Cheminement Initiatique Itinéraire ou Voyage Spirituel
A∴ D∴
Dans toute tradition religieuse ou métaphysique, l’image du chemin est un symbole de la quête de l’Etre. Il s’agit probablement d’une des images les plus sacrées. De fait, que ce soit par les arts ou par la littérature et la poésie, voire la musique, la mythologie ou la philosophie, ou bien encore les sciences, les représentations de chemins ou de cheminements abondent.
Le chemin est d’abord une traversée
de la « nuit », des ténèbres
de l’ignorance et du doute.
Il signifie pour l’humain la conscience de son
inachèvement, de la multiplicité qui le
constitue. Il représente ainsi un appel, un rappel de la
nécessité qui incombe à
l’homme d’expérimenter cette distance,
cette opacité intérieure avec lesquelles il doit
composer.
Comme représentation d’un « en arrière » et d’un « en avant », le symbole du chemin porte en soi les images de toutes les nostalgies et de toutes les espérances. Il présente la situation paradoxale de l’être humain : celle d’un projet vers un « à-venir », mais qui ramène sans cesse à l’ici-maintenant du choix de la route.
C’est pourquoi des guides sont nécessaires. S’écarter du « sentier battu des hommes », met l’âme en péril d’errance et de désespérance. D’où l’importance des rites d’initiation qui, de près ou de loin, présentent les dangers, les écueils à éviter, les carrefours, les tentations à repousser, les seuils à franchir, les déserts, les montagnes et les vallées à passer pour rester sur la voie de la recherche de la lumière et de sa vérité.
Le chemin initiatique, qu’il se
présente comme itinéraire post mortem ou
qu’il se révèle chemin
d’individuation en cette vie, semble toujours se
déployer à la frontière
symbolique de deux mondes. L’anthropologue J.
Servier le situe à la limite des pavements sacrés
noirs et blancs. Elle exige de l’Etre en chemin une
« descente aux Enfers » et
une remontée par une très difficile route de
purgatoire. Cette traversée symbolique de tous les plans de
l’existence est voie de connaissance, passage à
travers les différents niveaux de conscience, chemin de
nous-mêmes vers nous-mêmes.
La franc-maçonnerie, institution philanthropique et
société de pensée, est une
association dont les membres se recrutent par cooptation,
selon des rites initiatiques. Elle se fixe pour but de
réunir en son sein les « hommes libres
et de bonnes mœurs » qui veulent
travailler à l’amélioration
matérielle et morale ainsi qu’au perfectionnement
intellectuel et social de l’humanité.
Symboliquement, la franc-maçonnerie remonte
à la création du monde, elle a même
adopté un calendrier qui commence à cette
« date », 4 000 ans avant J.-C. et elle
célèbre la construction du Temple à
Jérusalem (Xe s. av. J.-C.) comme son premier grand
œuvre.
La mort d’Hiram, l’architecte de Salomon, est
à l’origine d’un de ses principaux
mythes.
Historiquement, ses origines sont plus difficiles à
préciser, faute de documents. Des théories
nombreuses veulent lui trouver des filiations avec les
sociétés initiatiques de
l’Antiquité ou du Moyen Age au sein desquelles,
par les voies de l’ésotérisme ou de
l’observation méthodique, des esprits
évolués ou mystiques cherchaient, dans un langage
symbolique, à comprendre le monde et à expliquer
la place de l’homme dans l’univers.
Le haut Moyen Age a connu, en Occident, des associations de métier. Dès le Xe siècle, elles s’organisèrent en confréries ou guildes, où le savoir-faire professionnel se transmettait par cooptation et initiation, mais il n’existe aucune preuve qu’elles aient été contaminées par les sociétés initiatiques, ni même, comme certains l’ont affirmé, directement influencées par l’ordre des Templiers.
Les maçons, bâtisseurs des
églises, des cathédrales et des
châteaux forts, formèrent très vite un
métier à part : les secrets professionnels de
l’art de bâtir étaient nombreux ; les
chantiers étaient des entreprises énormes pour
l’époque, et la protection de
l’église, principal commanditaire des
constructions, s’étendait directement sur eux.
Aussi les maçons, à la fois architectes et chefs
de chantiers, ainsi que leurs aides,
échappèrent-ils aux servitudes seigneuriales :
ils constituèrent, dès le XIIIe
siècle, un « franc métier »
et devinrent des francs-maçons, « franc
» ayant le sens de libre et traduisant la possession
d’un statut personnel et professionnel indépendant
des juridictions seigneuriales et féodales.
