Emmanuel Levinas et le miroir de l’Autre
Non communiqué
Emmanuel Levinas philosophe français d’origine lituanienne est né le 12 janvier 1906 à KAUNAS il est naturalisé français en 1930 ; il a reçu dés son enfance une éducation juive traditionnelle. La guerre de 1914 pousse la famille à fuir en Russie.
En 1923 il se rend en France à Strasbourg pour suivre des études de philosophie. Après avoir soutenue sa thèse de doctorat il s’établie à Paris, suit les cours de Léon Brunschvicg et de Kojève sur HEGEL.
Marié à Marguerite Levi ils auront 3 enfants. Mobilisé en 1939 il est fait prisonnier déporté en Allemagne, captif dans un Oflag durant cinq ans il y rédige une partie de son 1° livre : « De l’existence à l’existant ».
Presque toute sa famille restée en Lituanie a été décimée par les nazis.
Toute son œuvre transpire de ce traumatisme, son expérience de la guerre et des camps de travail seront à l’origine d’une Ethique qui envisage la non indifférence des uns envers les autres.
En 1947 il étudie le Talmud. Malgré toutes ses études et conférences il se considère comme un amateur dans ce domaine et non pas comme un penseur juif il publie « De l’existence à l’existant » Il est nommé directeur à l’école normale de l’Alliance Israélite universelle.
En 1961 il devient enseignant à la Sorbonne jusqu’en 1976 année de sa retraite. Il décède à Paris le 25déc. 1995pendant la fête juive d’Hanoucca, la fête des lumières. Pour approcher la compréhension de ce philosophe il nous faut abandonner toutes les conceptions de notre vision usuelle, de nos connaissances sociales classiques, accepter de percevoir l’Autre, faire notre ascèse et comprendre le vocabulaire d’Emmanuel Levinas.
Quelques exemples de ce vocabulaire :
– Un Autre absolument autre, c’est à dire l’autrement qu’être ou au delà de l’essence, Autrement qu’être désigne donc l’infini en tant qu’arrachement à l’être.
– Autrui en tant qu’autre est l’autre Homme comme une relation éthique en déposant les pouvoirs égoïstes du moi.
– le moi, est le « portant », « le souffrant » Etc.
La pensée levinassienne du moi possède cette particularité de situer au point de départ de la relation transcendante, un moi séparé dont la surdité à l’égard de l’autre constitue l’égoïste et non un moi qui dans son rapport à lui même serait d ‘emblée rapporté à un autre.
Il fait ainsi droit à l’égoïsme comme un moment à devenir soi…
Au centre de son œuvre : l’Ethique
Il m’oblige DONC à repenser mon rapport à l’autre en une rencontre individuelle.
La rencontre individuelle :
Pour E Levinas le visage tranche sur tout contexte culturel ou historique, le visage relève de l’invisible, de l’autrement qu’être. La nudité du visage s’expose sans réserve, Le visage ouvre la dimension authentique du langage.
Le visage de l’autre est là, à la fois accessible et hors de tout pouvoir. Visage dont je sais qu’il est le mien, celui d’un humain. Il y a dans le visage de l’autre quelque chose de l’ordre de l’absolu, ce n’est pas juste la rencontre avec d’un humain avec un autre, mais la rencontre d’un humain avec l’humanité.
E Levinas dit alors : « l’homme est le seul être que je peux rencontrer sans lui exprimer cette rencontre même « il y a dans toute attitude à l’égard de l’humain un salut, fût -ce comme le refus de saluer ».
Le visage de l’autre est aussi l’expérience de l’étranger (de l’altérité). Son visage est clos. Il est résistant d’une résistance ou il n’est pas moi.
Alors comment construire un moi décentrer pour mieux connaître l’autre sans violence ?
E Levinas nous dit que toute action est violente où l’on agit comme si l’on était seul à agir, comme si le reste de l’univers était là que pour recevoir l’action. On doit se demander alors comment cette action sera perçue…
Je dois être attentif à l’autre dans la force de sa différence et en même temps dans sa dimension de représentation, dans la totalité de l’Universalité.
Pour le philosophe totalité appelle la totalité des hommes dont je reconnais le visage. Ainsi l’universalité est instaurée par ce fait extraordinaire qu’il peut y avoir un moi qui n’est pas moi-même, un moi vu de face.
Oui je sais cette gymnastique de pensée peut paraître hermétique, mais affinons notre regard sur l’autre.
La nudité du visage s’exposant sans réserve, ouvre la dimension authentique à la rencontre avec le visage :
Le visage qui exige réponse, visage qui aide, qui est sollicitude, compassion…chaque état, chaque frémissement, chaque sourcillement, chaque ride, chaque rictus, chaque mouvement à la commissure de la lèvre, chaque humidification des yeux est un signe, parfois un appel ; autrui est alors librement choisi et mon obligation est contractée, je deviens alors une obligée.
