Eclat, ténèbres et grande lumière

Auteur:

K∴ K∴

Obédience:
Non communiqué
Loge:
Non communiqué

La quête initiatique que nous poursuivons à la Franc-maçonnerie se réalise par paliers successifs et à travers des symboles. Ainsi les heures d’ouverture et de fermeture sont propres à l’art royal.

Au premier degré ces heures signifient que l’homme atteint la moitié de sa carrière, le midi de sa vie, avant de pouvoir être utile à ses semblables ; mais que, dès cet instant et jusqu’à sa dernière heure, il doit travailler sans relâche au bonheur commun.

Il est bien attendu possible de prendre cette réponse au 1er degré, à savoir qu’effectivement les hommes commenceraient à travailler dans leur vie profane, au saut du lit, quant l’aube commence à poindre, aux chants des coqs, lorsque les premiers rayons du soleil chassent les dernières noirceurs de la nuit.

Au 2ème et au 3ème degré, les heures d’ouverture et de fermeture de nos travaux sont régies par un rituel spécifique et un temps approprié. Au quatrième degré l’ouverture a lieu : quand l’éclat du jour a chassé les ténèbres et la grande lumière commence à paraître.

Les heures de travail à ce grade commencent au moment où le soleil se lève, et qui se couche à la fin du jour, quand la lumière solaire prend des couleurs d’or et de feu ; entre l’aurore et le crépuscule se produit un renversement des valeurs. C’est le commencement d’un cycle lumineux.

Nous avons abandonné le midi/minuit pour œuvrer entre l’aurore et le crépuscule. Le marquage des heures de travail est relatif, en fonction de la durée de la journée entre les deux solstices d’été et d’hiver, selon (IRENE MAINGUY). Mais nous ne sommes pas ici dans le monde profane et cette phrase du rituel nous invite à nous projeter dans un univers symbolique, plein de sens.

Sur le plan du rituel, elle rappelle l’étoile noire qui brille sur le plateau du T F P M, noire en signe de deuil du maître mort, également la lumière montrant que la vie jaillit de la mort ainsi que la lumière jaillit des ténèbres.

Cette phrase d’ouverture des travaux au quatrième degré, que je cite : « L’éclat du jour à chasser les ténèbres et la grande lumière commence à paraitre » qui fait l’objet de notre colonne gravée, nous invite à réfléchir dans deux directions ; à savoir :

  • L’Univers, le sens de la vie, et la place de l’humanité.
  • l’introspection et la démarche de perfectionnement initiatique.
  • L’Univers ; le sens de la vie, la place de l’humanité.

Rappelons nous ici de cette phrase du T F P M lors de la cérémonie de l’initiation au quatrième degré « Quelque admiration que vous inspire le spectacle de l’Univers, du macrocosme au microcosme, souvenez-vous que vous ne l’admirez qu’en proportion de votre faiblesse en présence de son immensité. Il n’y a de réellement admirable que la loi Universelle qui régit toutes les choses dans leur ensemble et chaque choses dans son détail ». Ce passage du rituel nous invite à lever la tête afin de nous projeter dans le cosmos et de réfléchir à la puissance du temps qui passe. Lorsque l’éclat du jour a chassé les ténèbres ; nous sommes en présence de trois postulats : « éclat, ténèbres et grande lumière ». Selon le dictionnaire universel, un éclat est un « fragment détaché d’un corps dur, plus avancée c’est une vive lumière émanant d’une source lumineuse ».

D’autre part, un éclat est un pouvoir réflecteur, autrement dit le sujet réfléchit la lumière. Ici nous sommes dans le cabinet de réflexion de notre propre image et de notre esprit. De la même source d’information, la définition du mot « ténèbres » nous révèle ceci : « Les ténèbres, le plus souvent utilisé au pluriel, sont d’abord un concept ou une croyance religieuse qui désigne le néant, la mort, l’état de l’âme privée de DIEU, de la grâce, et qui signifie privation totale de lumière, une grande obscurité ».