L’originalité de la franc-maçonnerie
par rapport aux autres associations et institutions humaines tient
à sa nature de société initiatique et
à ses méthodes de travail. Elle n’est
ni une secte car elle n’a pas de doctrine à
imposer aux autres hommes, ni un parti car elle ne cherche pas
à conquérir le pouvoir, ni une Eglise car, si
elle se veut universelle, son prosélytisme est
limité et n’exclut aucune croyance.
L’initiation, dont les épreuves permettent au profane de devenir apprenti, puis d’accéder aux grades de compagnon et de maître, revêt à la fois une signification symbolique, la renonciation aux habitudes du monde et la découverte de la « lumière » et la préparation au langage des symboles.
Il s’agit simplement, de l’acquisition des moyens et des instruments de la recherche maçonnique. Plus qu’une simple cérémonie de réception, l’initiation engage le maçon à se libérer de ses préjugés, à se dépouiller de ses passions et à prendre une meilleure mesure de ses forces spirituelles et morales.
L’enseignement maçonnique n’est pas celui d’une doctrine, mais celui d’une méthodologie de la connaissance par le truchement des symboles : universels et intemporels, ils peuvent aider tous les hommes à mieux comprendre le monde sans imposer de préalable idéologique. Aussi bien, pour l’essentiel, le symbolisme maçonnique est-il celui des outils : équerre, compas, règle, ciseau, niveau, levier ; des formes : triangle, étoile à cinq branches ; des nombres : 3, 5, 7, ou des lettres ; et non pas celui des œuvres, sinon celui de la pierre brute, qui doit être taillée et polie, et celui du temple, dont la construction et l’embellissement mobilisent éternellement le travail des francs-maçons.
L’emploi du terme « initiation
» s’est généralisé
aujourd’hui pour signifier le fait de mettre au courant un
individu aussi bien d’une science, d’un art que
d’une profession (par exemple : initiation aux
mathématiques), alors qu’il désignait
primitivement et surtout l’ensemble des
cérémonies par lesquelles on était
admis à la connaissance de certains «
mystères ».
Il est facile de comprendre d’ailleurs comment et pourquoi
l’on est passé du sens plus ancien au plus
moderne, les pratiques de divers métiers (ceux de forgeron,
d’alchimiste, de maçon par exemple)
étant gardées secrètes par les
maîtres qui ne les révélaient que peu
à peu à leurs apprentis.
Les ethnologues ont été
amenés à distinguer trois types
d’initiations : celles qui font entrer les jeunes gens dans
la catégorie d’adultes, celles qui ouvrent
l’accès à des
sociétés secrètes ou à des
confréries fermées, celles qui font abandonner la
condition humaine normale pour accéder à la
possession de pouvoirs surnaturels.
Malgré les différences, il est possible de
trouver une définition générale
valable pour les trois : l’initiation est toujours un
« processus destiné à
réaliser psychologiquement le passage d’un
état, réputé inférieur, de
l’être à un état
supérieur »
L’initiation est un symbolisme de destruction de
l’ancienne personnalité et de nouvelle
naissance. Il existe, dans bien des
sociétés, des confréries
spécialisées (ou des
sociétés secrètes ou
discrètes comme la notre) dans lesquelles on entre par une
initiation particulière.
Ici, le passage n’est plus du statut d’enfant au
statut d’adulte, mais du domaine profane au domaine
sacré. Mais on y retrouve le même
schéma : il s’agit de détruire la
personnalité ancienne pour accéder à
une personnalité nouvelle, supérieure, donc
d’une mort et d’une renaissance.
L’initiation, si elle est naissance, n’est pas croissance. Le cheminement initiatique est la réalisation personnelle et avec les autres de sa propre initiation tout au long de sa vie maçonnique. C’est l’engagement vers un processus de changement d’être, guidé par un rituel et des symboles, et soutenu par le travail en loge.
C’est par l’écoute, le travail et l’assiduité que l’on parcourt le chemin qui mène vers la lumière : l’assiduité revêt donc un caractère indispensable car on ne peut concevoir de progression maçonnique sans travail en loge de manière assidue.
