Garder le secret, être obéissant, rester fidèle

Auteur:

P∴ B∴

Obédience:
Non communiqué
Loge:
Non communiqué

En préambule quelques remarques sont nécessaires :

Tout d’abord je dois vous dire le but d’une planche n’est pas d’apporter une réponse à la question mais de faire en sorte qu’au terme de celle-ci on ait une vision plus large, plus universelle du problème permettant alors d’envisager des réponses.

Le commentaire d’une phrase est déjà long et difficile, mais quand le T F P M vous en impose  trois, la tâche est largement multipliée et pourraient si j’en avais les capacités qu’elles soient intellectuelles, de savoir et subtilités nous conduire à un exposé de plusieurs heures voire à un ouvrage trop épais, pour être lu, analysé, commenté et critiqué dans les quelques minutes qui me sont imparties ce soir.

Je vous propose de réduire à 2 les propositions à analyser ; car si « garder le secret » reste indépendant, « être obéissant et rester fidèle « se retrouvent dans la notion d’» allégeance », nous pourrons donc les étudier d’un seul tenant.

Enfin contrairement à mon habitude, je vais être obligé pour ce travail de faire de nombreuses références au rituel, car il me parait impossible de sortir ces trois éléments de leur contexte qui est l’instruction au 4ème.

Je vous propose d’essayer de comprendre la différence entre ces concepts au cours des trois premiers degrés et du quatrième mais aussi d’étendre à la nature des contraintes que cela nous impose.

Serait-ce là une limitation à notre libre arbitre. Qu’en serait-il alors du seul dogme en franc-maçonnerie : « un maçon libre, dans une loge libre ». On doit donc s’interroger entre autres sur les enseignements et serments que nous avons reçus et traités depuis notre initiation :

Depuis de l’initiation nous avons l’habitude de garder le secret que ce soit lors du serment d’initiation au 1er degré (je jure de ne jamais révéler aucun secret de la F M), mais aussi lors de l’initiation au 2ème ( je jure de ne révéler aucun des secrets du 2ème degré) puis au 3ème degré (je jure de ne jamais communiquer les secrets du grade de Maitre Maçon). Ce qui est curieux et peut mériter exégèse et recherche c’est que serment au 1er degré englobe la totalité des secrets de la F M alors qu’au 2ème et 3ème degré le serment ne concerne que les secrets du grade.

Pourquoi cette formulation à la clôture des travaux au quatrième degré pourquoi ici, pourquoi maintenant. Mais ce n’est pas la première fois que nous rencontrons ce concept de soumission car dès le 1er degré, l’accueil formel des F Visiteurs comporte :

– le V M d’où venez-vous ? le F V d’une Loge de St Jean V M

Qu’apportez-vous ? Soumission au V M.

-garder le secret : pourquoi, pour quoi.
-être obéissant à qui, à quoi,
-rester fidèle à qui ? À personne car il n’y a pas de culte de la personnalité en franc-maçonnerie ; à quoi à la pensée et aux principes de la Franc-Maçonnerie.

Au quatrième degré dès le début de l’initiation l’accent est mis sur le secret. À peine entré dans la loge le trois fois puissant maître dit : « Mais avant tout vous devez savoir que la discrétion maçonnique à laquelle vous vous êtes engagés par serment, lors de votre première initiation et de chacune de vos augmentations de salaire est encore plus stricte au 4ème degré. Pour vous en manifester le symbole, nous allons vous clore les lèvres  avec le sceau du secret ». (rituel p 17)

La franc-maçonnerie vous a tiré de la servitude de l’erreur.

-être obéissant…
-Servir la justice…( rituel p 19)

Quand le trois fois puissant maître appelle les nouveaux maîtres secrets pour qu’ils prêtent leur serment, il leur propose une alliance. Cela rappelle la relation unique entre le peuple juif et Yahvé montrant implicitement que les nouveaux maîtres secrets sont élus à cette progression. On verra plus tard que cette élection se confirme sous d’autres formes de façon plus explicite.

Qu’est-ce qui nous mène sur la voie du progrès : c’est le devoir.
Le serment nous engage à : garder le secret de. ( rituel p23)
Être fidèle : allégeance au suprême conseil, fidélité aux devoirs.
D’être obéissant au règlement et statuts. ( rituel p 24)

Dans le nouveau rituel d’initiation au quatrième degré il est maintenant écrit : « je promets et je jure »:

-allégeance au Suprême Conseil des Souverains Grands Inspecteurs Généraux du 33e degré.

