De la contemplation du Sacré

Auteur:

B∴ L∴

Obédience:
Non communiqué
Loge:
Non communiqué

A la Gloire du Grand Architecte de l’Univers
Ordo ab Chao
Deus Meumque Jus
Au nom et sous la Juridiction du Suprême Conseil pour la France
des Souverains Grands Inspecteurs Généraux du 33ème et dernier degré
du Rite Ecossais Ancien et Accepté

Dans cette planche je vais m’efforcer de vous apporter ma vision de la relation qui peut exister entre les voyages du Maître Secret et le Sacré. Et plus précisément quelles peuvent-être les relations entre les voyages du Maître Secret et la contemplation du Sacré ? Pour répondre à cette interrogation il me faut d’une part retracer le déroulement de la réception au quatrième degré et d’autre part faire appel aux rituels de nos F F des XVIIème et XVIIIème siècles. Nous savons que dans chaque époque de la franc-maçonnerie nos pairs ont révisé et modifié plus au moins profondément nos rituels. Ces évolutions sont peut-être souvent nécessaires mais celles-ci portent un inconvénient : le risque de brouiller des éléments de la transmission traditionnelle et véhiculer un peu de confusion. (intérêt de retourner à la source)

Reception au quatrième degré

Les V M candidats entrent dans la Loge, lieu de tristesse et de douleur. Ils portent un bandeau transparent avec une équerre pointe en bas, et dépouillés des insignes de V M. Si nos V M candidats sont satisfaits (voir un brin fier) de la progression maçonnique qu’ils ont obtenu en Loge Symbolique, le T F P Maître annonce qu’ils seront comme des Apprentis dans cette Loge Secrète et les quelques enseignements qu’ils détiennent ne sont rien auprès de ce qui reste à apprendre. Voici donc orgueil et assurance balayés pour conduire nos V M à l’humilité. Ils sont plongés dans un état « psychologique » où le mental est aboli (au moins partiellement) afin atteindre directement leurs cœurs. Cet état facilite la soumission à l’Ordre. C’est un scénario traditionnel. De l’initiation de l’Apprenti à l’élévation du Maître, chaque cérémonie procède à l’anéantissement et à l’extinction du mental ; d’autres diront du Karma.

Ils sont prêts à recevoir le grand Secret après que le Maître des cérémonies aient clos les lèvres de chacun avec le Sceau du Secret. Les quatre voyages symboliques peuvent commencer. Conduit par le Maître des Cérémonies bienveillant, les V M, corde au nœud coulant sur la poitrine, empruntent un chemin serpentant du milieu de la Loge vers l’autel et toujours serpentant de l’autel vers le plateau du F Inspecteur. A chaque voyage, le TFPM prononce des préceptes indispensables à leur quête de la Parole Perdue. Les voyages accomplis de l’Orient à l’Occ puis de l’Occ à l’Orient symbolisent cette quête. Mais si le but à atteindre se dessine à l’horizon, le chemin pour y parvenir est « serpentant » qui tantôt avançant tantôt reculant. Le parcours est étroit et labyrinthique. C’est la foi dans notre Devoir de M S ou le Devoir de notre Foi qui est le moteur de notre avancée. Pour l’instant les V M effectuent les voyages avec une corde au cou. Celle-ci, tel un anneau, symbolise l’alliance sincère contractée par les M S. C’est d’ailleurs à la fin de l’obligation solennelle que la corde leur est enlevée. Cela signifie que l’alliance contractée avec la Loge de perfection (et par extension au Suprême Conseil) n’a plus besoin d’être apparente et est intégrée à l’intérieur de l’esprit de chaque M S.

Si nous nous attachons au sujet des voyages du M S et le Sacré : comment rattacher ces voyages au Sacré ? Nous pourrions simplement dire que la quête de la parole perdue est sacrée et donc ces voyages sont sacrés ou encore la cérémonie se déroule dans un temple sacré. Je trouve ces réponses trop superficielles et presque trop faciles. La réponse est plus subtile et nous demande de chercher derrière les apparences. Je vous propose de voyager dans le temps et de le remonter de quatre siècles pour apporter une autre réponse. Bien entendu celle-ci n’est pas la vérité et rappelez-vous lorsqu’au cours du deuxième voyage le Trois Fois Puissant Maître nous dit : « n’accorde à qui que ce soit une confiance aveugle, mais écoute tous les hommes avec attention et déférence ; aie la ferme résolution de les comprendre ».

Le Maître Secret au XVIIème siècle : une explication du Sacré.

Le rituel REAA de 1804 Kloss (1), historien Allemand (publié 1842) et dont la compilation se trouve dans les publications de la fondation LATOMIA (2) nous offre des informations qui vont m’aider à éclairer mon propos. Ce rituel est une traduction de l’anglais du rituel de 1783 de « The Francken Collection ».

