Le Devoir au 4ème degré du Rite Ecossais Ancien et Accepté
J∴ L∴ D∴
A La Gloire
Du Grand Architecte De L’Univers
ORDO AB CHAO
DEUS MEUMQUE JUS
Au Nom et Sous la Juridiction du Suprême Conseil
pour la France des Souverains Grands Inspecteurs
Généraux
du 33ème et dernier degré du rite ecossais ancien
et accepté
Le devoir fait depuis le début partie de notre cursus initiatique, depuis le cabinet de réflexion jusqu’à l’ultime initiation que le profane appelle la mort.
Le devoir dans la vie profane traduit une obligation : « faire son devoir », ou un état moral : « un homme ou une femme de devoir ». C’est la même chose en Maçonnerie mais vu des deux côtés du miroir. Ainsi, les trois questions posées au profane dans le cabinet de réflexion doivent trouver leurs réponses là où se trouve l’équerre et là où elle devient compas.
Qu’est-ce qu’un homme doit à son créateur ?
C’est pour nous Maçon du Rite Ecossais Ancien et Accepté une question fondamentale qui nous force à dépasser la notion philosophique – ou l’absence de notion – que nous pouvons avoir du GADL’U, de Dieu ou du Principe.
Que lui doit-on ? La vie et tout ce qui va avec et qui fait partie de la création. Cependant seul le Principe en est la cause et doit être de ce fait l’objet de notre attention. Ceci est fondamental et ne lâchons pas la proie pour l’ombre : « quelque admiration que t’inspire le spectacle de l’Univers seule est réellement admirable la loi unique et multiple qui régit toute choses dans leur ensemble et chaque chose dans son détail ».
La loi unique, l’immanence c’est lui, c’est le Principe, début et fin de toute chose et on lui doit tout. Alors comment rembourse-t-on ? Que veut-il en échange ? Comment le savoir ?
On doit être à son écoute, de toute notre intelligence, avec tous les moyens à notre disposition, toutes les traditions qui se sont imposées depuis la nuit des temps et qu’agrège la Maçonnerie. C’est une des significations des exhortations du premier voyage : « La maçonnerie t’a libéré de l’ignorance, des préjugés et des superstitions. Elle t’a tiré de la servitude et de l’erreur ». C’est à l’écoute des autres, à travers les autres – parce que seuls nous ne sommes rien – que nous rencontrons le Dieu-Principe. Mais attention les hommes ne sont pas Dieu : « tu ne te forgeras point des idoles humaines pour agir aveuglément sous leur impulsion ». Et même si nos F F sont là pour nous guider, cette écoute de Dieu est une démarche solitaire où « tu répondras toi-même de tes actes ». Et « tu ne prendras point les mots pour la réalité » parce que Dieu finit par te parler lui-même mais autrement qu’avec des mots. Oui, en effet, Dieu parle à travers chacun de nous mais pas dans le même langage que nous et « tu t’efforceras toujours de découvrir l’idée sous le symbole ».
La deuxième question du
cabinet de réflexion : « qu’est ce que
l’homme se doit-il à lui-même ?
» appelle à coup sûr la même
réponse : la Vérité. Mais
où est la Vérité ? « La
quête de la Vérité (et de la parole
perdue) est l’essentiel de la démarche maçonnique
du Maître Secret »
, « lumière placée
à la portée de tout homme qui veut ouvrir les
yeux et qui veut regarder ». Le devoir
y conduit sûrement ».
Cependant, il est illusoire de penser que nous allons tout seul accéder à la « Vérité ». Encore une fois c’est à travers les autres que nous pouvons l’entrevoir « écoute tous les hommes avec attention et déférence ; aie la ferme résolution de les comprendre ».
Nous n’avons pas à adhérer aveuglément aux opinions des autres aussi bien ficelées soient-elles : « n’accorde à qui que ce soit une confiance aveugle ».
Notre vigilance doit rester intacte et notre personnalité n’a pas à s’effacer devant les jugements extérieurs, notre libre arbitre doit s’exercer en toute circonstance : « accueille toutes les opinions, mais ne les déclare justes que si elles apparaissent telles à ton examen propre ». Mais la Vérité n’est pas simplement factuelle, elle ne peut se résoudre à la conception binaire du « vrai ou faux ». Elle est la réponse à des interrogations profondes sur notre condition d’homme son origine, son avenir et cette réponse ne peut émaner que du Principe. C’est pourquoi « ne profane pas le nom de vérité en le donnant aux conceptions humaines » !
