Du Silence de l’Apprenti au signe du maître Secret
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Le grade de Maître secret, est placé sous le signe du silence ou du secret, matérialisé lors de la cérémonie de réception par l’apposition du sceau du secret sur les lèvres de chaque candidat.
Ce signe s’effectue l’index et le médius de la main droite sur les lèvres, les autres doigts repliés.
A travers le temps et l’espace, toutes les organisations initiatiques ont observés la loi du silence et la discipline du secret.
On trouve d’ailleurs trace de ce signe très ancien dès l’Antiquité. Ainsi en Égypte et en Grèce déjà, ce signe du Maître Secret est porteur d’un enseignement traditionnel. Il établit le lien qui uni secret et sacré.
En Égypte il est associé à Harpocrate, fils d’Horus, qui guérissait les corps et les âmes. Celui-ci est représenté la main gauche pendant le long du corps et celle de droite avec un ou deux doigts posés sur les lèvres. Ce signe fut ensuite repris par les Grecs dans les représentations de la Pythie de Delphes.
Mais nous noterons qu’on le retrouve également dans quelques représentations du Christ en majesté dessinant le sceau du secret. Il enseigne comment conserver dans son cœur le secret initiatique. Ce signe correspond à une attitude qui reflète un état d’intériorité.
Du silence de l’Apprenti, à l’intégration du bon usage de la parole du Maître, la nouvelle gestation s’opère dans le silence.
Il y a une démarche volontaire du Maître qui, en mettant ses deux doigts au coin de sa bouche prouve une maîtrise du verbe par une retenue significative.
Le Maître Secret dispose d’un pouvoir d’action autonome. Le silence ne lui est plus imposé, il se l’impose à lui-même !
Il l’assume, pleinement conscient de ce qu’on lui a appris et de ce qui lui reste à apprendre. A ce degré, sans doute plus qu’à un autre, le silence est une discipline intérieure pratique, qui suggère et favorise la méditation.
Cette puissance du silence volontairement observé n’est pas un rejet de la parole, bien au contraire, elle confère à celui qui l’observe une qualité d’écoute, de disponibilité et de réceptivité accrue dépouillée de toutes sortes de parasites indésirables.
Au commencement du cheminement initiatique, le silence est tout d’abord apprentissage de l’écoute de l’autre. Son approfondissement s’avère comme étant un outil de discernement pour assumer et surmonter les contradictions, voire pour déjouer les pièges subtils, dont l’égo est coutumier.
C’est un rappel de ce que l’itinéraire maçonnique est constitué de cycles successifs de connaissances, telle la progression en spirale des astres qui ne repassent jamais au même endroit dans l’espace.
Si l’Apprenti est astreint au silence absolu, le Maître, au 4ème degré se tait, en observant le devoir de conserver le secret.
Outre le rappel du silence de l’apprenti, le secret est la confirmation d’un laborieux cheminement intérieur qui a progressivement gagné en acuité.
Dans Le livre des morts des anciens Égyptiens, le rituel d’ouverture de la bouche communique au défunt la puissance de la parole qui est en fait une clé :
Accorde à ma bouche les pouvoirs de la Parole afin que, à l’heure où règnent la Nuit et les Ténèbres, je puisse diriger mon Cœur.
La Flûte Enchantée de Mozart, souligne l’importance de savoir se préserver par le silence, de ne pas gaspiller la parole comme le fait Papageno qui se perd dans le bruit à l’inverse du Prince Tamino qui fait preuve d’obéissance dans l’épreuve du silence :
« Celui qui parle ne sait pas, celui qui sait ne parle pas »