De l’obéissance à la transgression
P∴ V∴
Au 4ème degré, l’accent est mis sur la discrétion encore plus grande exigée du Maître secret. Le silence, l’obéissance et l’accomplissement du devoir sont les règles à ne pas transgresser !
La notion d’obéissance était très présente dans les rituels du 4ème degré depuis quelques décennies, mais est beaucoup plus discrète dans le dernier rituel des Loges de Perfection. Cette notion d’obéissance m’a toujours posé problème.
Obéir c’est, selon le dictionnaire, se soumettre à quelqu’un en se conformant à ce qu’il ordonne ou défend ; mais pour un F M qui se veut « libre », que peut représenter l’obéissance, et plus encore, un devoir d’obéissance.
D’après Bob le dictionnaire, le devoir est une obligation morale. Alors, à qui obéir ? Pourquoi obéir ? Jusqu’où obéir ? Le devoir d’obéissance, serait-ce une négation de ma liberté ? L’obéissance n’a-t-elle pas de limite ? Quand peut-on ou doit-on cesser d’obéir ?
Question difficile.
En fait, il me semble que l’obéissance est un comportement naturel et nécessaire de l’être humain en société, et pourtant la transgression est elle aussi naturel et nécessaire et je dirai même indispensable à l’être humain libre, autonome et soucieux de progrès.
Obéir, un comportement naturel et nécessaire :
Dans l’ensemble du règne animal, on observe des comportements d’autorité et de soumission permanents. Si de tels comportements existent au niveau de la nature, c’est qu’ils sont nécessaires à l’existence même de la vie. Les Hommes sont une des composantes du règne animal et de la nature.
A/ Obéissance, comportement naturel :
Individuellement, l’Homme a besoin de se référer à un groupe, de vivre au sein d’un groupe, il y va de sa survie, il est donc naturellement enclin à obéir aux règles d’appartenance à ce groupe, ou à le quitter.
Collectivement, le groupe obéit à un leader qui représente les valeurs, les traditions, les règles du groupe et dispose d’une autorité reconnue par et sur le groupe, basée sur la notion de confiance en F M.
La confiance que nous accordons aux Maîtres, à tous degrés nous permet d’obéir à ses consignes, dans la mesure où nous sommes au stade de la découverte. Ensuite lorsque nos connaissances sont consolidés, sommes nous toujours astreint au devoir d’obéissance, je pense que nous sommes passés au-delà de la confiance à ce degré et que nous devons alors démarrer l’action, la construction pour l’avenir, à partir du lègue de la tradition.
B/ Obéissance, comportement nécessaire :
L’obéissance de chaque membre d’un groupe est indispensable à la survie et au développement de la vie en société, animale et humaine.
Elle est utile pour la construction de l’être immature, puis en cours de maturation, qui se réfère à la représentation d’une autorité, d’une tradition. L’obéissance permet d’apprendre. L’obéissance engage la responsabilité de celui « qui sait » par rapport à « l’ignorant », aide à la progression, à l’autonomisation, à la sécurisation.
Ce schéma est applicable au processus initiatique en F M, en ce sens que le Maît est réputé savoir ce que l’App doit découvrir, il est ainsi normal et nécessaire que l’App obéisse aux instructions du M, ou le Maitre secret au trois fois puissant…etc. Ce processus se répète de façon cyclique tout au long de notre parcours initiatique. Tout à la fois, nous obéissons au Maît et nous sommes le Maît auquel obéit l’App.
Chaque cycle a une origine et un clap de fin qui est aussi un nouveau départ, il nous faut donc initier ce départ vers un nouveau cycle, et quitter le confort du cycle actuel.
Mais notre liberté de progresser, d’inventer, de créer un avenir différent, de vouloir un « progrès de l’Humanité », notion d’ailleurs à redéfinir en permanence, cette liberté de vouloir le progrès se trouve alors entravée par l’immobilisme et le conservatisme du détenteur de l’autorité. Hiram pour moi était dans cette situation de conservatisme.
Ainsi, pour aussi utile et nécessaire qu’il soit, le syndrome de l’obéissance conduit inéluctablement à une non moins nécessaire transgression.
