Les larmes d’argent

Auteur:

C∴ F∴

Obédience:
Non communiqué
Loge:
Non communiqué

Pourquoi la Loge des MM Secrets se trouve-t-elle tendue de noir, parsemée de larmes d’argent ?

Par delà les continents et les siècles, j’ai exploré quelques horizons de larmes, d’argent, de tentures noires, horizons qui m’ont conduite dans des sciences diverses :

En héraldique ou science des blasons et armoiries, la larme est un meuble de l’écu dont la partie supérieure est en pointe, descendant en ondoyant et en s’élargissant vers le bas se terminant en forme ronde. Le meuble est une figure ou un dessin qui sera appliquées sur l’écu… Le champ d’un écu peut aussi être semé de larmes.

Au temps des croisades, sur les champs de bataille, pouvoir se rassembler rapidement auprès des chefs de bataille en pavanant des étendards et autres fanions aux couleurs de chacun était essentiel. Les chevaliers vont donc peindre sur leurs écus des figures géométriques, animales ou végétales.

Des chevaliers aux Templiers, je franchis le pas pour parler de l’argent. La symbolique templière fait de l’argent une contre-couleur à valeur absolue. Couleur de la mort-étape transitoire se situant à la limite du visible et de l’invisible, impliquant un nouveau départ, réel ou initiatique. L’argent ou le blanc est le symbole du futur initié, du candidat-candidus, blanc- du novice. Le futur Templier « mourait » et « renaissait » en revêtant le manteau immaculé propre à son degré de perfection.

L’Alchimie présente l’argent comme initiateur, diurne et positif, l’argent est le symbole de la grâce, de l’intelligence – notamment de l’intelligence divine-, de la révélation et de la transfiguration. Il est associé à la paix, l’harmonie, à l’expansion de la conscience. C’est la couleur de la constance sereine de l’âme dans sa lutte pour la liberté.

Nos larmes d’argent, réminiscence de chevalerie ? Rappel d’alchimie ?

L’architecture n’est pas de reste où les larmes sont des ornements en forme de cônes tronqués placés sous le triglyphe de l’ordre dorique, bref, qui pendent sous une corniche dorique. Souvent appelées gouttes. (Je ne peux m’empêcher de penser aux ordres d’architecture du 2ème degré…)

Les larmes, je les ai aussi vu, lors de la mort de Jésus de Nazareth, dans les yeux de l’apôtre Pierre (Mt 26, 75), dans ceux des disciples de Jésus (Mc16,10), dans ceux des femmes de Jérusalem (Jn 20,11.13.15) et ainsi dans les yeux de Marie de Magdala – Marie-Madeleine.

Hiram serait une allégorie de Jésus de  Nazareth. La légende maçonnique du meurtre d’Hiram par trois mauvais CC serait une allégorie de la Passion/résurrection de Jésus condamné à mort par trois hommes : Caïphe, Hérode et Ponce Pilate. Le tombeau d’Hiram serait donc une allégorie pour désigner le sépulcre de Joseph d’Arimathie dans lequel est placé le corps défunt de Jésus de Nazareth (Mt 27,57-60-Jn 19,38-42). Dans la chambre où se fait la cérémonie d’élévation à la Maîtrise, on trace la Loge du Maître, un cercueil entouré de larmes…

Extrait de Patrick Négrier (Le temple de Salomon  et diagrammes symboliques).

J’ai redécouvert les rites et les ornements funéraires d’antan, la pompe funèbre que sont les draps mortuaires, noirs, semés de larmes d’argent, accrochés dans les églises, aux façades des maisons ou aux catafalques lors d’un décès, avec en plus les initiales du défunt, indiquant à tous le deuil de la maison.

Notre tenture du 4ème degré en est-elle une souvenance ?

Souvenons-nous mes SS du rituel d’élévation à la Maîtrise :

« Le Maçon que nous pleurons est celui qui nous éclairait dans nos travaux, nous consolait dans nos afflictions et dans nos difficultés, soutenait notre courage ».

Hiram, homme juste périt, victime du plus détestable des crimes, plutôt que de violer le secret qui lui avait été confié. Il fut fidèle au devoir jusqu’à la mort…

L’instruction au 3ème degré indique : « en Chambre du Milieu, un rideau noir sépare le Débir – Dé b Hir – de l’Ekhal – Hékal. Ce rideau figure le « voile cosmique » qui dissimule le trône – Mercaba – et le Delta rayonnant, symbolisant le GADLU. Il représente aussi ce qui nous sépare des MM inconnus, passés à l’Or éternel, qui continuent à diriger nos travaux grâce à la tradition fidèlement suivie ».

Après avoir pleuré le Maître et sans perdre courage, de Vénérables Maîtresses reconnues pour leur zèle et leur intelligence, se présentent à la porte du Saint des Saints afin de devenir Maîtres Secrets.

