Cinq minutes de symbolisme : l’œil
Non communiqué
Nous avions pris l’habitude dans nos tenues de loge bleue d’avoir cet œil bien présent dans le delta lumineux qui nous accompagnait lors de tous nos travaux. Depuis notre entrée dans le temple du maitre secret, ce symbole à disparu mais pour ceux d’entre nous qui portent encore leur tablier du 4ème degré, ils le retrouvent maintenant dessus.
C’est un œil un peu spécial, placé au centre du triangle inversé de la bavette, il est unique, sans paupière ni sourcil, ce n’est ni un œil droit, ni un œil gauche, mais un œil frontal : l’œil du cœur dont St Exupéry disait : « on ne voit bien qu’avec le cœur, l’essentiel est invisible pour les yeux ».
C’est un symbole très universel : en effet, dans la tradition islamique, l’œil du cœur correspond à la fontaine d’immortalité, à l’esprit s’identifiant à la lumière reçue. En hébreu et en arabe, le mot « ayin » signifie à la fois l’œil et la source. La source dont il s’agit ici est bien la source de la connaissance qui conduit à la perfection et qui dérive de la mémoire, lieu sacré du savoir. Chez les Indous, on lira dans ces textes sacrés appelés les Upanishads (1) qu’un être humain y est décrit comme une cité aux dix portes : les neuf premières portes (2 yeux, 2 narines, 2 oreilles, bouche, urètre, anus) conduisent au monde des sens, le troisième œil dont certains noterons avec intérêt qu’il est décrit comme la dixième porte est celui qui conduit au monde intérieur : il est appelé l’œil de la connaissance ou plutôt de sa vision intuitive. Il est localisé au niveau du front (sixième chakra).
Sur les stupas népalais, il y a une structure cubique avec les yeux de Bouddha regardant dans les quatre directions. La base représente le monde entier et l’éveil, au sens bouddhique, est symbolisé par les yeux de la sagesse et de la compassion. Parfois, on y voit un œil surmontant les deux autres et parfois il n’y en a qu’un. Cet œil, ce 3ème œil, représente le but ultime de la voie bouddhique, le fruit de l’éveil, la clairvoyance, qui permet de percevoir les phénomènes des différents mondes d’existence, terrestres ou non terrestres, proches ou lointains, inaccessibles à l’œil physique de l’homme non perfectionné.
Enfin, dans l’imagerie de l’Égypte antique, on trouvera cet l’œil appelé Oudjat ce qui veut dire complet et qui est un symbole protecteur représentant l’Œil du dieu faucon Horus.
D’après le mythe, Horus, fils d’Isis et d’Osiris, aurait perdu un œil dans le combat mené contre son oncle Seth pour venger l’assassinat de son père que celui-ci avait tué. D’après une version de la légende Seth, au cours du combat, lui arracha l’œil gauche, et le découpa en six morceaux, qu’il dans le Nil. À l’aide d’un filet, Thot, seigneur du temps, dieu de la sagesse et de la connaissance repêcha tous les morceaux sauf un. Il suppléa miraculeusement le 6ème fragment manquant pour permettre à l’œil de fonctionner de nouveau, rendant ainsi à Horus son intégrité physique.
L’Œil Oudjat avait une fonction magique liée à l’immunisation contre les dangers, à la restauration de la complétude et à la vision de « l’invisible ». C’était un porte bonheur qui était peint sur les proues des bateaux, leur permettant de « voir » et de tenir leur cap.

On y trouvait six fractions dans son dessin : ½ ; ¼ ; 1/8ème ; 1/16ème ; 1/32ème et 1/64ème, dont l’addition donne 63/64, la fraction manquante étant sans doute celle retrouvée par Thot. En effet, la légende rapporte qu’un élève-scribe fit un jour remarquer à son maître que le total des fractions de l’Oudjat ne donnait pas 1 ; le maitre lui répondit que le 1/64ème manquant pour parfaire l’unité mathématique parfaite serait toujours fourni par Thot.
Mais l’œil de notre tablier n’est pas l’œil d’Horus, il n’a comme nous l’avons dit sans paupière…l’œil de notre tablier est bien la dixième porte qui conduit à notre monde intérieur. En devenant Maître Secret, nous sommes passés du plan à l’espace, pénétrant plus avant dans les sphères de la connaissance spirituelle. Avec le 3ème œil, nous descendons en nous, nous visitons l’intérieur de la terre et, en rectifiant, nous espérons trouver la pierre cachée. Nous espérons dépasser la vision de notre œil gauche (celui du passé) et surtout de l’œil droit (celui du futur) par cet œil unique et immobile de l’âme de l’humain qui contemple le principe avec l’œil du cœur.
Regardons aussi où se trouve cet œil par rapport à notre corps : il est au niveau du nombril, ce centre subtil dont le chakra va définir notre façon d’être dans un groupe que ce soit passif et indécis s’il est peu actif, à dominant et même agressif s’il est suractif car ce chakra, considéré comme le cerveau de notre système nerveux, est la principale entrée qui mène à nos émotions.
Enfin La lettre « ayin » en hébreu est aussi associée avec la deuxième porte de l’arbre séphirothique hébraïque qui s’ouvre avec le mot de passe Yesod nom de la deuxième sephirah et qui signifie « base » ou fondement et est associée à l’intuition, l’imagination et les rêves. C’est de Yesod que le monde matériel Malkut est directement issu et sur lequel l’œil de Yaweh se porte. Alors cet œil est aussi l’image de celui de l’omniscient Principe qui toujours ouvert exerce une surveillance sans relâche sur l’espèce humaine.
J’ai dit T F P M
J-M Ch
(1) On distingue traditionnellement douze Upanishads majeures ou principales et quatre-vingt seize Upanishads mineures réparties en six catégories dont la composition s’étale de -800 à 1300 de notre ère. Ils sont eux-mêmes une partie d’un ensemble plus vaste appelé Védas dont la composition à commencé vers 1500 avant JC.