D’après le même dictionnaire : « La lumière est ce qui éclaire. Phénomène spontanément perçu par l’œil et susceptible d’éclairer et de permettre de voir ». La lumière chère aux francs maçons, nous le retrouvons depuis la nuit des temps, dans l’ancien testament, au prologue de saint jean, dans le nouveau testament, et bien d’autres dans civilisations à travers le monde. Pour l’humanité, il est avéré que la lumière même dans sa matérialité, est symbole de vie, d’espérance et de progrès.

Dans le volume de la Loi Sacré, l’apparition de la lumière et l’existence des ténèbres est ainsi décrite dans le livre de la Genèse, à travers ce passage : « Au commencement Dieu avait créé le ciel et la terre. Or la terre n’était que solitude et chaos ; des ténèbres couvraient la surface de l’abîme, et le souffle de Dieu planait sur la face des eaux. Dieu dit : « que la lumière soit » et la lumière fut. Dieu considéra que la lumière était bonne, et il établit une distinction entre la lumière et les ténèbres. Dieu appela la lumière jour, et les ténèbres, il les appela nuit. Il fut un soir, et il fut un matin – un jour » (Le livre premier du Pentateuque).

Mais le sens du mot « lumière » n’est pas ici celui de la lumière matérielle. En effet, dans le texte originel de la genèse, en hébreu, c’est le mot « Aor » qui est utilisé et qui signifie « lumière spirituelle » au lieu du mot « Nir » utilisé pour qualifier la lumière matérielle.

En effet, si l’éclat du jour à chassé les ténèbres, ainsi à contrario les ténèbres chasseront à leur tour l’éclat du jour.

Ainsi se dessine face à nous, dans cette phrase, le mouvement du cosmos : la terre tourne, sur elle-même comme autour du soleil, amenant en fonction de ce mouvement, jour et nuit. Au-delà du système solaire, nous avons également l’univers d’un infini a priori vertigineux et qui laisse poindre dans les ténèbres glaciales et silencieuses, quelques espaces de lumière qu’ils se nomment étoiles, nébuleuses, voie lactée…Bref la voûte étoilée !

Face à ce infiniment grand, l’homme se retrouve en un minuscule poussière qui appartient certes à cet univers dont la question est de se demander s’ils possèdent un sens, si notre vie à une signification ou si elle est le simple fruit du hasard cosmique.

Cet éclat de lumière nous interpelle au point de nous amener à un éveil de la conscience et de la réflexion puisqu’au fil des millions années d’évolution des espèces, l’humanité a développé des formes d’intelligence grâce à son cortex cérébral par rapport aux autres espèces terrestres. Au cours de l’initiation au quatrième degré ; suite à la question suivante de l’ORATEUR, je cite : « Comment parviendrez-vous à cette connaissance ? »

Réponse :

« Par le concours que vos aînés vous donneront, ici comme dans la loge des trois premiers degrés ».

« La connaissance est un bien héréditaire que chaque génération de francs- Maçons augmente et qu’elle transmet à celle qui la suit. Cette connaissance est supposée être la Lumière dont il est question dans notre réflexion ».

Ainsi en a-t-il dans les temps passés ; ainsi en sera-t-il dans les temps à venir. Dans cet univers incompris de nous, où nous nous efforçons de progresser dans sa connaissance. Nous nous interrogeons chaque fois sur le sens des ténèbres et de la lumière. Les ténèbres peuvent elles être vaincues ? La lumière apporte-t-elle toujours la vie ?

N’est-elle pas parfois la manifestation d’une explosion d’un monde, d’un espace ? D’un big bang ? N’est-elle pas, plutôt qu’un commencement, ou qu’une fin qui se traduirait par une explosion bruyante et aveuglante, précédant des ténèbres silencieuses et mortifères ?