L’assiduité est un élément nécessaire du cheminement initiatique car avec le travail elle ne représente que l’apprentissage de la vraie vocation maçonnique ; c’est une démarche ascensionnelle, effort, volonté, patience feront le reste. Nous sommes seuls devant tous les actes graves de notre vie, et l’engagement maçonnique en est bien un ! Cependant ce n’est pas dans l’isolement que l’on peut progresser dans la connaissance de soi, mais bien dans une atmosphère de fraternité et d’égalité.
Le cheminement initiatique réclame rigueur et discipline, rien n’est jamais donné sans effort, et l’assiduité est un de ces efforts, par conséquent c’est une condition nécessaire, mais pas une condition suffisante. Bien sur certains pourront toujours dire que l’assiduité n’est pas nécessaire, qu’un franc-maçon libre peut vivre son cheminement initiatique personnel, ou que l’on peut se considérer comme franc-maçon assidu en vivant en parfait franc-maçon à l’extérieur. Certes mais partant de ce concept on peut en déduire que l’assiduité, traduction physique du maçon aux travaux, si elle n’est pas indispensable à la franc-maçonnerie, elle l’est pour le Franc-maçon.
Notre idéal nous permet de travailler sur
nous-mêmes avec les autres, et le travail commun en loge
permet de comparer et de confronter les idées et les
réalités et non les hommes.
De la confrontation permanente des idées naît
l’esprit critique nécessaire à la recherche de la
vérité.
Visite de l’au-delà dès ce monde et route vers l’au-delà dans ce monde répondent à la même démarche spirituelle. Dans toutes les grandes civilisations est attestée l’unité de ces deux fonctions mystiques du cheminement initiatique, itinéraire spirituel le plus souvent récit d’une expérience personnelle.
Les francs-maçons travaillent à la construction de l’humanité idéale par le moyen de leurs rites, qui mettent en action les symboles propres à la maçonnerie. Deux niveaux sont à considérer dans le maniement de ces symboles : celui des trois grades corporatifs (apprenti, compagnon et maître) et celui des hauts grades, ou degrés supérieurs au troisième dont le but est de permettre l’épanouissement graduel de la maîtrise maçonnique, en y intégrant les apports venus d’autres formes initiatiques traditionnelles.
Pour la franc-maçonnerie dite « bleue », celle des trois degrés corporatifs hérités des constructeurs, le symbolisme fondamental est tout naturellement celui des outils mêmes de la construction, tels l’équerre, le compas, le niveau, la règle, etc. Mais on y trouve aussi quelques symboles d’origine religieuse, biblique plus précisément : par exemple, le Delta lumineux ou triangle divin, au centre duquel est souvent inscrit le tétragramme. Les mots sacrés et mots de passe, d’ailleurs, sont tous tirés de l’Ancien Testament. La présence des glaives dans le rituel maçonnique semble constituer, elle, un apport chevaleresque venu se greffer plus tard sur le symbolisme corporatif des outils du bâtiment : la consécration d’un nouveau maçon par l’épée évoque, en effet, l’adoubement du chevalier.
De tels symboles répondent à la nécessité de figurer par la voie analogique des réalités, des processus suprasensibles qu’il serait impossible de caractériser, de définir à l’aide des mots. « L’illumination que provoquent les symboles, écrit à ce sujet Paul Naudon, permet à la fois de saisir les différents points de vue et de les unifier en décelant l’unité qui les transcende et en faisant passer du connu à l’inconnu, du visible à l’invisible, du fini à l’infini. »…
Les symboles « traditionnels » de la maçonnerie, diffèrent des signes « abstraits » utilisés par la science profane moderne. Ils sont, en effet, polyvalents, porteurs de toute une série de significations immanentes associées les unes aux autres et susceptibles d’une compréhension plus ou moins approfondie ; ils se situent à un niveau « intuitif », c’est-à-dire à un niveau échappant au principe de non-contradiction.
