Devoir et Tradition

Auteur:

J∴ C∴ T∴

Obédience:
Non communiqué
Loge:
Non communiqué

« La Connaissance est un bien héréditaire que chaque génération de Francs-Maçons augmente et qu’elle transmet à celle qui la suit. »

Il n’est guère de sujet du 4ème degré qu’on ne puisse rattacher au Devoir, qui est nous le savons, « aussi inflexible que la Fatalité », « aussi exigeant que la Nécessité », « toujours impératif comme la Destinée ». Nous avons recherché  dans nos voyages la Vérité et la Parole Perdue, et notre Devoir, c’est la quête de la Parole Perdue. Aussi allons-nous essayer de montrer qu’associer Devoir et Tradition, ce n’est pas un exercice de style pour donner à cette colonne gravée une coloration 4ème degré de bon aloi, et que bien au contraire, cette association est une démarche essentielle du Maître Maçon, quel que soit son degré.

Le mot Maître Maçon peut paraître étonnant, puisque nous sommes tous Maîtres Secrets, et ce vocable appelle déjà une explication. Notre rituel nous dit encore : « Vous avez encore bien des degrés à gravir avant d’approcher de la vraie Lumière et de découvrir la Parole connue des anciens initiés ». En accédant au 4ème degré, c’est une perspective de trente nouveaux degrés qui s’offre à nous avant d’avoir parcouru l’ensemble du REAA. Ces degrés, conférés au sein de la Juridiction, ne sont pas, loin s’en faut, des titres pompeux au goût désuet destinés à flatter l’ego de ceux qui peuvent s’en parer, mais les étapes d’un enseignement progressif qui n’a pas d’autre but que de fabriquer de véritables Maîtres Maçons, dans toute l’acception qu’on est en droit d’attendre de ce terme. Ainsi, derrière les termes de Maître Secret ou de Chevalier Kadosch, par exemple, il faudra entendre : le Maître Maçon qui a reçu l’enseignement du 4ème ou du 30ème degré, et qui est censé par-là s’être approché davantage de la Maîtrise accomplie, ayant eu pour cela l’occasion  d’envisager la fonction, le Devoir du Maître sous l’angle spécifique offert par le degré acquis. Ce n’est donc pas par hasard que le cycle de la Loge de Perfection est inauguré en insistant sur la notion du Devoir.

Le Devoir du Maître :
« Il est plus facile de faire son devoir que de le connaître », nous dit encore notre rituel du 4ème degré. Aussi, parler du devoir du Maître n’est pas si évident qu’il y paraît. Pourtant, nous avons déjà bien des indices.

Au premier degré, l’Apprenti travaille sur lui-même, parcourant le fil à plomb. Dans la Loge, il reçoit. Le Compagnon travaille toujours sur lui-même, mais avec les autres. Dans la Loge, il échange. Le Maître, censé être en quelque sorte la réincarnation d’Hiram, serait un initié complet s’il avait parfaitement assimilé l’enseignement du troisième degré. Dans la Loge, il donne. Mais puisque nous sommes Maîtres Secrets, nous savons bien qu’il y a encore un long chemin à parcourir avant de prétendre être un Maître accompli. De nombreuses interrogations restent en suspens au 3ème degré. Nous savons aussi que cette Maçonnerie des trois premiers degrés ne nous apporte qu’une initiation de métier, même si devenue spéculative,  elle ouvre sur une spiritualité conférant un contenu initiatique complet. Il y manque l’initiation chevaleresque et l’initiation sacerdotale que vont précisément nous apporter les degrés suivants. D’ailleurs, les Maîtres Secrets sont des lévites, première étape de cette initiation sacerdotale.

Avec les degrés de Perfection, nous entrons dans les degrés dits salomoniens, avec cette référence constante au fils de David. Salomon avait la triple fonction chevaleresque, sacerdotale et prophétique, comme le rappelle la dénomination du Président, appelé TFPM. Cela peut faire penser qu’il représente, quel que soit le degré, le symbole de l’initiation maçonnique. Inspirateur de la construction du Temple, dont il suscite, surveille et supervise les travaux, avec l’aide de Maître Hiram, il avait aussi une initiation de métier. D’ailleurs, il connaissait le Mot des Maîtres, épisode qui est au cœur de la question des Mots substitués et qui fonde de façon légendaire notre recherche de la parole perdue. On retrouve  ainsi la panoplie complète des fonctions duméziliennes, qui en font un Initié parfait. Il ne lui manque que l’initiation sexuelle. Celle-ci n’apparaît pas au REAA, mais on la retrouve malgré tout en Maçonnerie, puisqu’il y est fait allusion au Rite Émulation dans une légende faisant intervenir la Reine de Saba. Cependant, dans ce travail, nous laisserons de côté la fonction chevaleresque proprement dite, qui s’accorde  peu avec le contenu du 4ème degré, pour n’en garder que l’aspect le plus achevé, la fonction royale, que l’on trouve tout au long des degrés de perfection.  Nous retiendrons de tout cela qu’avec les attributs de Salomon et de Maître Hiram, nous avons tous les éléments symboliques qui nous montrent le chemin du Maître accompli, pour ne pas dire du Maître Parfait et éviter ainsi la confusion avec le degré de ce nom.