À côté du secret, la légende fixe un code de la fidélité et de l’obéissance avec ses obligations pour chacun des partenaires le vassal doit obéissance et fidélité suzerain qui doit lui-même protection à ses vassaux.

Voir la circulaire des deux hémisphères (datation de la circulaire en partie sur le calendrier hébraïque et les constitutions de Berlin).

A la lueur des textes fondateurs le suprême conseil est au sommet d’une hiérarchie pyramidale on tend parfois à opposer la démocratie à notre démarche écossaisse. Il s’agit là d’une grossière erreur et d’une analyse perverse car tout d’abord les deux termes régissent des mondes différents à la fois côte à côte, superposées, intriqués mais totalement indépendants comme le monde réel et la quatrième dimension.

En outre le terme de démocratie est en permanence dévoyée par une populace qui voudrait croire à un égalitarisme vulgaire, sans effort voulant assujettir le concept à son intérêt personnel tels les trois mauvais compagnons alors qu’au contraire notre démarche et notre rite initiatique nous permet des niveaux croissants de connaissances et le contrôle, au sens anglo-saxon du terme, de leurs acquisitions et de leur compréhension.

Cette allégeance au suprême conseil n’est prononcée qu’une seule fois dans le serment de la première accession au haut grade : « je promets et je jure » allégeance au Suprême Conseil des Souverains Grands Inspecteurs Généraux du 33e degré. Cet engagement est suffisamment fort pour qu’il ne soit plus besoin d’être répété ultérieurement. Mais cette allégeance et la soumission qu’elle semble impliquer n’a en fait  de valeur que symbolique.

Garder le secret

Nous concernant le secret peut englober deux choses, le secret d’appartenance et le secret du contenu symbolique de nos travaux qui est le seul que j’aborderai ce soir. Quelques recherches historiques ont permis à certains de constater que notre serment est pratiquement mot pour mot celui que prononçaient les maçons opératifs du moyen-âge :

« je jure par bien et par Saint-Jean, par l’équerre et le compas, de me soumettre au jugement de tous, de travailler au service de mon maitre dans l’honorable loge, du lundi au samedi et de garder les clefs sous peine d’avoir la lange arrachée à travers le menton et d’être enterré sous les vagues, là où aucun homme ne le saura » (1, 2)

Ces serments ne sont bien sûr pas à prendre au pied de la lettre ,mais donne un caractère théâtral laissant un souvenir qui pour certains  empêche sa violation en réalité comme on le trouve dans la 2ème version des Constitutions d’Anderson( 1738) « la solennité du serment ne rajoute rien à l’obligation » signifiant ainsi que le serment oblige par lui-même qu’il y ait ou non sanction, d’ailleurs Ramsay dans son discours du 26 décembre 1736 concluait si « quelqu’un manque aux promesse solennelles qui nous unissent, sachez Messieurs, que nous n’avons d’autres lois pénales que le remord de la conscience et l’expulsion de notre société ».

Ce serment de garder le secret n’est-il pas contraire à la loi ? Il ne nous oblige qu’à des actes vertueux, conformes aux lois de notre pays, mais pouvons-nous jurer de cacher quelque chose au pouvoir civil si on nous le demande en justice. Ce problème a été soulevé par notre F Joseph de Maistre qui postule qu’il y a trois ordres de Droit : le Droit Naturel qui est antérieur au Droit Civil et au Droit Politique. Or le secret appartient au Droit Naturel car il est le lien de confiance base de la société humaine. Puisque la F M ne comporte rien de contraire à la loi, la religion, et la patrie, il est de Droit Naturel et donc rien ne nous oblige à le révéler au gouvernement et à ses tribunaux.

Le secret, en ce qui nous concerne, dérive de l’impérieuse nécessité qu’avaient les Maçons Opératifs de préserver leurs techniques équivalent des brevets d’aujourd’hui. La Maçonnerie Spéculative s’est laissée emporter dans le droit fil de ses ancêtres revendiqués, comme étant l’autre extrémité de la longue chaine qui nous unit à ces prédécesseurs… Mais le vrai secret c’est qu’il n’y a pas de secret qu’on puisse coucher sur un papier. On pourrait donc se demander pourquoi le secret est nécessaire puisque la révélation de nos réflexions au monde profane est d’une platitude vulgaire en l’absence de la clef qui est la progression de soi-même par l’initiation. Tout réside dans notre comportement, dans la pratique individuelle au bénéfice de tous, vertus que nous développons en loge. Sa formulation au 4ème degré a cette particularité qu’il englobe non seulement notre passé et présent maçonnique, mais qu’il nous engage pour le futur sur le long chemin de la progression initiatique. Il est remarquable qu’au 4ème degré ce serment du secret n’ s’accompagne d’aucune sanction d’aucune menace, nous respectons le secret parce que c’est le devoir. Pour terminer mais non conclure sur le secret deux réflexions :

De Voltaire « surtout de vos secrets soyez toujours le maitre, qui dit celui d’autrui doit passer pour un traitre, qui dit le sien passe pour un sot ».

