#406012

Le perfectionnisme et l’impétuosité sont-ils un frein à la Maîtrise de soi et à l’exercice de la juste mesure

Auteur:

C∴ D∴

Obédience:
Non communiqué
Loge:
ET VÉRITÉ » - Orient  de SAINT-CYR / LA CADIERE

A la Gloire du Grand Architecte de l’Univers
Francs-Maçons de Rite Ecossais Ancien et Accepté
Ordo ab Chao
Au Nom et sous les Auspices de la Grande Loge de France
Liberté-Egalité-Fraternité

A092-F-1

A092-F-2

Hiram apparaîtcomme l’Homme du Devoir, prêt à tout lui sacrifier, même la vie; le Penseur, bâillonné par les tenants des routines et des suppôts du faux-ordre établi ; le Juste, qui souffre et périt pour une noble cause ; le Libérateur, qui succombe pour affranchir l’Humanité et qui revient toujours poursuivre son combat. (Instruction au 3ème degré)

Je vais vous parler d’un ressenti, plutôt que d’une doctrine ou d’une spécificité du 3ème degré. En effet la fonction de V M m’en a appris plus sur moi-même que sur la Franc-maçonnerie.

L’éveil des sens, puis l’exaltation du Maître auraient du m’apporter plus de sérénité, comme cela devrait être le cas pour nous tous. Or qu’en est-il ? Sommes-nous devenus des êtres parfaits, des personnalités finies qui ne demandent qu’à instruire les degrés inférieurs ?

Je ne crois pas car le chemin qui nous amène au 3ème degré, nous conduit sur une voie scabreuse et tortueuse qui devrait mener à la vraie Lumière.

Le chemin peut aboutir au seul 3ème, mais nous voyons au-dessus de nous un sommet presque inatteignable, et si nous n’y prenons garde nous pouvons nous égarer au seuil de cette ascension. En fait notre rite ne s’arrête pas au 3ème et il continue vers les sommets, non pas de la Connaissance, mais plus certainement vers la véritable Maîtrise de soi par l’exercice de la juste mesure.

La montagne semble toujours plus petite vue d’en bas, ou encore vue par le prisme déformant de notre vision sélective. Mais lorsqu’il s’agit de grimper et de monter les divers échelons, nous nous apercevons que ce trajet n’est pas si simple. 2 voies nous sont alors tracées, une directe qui mène tout droit au sommet, et une autre moins pentue qui tourne en spirale et qui amène plus sûrement au niveau le plus élevé.

La voie la plus directe, la plus pentue, nous dirige vers les abîmes les plus insurmontables, et là le risque de tomber est très important, cela nous instruit qu’après la stagnation vient la régression. La chute serait alors vertigineuse car nous tomberions de très haut et il serait alors difficile de se relever et de repartir à l’assaut de cet Everest, car Mes T T C C F F V V M M, nous avons tous une montagne à gravir et plus nous montons, plus son sommet s’éloigne et se perd dans les nuages. Le billet de 1 Dollar Américain nous apprend même que le sommet de la Pyramide est séparé de sa base et se trouve au-dessus des nuages qui représentent la limite entre le Ciel et la Terre.

Alors, oui, il existe une autre voie, moins raide et plus sûre, mais beaucoup plus longue. Elle serpente autour de la montagne et aboutit d’une façon certaine à son sommet. C’est en quelque sorte une Tour de Babel, construite en cône dont le chemin tourne autour de sa base, plus large, pour arriver à son plus haut niveau, au plus serré, qui atteint les limites du connu.

Sommes-nous prêts à affronter nos démons et à nous dépouiller de tous nos oripeaux ? Le chant des sirènes comme l’envie de sortir du sentier battu sont des freins à notre ascension car nous pouvons nous égarer comme nous perdre dans les méandres de notre inconscient.

Il ne saurait être question de se satisfaire d’être sur le chemin, sur la bonne voie en quelque sorte, car nous sommes partis de tout en bas, lorsque nous avons frappés à la porte du Temple. Une faible lueur nous a accompagné pour découvrir à l’étage du dessus que les voyages forgent le caractère et permettent de s’insérer dans l’édifice commun, cette montagne peut-être que nous voyons sortir de Terre et s’élever vers les sommets. Mais sommets de quoi ? Il nous faut regarder en haut et non pas en bas d’où nous venons. Des outils nous sont donnés afin de parfaire nos connaissances et atteindre la Maîtrise de soi, et c’est là que le véritable chemin commence, car nos guides nous ont montré cette voie, mais le Maître pense qu’il n’en a plus besoin, qu’il peut travailler seul et continuer à gravir les pentes qui se raidissent.

Et c’est là que nous risquons de nous perdre, car l’inconnu s’ouvre à nous, devant nous, tel une pente qui devient subitement très ardue, avec un sommet que nous ne voyons plus mais que nous pressentons.