Nous avons vu que la fonction, le Devoir du Maître était de donner. Mais donner quoi, donner comment, donner pourquoi ? Nous sommes dans un Ordre Initiatique, et c’est donc essentiellement un contenu initiatique que nous allons offrir. C’est évident en ce qui concerne un président d’atelier, qui va conférer un degré à un récipiendaire. Ce sera le rôle de chaque Maître, à quelque degré que ce soit, que de donner aux plus jeunes le fruit de ses réflexions et de son expérience, non pas en tant qu’enseignement d’un savoir, car souvent les livres et les professeurs de métier sont plus efficaces pour cela, mais en tant qu’expérience vécue, en tant que témoignage, en tant que guide. Un guide qui n’est surtout pas un gourou, mais qui va orienter la réflexion, donner des pistes qui permettront de découvrir soi-même.

Cette expérience n’est pas, en ce qui nous concerne, une expérience de métier. Sur ce plan, n’oublions pas que nous sommes des Maçons spéculatifs. C’est à dire qu’a part quelques hommes de l’art, la plupart d’entre nous est incapable de lire correctement un plan, a fortiori de le tracer, et même de tailler une pierre comme il faut ou de monter un mur comme il se doit. Nous ne sommes qu’acceptés, et en abandonnant le métier, qui n’est d’ailleurs pas le nôtre, nous avons privilégié le côté spirituel, et surtout nous avons incorporé les symboles de la construction à notre démarche. Il y a pourtant quelque chose qui nous rapproche des opératifs comme de tout apprentissage de métier. L’apprentissage de métier passe par l’acquisition progressive d’un savoir-faire. Mais ce dernier est intégré dans un vécu, celui du geste que l’on fait pour la première fois avec l’émotion qui y est attaché, que l’on corrige, car il est imparfait, avec le sens critique qu’on doit y mettre, la satisfaction de l’œuvre bien faite quand on y est parvenu. 

À ce niveau, il n’y a pas de différence entre l’opératif et le spéculatif tel que nous le vivons en Loge. Pour nous, ce savoir-faire consiste à manier le symbole et la pensée symbolique. Notre Maître, qui est la Loge, où les Maîtres qui la composent vont, par leur appréhension de tel ou tel symbole, par leurs rapprochements symboliques, nous apporter un mode de pensée qui n’est pas forcément le nôtre. C’est par ces différences de perception des symboles qu’ils nous enrichissent, par un autre mode de pensée que nous allons pouvoir étudier et auquel éventuellement nous allons pouvoir nous entraîner. Ce vécu du symbole pourra ainsi, par contact, par osmose, et plus simplement par les caractéristiques propres du symbole, nous ouvrir des voies vers la Connaissance. Ce symbole va mettre en corrélation la matière et l’Esprit, que ce soit la matière de l’outil ou la matière des mots qui vont constituer la légende d’un degré. Dans les deux cas, il faudra rechercher l’esprit sous la matière et l’idée sous le symbole. Mais le symbole est l’expression du sacré. Et c’est lui qui est transmis, dans le cadre de nos cérémonies d’Initiation ou de nos travaux, accompagné du double vécu de celui qui le donne et de celui qui le reçoit.

Or, ce que je viens de décrire n’est pas autre chose que la Tradition, que l’on peut définir comme : « la transmission de génération en génération, la plupart du temps à l’aide de la parole et de l’exemple, d’une connaissance et d’une expérience du sacré », reprenant en cela l’expression de notre Très Puissant Souverain Grand Commandeur, Paul Veysset.