D’un proverbe chinois : « celui qui connait le secret ne le trahit pas, celui qui trahit le secret ne le connait pas ».

Etre obéissant, rester fidèle

Ils constituent le fondement de l’allégeance. D’entrée cela ne doit pas être considéré comme une aliénation de la pensée et du libre arbitre, mais doit être illustrée par ce propos médiéval : « mon bras pour lui, ma pensée, ma volonté pour moi ».

La fidélité c’est celle qui découle de nos devoirs envers l’humanité, la patrie, la loge, la famille, le prochain. C’est l’alliance consciente que nous avons contractée avec le GADLU c’est à dire avec nous-même.

Cette obligation qui nous est faite à la clôture des travaux du 4ème degré s’inclue sans discussion dans le devoir qui est le fil conducteur du Maitre Secret. Mais toute obligation contient en soi-même le germe de la transgression. Si être obéissant et rester fidèle étaient intrinsèquement et consubstantiellement dans la nature de l’homme, il ne serait pas nécessaire de l’imposer par serment renforcé par l’application du devoir en tant que tel. C’est donc que la transgression est un risque naturel et la conséquence de celle-ci est la recherche éternelle.

Dans notre monde occidental, il s’agit de la transgression d’Adam qui a mangé le fruit de l’arbre de la connaissance. Transposée dans notre mythologie c’est devenu la recherche de la parole perdue, c’est à dire la Vérité. Les trois mauvais compagnons ne sont que la représentation d’un monde extérieur arc bouté sur des dogmes archaïques et refusant toute idée novatrice ou progrès. Cette lutte est sans fin car elle oppose notre intime part de progrès et de lumière à une part aussi sombre de notre  personnalité. C’est en permanence un combat contre nous même.

Les trois mauvais compagnons sont une partie constituante de notre moi qu’il importe de persuader, convaincre voire détruire pour aboutir à un soi.

L’allégeance comporte un élément volontaire même si on est parfois contraint. A la différence de la loi qui s’applique quelle que soit notre opinion et notre volonté. La loi est naturellement un appel à la transgression résultant soit d’un esprit pervers soit du fait qu’elle est inique dans son esprit ou mal appliquée voire dévoyée. La transgression n’est pas toujours coupable, certains sont à l’origine de progrès scientifiques comme le fait d’avoir bravé l’interdiction de dissection des cadavres ou sociétal comme ce qui a abouti à la loi Weil.

Le rituel du 4ème degré et le déroulement du mythe nous donnent les réponses à l’interrogation initiale :

Garder le secret de notre tradition.
Etre obéissant aux règles initiatiques.
Rester fidèle à notre marche vers la lumière et la connaissance qui implique pour cette dernière le devoir de partager et de transmettre.

Mais le Maitre Secret est un lévite, un serviteur du temple non autorisé à y pénétrer, ses connaissances ne le lui permettent pas, il doit progresser encore. Ce cheminement, c’est plus de liberté donc plus de responsabilité en ayant conscience de nos propres faiblesses.

L’humilité doit nous habiter en permanence. Le maitre Secret ne se retire plus sous la loi du silence comme en Loge Bleue puisqu’on lui impose de :

Garder le silence comment pourrait-il en être autrement puisqu’on lui a scellé les lèvres avec le sceau. Etre obéissant puisque la F M nous a tiré des servitudes de l’erreur. Rester fidèle en sachant ne pas prendre les mots pour des idées.

On dit souvent de façon elliptique que c’est au pied du mur qu’on reconnait le maçon. En réalité ce n’est pas de construire les murs qui importe mais d’abattre ceux qui nous enferment et sont des obstacles à tout contact et vision universelle. Les murs de la haine, de l’indifférence, de l’ignorance s’érigent malheureusement spontanément et doivent être constamment détruit pierre par pierre, pour la transmission de la Vérité c’est-à-dire de la prise de conscience de notre appartenance à l’Humanité.

C’est le sens de notre combat. C’est notre Devoir.

T F P Maitre, j’ai dit.

References :
1 Edinburgh Register House Manuscript 1694 in Knoop-Jones The Medieval Mason Manchester 1949, p 208.
2 Pritchard Samuel The Masonry Dissected London 1730.

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