3ème voyage
P∴ V∴
A la Gloire
du Grand Architecte de L’univers
Deus Meumque Jus
Rite Ecossais Ancien et Accepte
Ordo Ab Chao
Au Nom et sous les Auspices du Suprême Conseil de France
LIBERTE – EGALITE – FRATERNITE
« Quelque admiration que vous inspire le spectacle de l’Univers, du macrocosme au microcosme, souvenez-vous que vous ne l’admirez qu’en proportion de votre faiblesse en présence de son immensité. Il n’y a réellement admirable que la Loi Universelle qui régit toutes les choses dans son détail ».
Le jour de mon initiation au degré de Maître Secret, dépourvu de mes décors de Vénérable Maître, tel un soldat dégradé, un voile sur les yeux, une corde à nœud autour du cou afin de me rappeler le juste chemin, j’ai effectué quatre voyages guidé par le Frère Maître des Cérémonies, tenant, pour ma part, la corde qui me reliait à mon Frère Jumeau, si je peux m’exprimer ainsi. En Franc-Maçonnerie, rien ne s’accomplit jamais seul !
Ces déambulations étaient toutes ponctuées de recommandations prodiguées par le Trois Fois Puissant Maître.
Le Sujet qui m’a été communiqué par le Frère Deuxième Inspecteur et demandé d’approfondir devant vous, mes très chers Frères Maître Secret, ponctue le troisième voyage.
Je vous en donne lecture : « Quelque admiration que vous inspire le spectacle de l’Univers, du macrocosme au microcosme, souvenez-vous que vous ne l’admirez qu’en proportion de votre faiblesse en présence de son immensité. Il n’y a réellement admirable que la Loi Universelle qui régit toutes les choses dans son détail ».
C’est en Loge Symbolique, dès les prémisses de son apprentissage que le Franc Maçon prend conscience de cette immensité qui l’entoure : Par l’orientation de la Loge représentée par un carré long dont les limites sont les quatre points cardinaux, sans plus de précision de surface. Par sa hauteur, allant du Nadir au Zénith. Le Zénith, représenté par la voute étoilée rappelle à l’homme le microcosme dans lequel il vit. Les pieds scellés au nadir il peut alors prendre conscience de la hauteur infinie des cieux, et se rattacher au macrocosme dont il fait aussi partie.
Cet espace sacralisé, dans lequel nous pratiquons les travaux des Trois Premiers Degrés prend la terminologie de Temple.
« Temple » vient du Latin « Templum » signifiant « le secteur du ciel observé par l’augure », délimitant ainsi une surface bien étudié. Par extension le mot temple a désigné le lieu, l’édifice à partir duquel on observait le ciel.
Par ces particularités, le temple est donc le lieu propice pour laisser les forces naturelles pénétrer cet espace temporel et ainsi laisser influer les forces cosmiques sur les différents assistants.
De son côté, « Loge » (Loga en Sanscrit) signifie « le monde ».
Au-delà leurs différences les Francs-Maçons se regroupent pour former « l’Unité » de la Loge. Chacun contribue par l’apport de sa pierre et de la juste place qu’il occupe, à construire, à améliorer, à souder, à rendre encore plus solide l’édifice commun.
C’est cette même Unité qui régit tout l’édifice que représente l’Univers fédérant ainsi la création dans l’harmonie la plus totale.
Si dans le temple le Franc-Maçon découvre, puis travaille sur le Symbole, comprendre le Symbole n’est pas le travail unique qu’il doit entreprendre : Il lui faut aussi ressentir la Nature de l’intérieur. Il lui faut aussi aiguiser sa perception du Monde. Il lui faut construire son microcosme autour du macrocosme pour atteindre cette harmonie qui lui permettra d’être « Uni Vers » le principe de la création.
Pour ce, le rite Ecossais Ancien et Accepté met à sa disposition des outils qui lui permettrons de comprendre que le seul horizon terrestre n’est pas son unique champ de vision. Bien que trop petit pour attraper le soleil, le Franc-Maçon s’identifiera alors à sa Lumière : Durant la cérémonie d’initiation du premier degré, le néophyte une fois le bandeau retiré, les yeux dessillés, aperçoit en tout premier lieu conformément au mémento de l’apprenti « le Soleil, la Lune…et le Vénérable Maître ».