Lors de l’initiation au 4ème degré, le Trois Fois Puissant Maître s’adresse ainsi aux récipiendaires :

La « Loge est en deuil et les SS (sont) encore plongées dans la douleur que leur a causée la mort du Maître Hiram. A la suite de cette mort, la Lumière et la Vérité ont été éclipsées, l’Ignorance et l’Erreur répandent partout la tristesse et les Ténèbres. La douleur provoquée par la perte de ceux que nous aimons est naturelle, mais les lamentations sont stériles et nous devons nous rappeler que ce n’est pas seulement la disparition d’un ami et d’un bienfaiteur qui nous afflige : nous déplorons aussi la perte de la Vraie Parole, dont nous sommes maintenant privées. Nous devons donc inlassablement la rechercher, jusqu’à ce qu’elle soit retrouvée ».

« Les tentures noires parsemées de larmes rappellent notre condition de mortels ». Mais comme les larmes d’argent, elles « ne doivent pas nous attrister, ni nous apeurer ». Ce n’est pas concevable chez une Maîtresse Maçonne devenue Maître Secret.

Celle « que les tentures noires mettent mal à l’aise, celle que les larmes perturbent, celle-là a peur de la mort. Elle avance vers elle avec crainte. Elle ne réagit pas comme une initiée, mais humainement, révélant ainsi qu’elle n’a rien accompli de ce qu’elle devait entreprendre ici-bas ».

(Christian GUIGUE – Le Maître Secret)

Noir : couleur de l’initiée totalement réalisée, couleur de la révélation des secrets, des mystères et de la Connaissance, valeur chromatique de la Materia Prima, essence universelle, substance du monde, du chaos originel, état primordial d’avant la manifestation divine par le Fiat Lux.

Noir, symbolique positive, signifiant dans l’Egypte antique : mener à bien, s’élever à, accomplir, mais aussi : complet, parfait, et encore obligation, devoir.

Les auteurs maçonniques s’accordent à dire que les larmes de la Loge rappellent l’état de deuil des Maîtresses Maçonnes, la perte du secret intégral de la Maîtrise pour les MM. « Ces larmes d’argent matérialisent  le chagrin des enfants de la Veuve. Mais elles symbolisent aussi la force et la volonté liées au sacrifice ».

Aux larmes, ils rattachent l’eau et le sel, l’argent et la lumière :

« Les larmes évoquent la présence de l’eau, élément générateur de vie » Mais si « l’eau lave et purifie, elle recèle aussi les influences néfastes et les principes de la putréfaction ».(Christian GUIGUE – Le Maître Secret)

« Les larmes sont salées. Le sel est l’élément médian entre le soufre et le mercure, principe de base de l’œuvre alchimique. Le sel marque la durée et la fidélité d’une alliance que rien ne peut corrompre ni altérer ». (Irène MAINGUY – Symbolique des grades de Perfection)

« Sans obscurité, sans lune, sans eau, aucune vie n’existerait ». « La gestation, la germination s’opèrent toujours dans l’obscurité de la lune et non sous celle du soleil, de l’or ». (Christian GUIGUE – le Maître Secret)

Les larmes, dans lesquelles la lumière se trouve enchâssée, seraient autant de perles de spiritualisation, « expression du nécessaire sacrifice de l’égo en sa transmutation lumineuse ». (Irène Mainguy – symbolique des grades de perfection et des ordres de sagesse).

Pour Claude Guérillot – la légende d’Hiram – le 4ème degré correspond au premier temps du deuil, celui où l’on ne fait rien, où l’on pleure le disparu, où l’on subit la mort de l’Autre. C’est le temps du silence, de l’inaction extérieure, du chagrin intérieur.

Puis quelque soit la profondeur de la peine, les survivants doivent revivre et affronter leur condition humaine. Les ouvriers doivent se relayer sur le chantier qui ne peut s’arrêter même s’il en manque un, fût-il le plus prestigieux.

Je ne partage pas tout-à-fait le point de vue de Guérillot, quant au début de son assertion : le 4ème degré ne me semble pas être un temps d’inaction, il incite, au contraire, sans détour à accomplir ses devoirs dans la vie extérieure.

Et je rejoins ici Alain Pozarnik – la Voute sacrée – de la Maîtrise à la Perfection- qui s’exprime ainsi sur le 4ème degré : « Le drame de la mort d’Hiram n’anéantit pas le Maître mais lui donne encore plus d’énergie pour percer le secret du dépassement, pour devenir capable de vivre la vie la plus haute, pour participer à la nature du Ciel, dans la dignité de la Terre ».

Irène Mainguy – Symbolique des grades de Perfection – etChristian GUIGUE – Le Maître Secret – complètent ainsi le propos :

« Le Maître Secret travaille dans la pénombre et les larmes d’argent rappellent la perte douloureuse du Maître, mais il surmontera et dépassera positivement cette douleur ». (I.Mainguy)

« Le Maître Secret ne se cherche pas d’excuse. Il sait où se situe son devoir et ce qu’il doit faire à chaque instant de sa vie ». (C. Guigue)

Voilà quelques unes des pistes que j’ai approchées. Simone de Beauvoir – les mandarins – a écrit « Dans toutes les larmes s’attarde un espoir ». Je ne verserai pas de larmes, rassurez-vous, mais j’ai, mes SS MM SS, un espoir ce midi : que ce travail individuel s’étaye de celui, collectif, de notre Loge.

J’ai dit.

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