Tradition et Transmission :
Nous venons de voir, s’il était encore besoin de le démontrer dans une Loge de Perfection, la quasi-adéquation entre Tradition et transmission. C’est pourquoi l’intitulé de ce travail aurait pu tout aussi bien être Devoir de Transmission. Nous avons ainsi répondu en partie à la question  « quoi donner ? ». Il nous faut maintenant envisager la question « Comment donner ? », c’est-à-dire comment transmettre cette Tradition et ces symboles. Ici, les choses se compliquent. En effet, dans le schéma classique de la transmission, on considère habituellement un émetteur, un message et un récepteur. Les études sémiotiques, en particulier celles d’Umberto Eco, ont montré que ce schéma devait être remis en cause, car beaucoup trop simpliste et ne prenant pas en compte de nombreux aspects de la communication interférant dans le résultat d’une transmission. Nous n’entrerons pas dans ces détails, mais nous signalerons en les rencontrant les correctifs à apporter à ce schéma classique. Essayons d’examiner tour à tour la situation de l’émetteur, le statut du message et celui enfin du récepteur.

L’émetteur est en l’occurrence le Maître. Nous avons une énorme responsabilité, car si nous ne sommes pas les détenteurs d’une Tradition qui ne nous appartient  pas en propre, il faut rappeler encore et toujours que nous en sommes les uniques dépositaires. Ceux qui nous ont précédés ne sont plus là pour poursuivre cette transmission, et nos successeurs ne sont pas encore nés. Nous avons de plus le Devoir, nous qui avons été récepteurs, de corriger éventuellement les aspects erronés du message, de le transmettre le plus intact possible. Pour cela, nous devons continuer à être des récepteurs permanents, ce qui va nous permettre de rectifier, comme nous le faisons depuis le premier degré, et de « purifier » ce message. Cette purification ne doit pas être entendue comme une tendance à une orthodoxie qui est à la fois contraire à notre méthode et qu’on ne saurait en tout état de cause définir. 

Elle doit être comprise en tant qu’élimination de ce qu’on appelle le bruit, c’est-à-dire les parasites. Ces éléments n’ont pas de pertinence et risqueraient d’être interprétés à tort comme faisant partie du message. Il nous faut comme on dirait en acoustique, un rapport signal/bruit maximum. Cela exige du transmetteur de nombreuses qualités que nous nous devons sinon d’avoir complètement acquises, tout au moins de travailler à développer.
Cela fait partie intégrante de notre Devoir. L’ardeur au travail, comme nous le savons depuis le 2ème degré en est une, puisque sans travail, on ne voit pas comment on pourrait acquérir quelque savoir ou connaissance que ce soit.

Nous devons nous efforcer d’avoir la meilleure compréhension possible des symboles et des rituels que nous abordons. Nous serions sinon dans la position de celui qui répète phonétiquement des mots d’une langue qu’il ne comprend pas. Cela explique d’ailleurs probablement en partie la corruption par rapport à l’hébreu d’un certain nombre de nos mots, à commencer, puisque nous sommes au 4ème degré, par le mot de passe de notre grade. Cette compréhension doit être critique, et nous ne devons accepter aucune idée que nous ne comprenions et que nous ne jugions vraie, comme le dit encore notre rituel. Cela signifie que nous devons en permanence contrôler la pertinence de nos interprétations symboliques, qui doivent être en cohérence par rapport au rituel et par rapport à la réalité, à laquelle elles doivent être confrontées. Nous voyons que ces qualités sont celles du Maître Secret. Ce n’est donc pas par hasard que ces préceptes de rigueur nous sont donnés dès le 4ème degré, en débutant notre quête de la vérité et de la parole perdue.

En ce qui concerne l’émetteur interviennent aussi l’intention, le choix et l’expression, qui vont conditionner le fond et la forme du message. Pour ce qui est de l’intention, la question se pose aussi bien pour nos interventions que pour le rituel. Que voulons nous transmettre, faire passer ? Il faut pour cela avoir une bonne vue d’ensemble de la Tradition en général, mais aussi de ce qu’on a perçu du plan du GADLU. Nous devons transmettre avec la volonté d’être le plus transparent possible, c’est-à-dire de faire passer le maximum de la lumière que nous avons reçue. Certes, cette lumière ou cette connaissance est déformée par notre être, par nos interprétations, mais aussi enrichie par notre méditation, par notre incorporation du symbole, par l’apport de notre expérience personnelle qui incrémente sa signification.