Il n’y a pas de voyage dans ce rituel, mais à la fin d’une courte réception le Trois Fois Puissant lui parle en ces termes :

« Vous n’avez vu jusqu’ici que le mur épais qui couvre le Saint des Saint du Temple de Dieu ; votre fidélité, votre zèle et constance vous ont mérité la faveur que je vous accorde en ce moment. Je vais vous montrer un trésor ; je vais vous introduire dans le lieu du Saint des Saints (et plus loin…) Je vous mets au rang des Lévites. […] Vous pouvez mériter la faveur que Dieu vous permette d’arriver un jour dans le lieu sacré pour y contempler le pilier de la Beauté ».

Nous voyons ainsi que le seul voyage effectué par le V M, est le passage de la Balustrade qui sépare l’Hékal du Débir, siège de l’Arche d’Alliance. Cela offre une différence notable avec notre rituel. Ainsi le Maître Secret rencontre le Sacré. Le mot de passe est Zizon mot hébreux qui signifie Balustrade qui deviendra Ziza pour nous signifiant Splendeur. N’est-ce pas la splendeur qui inonde le M S dans la contemplation du Sacré de l’Arche d’Alliance ? Ce rapprochement des deux mots de passe provoque une nouvelle approche dans leur signification.

Nous avons ensuite une instruction par questions (demandes) – réponses entre le Trois Fois Puissants et l’Inspecteur Adoniram. Le nouveau M S reçoit une information circonstanciée du 4ème Degré. Pour résumer, cette instruction comporte une description détaillée du contenu du Saint des Saints qui contient : le tableau de Loge ; l’Arche d’Alliance ; le Chandelier à sept branches (la Menorah ou la Schékhinah ou présence de Dieu) et la Table des offrandes (ou proposition) portant 12 pains et de l’encens.

– Description du tableau de Loge (par exemple).
D : Avez-vous remarqué quelque chose de particulier ?
R : J’ai aperçu un Triangle dans un grand cercle au centre duquel était une étoile flamboyante qui m’a ébloui avec un saint respect.

Ainsi chaque élément est détaillé et expliqué symboliquement. Le triangle dans un grand cercle au centre duquel est l’étoile flamboyante avec le caractère hébreux en son centre. C’est le grand et ineffable nom du GADLU dont seul Moïse en avait la prononciation et imprononçable pour quiconque. Tout cela est clairement décrit ainsi que les neuf caractères hébraïques.

D : Que signifient ces neuf noms ?
R : Ce sont les neuf noms que Dieu donna lui-même à Moïse sur le mont Sinaï, en lui faisant espérer que sa postérité aurait son vrai nom.
D : Donnez-moi avec leur signification ?
R : EL, ELOHA, ELOHIM, ELIEL, ELEHAÏ, SADDAÏ, JAH, EL-ION, EL-SEBOATH qui sont pris du nom de la Divinité, depuis l’alphabet des anges et de l’arche cabalistique.

Il est donc évident que le M S de cette contemplation du Saint des Saint est saisi par le Sacré. Après ce voyage dans le temps, revenons à notre rituel. Nous sommes des M S également saisi par le Sacré d’une façon subtil car l’éclat du jour a chassé les ténèbres et la Grande Lumière commence à paraître.

Je voudrais insister sur la notion de contemplation en citant un extrait de l’œuvre maîtresse d’Arthur Schopenhauer : le Monde comme Volonté et comme Représentation. (1819). Pardon à Schopenhauer si je l’ai par ci par là quelque peu modifier pour rester dans la démonstration de mon propos.

Nous pouvons définir l’Art Royal comme la contemplation des choses indépendantes du principe de raison. Il s’oppose ainsi au mode de savoir qui conduit à l’expérience et à la science. Le savoir soumis au principe de raison constitue la connaissance rationnelle. Elle n’a de valeur et d’utilité que dans la vie pratique et dans les sciences.

La contemplation qui s’abstrait du principe de raison est le propre du génie. Elle n’a de valeur et d’utilité que dans l’Art Royal. La première (le savoir) est comme la chute des gouttes innombrables et impuissantes qui, dans une cascade, changent sans cesse et n’ont pas un instant de repos. La seconde (la contemplation) est l’arc en ciel qui plane paisible au-dessus de ce tumulte déchaîné. Ce n’est que par cette contemplation pure et toute entière absorbée dans l’objet que l’on conçoit le Monde des Idées. L’essence du Génie consiste dans l’attitude éminente dans cette contemplation. Elle exige un oubli complet de sa personnalité et de ses relations.

Ainsi la génialité n’est pas autre chose que l’objectivité la plus parfaite () de l’Esprit. () Par suite la génialité consiste dans une aptitude à se maintenir dans l’intuition la plus pure et à affranchir l’esclavage du savoir illusoire qui lui était originairement asservi.

Toutefois cela ne veut pas exprimer que la contemplation doit nous éloigner de notre recherche de la Parole Perdue et de nos Devoirs. Nous sommes des constructeurs du Temple Divin. Aussi je conclue par cet oxymore : Le M S voyage sur le chemin de sa Quête par une contemplation active avec l’espérance d’atteindre le Sacré.

J’ai dit T F P M

Notes :
(1) http://pmbordeaux.perso.sfr.fr/Kloss_1.swf ; fond Koss Manuscript XVII
(2) http://www.latomia.org/

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