La troisième question du cabinet de réflexion « que doit l’homme à ses semblables et à sa patrie? » nous renvoie à l’application pratique de tout ce que nous avons vu plus haut, à l’incarnation de tout ce que nous avons perçu dans le monde d’en haut car tout ce qui est en haut est comme ce qui est en bas. Que nous demande alors la maçonnerie lorsque nous agissons du côté du miroir où se trouve notre équerre en nous servant du compas ? – « de promouvoir la justice » qui est la traduction en mode binaire de la Vérité.
Nous avons ainsi parcouru un cycle qui nous a conduits du beau au vrai puis du vrai au juste, c’est à dire du créateur à sa création à travers la substance même de son émanation qu’est la Vérité. Mais ce cycle ne souffre pas de raccourci. L’initié doit en toute chose l’accomplir selon la règle et en contracter à chaque étape l’obligation car :
– « Malheur
à ceux qui aspirent à ce dont ils sont indignes
».
– « Malheur à ceux qui acceptent une
charge qu’ils ne peuvent pas porter ».
– « Malheur à ceux qui acceptent
légèrement des devoirs et qui ensuite les
négligent ».
Seule l’initiation nous éclaire sur notre obligation vis-à-vis du Principe d’accomplir notre devoir envers lui, source de notre vie et créateur de toute chose. Au quatrième degré « nous étions plongés dans la pénombre en retrouvant la lumière nous nous engageons sur la voie du devoir ». Un initié digne de ce nom ne peut que s’en rendre compte et y participer par ses travaux. « Vous entendez mes frères : la Maçonnerie est un devoir » !
Cette obligation est éternelle comme est éternel le Principe et de ce fait notre devoir envers lui est « aussi inflexible que la fatalité ». Ce devoir est devenu notre raison d’être Maçon. Il est nécessaire à nous maintenir dans cet état : « En santé comme en maladie, en prospérité comme en adversité le devoir est pour nous aussi exigeant que la nécessité ».
« Il nous accompagne sans cesse dans le tumulte de la cité » car pour nous initiés, ceux que nous côtoyons nous renvoient l’exigence de rembourser notre dette vis-à-vis de notre créateur. « Il nous accompagne dans la solitude du désert » ou nous essayons de nous cacher ou dans lequel on nous a repoussés. Tout peut disparaître sauf lui. C’est pourquoi « le devoir est là toujours impératif comme le destin ».
Oui nous reconnaissons « que le devoir est la grande loi de la maçonnerie, inflexible comme la fatalité, exigeant comme la nécessité, impératif comme le destin ». C’est pourquoi, il est au cœur de notre vie de maçon et s’identifie à nous au fur et à mesure de notre progression. Comme souvent dans nos travaux nous soulevons le voile de mystères qui nous échappent encore, de même nous procédons de cette anticipation dans l’accomplissement de notre devoir. C’est pourquoi il est parfois « plus facile de l’accomplir que de le connaître ». Et puis, parce que nous sommes « créatures », que notre esprit n’est pas « pur esprit » et en aucun cas ne s’exonère de sa condition humaine et donc de la mort, « celui qui sème ne récolte pas toujours ». Nous devons donc nous « préparer à accomplir le devoir parce qu’il est le devoir, sans songer à la récompense ».
Par le devoir nous contribuons et nous collaborons ainsi à la création en hommes libres, en ouvriers, en Maçons. Mais le devoir dans cette phase opérative dépend également du reste de la création et l’entreprise en devient gigantesque. Pourra-t-on un jour voir l’avènement du Saint Empire ? Bien sûr car nous franchirons tous un jour, comme ceux qui nous ont précédés, l’espace temps qui nous sépare de l’Orient Eternel. C’est pourquoi ici bas « il n’est point besoin d’espérer pour entreprendre ni de réussir pour persévérer ».
J’ai dit.
Résumé :
A travers les trois questions
posées dans le cabinet de réflexion :
Qu’est-ce qu’un homme doit à son créateur ?
Que se doit-il à lui-même ?
Que doit-il à ses semblables et à sa patrie ?
notre Frère livre son interprétation du devoir en
Maçonnerie en s’appuyant sur les exhortations les maximes et
les sentences de la Réception au 4ème
degré.
« Nous sommes à jamais redevables au Principe créateur de nous avoir donné la vie et de nous avoir placés au centre de sa création. C’est pourquoi nous avons l’impérieux devoir d’y collaborer selon ses plans. Encore faut-il que nous fassions l’effort de les connaître ce qui fait également intégralement partie du devoir qui nous incombe en tant qu’initiés et Maçons ».