Concernant le choix, il faut bien reconnaître que par la richesse de ce qui nous est proposé, par le caractère infini des significations du symbole, nous sommes contraints, ici et maintenant, d’opérer un choix. Nous ne pouvons, nous ne saurions, tout transmettre à la fois. Ce choix s’opère dans un souci didactique, tout d’abord. Notons bien qu’intervient ici, alors que nous parlons de l’émetteur, le souci du récepteur. Cela doit donc aussi procéder de l’intention et trouver sa traduction dans l’expression. Pour reprendre notre exemple, il ne faut pas parler une langue incompréhensible par notre interlocuteur. Dans ce cas, quelle que soit la qualité du message, le but serait manqué. Ce souci didactique pourra donc varier selon les circonstances. Ce choix sera aussi fonction des préoccupations actuelles du transmetteur, qui va privilégier, à tel ou tel moment, un aspect auquel il aura réfléchi et qu’il sera à même alors de transmettre dans les meilleures conditions. Tout cela signifie que la transmission doit obligatoirement, pour être la plus complète possible, s’inscrire dans le temps. On ne délivre pas en une fois cette Tradition, fût-ce par l’intermédiaire de rituels particulièrement bien faits. On en conclura un devoir d’assiduité et on en tirera la notion qu’une progression initiatique ne peut se faire du jour au lendemain. Cela suffirait à discréditer, au plan initiatique, le passage en un jour au 32ème de nos frères américains.

L’expression est encore un élément important de la transmission. Pour nos interventions, elle doit être la plus claire possible. Souvenons-nous de Boileau : « Ce qui se conçoit bien s’énonce clairement ». Il ne s’agit pas tant de l’élégance ou de la concision de l’expression, car c’est seulement une question de style. La forme doit être adaptée. C’est pourquoi les instructions et les rituels utilisent le plus souvent la forme des demandes et réponses. Elles insistent sur le caractère de transmission directe, tiennent compte en même temps de l’incarnation de l’émetteur et du récepteur, en sous-entendant leur nature humaine. Cette caractéristique nous a entraînés vers la forme du message. Il faut maintenant en envisager le contenu, ce qui va compléter la réponse à la question : « quoi transmettre ? ».

Le message : On pourrait croire que nous revenons ici en terrain facile. Le message c’est le rituel, c’est la Tradition, ou ses ampliations, ses interprétations, lors des interventions ou commentaires. Une question se pose d’emblée. La tradition est-elle autonome, indépendante, ou subordonnée à ceux qui la transmettent ou qui la reçoivent ? Les travaux de René Guénon ou la pensée structuraliste nous ont apporté la notion de Tradition Primordiale. Celle-ci, pour reprendre la formule concise du TIF Robert Budor, dans le N° 38 d’Ordo ab Chao, est « considérée comme la source traditionnelle commune à toutes les civilisations, à toutes les traditions particulières. Elle tend à relater ce que nous imaginons avoir été l’homme ‘édénique’. C’est en cela qu’il est possible de dire qu’il existe une mythologie essentielle, représentant la valeur commune à tous les rites, et, par syncrétisme, le contenu de cette Tradition primordiale ».

Si on admet cette notion, cette structure de la tradition primordiale, on aurait tendance à pencher pour son autonomie. D’autant que nous avons dit que nous n’étions pas détenteurs, mais seulement dépositaires de cette Tradition. Pourtant, sans transmetteurs ni récepteurs, cette Tradition n’a plus d’existence. Nous le savons d’autant mieux que c’est précisément notre Devoir que de la recueillir, de la conserver et de la perpétuer. On pourrait comparer la Tradition à la langue. Elle n’appartient pas à quiconque, a sa structure et ses règles propres, nul ne peut l’infléchir de façon significative. Mais elle est façonnée, modifiée par ce que Saussure appelait la masse parlante, et quelles que soient ses actualisations, elle doit rester signifiante et compréhensible. Cette comparaison nous montre bien que la Tradition est vivante, actuelle, mais aussi intrinsèquement subjectivisée par ceux qui l’approchent. Cela accroît bien entendu notre responsabilité.

Sauf à avoir fait des études spécialisées, il nous faut une traduction pour lire Chrétien de Troyes ou le Roman de la Rose, nous avons besoin de notes linguistiques pour comprendre Rabelais, et même la langue de Molière demande parfois quelques éclaircissements. De même que la langue, la Tradition, pour être bien comprise, a ce besoin impérieux d’actualisation. Le conteur breton, narrant sa légende, ne parlera plus du héros qui arrive sur son char à bœufs et ôte ses chausses. Il arrivera désormais sur son cheval de feu, vocable breton pour dire mobylette, et enlèvera son jean. Souvenons-nous du rituel du 2ème degré, qui contient certains passages sur la morale du travail complètement désuets et risibles pour un homme du XXème siècle.

Quand j’étais vénérable, je les ai sautés, sans doute comme beaucoup d’entre vous, pour ne pas briser la solennité du moment. Ils étaient pourtant dans la lignée des expressions hautement morales pour le XIXème siècle. Les esprits d’une époque évoluent aussi, et certains éléments prennent de leur importance tandis que d’autres en perdent. Nous savons aussi que les rituels eux-mêmes ne sont pas immuables et qu’ils ont subi des modifications. La question se pose de la pertinence de ces modifications par rapport à la tradition. Traducteur, traître, dit le proverbe italien. Une simple réactualisation linguistique risque donc de modifier plus ou moins profondément le contenu initial, pour ne pas dire primordial.