Durant la cérémonie de passage au Second Degré, l’Apprenti va élargir son horizon. Il est amené à « découvrir le monde extérieur », comme le stipule le rituel de passage, en effectuant cinq voyages.
Si le Premier voyage rappelle au postulant l’introspection indispensable à son apprentissage, le deuxième voyage lui fera découvrir la beauté de la pierre lorsqu’elle est confiée à cet art sacré que l’on nomme : « Architecture ». Le rituel l’incitera à assoir sa stabilité, à l’image des deux colonnes du Temple du Roi Salomon, en devenant « une colonne vivante qui s’élève vers les hauteurs, tout en s’appuyant sur la terre qui lui a donné naissance ».
Par extrapolation, ne devons nous pas regarder le monde qui nous entoure dans sa simplicité et sa beauté, au-delà des apparences ?
Le Troisième voyage lui permettra d’apprendre à s’unir à l’harmonie du monde par la découverte des arts libéraux. Il lui sera alors proposé de découvrir à l’Orient les sphères céleste et terrestre, lui ouvrant ainsi par ses investigations les portes de l’Univers. Mais comme le rappel le rituel, le Franc-Maçon devra acquérir les connaissances nécessaires en procédant toutefois avec la prudence qui s’impose à ses faibles moyens. Il devra toujours se rappeler que l’Initié ne doit pas présumer de ses forces, qu’il doit demeurer modeste. C’est justement ainsi qu’il obtiendra des résultats qui sont refusés à la présomption du profane.
Notons au passage, mes Frères Maîtres Secret, que ce troisième voyage entre en résonnance avec le troisième voyage qu’il m’est demandé de développer devant vous…
Le quatrième voyage permet au récipiendaire de découvrir le nom de cinq Grands Initiés. Tous ces hommes, emprunts d’un devoir d’humilité, ont su par leur Sagesse et leur Connaissance atteindre « l’état d’Unité absolue avec le Cosmos ». Apprendre à harmoniser ce qui est en bas avec ce qui est en haut est un des devoirs de tout Franc-Maçon quelque soit le degré de connaissance atteint : Il lui faut établir un dialogue intime entre le monde et lui-même.
Le cinquième voyage a pour objet la Glorification du Travail, car aucune œuvre ne peut s’accomplir sans lui. Tout comme le stipule le rituel : « Quelle que soit la place que nous occupions sur le chantier, même la plus humble, nous savons que notre effort concourt à la réalisation de l’ordre cosmique, nous savons qu’en travaillant, nous coopérons à l’exécution du Grand Œuvre selon le Plan du Grand Architecte de l’Univers ».
Chaque élément de la création trouve ainsi sa place en l’Univers pour ne former « qu’Un » avec lui. Là est pour moi la définition de « la Loi Universelle qui régit toutes les choses dans son détail ».
Tout ce qui se trouve en bas est comme ce qui est en haut et tout ce qui est en haut est comme ce qui est en bas : car tout n’est qu’un ! En ces mots se trouvent l’enseignement de la correspondance entre le Microcosme et le Macrocosme. On retrouve cet enseignement dans « la table d’Emeraude » planche reconnue comme l’un des textes les plus représentatifs de la pensée de l’Alchimie et de l’Hermétisme.
Mais si les différents règnes de la création trouvent tout « naturellement »leur place en cette composante, par son statut d’Animal Supérieur, l’homme y trouve un tout autre destin.
Ayant relégué « son cerveau reptilien » au rang des instincts, celui appelé « cerveau ancien mammifère » (ou système limbique) comme centre des émotions et des pulsions, l’homme a surdéveloppé un troisième cerveau ou « Cortex » nommément appelé Néocortex. Ce cerveau caractérise le sommet de l’évolution du règne animal. Il est le siège de la pensée consciente, de la créativité, de l’analyse, de la déduction, de l’intuition et du langage.
Ce troisième cerveau, au fil du temps, a affranchi l’homme de sa nature primitive et instinctive. Il lui a donné ce pouvoir que représente « la liberté ». De simple cueilleur-chasseur, l’être humain a pris possession de son environnement, répondant, dans un souci de confort, à de multiples tentations au détriment de l’essentiel. Il s’est ainsi coupé du rôle de « gardien de sa planète » qui lui incombait.