Le rapport à l’autre est désir et bonté.
Je comprends que je dois me mettre à la hauteur de l’autre faire mon ascèse. Je dois me dépouiller de moi même pour être l’autre dans une totale abnégation pour un don envers l’autre.
Comment sommes nous incités à regarder l’Autre ou à Etre à la lumière de l’Autre.
E Levinas à la conviction que ce qu’il y a d’unique en l’Autre n’en fait pas un alter Ego.
« Ce que moi je ne suis pas » (« dans l’Existence à l’Etat »).
Le visage dit E L est hors du monde, il n’appartient pas à l’être, le visage vise à montrer comment l’autre homme s’impose mystérieusement à moi.
Autrui est une altérité qui demande à être respecté en tant que telle. Autrui est le lieu même de la vérité métaphysique, il est un être transcendant à la différence des choses (dans « Totalité et Infini »).
L’Autre porte une trace de l’infini dans le prochain, l’infini s’approche autant qu’il est possible Il est donc au cœur de la relation Ethique, il est la condition, donc il fait accepter que l’autre soit absolument Autre. L’Autre étant digne d’attention, l’Autre comme visage.
L’Autre est la manière singulière dont Autrui s’exprime et s’impose à moi, il n’est nulle part ailleurs qu’en son visage, il en est sa lumière. Le visage renvoie à un autre invisible, un Dieu au delà de l’être (« Autrement qu’Etre ») qui se définit par sa transcendance.
Le visage est parole, dire, verbe, il est même la première parole silencieuse. C’est avec ce rayonnement, à partir de lui que commence le discours, le visage est par lui même révélation de son être.
Le visage va vers l’Ame, il l’impressionne, le visage seul en dehors du moi existe par lui même, il rayonne ! Il ouvre ainsi la dimension du sens de l’Autre.
Notons qu’E L préfère utiliser le mot visage plutôt que celui d’homme, car le concept homme ne convient pas aux hommes qui sont tous absolument différents, uniques les uns des autres. Dans cette relation qu’est le face à face, l’absolu est l’autre, en son visage, absolument transcendant, il est maître, une extériorité, commandement et autorité, toute entière supériorité.
Ainsi l’autre doit être compris comme une ouverture vers l’invisible vers l’infini. E L fait passer cette idée de l’infini en un désir vital, comme une éthique qui se pourrait aussi être professionnelle et oriente ce désir délibérément vers l’autre. Elle est la marque même de l’humain.
La transcendance qui luit sans cesse dans le visage d’autrui est une odyssée sur un chemin sans fin inatteignable. L’autre est une venue de l’infini sans fin, expérience bouleversante qui va représenter la vraie naissance du sujet à lui même. L’infini ne comble pas mais s’impose, réveille dérange comme mon regard aujourd’hui différent vers l’Autre.
Voilà pourquoi le fait Ethique au sens d’E Levinas d’aller vers l’autre est une approche de Dieu. Un visage, le visage de l’autre, l’homme est la preuve du lien avec l’au-delà. L’éthique de E Levinas se place plus haut que la connaissance elle est ouverte à la transcendance alors que le savoir reste dans l’immanence.
Le visage de l’autre devient par sa présence un impératif pour l’homme, un chemin obligé par sa propre réalisation, une direction à suivre.
La philosophie d’E L c’est la philosophie de l’Autre cet Autre qu’est autrui, c’est en l’autre, si nous savons entendre, si nous savons percevoir l’autre autrement, le lien avec le visible que nous graverons dans le visage dans le visible de l’Autre.
Donc L’homme doit quitter la logique le l’avoir pour passer à celle de l’Etre, passer à la qualité de l’Être…
En conclusion
E L dans « Difficile liberté » nous dit :
« Celui- là seul peut reconnaître le visage d’autrui qui a su s’imposer une règle sévère à sa propre nature ».
Si nous nous imposons cette règle nous percevons que c’est au cœur même de la présence à soi du moi, par le truchement de la lumière de l’autre par le miroir de l’autre que je suis.
Ainsi La vraie loi éthique est inspirée par l’Amour de l’autre homme me semble totalement en adéquation avec le devoir du Maître Secret, en effet cet Amour dont parle E L qui contient la lumière de l’autre est une marque d’élévation, une exaltation de l’Amour d’une amplitude infinie qui est le lien avec le travail, la recherche incessante. Si nous respectons et travaillons selon la tradition ce sera notre clé d’Ivoire enserrant son paneton Z qui nous permettra de percevoir les scintillements de l’infini.
J’ai dit Trois fois
Puissant Maître.
M BP
Biographie :
Le vocabulaire d’E
Levinas de Rodolphe Calin et F.David Sebbah.
De l’existant à l’existant
d’Emmanuel Levinas.
De l’existant à l’état
d’Emmanuel Levinas.
Autrement qu’être idem.
Entre nous idem.
Ethique et justice idem.
Au delà du verset idem.