Des Vénérables Maîtres en quête de la Parole Perdue

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A La Gloire Du Grand Architecte De L’Univers


ORDO AB CHAO – DEUS MEUMQUE JUS
Au nom et sous la Juridiction du Suprême Conseil pour la France
des Souverains Grands Inspecteurs Généraux
du 33e et dernier degré du Rite Écossais Ancien et Accepté.
Respectable Loge de Perfection « La Grande Lumière », N° 1011 à l’Orient d’Alès


Des Vénérables Maîtres en quête de la Parole Perdue
De la Parole perdue au mot substitué




Le sujet, extrait du Rituel au 4ème degré, précise, à la fin des quatre voyages, quelle est la quête du récipiendaire. Mais cette Parole, comment La définir ?


Dans le Prologue de l’Evangile de Saint-Jean, premier texte des Écritures qui m’a été soumis en Franc-maçonnerie, nous pouvons lire:


« Au commencement était la Parole, et la Parole était près de Dieu, et la Parole était Dieu. Elle était, au commencement, près de Dieu. Tout a été fait par Elle, et rien de ce qui a été créé n’a été fait sans Elle.


En Elle était la Vie, et la Vie était la Lumière des Hommes. Et la Lumière luit dans les ténèbres, et les ténèbres ne l’ont pas saisie« .



L’origine du mot provientsurtout du terme grec « Logos » qui signifie discours, mot, idée, phrase, intelligence, sens profond d’un être; son étymologie latine nous ramène au mot « parabole »


La Parole correspond au Nom de Dieu, et pour certains à Dieu.
Ce Nom divin fut révélé à Moïse au mont Sinaï; Il est représenté sous forme écrite par le tétragramme YHWH.


Il se compose de quatre lettres hébraïques, YOD – HÉ – VAV – HÉ ,

י ה ו ה 
Le YOD représente le Père, le germe de toute chose,
Le HÉ représente la Terre dans laquelle le Yod doit se matérialiser,
Le VAV représente le Fils, le résultat de l’action du Yod sur le Hé,
Le deuxième HÉ est le résultat final de ce cycle d’activités. C’est le fruit que donne le Fils;
il devient donc le Yod d’un nouveau cycle de créations.


Sa prononciation était ignorée du peuple. Elle se transmettait par tradition une fois par an. Le Grand Prêtre prononçait le Nom en le vocalisant à voix haute, entouré de tous ceux qui avaient le droit de l’entendre.
Pour les juifs ce Nom ne doit pas être prononcé, il est alors remplacé par ADONAÏ;les chrétiens le traduisent par YAHVÉ, ou JEHOVAH.
(Cependant il est bon de noter que la Bible ne mentionne pas d’interdiction de le prononcer, mais seulement d’interdiction d’invoquer abusivement le Nom divin).


Le Nom divin est, à partir du moment où il est révélé, une des formes de la présence de Dieu dans le monde, par sa manifestation sonore.


Mais l’on retient deux noms:
-Le Nom de quatre lettres, ou tétragramme,
-Le Nom qui sert à exprimer le précédent qui ne comptait pas de voyelles écrites: ADONAÏ ouYAHVÉ.


Au 4ème degré, l’instruction reprend les mots sacrés « YOD-ADONAÏ-IVAH, ces trois mots sont les premiers que Dieu donna sur la Montagne ».



Et l’instruction longue permet de découvrir une autre analogie entre la Parole et la Divinité qui conforte cette approche de La Parole :
« QQuel était le Nom du Saint des Saints?


RDé’bir.


QQue signifie-t-il ?


RLa Parole.


Qpourquoi est-il ainsi appelé?


RParce que la Divinité y résidait ».



Mais la Parole n’est pas qu’une vocalisation, qu’une prière qui monte de l’homme vers le Divin


(l’homme a toujours cherché à communiquer avec le Divin, parfois dans l’attente d’une réponse à ses angoisses ou à ses incertitudes, souvent à la recherche de l’apaisement ou de la réparation), Elle est aussi un moyen pour le Divin de s’adresser à l’homme.


Cela suppose, bien sûr, que l’on soit disposé à croire à une existence divine susceptible de s’adresser directement aux hommes par sa manifestation sonore (ou visuelle)!



LA PAROLE PERDUE



Nous connaissons tous le mythe de l’assassinat d’Hiram par trois mauvais compagnons; l’histoire commence donc par un deuil qui est la conséquence d’un meurtre.
Lors de la cérémonie de l’Élévation, au 3ème degré, le T V Mdit:


« Ainsi périt l’homme juste, fidèle au devoir jusqu’à la mort.


Hélas ! mes FF, lui seul possédait le secret de l’Œuvre en cours d’exécution. Qui oserait maintenant se présenter pour lui succéder?« .


Le problème est posé.


Lors de la cérémonie de Réception, au 4ème degré, Le T F P M questionne :

« -TFPM:Que cherchiez-vous dans vos voyages?


-Réponse:La Vérité et la Parole perdue.


-TFPM:De même que l’Etoile que vous portez et que vous ne voyez qu’imparfaitement, la Vérité est la Lumière placée à la portée de tout homme qui veut ouvrir les yeux et qui veut regarder ».


De plus, il rappelle que « nous déplorons encore plus encore la perte de la Vraie Parole dont nous sommes privés et que nous devons constamment rechercher jusqu’à ce qu’elle soit retrouvée« .