Il existe une indéniable parenté, qu’il y ait eu ou non filiation directe, entre les rites symboliques de la maçonnerie et ceux des sociétés secrètes initiatiques du passé : les auteurs maçonniques n’ont pas manqué de faire des parallèles entre leur voie et les mystères antiques, ceux de la Grèce et de l’empire romain tout spécialement. Aristote avait déjà caractérisé les mystères d’Éleusis comme obéissance à l’adage : « Ne pas apprendre, mais éprouver. »
Dans l’initiation maçonnique, il ne s’agit pas du tout, non plus, d’un enseignement proprement dit, même caché. En usant d’un terme moderne, on pourrait la comparer bien plutôt à une sorte de psychodrame, destiné à agir profondément et brusquement sur le psychisme du récipiendaire, par une série d’actes symboliques chargés d’une valeur à la fois affective et imaginative. Elle se donne bel et bien pour but de transformer le « vieil homme » en l’« homme nouveau », libéré des inhibitions et conditionnements de l’état profane.
Ce cheminement initiatique, je le rapproche des différents voyages que le franc-maçon est appelé à faite tout au long de sa vie maçonnique. Il y a des voyages dont on revient changé, transformé, plus lucide. Pourquoi sinon, depuis la plus haute Antiquité, des hommes ont-ils entrepris des voyages initiatiques, toujours pénibles, exigeant de la persévérance et du courage et n’offrant en échange aucune récompense particulière ?
Est-il besoin d’espérer pour entreprendre et de réussir pour persévérer ?
Le propre des voyages initiatiques est que l’on ne connaît pas d’avance l’itinéraire. Celui qui les entreprend, ignore leur destination. Ainsi y a-t-il eu de tout temps des paliers sur le chemin initiatique. Le 4e degré constitue un tel palier et pas le moindre : il ouvre la série des grades dits « Supérieurs ». Ils apprennent à celui qui veut vraiment voir, que la lumière perçue n’est que fragmentaire. Ce que le récipiendaire découvre au long des voyages, est à demi voilé parce qu’il ne comprend qu’à moitié, à première vue. C’est à lui de pénétrer plus avant pour que le sens des épreuves lui devienne plus clair.
Cheminer, suivre un chemin souvent long, lentement et régulièrement, entrecoupé de différents paliers, de nouvelles portes à ouvrir voilà bien résumé ce que doit être encore et toujours, la démarche du maître secret.
Cependant si celle-ci doit prendre en compte le chemin déjà parcouru comme lors du franchissement des autres paliers, elle apparaît encore plus longue et plus complexe car l’objectif à atteindre apparaît toujours plus élevé, plus difficilement accessible, nécessitant des efforts de plus en plus grands. Le Maître secret ne doit pas s’attarder dans les sentiers fleuris, mais se hâter de gravir les pentes abruptes de la montagne de crainte que la Mort ne vienne le surprendre avant qu’il ne se soit approché du sommet. Ceci se trouve illustré à mon avis par certaines phrases du rituel, prononcées par le Trois Fois Puissant Maître.
« Frère Premier
Inspecteur, quelle heure est-il ?
L’éclat du jour a
chassé les ténèbres et la Grande
Lumière commence à paraître
».
L’ouverture des travaux au quatrième degré place donc le Maître Secret dans un instant privilégié : les ténèbres ont été dissipées et la lumière n’est pas encore présente. Cet instant est privilégié car il est instant de discontinuité et de continuité, de rupture et de transition.
Cet instant est privilégié parce qu’il est passage au sein d’une dualité et qu’il place le Maître Secret dans une rupture. Le Maître Secret a pu vivre aussi de tels instants en passant de l’équerre au compas et il ne peut oublier les dualités fondamentales des premiers symboles qu’il a rencontrés : le soleil et la lune, le souffre et le mercure du Cabinet de réflexion, son passage entre les colonnes J et B, encore moins oublier le pavé mosaïque sur lequel, tout juste initié, il a effectué ses premiers pas d’apprenti. Il se rappelle aussi qu’apprenti, il travaillait alors dans la continuité, de midi à minuit.
« Frère Premier
Inspecteur que cherchez-vous ?
– La Vérité et la Parole perdue.
»
La finalité de la démarche du Maître Secret est ainsi, d’emblée annoncée : elle est une quête de Vérité, une recherche de connaissance et de compréhension de l’univers, du monde, de l’autre et de soi-même. Cette démarche amène nécessairement le Maître Secret, et plus généralement le Franc-maçon, quel que soit son âge symbolique, face à la dualité, face à l’expression de forces antagonistes dont la contradiction et les oppositions doivent lui apparaître, par son travail, nécessaires et fécondes. Il en trouvera l’expression sous des formes diverses et variées, plus ou moins complexes suivant sa progression et son perfectionnement.