L’Homme en marche devient aveugle lorsqu’il est ébloui par sa propre Lumière, il croit tout savoir et « ah que il pense » que plus rien ne peut l’arrêter dans son ascension. Or la chute est toujours probable, voire certaine et même impérative. Notre seul espoir est de regarder au fond de nous-mêmes, dans les tréfonds de l’inconscience, où sommeillent les vestiges de l’être primordial. Le mythe Adamique est une Génèse, la base en quelque sorte de la Gnose d’Alexandrie qui devait nous mettre sur la bonne voie conduisant à la véritable Connaissance.

L’embryon de cette métamorphose philosophique passe d’abord par la remise en question, mais aussi par l’appréhension de ses propres possibilités. Jusqu’au moment où nous découvrons que le Compagnon que nous devenons va être tenté de tuer son Pair pour s’affranchir de toute hiérarchie, de toute retenue, en privilégiant son envie et ses passions plutôt que la raison. C’est là que Maître Hiram va devenir le martyr de nos illusions, celui qui renait en chacun de nous, après le passage du meurtre à la rédemption.

Nous devons prendre conscience en réalité que le travail n’est pas achevé, et qu’il réclame encore plus d’attention et de constance dans l’exercice des vertus. Rappelons-nous que nos gènes portent le souvenir du mal, et que le Coeur est seul capable de nous rétablir sur la voie de l’Amour.

Sans Amour, point de salut, car l’épuisement nous guette, et il nous faut du repos, pour éviter de partir dans tous les sens. C’est sans doute pour cela que nous travaillons en commun, pour nous reposer sur nos F F qui nous montrent le chemin, et quand bien même nous nous égarerions, il y aura toujours un Pair pour venir nous chercher, car nous ne sommes plus seuls. Maître Hiram nous a montré la bonne direction, le chemin du Devoir qui doit nous permettre de trouver en nous la Vérité de ce monde illusoire.

Un jour, un enfant épris de liberté et de grands espaces, entrepris de retrouver l’éden dont on lui avait tant parlé. Il se mit alors en marche en courant vers le point le plus brillant, en oubliant d’où il venait. Ses parents essayèrent de le retenir en lui présentant ce qu’il n’avait pas encore acquis, l’expérience de longues années d’errance. Rien ne put le dissuader de faire sa propre expérience, mais arrivé là où il pensait trouver le paradis, le ciel s’assombrit soudain et une tempête le confronta à la triste réalité, qui est faite généralement de mirages, de brouillard et de faux semblants. Il s’était perdu alors qu’il croyait être sur la bonne voie, il décida de se perfectionner et entrepris d’acquérir tout le savoir du Monde afin de retrouver le véritable sens de son existence. Seulement l’acquis n’est rien face à l’adversité, l’Homme a besoin de réconfort et d’un petit criquet qui devrait le mettre en garde contre tous les dangers qui se dressent face à lui. Sûr de sa force, il fonça tête baissée dans le miroir aux alouettes, et se heurta à sa propre image déformée par tous les prismes de ses aventures. Le temps passa et l’enfant devint sage, il avait mûri en prenant de l’âge. D’un rêve il en fit un juste trait sur sa planche à dessin, puis il construisit sa maison en prenant soin d’aplanir tous les obstacles, et enfin il dressa fièrement sa demeure en essayant de se relier au Ciel. Il se rendit compte que d’avoir les pieds sur Terre ne lui permettait pas d’atteindre les étoiles, pourtant il pensait avoir tout appris, mais il lui manquait la Connaissance. L’ineffable ne s’acquiert pas au hasard, et c’est en cherchant qu’il compris que quelque chose lui manquait : la constance et la mesure dans ses actions.

Il ne sert à rien de courir, car même en marchant on peut arriver au but. Le propre du Maître est de réaliser son objectif, mais celui-ci a tendance à toujours s’éloigner quand il se rapproche. Le découragement est même souvent le principal obstacle qui l’empêche de poursuivre inlassablement cette route qui pourtant semblait si droite et si directe.

La juste mesure ne s’apprend pas, tout comme la perfection qui n’existe pas. Si la passion un jour nous permet de valider et d’affermir notre caractère, on peut se perdre à vouloir trop bien faire. En « intelligence économique », que je pratique dans le monde profane, on sait qu’on ne sait pas, mais le pire est celui qui ne le sait pas. Cela permet aussi de découvrir l’espace qui nous sépare du savoir, d’en prendre conscience et de chercher à combler ce vide, au risque de voir la foi s’installer sur les vestiges de la croyance. Je suis un cherchant et je ne peux pas croire sans avoir vu, mais en cherchant je teste mes connaissances afin de les perfectionner et de trouver de nouveaux buts, ou même encore d’expérimenter de nouvelles directions, au-delà des apparences trompeuses du mauvais compagnon qui a cru pouvoir obtenir ce qu’il n’avait pas gagné par lui-même.

