De la chambre de préparation au grade de maître

Auteur:

M∴ D∴

GLTSO
Loge:
Noirlac - Orient de Montluçon 10/2012

Les trois premiers grades du R.E.R nous font prendre conscience qu’il y a plusieurs « mondes », le terrestre, et le céleste. Jeune F M, je me suis posé la question de savoir depuis combien de temps, j’étais a la recherche de moi-même.

– Qui suis-je ?
– D’où je viens ?
– Ou je vais ?

J’attendais des réponses toutes faites qui combleraient mon questionnement ; ce ne fut pas le cas heureusement. J’ai pris conscience de la relativité de notre existence parmi les hommes dans l’univers.

On m’a ouvert la porte du temple. J’ai ressenti clairement une notion de refuge et de sérénité. La mort m’attendait, la mort profane, pour une renaissance et un épanouissement spirituel. Depuis ce moment, je travaille sur cette pierre brute.

Souvenez-vous ? Dans la chambre de préparation ; le frère préparateur découvre le tableau de la mort, avec les inscriptions suivantes :

« Tu viens de te soumettre à la mort La vie étant souillée, mais la mort a réparé la vie ».

La pierre brute est dans le porche du temple. L’apprenti n’est pas apte à entrer, et à séjourner dans le temple. Un long chemin l’attend sur la colonne du nord, la colonne JAKIN, dans le silence. Au premier grade du R.E.R, Adhuc Stat est le tableau du grade. Cette colonne brisée, nous dit :

« L’homme est déchu par lui même, mais sa base est solide et il peut se reconstruire ».

C’est par sa faute que l’homme a perdu la lumière. Pour la retrouver, il devra être cherchant, persévérant, et souffrant.

Mourir et renaître c’est voir le monde différemment. Ce drame rituel que nous avons vécu est certes douloureux, mais porteur d’une nouvelle vie.

Il signifie que nous devons redécouvrir le sens des symboles, après en avoir extrait la signification. La mort est une sortie de l’univers, du temps et de l’espace, libérant l’âme, la mort est naissance à la vie nouvelle. Symboliquement, la vie du vieil homme a été prise, parce qu’il concentrait la plus grande partie de ses capacités d’amour sur lui. Maintenant qu’il n’a plus cette vie, il donne tout son amour aux autres. Délesté de son égo, l’apprenti maçon est apte à bien plus de compassion et d’amour pour les autres.

Nous autres Francs-Maçons avons beaucoup de chance, car dans la grande richesse de son enseignement, la Franc-maçonnerie nous montre le chemin, comment changer soi même. Elle nous dit de tailler la pierre brute, elle nous donne les outils pour le faire.

La méthode initiatique est à l’image de la méthode naturelle de l’enfant qui arrive au monde. Il ne peut pas s’exprimer, il n’a pas encore la parole à sa disposition, il ne peut que regarder, recevoir et petit à petit, il va progresser.

Marguerite Yourcenar, dans son ouvrage « l’œuvre au noir », nous parle de Zenon en se souvenant du quartier de Pera à Istanbul. Là-bas dit-il, il a reçu « les outils » de son art et parmi eux, le plus rare, le plus précieux de tous, la licence de penser et d’agir à sa guise.

Le compagnon désormais traverse la vie, pour aller à la rencontre de sa propre vérité. Il est dans le « connais-toi toi-même », dans la tempérance.

Lors de la réception au second grade, le V M dit :

« Mes frères, c’est par la tempérance que l’homme s’abstient de ce qui peut le corrompe et l’éloigner de la vérité ».

Que veut signifier le Vénérable Maître ?

Il faut entendre par là, devenir ce que la Bible appelle un juste, un sage. La sagesse divine, source émanation du G.A.D.L.U, représentée par la voute étoilée. A cette étape d’enivrement terrestre, l’âme est prête à une ascension dans la recherche de la vérité. Cet état d’harmonie, d’amour, permettra de prendre pleinement conscience de l’autre, donc de l’amour du prochain.