Nous nous rappelons, qu’au premier degré, lorsque le néophyte est placé dans la chaîne d’union et qu’en réponse au Vénérable Maître en chair, le premier surveillant demande à ce qu’il reçoive la lumière ; celle-ci lui est donnée, au troisième coup de maillet du même du V M.

Au demeurant, une tentative de réponse nous est donnée lors de la réception du Vénérable Maître en loge de perfection.

En effet, le T F P M, précise au futur M S, lors de sa réception, que ce qu’il a appris n’est rien auprès de ce qui lui reste à apprendre, en ces termes, je cite : « Nous considérons que l’instruction des trois premiers degrés, n’est pas complète, pas plus que n’est complète la lumière qui frappe vos yeux à travers le bandeau posé sur votre front. Vous ne comprenez pas bien, de même vous ne voyez pas bien ».

Ainsi, alors que la lumière vive et brillante du jour fait voler en éclat les ténèbres préexistantes, le jour prend possession de l’espace permettant à la Grande Lumière de paraître.

En tant que Rite solaire, notre rituel ouvre les travaux lorsque l’astre du jour est à son maximum de puissance et les continue jusqu’à son puisement apparent.

On peut comprendre aussi que la recherche de la vérité, qui est l’objet primordial du travail initiatique, ne saurait être pratiquée avec fruit dès le matin de notre vie intellectuelle. Nous ne discernons judicieusement qu’au midi de notre vie alors qu’ayant acquis le contrôle de nos facultés, nous parvenons à la maturité de la pensée.

Nous sommes donc bien dans une démarche spirituelle qui constate que notre compréhension de la lumière originelle de l’univers est d’une autre nature. Celle de la lumière de l’esprit. Que faut-il entendre par là ? Est-ce l’intellect, l’âme, ou autre chose ?

L’introspection et la démarche de perfectionnement spirituel

Intéressons nous au travail de nombreux philosophes depuis l’antiquité pour mieux comprendre la notion de la spiritualité, afin de décrire en quelques lignes la conception triple de l’homme construite, à partir du corps, de l’âme, et de l’esprit.

Dans les grandes traditions humaines, l’homme est en effet, un corps (nos os, notre chair) qui a des besoins purement physiologiques pour assurer sa survie et celle de l’espèce : repos, nourriture, boisson, sexualité.

L’homme est également une âme, du latin « anima » (ce qui anime). On peut décrire cette âme comme une force vitale animant le corps dont elle fait partie, puisqu’elle meurt avec lui. Elle inclut mental, psychique, sentiments, comme une sorte d’intermédiaire entre le corps matériel et l’esprit. Elle peut pencher selon les individus davantage vers l’un que vers l’autre et inviter ainsi l’individu à des aspirations spirituelles ou à des préoccupations uniquement matérielles.

L’esprit quant à lui serait une ouverture sur un autre monde : Dieu pour les croyants, quelque chose d’indéfinissable et d’inaccessible à l’esprit humain pour d’autres… Ainsi, se spiritualiser, ce serait simplement aspirer à sortir de nos propres limites, admettre que notre corps n’est pas notre seul composant et que nous sommes reliés à une vérité qui nous échappe, vers laquelle nous voulons nous élever. Pour cela, la Maçonnerie au REAA nous propose un cheminement graduel. Avec la méthode maçonnique, nous sommes invités à visiter l’intérieur de notre individualité, en référence à VITRIOL (Visita Interriora, Rectificandoque, Invenies, Occultam Lapidem) à en découvrir les diverses facettes.

Avec une progression graduée, les trois premiers degrés de la maçonnerie, nous inviteraient à passer de l’homme purement de chair à celui d’homme spirituel, du Vieil Homme à l’initié.Ce cheminement vers la Lumière constitue l’expérience de la maçonnerie, une expérience personnelle, intime, secrète parce qu’unique pour chacun.

Cette lumière du « connais-toi toi-même » opère par petites touches successives, en faisant appel aux outils fournis par la F M aux apprentis, compagnons et maîtres.