L’expression « Parole Perdue » apparaît pour la première fois dans les Rituels au 4ème degré. On notera qu’elle n’est jamais employée seule et qu’elle accompagne les mots Vérité et Lumière.


Chassé du jardin de l’Eden, Adam et Eve ont erré hors de la voie de félicité voulue par le Créateur; la sagesse leur a échappé, ils ont trouvé le chaos, la souffrance, la faim, la misère, la désespérance. Par le doute et donc par la faute,la chute de l’Adam primitif a vu la Parole se perdre pour lui.
Nous devons retrouver la Parole perdue que nous avons donc abandonnée. Notre existence n’a pas d’autre but, c’est là le sens profond du cheminement initiatique. Les cérémonies initiatiques qui nous projettent dans un  « autre » temps, un « autre » lieu, doivent nous permettre de nous ramener à l’état « adamique » qui fut le nôtre avant la « chute ».


La Parole est perdue parce que, jusqu’à ce jour, nous n’avons pas pu ou su la recueillir. Elle est probablement proche, mais inaccessible pour le moment.


Mais que déplorons nous le plus? La perte de secrets ou le fait que les mauvais compagnons, en assassinant Hiram, soient parvenus à détruire l’esprit d’harmonie qu’il symbolisait.


Quel est le sens de notre vie? Peut-être pouvons-nous le trouver dans le retour à l’Unité, réunion harmonieuse entre monde intérieur et monde extérieur et dans la recherche de l’Harmonie, unité dans la multiplicité. Mais il faut que le Franc-maçon adhère pleinement à cette démarche, sinon tout cela ne serait qu’un jeu sansportée. Un parcours initiatique se vit profondément ou alors il n’est pas, source de joie. Je pense qu’il durera toute la vie pour ceux qui, ayant rencontré la joie de la lumière, auront la volonté d’y consacrer suffisamment de travail et de persévérance.


LES MOTS SUBSTITUÉS


La Cérémonie de l’Élévation, au troisième degré, relate comment trois mauvais compagnons se sont imaginés pouvoir pénétrer dans la Chambre du Milieu. Ceux-ci ne possédaient pas le mot des Maîtres Maçons et l’on dit qu’avec la mort d’Hiram s’est perdu le mot des Maîtres (nécessaire aux Maîtres pour percevoir leur salaire en Chambre du Milieu) ou, plutôt, que les conditions pour le transmettre n’étaient plus réunies. Le nouveau mot des Maîtres communiqué lors de l’Elévation est considéré comme une parole substituée au Mot figurant dans le tétragramme « JHVH », l’ineffable nom de Dieu.


En effet, il est relaté qu’avant d’arriver à la tombe, le roi Salomon et le roi Hiram s’entendirent pour que le premier signe donné à l’arrivée à la tombe et le premier mot dit seraient adoptés comme signe et mots donnés dans toutes les loges de Maîtres jusqu’à ce que des générations futures retrouvent Ceux de l’origine.


Le premier mot prononcé fut « Moabon »; qui signifie « fils du père » mais que l’on traduit généralement par « la chair quitte les os » ou « la moelle est dans les os » mis en valeur par Rabelais, dans son prologue de Gargantua, qui écrit « c’est pourquoi il faut ouvrir le livresoigneusement, peser ce qui est déduitpuis, par curieuse leçon de méditation fréquente, romprel’os et sucer la substantifique moelle » pour inciter à une lecture active, en faisant allusion au sens caché des mots qui permet d’accéderau plus profond.


Au 4ème degré, le Mot sacré est triple:
IOD-ADONAÏ-IVAH.
IOD , le Germe de toute chose, la Force manifestée,


ADONAÏ, qui remplace le tétragramme ne pouvant être prononcé,


IVAH, identité de Dieu.


Ainsi l’on retrouve la Parole du tétragramme. Et Cette Parole que l’on reçoit, correspond à celle que l’on attend inconsciemment en relevant d’une foi personnelle. Mais Elle n’est pas encore formulée comme telle; Elle est encore potentielle.
Il est permis de penser que la durée pour franchir les différents degrés afin de s’approcher de cette Parole, est nécessaire à notre introspection, à notre quête incessante au fond de notre être.



CONCLUSION
J’ai le sentiment de donner l’impression que c’est trop beau pour être vrai: est-ce vraiment Dieu que l’on peut rencontrer ou n’est ce pas tout simplement soi-même ou une dimension de soi dont on n’avait pas encore conscience? Mais qui peut être aussi une ouverture à la présence du Divin. Enfin, y-a-t-il un risque pour que notre démarche vers l’intériorité se réduise à un simple monologue envers soi-même, en ne mettant pas tout en œuvre dans notre quête?
Si nous devons connaître un jour la Parole perdue, ce sera le fruit d’un travail incessant d’Unification.
Même si nous n’en percevons pas encore les prémices, il nous faudra certainement patienter longtemps avant de recueillir cette Parole. Et enfin, même si nous n’y accédons pas, persévérons.

JP B


Lectures:


Travaux de Bruno Phelegon-Griolet, Alain Bouchet, Robert Deumié,Christian Guigue.
Ouvrages de Christian Guigue, Irène Mainguy, Jacques Thomas; Wikipedia.

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