Restons toujours dans la comparaison linguistique et dans le vocabulaire de la théorie de l’information. Nous avons vu qu’il fallait éliminer les bruits, sous peine d’une perte de signal. Au fil du temps, les rituels se sont modifiés, avec parfois des ajouts de Frères influents comme par exemple Oswald Wirth, qui a introduit des éléments qui reflétaient ses préoccupations ou celles de son époque, mais qui ont considérablement altéré es rituels. Citons comme exemple extrême les degrés fabriqués de toutes pièces outre-Atlantique, comme le degré de Washington, remplaçant un des degrés de notre Rite. C’est dire encore une fois qu’il faut chercher l’idée sous le symbole et exercer son sens critique. C’est montrer aussi les difficultés rencontrées récemment quand nos rituels des Hauts-Grades ont été refondus. Je n’y insisterai pas, car elles ont été analysées en détail dans Ordo ab Chao, auquel je renvoie.

Une autre question se pose, en raison de nos imperfections : est-il possible de transmettre malgré tout une Tradition à notre insu, c’est à dire de faire une transmission dont nous n’aurions pas pleinement conscience ou que nous n’aurions pas parfaitement comprise ? C’est certainement le cas, car nous avons toujours besoin de travailler sur ces messages, de continuer à les approfondir, et malgré tout le Devoir actuel et urgent de commencer cette transmission. Cela rend une certaine autonomie au message, par le fait même, comme la langue, qu’il échappe en partie aux communicateurs. Cela ne nous enlève pas notre responsabilité, mais en atténue probablement les effets. On peut imaginer en effet qu’un message incomplètement compris, comme un rituel, et transmis tel quel, pourra transiter sans perte, car le récepteur pourra être capable, lui, de le comprendre. On pourrait dire qu’il y a là un petit côté Internet ! Malgré tout, plus notre transmission sera complète et fidèle, plus elle aura de chances de persister. Plus elle sera riche, peut-être même par des ajouts de nos imperfections, plus nos successeurs, renouvelant de façon cyclique le même travail d’exégèse, pourront alimenter leurs recherches. La somme de ce que nous leur aurons transmis leur permettra d’exercer le plus complètement possible, par comparaison, la synthèse nécessaire et l’extraction de la substantifique moelle. Ce travail structural d’une nouvelle épuration conduira leurs pas vers la connaissance, à son tour réactualisée par ces nouvelles générations.

Le récepteur :
Nous pourrons être beaucoup plus brefs sur ce chapitre. Nous avons vu que les transmetteurs restaient par ailleurs des récepteurs. Ces récepteurs sont nos frères, avec comme seule différence d’être un peu plus jeunes et moins expérimentés dans ce métier d’initiés. Par la force des choses, le temps dont j’ai souligné l’importance, n’a pas encore complètement fait son œuvre. Ils ont au moins les mêmes aptitudes. Ils devront développer les mêmes qualités que celles énoncées plus haut. Ils sont aussi confrontés aux mêmes difficultés, aux mêmes obstacles de la compréhension, à mesure qu’ils se forment. Sans illusion, car c’est le vœu pieux de chaque génération, on peut espérer qu’ils tireront les leçons de nos erreurs. On sait cependant qu’il faut souvent avoir répété les erreurs de ses aînés pour en tirer la leçon personnelle. Ils devront, ils doivent, car c’est pour eux aussi ici et maintenant, avoir le même acharnement au travail, exercer le même sens critique et se hâter de gravir la montagne, de peur que la mort ne les surprenne, sans s’attarder sur les sentiers fleuris, comme le dit encore notre rituel. Bientôt, ce seront eux les seuls dépositaires de la Tradition.

C’est à ce Devoir d’aujourd’hui et de demain qu’ils doivent dès maintenant s’appliquer.
Pour cela, la Voie est toute tracée par notre 4ème degré : c’est tout simplement celle du Devoir, inflexible, exigeant et impératif. En accomplissant ce Devoir et en méditant sur lui, nous pourrons mieux le connaître. En faisant ce Devoir parce qu’il est le Devoir, et nous avons essayé au cours de ce travail de montrer pourquoi, nous serons devenus de véritables Maîtres Secrets, et si on nous pose la question de savoir si nous le sommes, nous pourrons légitimement répondre : « Je m’en glorifie ».

J’ai dit

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