Passer de l’équerre au compas, du septentrion au midi, c’est tout ce travail exigé en loge de perfection pour le maître secret.

L’équerre, instrument de la conduite de la rectification de la pierre brute par le ciseau et le maillet, évoque le travail sur la matière. Le compas évoque au contraire le travail dans l’abstraction, dans la réflexion qui associe l’esprit…

Passer de l’équerre au compas consisterait donc de passer des ténèbres à la lumière, c’est faire le lien entre concret et abstrait, entre matériel et spirituel avec éclat.

Erreurs, préjugés, dogmes, superstitions sont du domaine du mental empêtré dans la dualité et les contradictions. L’approche de la vérité est un chemin de lumière qui permet d’amorcer l’élévation au-dessus de la surface de la terre et de pénétrer dans les hautes régions de la connaissance spirituelle qui peut être définie comme un océandeconnaissance sans rivage (selon la formule du soufi IBN « Arabi »).

Au grade d’apprenti, le franc maçon aura à rechercher la lumière en pratiquant la vertu et en fuyant les vices.

Au grade de compagnon, il approfondit le sens du devoir par la réflexion sur l’étoile flamboyante qui éclaire avec éclat.

Au grade de maître, il a pour action de répandre la lumière et de rassembler ce qui est épars.

Le maître secret est sur le chemin de la lumière intérieur, qui va lui permettre de se dépasser Son Moi pour accéder à l’essence de son moi, autrement dit en fusionnant dans le un, à l’unité.

Ainsi, le grade de maître secret nous incite à se munir de lumière pour provoquer une évolution spirituelle menant à la compréhension élargie de la notion de devoir.

Il n’y a finalement de devoir qu’envers soi même et c’est la lumière qui réside au fond de nous qui le dicte et nous guide.

Le vrai problème est de parvenir à distinguer, à cerner nos mauvais penchants afin de les annihiler pour enfin illuminer nos pensées positives qui vont se traduire dans nos pensées et nos actes.

Je me souviens de cette phrase d’un de nos devanciers, présent encore sur les colonnes, qui disait : je cite « il vaut mieux d’allumer des lampes que de diaboliser les ténèbres ». La lumière chasse à coup sur les ténèbres, voire l’ignorance.

En guise de Conclusion

L’éclat du jour a chassé les ténèbres et la Grande lumière comment à paraître. Cette phrase d’ouverture des travaux au 4e degré est pleine de sens. D’abord, elle nous amène à réfléchir sur le cosmos et à se poser des questions sur l’être vivant dans cet univers vertigineux, et à faire une introspection sur soi-même afin de quitter l’homme matériel pour de devenir l’homme spirituel que la franc- maçonnerie amène par la méthode Maçonnique.

Ensuite, visiter l’intérieur de l’être pour découvrir les différentes facettes. L’initiation est une démarche personnelle qui demande de voyager jusqu’au bout de soi-même pour y retrouver la lumière. Chacun est porteur d’une étincelle de cette énergie transcendante. Celle-ci est le plus souvent occultée par l’emprisonnement dans la matière et le faible usage, voire même l’oubli, de l’intuition, qui est une forme d’inspiration supérieure. Seul, l’être de lumière, le sage, détaché du fruit de l’action, peut contempler le reflet de la grande lumière qui l’habite, bien après avoir été éveillé par la transmission de l’influence spirituelle dans la chaîne initiatique.

La lumière s’appréhende à plusieurs niveaux, elle n’est pas ce qui est vu, mais ce qui fait voir. Elle échappe au sensible et à l’intellect. Sa perception est fugace, semblable au court instant défini comme étant le temps de commencement des travaux. Cela demande de méditer, d’abandonner l’illusoire et l’accessoire pour se diriger vers la pleine lumière d’une conscience épurée de toutes les scories du paraître. L’exigence d’intériorité et de profondeur de l’œuvre à réaliser, demande de faire comme on procède avec un oignon défait de ses nombreuses pelures.

J’ai dit !

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