Pour effectuer, cette démarche initiatique, cette quête de la Vérité et de la Parole perdue, pour effectuer ce travail de cherchant, le Maître Secret reçoit une Clef d’ivoire qu’il porte en sautoir. Ce symbole de discrétion, me paraît très riche d’enseignement et porteur d’espérance; il lui permettra un jour d’ouvrir la porte de la balustrade du Saint des Saints, lorsqu’il saura s’en servir. Il lui est souligné au cours de son initiation qu’il n’est point de difficultés que l’énergie, la persévérance et l’intention droite ne puissent surmonter.
Si la clef évoque un geste d’ouverture, la
serrure évoque une idée de fermeture.
Structurellement complémentaires, chacune constitue un
appel, une vocation, mais dans des sens opposés et
complémentaires.
La Vérité ne se
découvre pas dans l’expression d’un choix entre les deux
éléments d’une dualité, ni dans la
résolution de celle-ci, mais bien dans l’acceptation en tant
que telle et dans le dépassement de cette dualité.
Même quand la clef a trouvé la serrure qui lui
convient, quand elles sont « réunies »,
il y a toujours dans cette unité une clef et une serrure,
elles ne se retrouvent pas fondues dans l’unité.
La démarche du Maître Secret lui fait devoir de conjuguer deux approches antagonistes, l’une d’ouverture et l’autre de fermeture : ouverture à une pluralité de points de vue et fermeture de leur structuration, ouverture à la pluralité des idées, fermeture par le jugement sur ces idées.
« Vous ne prendrez pas les mots pour des idées et vous vous efforcerez toujours de découvrir l’idée sous le symbole ; vous n’accepterez aucune idée que vous ne compreniez et ne jugiez vraie. Voyagez, cherchez, il n’y a de réellement admirable que la Loi universelle qui régit toutes les choses dans leur ensemble et chaque chose dans son détail ».
Le chemin initiatique, unique à chacun et strictement personnel est une marche vers quelque – chose ; on pourrait dire d’une certaine manière qu’un maçon est une sorte de roi mage qui est dirigé par une sorte d’étoile qu’il suit, pour aller je ne sais où, peut-être à Bethléem ? ou ailleurs…ou nulle part…
A ce stade, je me préparais à conclure mon travail lorsque au cours d’une lecture j’ai découvert l’ « ALLOCUTION PRONONCÉE PAR LE TRÈS ILLUSTRE FRÈRE PAUL VEYSSET, 33°, TRÈS PUISSANT SOUVERAIN GRAND COMMANDEUR, LE DIMANCHE 13 DÉCEMBRE 1998, À PARIS », sur le thème de la démarche initiatique au Rite Ecossais Ancien et Accepté.
Cette lecture, outre l’enrichissement personnel, m’a permit de constater la présence dans mon travail de plusieurs points forts abordés dans cette allocution.
Tout d’abord l’importance de la tradition et du rituel. Ensuite la notion de durée, la progressivité d’une démarche toute de recherche et de questionnement sur soi-même ; durée, par conséquent à mes yeux à la fois le fait que le temps ne compte pas et que ce cheminement doit être actif et requière, constance et travail.
Voici donc ce texte que j’ai
souhaité vous faire connaître ou retrouver…
« Le concept d’initiation est commun à toutes les
traditions. Sous des expressions multiples adaptées
à chaque culture, il s’agit toujours d’atteindre
à la plénitude de l’état humain au
terme d’une lente maturation de l’adepte engagé sur la voie
des épreuves. Pour cela il faut retrouver le monde
intérieur, lieu de toutes les expériences
spirituelles, qui subsiste encore en chacun d’entre nous. Ainsi, le
Rite Ecossais Ancien et Accepté nous invite à
l’effort dès le premier degré pour
découvrir ou redécouvrir l’homme
véritable qui n’a jamais cessé d’exister en nous.
Le Rite Ecossais Ancien et Accepté adhère à la Tradition partagée par tous les Francs-maçons du monde, exprimée par les récits légendaires du métier des bâtisseurs, qui confère à l’ordre une origine opérative. Centré sur la construction du premier temple de Jérusalem, celui du roi Salomon dont certains récits légendaires font la source de notre initiation, le Rite développe et explicite les enseignements contenus à l’origine dans la légende d’Hiram, l’architecte du temple selon la Bible et selon les récits légendaires du métier. Cette tradition liée au roi Salomon et à Hiram l’architecte, que le Rite partage avec le compagnonnage, constitue l’une des principales composantes de la tradition écossaise.