Le niveau et le fil à plomb déploient un effet évocateur dans la mesure. Le fil à plomb synthétise la dimension verticale et permet d’approcher l’imparfait de la perfection. Le niveau enseigne l’égalité des maçons dans le respect. Dans ce sens, nous pourrions appeler l’équité, la dimension horizontale entre les maçons, attribut de l’usage de la perfection.

Lors de mon passage au grade de compagnon, je me trouve face au miroir. C’est l’entrée de l’esprit dans la matière. Le symbole de la transfusion spirituelle, le difficile équilibre intérieur que nous devons maintenir. Le tapis de loge du compagnon en son centre figure l’étoile flamboyante. En comparant la Loge au corps humain, le centre de l’homme est son cœur, c’est donc bien le cœur de l’homme qu’il s’agit d’allumer.

Dans le rituel, il nous est dit :

« C’est pour vous faire sentir la nécessité absolue de se connaitre soi-même, si recommandée par les philosophes les plus célèbres, qu’on vous a présenté un miroir comme emblème de celui dans lequel vous devez apprendre à vous connaitre, tel que vous êtes, pour devenir tel que devez être ».

Le miroir, c’est la confrontation avec le « moi » véritable, et l’on peut ne pas supporter l’image que l’on voit. Parce qu’il évoque la fugacité de ce qui s’y reflète et sa disparition, d’où une signification mortuaire.

L’épreuve du miroir peut être considérée comme une étape devant conduire le persévérant au-delà du monde des visions. Il ne s’agit pas d’une vision par l’œil en tant qu’organe de vue, mais d’une vision du cœur par lequel l’homme essaie de côtoyer le divin. Le miroir est bien un lieu de transformation.

L’harmonie est la preuve de l’équité dans la justice, mais aussi dans le ressenti de l’autre. Donc le maçon tend à devenir juste et équitable au travers de son harmonie, et de l’exercice de la tempérance.

Le compagnon ne peut atteindre la tempérance qu’en ouvrant son cœur. Au second degré, j’ai découvert que si l’homme est fait de chair, il est également fait d’une âme qui peut lui permettre de se transcender. En d’autres termes, de franchir en lui-même des étapes successives de réalité et de conscience, une transformation du moi en soi. Cette force murmurante qui nous pousse à aimer l’être parfois le plus inaccessible, que l’on appelle Dieu. Même si nous ne pouvons atteindre cette étoile à l’horizon, l’essentiel est ce que nous découvrons le long du chemin en allant vers elle.

« Il ne faut pas ménager son amour, il y a tant de nécessiteux ».

Chateaubriand

Lors du passage du deuxième au troisième grade, il apparait une nouvelle dimension, une nouvelle phase de compréhension, par le passage à l’ordre psychique.

L’homme représente ses origines, la sagesse, la beauté, et la force. Le rituel marque au cours de cette cérémonie l’homme dans ses trois états.

  • Être maître c’est quoi ?

Le Maître Hiram fut assassiné par les mêmes outils qu’il utilisait pour la construction du Temple. Ceci nous apprend que le savoir peut être altéré pour servir à la destruction plutôt qu’a la construction. Le maître maçon se verra souvent faisant face à cette dualité. Il aura le savoir dans sa main, il pourra l’utiliser pour le bien ou pour le mal.

Le maître maçon de ce nom fera toujours bon usage de ce savoir. Le pavé mosaïque caractérise cette dualité. Le maître maçon se verra souvent emprunter cette fine ligne qui sépare le blanc du noir, à la recherche d’un équilibre instable.

Le maître maçon a la responsabilité de rendre le monde meilleur. Il commence par un travail sur lui-même. Une des lois fondamentales de la nature est : « grandir ou mourir ».

Rappelant cette nécessité de la croissance continue, le maître est conscient de cette réalité, quant il s’est joint a la F M, une association d’hommes d’honneur d’intégrité, croyants dans des valeurs comme : Honnêteté, compassion, confiance, connaissance, etc.