Mes T T C C F F V V M M, j’ai mis toutes ces années pour apprendre que la Nature Humaine est ainsi faite qu’il ne faut pas à tout prix vouloir la changer ou la forcer, la guider peut-être, mais sans vouloir l’asservir ou l’amener sur une route qui n’est pas la sienne. En fait tous nos chemins mènent au même endroit mais par des voies différentes. Chaque Maître avance à son rythme, et chaque Maître se relie aux autres par l’exercice de sa propre mesure et non de sa démesure. Ce n’est pas une partition que nous jouons ensemble, mais une pièce en plusieurs actes, où chacun prend la place qu’il désire, et écrit le texte de son propre rôle. Le but n’est pas d’attendre la récompense de nos applaudissements, mais le résultat de la valeur que nous voulons bien donner aux choses de la vie. Le jeune Homme a laissé la place à l’Homme mûr, car il se connaît mieux et devient ainsi l’acteur de sa propre vie, il met en scène son propre scénario pour s’insérer dans cet immense théâtre que nous construisons ensemble.

Je ne saurai dire si j’ai atteint mon idéal, mais je sais que le mien ne sera jamais le votre et que si un jour je vous ai blessé, j’en ai pris conscience pour avoir à me perfectionner moi-même, et non a vouloir tout changer. Le fil de mon chemin a tendance à dévier de sa voie pour se perdre dans les travers d’une illusion fatale, celle de croire que le Monde ne doit connaître que le bien et la perfection. La passion est un exercice totalitaire qui ne laisse aucun choix possible, celui d’aboutir, mais aboutir à quoi ? À trop chercher et à trop vouloir changer le monde on se perd soi-même car rien ni personne ne pourra trouver le véritable sens de l’existence, car il reste à découvrir, tel un mirage qui s’éloigne perpétuellement…

Ce message, ou plutôt cette conclusion après 3 ans de Vénéralat, m’ont permis de comprendre que l’impatience, comme l’exigence ne peuvent aboutir à l’excellence, ni même à la réalisation. Le frein est serré quand on accélère en pensant arriver plus vite, et si nous sommes prêts à nous perfectionner, cela ne peut se faire qu’à son rythme, en évitant les pièges des Sirènes qui jalonnent le trajet. J’ai compris que l’exercice de la juste mesure n’est possible que si le vieil Homme s’acquitte de sa dette et paye de sa personne pour se rendre compte que la mesure devient juste quand l’ignorance, le fanatisme et l’ambition ne propagent plus le chaos.

Du désordre est né l’Ordre afin de combattre les préjugés, la superstition et l’éternelle vanité humaine. La Règle figurant l’imagination est toujours accompagnée du compas qui lui rappelle sa mesure, la Franc-maçonnerie n’est pas une idéologie dont la « foi du charbonnier » serait le seul vecteur, elle utilise les symboles du constructeur, elle n’est pas le but, mais le moyen. La superstition est souvent un des vecteurs principaux du fanatisme, qui travestit la réalité pour imposer un idéal imaginaire, reposant fréquemment sur des préjugés dont la folie est le seul moteur, qui le porte vers la passion extrême.

Le Maillet du Vénérable Maître nous rappelle que ce signe d’autorité, s’il est dépourvu de l’Epée Flamboyante (signe du pouvoir Spirituel) ni contrôlé par l’Equerre et le Compas, devient au contraire le symbole de l’impétuosité instinctive et dominatrice au service des pulsions les plus frustres ou de l’ambition la plus égoïste…

L’ambition, qui est représentée par le V M, ne sert qu’à justifier la gloire et l’éphémère. Selon Rackzinski : « La vanité consiste à vouloir paraître ; l’ambition à vouloir être ; l’amour-propre, à croire que l’on est ; la fierté, à savoir ce que l’on vaut ». Ainsi nous sommes tous amenés à tuer notre modèle, sans pitié ni respect, en croyant le remplacer. Nul ne peut se croire parfait car l’Homme est perfectible, nul ne peut se réaliser dans la convoitise car le mérite ne s’achète pas, et nul ne peut s’instaurer vérité car la peine du cherchant n’enrichit pas le sot.

En réalité, le Maître est confronté à la fragilité de la nature humaine, à l’impureté du cœur et à la malignité qui font subordonner le mobile de la loi morale à d’autres mobiles plus personnels. Alors perfectionnement, oui, car c’est le but assigné à chacun de nous, mais sans excès et sans ostentation, afin que l’espoir de retrouver la parole perdue s’exerce dans le respect de la justesse de cette quête qui doit rester ésotérique et non métallique, mais surtout inachevée…

J’ai dit.

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