Dans le contexte symbolique qui est le sien, le Rite Ecossais Ancien et Accepté associe intimement au critère de la durée comme caractéristique de la démarche initiatique, le critère de la construction qui engage l’adepte sur la voie tracée par le Rite. Se construire soi-même au cours d’un long processus qui s’accomplit sur le chemin de la vérité, de la justice et de la sagesse, telle est la démarche qui nous est proposée. C’est le sens que la tradition écossaise donne d’abord à la taille de la pierre brute puis à l’édification du temple intérieur qui, degré après degré, nous permet d’accéder à un niveau de spiritualité toujours plus haute.
Il s’agit, en toutes circonstances, de construire ou de
reconstruire, si peu que ce soit, pour conduire l’adepte vers un
« supplément d’être ». La
démarche initiatique au Rite Ecossais Ancien et
Accepté est voie de connaissance. Pour produire ses effets,
elle doit permettre à l’adepte de parcourir au cours de sa
progression, les différentes séquences
symboliques conservées par le Rite, qui sont autant
d’étapes progressives nécessaires à sa
réalisation.
La démarche initiatique implique également une
participation active afin d’en vivre personnellement et
intensément chaque étape. La pratique des rituels
des grades crée alors un climat intérieur propice
à la maîtrise des passions et à
l’exaltation des vertus, susceptible de conduire l’adepte vers une
incontestable sagesse. Car les mythes, qui inspirent les
récits légendaires du Rite, le conduisent
à intérioriser donc à s’approprier la
quête de la Parole perdue, qui s’identifie ici à
celle de la vérité. Le mythe unifie,
là où l’idéologie sépare.
Pour cette raison, le langage des symboles, qui est celui de l’initiation et sur un plan plus général celui de la tradition, ne revendique pas le statut d’un discours de vérité ou de pouvoir, mais de questionnement et de communion, susceptible de dépasser les différences culturelles, religieuses ou autres, pour relier les hommes par ce qu’ils ont en commun d’essentiel.
C’est pourquoi la démarche initiatique au rite Ecossais Ancien et Accepté ne peut être quête solitaire et silencieuse d’épanouissement ou d’anéantissement personnel, ni a fortiori, exaltation libertaire ou anarchique visant à l’expression absolue de l’individu contre toutes les obligations qui sont inhérentes à cette démarche.
La démarche initiatique incite l’adepte à agir dans le monde, à pratiquer la bienfaisance et la justice et à travailler sans relâche au progrès et au bonheur de l’humanité. En tant qu’ordre dont l’inspiration spiritualiste et la visée universaliste sont ainsi nettement affirmées, le Rite Ecossais Ancien et Accepté se décrit comme un sous-ensemble de la patrie, de la nation, de l’humanité, dont bien que séparé, il se déclare partie active et solidaire. Ses adeptes vont vers les autres et vers la lumière et non vers le désert et le néant…
J’ai emprunté ma conclusion à notre F G K, ancien Grand Maître de la G.L.D.F qui disait lors d’une conférence le 21 novembre 1996.
… « L’obligation que la Grande Loge de France s’est imposée de ne s’immiscer dans aucune controverse touchant à des questions politiques ou confessionnelles ne la condamne nullement à méconnaître les graves problèmes de son temps.
Travaillant à l’amélioration constante de la condition humaine tant sur le plan spirituel et intellectuel que sur le plan du bien-être matériel, la Grande Loge de France ne peut rester insensible aux désordres inégalitaires de la société ni aux différentes détresses de celles et de ceux qui la composent.Cheminement Initiatique Itinéraire ou Voyage Spirituel
Elle invite ses membres à faire preuve d’imagination, à prendre toutes initiatives, à se dépenser sans compter au sein des structures et des organisations qui ont ou auraient précisément pour objet d’y remédier, afin que les mots Liberté, Egalité, Fraternité, aient encore un sens… »
Ni école ni chapelle, ni philosophie ni dogme, encore moins idéologie, tout au plus une méthode, la Grande Loge de France entend ainsi s’affirmer comme une Obédience humaniste de progrès, au nom même de la Spiritualité à laquelle chacun aspire et de la Tradition initiatique dont tous se réclament.