Le travail sur soi permet au maître de progresser, et de devenir maître de soi. Il s’entraine à se contrôler. Étant apprenti, on lui avait enlevé la parole. Siégeant sur la colonne du nord et faisant taire ses émotions dans le silence, il s’exerce à dompter son égo. Devenu maître, il travaille toujours à se contrôler. L’apprenti s’est vu imposé le silence, le maître s’impose le silence.

En maçonnerie, selon l’enseignement de Socrate, on apprend à se connaitre soi-même. L’idée de la mort est abordée dès le premier degré lors de l’initiation.

Pour accéder au troisième degré, le compagnon est appelé à réfléchir à cette mort, à partir de la légende d’Hiram. Elle évoque la mort du maître architecte, qui, lors de l’inspection des travaux du temple de Salomon, est surpris et tué par « trois mauvais » compagnons.

Le tapis de loge du troisième degré représente le tombeau. Il a 3 pieds de largeur, 5 pieds de profondeur, et 7 pieds de longueur. C’est-à-dire, l’âge, des apprentis, des compagnons, et des maîtres.

La tombe d’Hiram, au même titre que tout atelier, une fois les travaux ouverts, est un athanor alchimique, ou « les vils métaux », c’est-à-dire les hommes, sont transformés en or, c’est-à-dire en lumière.

Comme toute loge, elle transmute et élève. Elle transmute la chair en esprit (la chair quitte les os) et exalte l’être vers le céleste.

La tête est séparée du corps afin de célébrer la victoire de l’esprit. Le corps a rejoint la matière, seul subsiste la tête ou réside la parole, c’est-à dire « l’Âme ».

Le crâne représente ce qu’il y a d’impérissable dans le corps, autrement dit l’habitacle de l’esprit. Les deux tibias entrecroisés représentent la croisée du haut et du bas. C’est en ce lieu mystérieux du centre que ce produit la transmutation.

  • Premier voyage

On suspecte le compagnon, on le vérifie. La conclusion est la reconnaissance de son innocence dans le meurtre d’Hiram.

  • Deuxième voyage

C’est l’épreuve de la recherche, de l’inquiétude, de l’incertitude, des lieux de recherches. Nous sommes orphelins. Maître Hiram est mort, nous ne savons pas où il se trouve.

  • Troisième voyage

C’est l’épreuve suprême. C’est le voyage vers l’élément terre où jaillit le germe de la vie. Hiram sort des profondeurs de la terre. Il renait dans le néophyte, la vie triomphe de la mort.

La marche du maître enjambe trois fois le cercueil et symboliquement, triomphe trois fois de la mort. L’acacia retrouvé sur les lieux de l’enfouissement du maitre est là pour nous rappeler tout le symbole de cet élément.

On retrouve dans ce symbole toute la progression qui émane depuis l’origine de l’initiation de l’apprenti, qui progresse au travers de l’initiation au grade de compagnon, puis au grade de maître. L’apprenti ne s’aventure pas.

A la question : « Êtes-vous Franc-maçon », il répond : « Mes frères me reconnaissent comme tel ».

Le compagnon se place comme un voyageur, qui se guiderait par les étoiles pour aller des ténèbres à la lumière. Néanmoins, il n’est pas capable d’aboutir seul, il a besoin d’un guide, il a besoin d’avoir le repère de l’étoile flamboyante.

Lorsque le maître déclare : « L’acacia, m’est connu », il montre sa capacité à décider de la direction à prendre. Grâce à l’acacia, il trouvera le lieu où gît Maître Hiram.

L’acacia, lui permet de déterrer de l’obscurité Maître Hiram. C’est à dire la connaissance qui éliminera au fur et à mesure les secrets, et « déterre » le maître maçon de son ignorance et par là, de lui rendre la vie.

La lame d’or portait les lettres « J » et « A » représentant la parole perdue.

MAK BENAK est depuis ce temps, le mot des maîtres pour se reconnaitre entre eux.

Le cadavre d’Hiram qui part en morceaux (la peau quitte la chair, la chair quitte les os) symbolise le drame de la désintégration qui menace l’être humain.

Seul une saisie simultanée des 5 points de la maîtrise permet de réintégrer l’être dans son unité.