Devant la complexité de
l’univers, par son immensité et ses
détails, l’homme s’est
détourné de sa rencontre avec son
créateur, le laissant en proie à sa faiblesse.
S’efforçant de toujours mieux nourrir son corps
pour voir perdurer sa vie terrestre, il a oublié
qu’il lui fallait nourrir son esprit pour assurer sa vie
céleste. Elever son Esprit afin de retrouver le lien
l’unissant à l’ordre cosmique devra
impérativement passer par le besoin de « quête
de la Vérité ».
Cette soif d’élévation spirituelle sera
communiqué au Franc-Maçon lors de la
cérémonie « d’élévation
à la Maîtrise » et le placera
dans un nouvel état de conscience. Le nouveau
Maître, relevé par les cinq points parfaits de la
Maîtrise, retrouve sa position verticale, il s’y
établit rejoignant ainsi « l’axis
mundi », l’axe du monde, le lien entre
le ciel et la terre. Il passe de la planéité de
l’Equerre, matérialisé en loge par une
déambulation marquant l’angle droit, au compas lui
ouvrant la dimension spatiale, dimension
matérialisé par le Maître en sa
démarche en forme d’arc de cercle.
Cette ascension spirituelle nous est communiquée par le rituel d’initiation au 4ème degré juste après que le nouveau Maître Secret se voit retirer le voile obscurcissant sa vue.
Je vous en donne lecture : « Que cette équerre qui fut posée sur votre front vous rappelle toujours que vous devez marcher droit devant vous et ne pas vous laissez entrainer dans les sentiers de l’Erreur. Qu’elle vous rappelle aussi que vous êtes passé de l’Equerre au Compas, des lignes et des angles par lesquels le géomètre mesure la surface de la terre, aux courbes et aux cercles par lesquels l’astronome mesure le mouvement des astres. Vous commencez maintenant à pénétrer dans les hautes régions de la Connaissance Spirituelle ».
Passé de
L’Equerre, symbole de la terre, de la rectitude et de la
matière, au Compas, symbole du ciel, de la juste mesure et
de l’esprit, le Maître Secret se voit promis
à un autre destin. Mais toutefois, ce dernier ne doit pas
oublier les outils qui l’ont conduit à cette
progression au risque de sombrer dans l’Erreur.
Tiré de l’enseignement du Troisième
degré, le Maître Secret ne doit pas oublier que
« c’estavec les
lumières du passé qu’on se dirige dans
l’obscurité de l’avenir ! »
L’Etoile Flamboyante qu’il a vu durant son passage
au grade de Compagnon et dont les enseignements, ainsi que son propre
travail personnel, lui ont permis d’en percer les
mystères, sera toujours pour le Franc-Maçon le
juste repère qui guidera ses pas lorsqu’en
l’immensité qui l’entoure, il se sentira
perdu.
Le Maître Secret doit rester humble et conscient de ses limites. Equerre et Compas sont pour lui des outils de compréhension et non de création. Ces outils doivent lui apporter la juste mesure de son environnement avec pour seul objectif sa parfaite intégration au sein de l’édifice commun.
Le cartouche qui décore l’Orient et renfermant trois figures géométriques est là pour nous le rappeler : Ces trois figures géométriques symbolisent l’Unité existant entre le Cosmos (le Cercle), le symbole du principe spirituel (le Triangle Sacré, pouvant être assimilé « au père, au fils et au Saint Esprit » mais aussi « au corps, à l’âme et à l’esprit ») et enfin l’homme réalisé, l’Initié, représenté dans le cartouche par l’Etoile à Cinq Branches.
Nous pouvons ainsi voir en ce cartouche tout l’enseignement prodigué en ce troisième voyage. A savoir que cet « Etre sage », que représente l’initié et porteur du microcosme soit relié par son Esprit au Macrocosme afin que tout ce qui se trouve en bas se voit être comme ce qui est en haut. Il aura ainsi trouvé l’harmonie indispensable à son accomplissement personnel.
J’ai dit.