La nécessaire transgression :
Si l’autorité à tendance à asseoir sa légitimité sur la permanence, elle est source d’immobilisme et suscite irrémédiablement le mouvement par la transgression.
A/ L’immobilisme de l’autorité :
L’immobilisme de l’autorité se fonde sur deux aspects de la « nature » humaine que sont l’habitude et la soumission.
L’autorité se nourrit, se développe de sa permanence et de sa stabilité. Par exemple, la tradition, pour les traditionalistes rien ne doit, ni ne peut changer.
La pensée de l’autorité se nourrit aussi de la tendance « naturelle » des êtres humains à la soumission, se référer aux deux mêmes expériences de Stanley MILGRAM qui a 20 ans d’intervalle donnent les mêmes résultats de soumission et d’obéissance à des ordres iniques. L’immobilisme de l’autorité s’appuie aussi sur le respect spontané de l’image de l’autorité, le képi du gendarme, la blouse blanche, l’uniforme, mais aussi la forme et les couleurs des cordons et des sautoirs…
Nous pouvons donc constater l’immobilisme de l’autorité justifiée par l’attitude des humains.
Faisant partie des humains, c’est MON attitude, MA soumission qui entravent MA liberté de recherche du progrès, il me faut donc sortir de MON propre immobilisme pour mettre en œuvre ma volonté de « progrès de l’Humanité ». Mon devoir d’obéissance, mon obligation morale est alors de me conformer à ma volonté libre et de transgresser mes propres attitudes de soumissions et d’habitudes, et ainsi de faire ce que je crois devoir faire…et advienne que pourra !
J’obéis pour apprendre et je transgresse pour agir vers le progrès.
B/ Le mouvement par la transgression :
La transgression intervient et doit intervenir dès que l’autorité est perçu comme illégitime, subjectivement ou objectivement par les abus de l’immobilisme, de l’autoritarisme, de l’incompétence et même par la séquestration ou la confiscation du pouvoir… Ou bien, que la tradition soit devenue inadaptée à la réalité nouvelle.
En effet, les Sociétés évoluent en permanence grâce aux progrès, entres autres, des sciences humaines, physiques, médicales, ainsi qu’à l’évolution de l’éthique, de la morale et de la sociologie.
Si le principe d’autorité n’est plus en adéquation avec la Société, la nécessité de transgression s’impose souvent.
Ma volonté de participer à la mise en œuvre du progrès de l’Humanité m’amène ainsi à transgresser toute autorité que je juge figée.
Pour exemple, je prendrai la création du Droit Humain MIXTE au 19ème siècle, qui était une transgression forte de l’immobilisme de cette époque. Lorsque je suis entrer en F M j’avais le cœur à l’aventure, le goût de la découverte, le désir de connaissance, le besoin de perfectionnement, j’étais et JE SUIS TOUJOURS un aventurier de l’esprit et de l’action. Alors, le conservatisme, l’immobilisme sont pour moi insupportable, car je DOIS me dépasser en permanence, c’est MON DEVOIR MORAL. J’obéis alors à ma conviction forgée et évoluant en permanence au contact des autres.
En conclusion toute provisoire, je pense que la transgression n’est pas une philosophie mais un moyen, un outil, une nécessité pour moi qui s’impose quand la règle de l’obéissance à la norme ne répond plus aux exigences de la réalité, à ma liberté d’œuvrer « au progrès de l’Humanité » individuellement et en groupe, dans la Loge et dans la cité.
MA et NOTRE transgression consiste si nécessaire, à sortir de l’immobilisme de l’autorité traditionnelle afin de poursuivre à l’extérieur l’œuvre commencée dans le Temple.
F M Ils me et nous faut donc éviter deux écueils principaux :
1/ La soumission à l’autorité élue ou désignée, mais aussi le fait de devenir soi-même, une autorité en dehors de la réalité.
2/ La révolte et la transgression systématique élevée au rang de façon d’exister.
Devenir Maitre c’est me situer dans le dépassement de ces deux extrêmes, en poursuivant avec les autres mon devoir moral d’apprentissage et d’action.
J’ai dit.