».
Regardez le caducée, 2 serpents se regardent enroulés autour de la baguette de Mercure : ils sont équilibrés. Vous êtes Joaben, mais il y a en vous, à la fois Abibala et le maître Hiram.
-Merci Docteur, grâce à vous, je prends conscience que le poignard en main, je suis le récipiendaire qui doit aller rechercher les imperfections aux tréfonds de moi-même, les anéantir, les extirper, les tuer. Il est de mon devoir de supprimer les mauvais compagnons, le mauvais frère qui sommeillent en moi et de les transformer en bon compagnon en transmutant l’ignorance en connaissance, le fanatisme en tolérance, l’ambition en détachement, la vanité en simplicité et l’orgueil en humilité.
-Bravo pour ce que vous venez de dire Joaben. Lors de votre récit j’ai réfléchi à la possibilité de commettre l’irréparable, le meurtre d’Abibala. La loi du Talion a heureusement été évitée. Vous connaissez bien sur la célèbre phrase de Gandhi : « si on applique œil pour œil et dent pour dent…le monde finira aveugle et édenté ». Ce poignard que vous teniez en main, cet outil de vengeance, vous le brandissiez pour montrer votre victoire sur le Mal, tel un instrument pour encore ouvrir davantage votre conscience à la lumière. Vous avez abordé la notion de vengeance, qui est l’action de se venger, du mal que vous vouliez faire, pour châtier, vous dédommager, et progressivement vous touchez du doigt la notion de Justice qui est un principe moral qui exige le respect du droit et de l’équité ; c’est une qualité morale qui à coté de la prudence, de la force et de la tempérance et l’une des 4 vertus cardinales contribuant à l’ordre et à l’administration de l’homme. Vous avez assouvi votre soif de clarification et de lumière à l’eau vive de la fontaine, ce qui vous a permis de vous laver et de vous sentir partiellement purifié.Ce retour à la source vous permet d’entamer un nouveau cycle d’existence après un acte violent…
Tout en parlant, je réfléchissais et je prenais conscience que Joaben c’est chacun d’entre nous, avec nos failles, nos imperfections, nos erreurs, mais aussi notre force et nos audaces. Tout initié Macon qui cherche à devenir un Maître Macon accompli, se doit de faire son devoir, d’être fidèle et juste, mais aussi de faire preuve de courage, ce qui nécessite de ne pas être timoré, de dépasser ses limites et surtout d’en trouver l’application pratique dans sa vie quotidienne. Si nous franc Macon, arrivons a comprendre et a pratiquer l’enseignement qui nous est donné ici, peu a peu nous nous rapprocherons du nom qui nous est donné lors de cette initiation : JOHABEN, c’est fils de Dieu.
La consultation de mon patient se terminait…je le raccompagnai a la porte du cabinet…8 autres maîtres l’attendaient…ils partirent ensemble…
J’ai dit Très Sage.