Le maître gagne une dimension supplémentaire, par le passage de l’horizontale à la position verticale. Il passe ainsi du plan terrestre à l’état de lien entre la terre et le ciel. Cela lui permet d’observer les réalités supérieures tout en restant au niveau de la terre.

Les signes d’Ordre jusqu’à la maîtrise sont tous annonciateurs de : « l’acacia m’est connu ».

L’apprenti se tient la gorge, symbole de la nourriture et de la parole. L’apprenti montre ainsi sa volonté de ne pas céder à parler sans réflexion, et enlève en lui l’asservissement aux appétits physiques. Il apprend le bienfait du silence, de la retenue, de la prudence verbale.

Le compagnon par la position de la main sur le cœur symbolise le détachement aux excès du sentiment qui peuvent perturber sa volonté. Il se libère de la passion sentimentale et charnelle. Cela lui permet de maintenir ses passions et d’atteindre une stabilité rationnelle.

Le maître par la position de la main sur le ventre symbolise la hiérarchie des deux signes précédents. La tête doit dominer le cœur et celui-ci, doit dominer le ventre, représentatif des appétits terrestres.

Annihiler le désir est la force du maître. C’est la que réside le secret du maître, qui par la force de sa volonté, va vaincre ses faiblesses.

Je me suis mis à rechercher les mobiles profonds auxquels obéissent mes réactions.
Je me suis efforcé à regarder et écouter sans juger.
J’ai commencé à me méfier de ma pensée, qui n’est que l’accumulation dans la mémoire des expériences passées.
La maîtrise m’a enseigné à savoir être « neuf », et avoir un esprit frais.
J’ai appris à mourir de mon passé, pour renaître au réel toujours mouvant, toujours renouvelé.
J’observe que cette évolution n’a pu se réaliser que grâce à la Loge, grâce au rituel et à l’utilisation des symboles pour progresser.

Sachant que l’homme, l’univers, le temple ne font qu’un, il devient évident que le maître à son niveau doit intégrer qu’il est à la fois, la matière, l’outil, le sujet et l’objet. La marche du maître est significative. Les degrés précédents me sont toujours indispensables pour intégrer parfaitement le dernier.

Connaître n’est pas savoir, savoir, c’est apprendre de l’autre. Connaître c’est apprendre de soi, dans le rapport avec le monde.

La maçonnerie, nous invite, à vider nos esprits de certitude, à se débarrasser des métaux pour construire ses propres vérités à travers l’éveil de notre conscience.

La recherche de la vérité intime est une expérience permanente qui ouvre les portes du temple intérieur, qui doit être recherché par un approfondissement continu des connaissances de soi.

On ne devient pas Franc-maçon en un jour…

La lumière, la connaissance, la sagesse ne se donne pas. Il faut savoir la chercher soi-même, dans le plus profond de son être, en fouillant dans sa conscience, et dans les replis de son cœur.

Selon Galilée : « On ne peut rien enseigner à autrui, on ne peut que l’aider à découvrir lui même ».

Le maître est-il arrivé au bout du chemin ?

Non. Bien au contraire, pour moi ce n’est pas une fin, mais le début. Apprentis nous sommes reçus, Maîtres nous sommes initiés.

Lors de la cérémonie de passage au troisième grade, le nouveau maître passe de l’horizontalité, à la verticalité, après avoir été symboliquement enfoui en terre, conformément au processus vital universel, passant de la graine à l’épi. Qui se voit renaitre : « Je suis né apprenti, j’ai grandi compagnon, Maître Hiram est mort, Jésus est ressuscité des morts ».

Je suis toujours dans le questionnement, il y a un après la vie terrestre. Il y a surement un avant, à moi de trouver le chemin.

J’ai dit vénérable maître.

Accès réservé aux abonnés

Cet article fait partie de l’espace privé de L’Édifice.
Abonnez-vous pour accéder immédiatement à la plus grande bibliothèque maçonnique sur internet

  • Plus de 5 000 planches véritables
  • Issues de plus de 100 obédiences
  • Du 1er au 33ème degré
Déjà abonné ? Se connecter