Athée et Libertin
M∴ M∴
Question : « …et s’il entend bien l’Art, le maçon ne sera jamais un athée stupide ni un libertin irréligieux ».
J’avais décidé de commencer cette planche dans une forme traditionnelle que je n’ai pas pu conserver très longtemps car le questionnement était trop profond. Je vous en ai quand même conservé le début, dans le but de planter le décors.
Athée : vient du grec Théos qui veut dire Dieu, précédé du A privatif. Quelqu’un qui ne croit pas en Dieu ni en aucune divinités.(Définition du Larousse).
Libertin : vient du latin Libertinus qui veut dire affranchis, avec deux définitions du même Larousse : libre penseur où qui mène une vie de mœurs très libre et dissolue.
Une personne athée et libertine serait donc quelqu’un qui ne croit en aucun Dieu et mène sa vie selon son instinct, affranchie de la religion et de la Morale.
Comme souvent, les mots ont une acception différente selon les époques, cela dépend du contexte historique.
Dans l’antiquité, athée, désignait la négation de l’existence des dieux, c’était le cas de la majorité des grands penseurs grecs. Et bien que Socrate s’en soit défendu (dans les dialogues de Platon) il ne s’en souciait guère, un peu à l’image d’Epicure qui les ignoraient par indifférence réciproque.
C’est avec l’émergence des religions monothéistes et l’apparition d’un dieu révélé, porteur de l’unique vérité, qu’athée prend une valeur plus religieuse et plus partisane : l’athée est celui qui n’a pas la foie, voir une foie différente.
Au 18ème siècle, athée et libertin désignent plutôt des libres penseurs en révolte contre le dictat de l’église. Pour montrer leur opposition, ils s’attaquent aux deux piliers de celle-ci ; la foi et la morale (Abraham et Moïse). La réaction à un pouvoir omnipotent ne peut être que violente et conduit le plus souvent à des dérives et des excès inverses. Nous sommes au siècle des lumières et un vent de liberté souffle sur toute l’Europe avec l’Angleterre en fer de lance. En le replaçant dans ce contexte, ce premier paragraphe des constitutions d’Anderson me paraît plus comme un désir d’apaisement, de rassemblement et d’allégeance au monarque chef de l’église anglicane, dans la pure tradition des olds charges.
Arrivé jusqu’à nous, il n’en perd pas pour autant sa charge symbolique et c’est sûrement pour cette raison que la GLDF le replace en tête de ces constitutions en 1967. De nos jours, le sens des mots athée et libertin sont assez proches de leur étymologie, avec une nuance pour libertin, qui fait plus référence aux mœurs et à la sexualité en particulier.
A ce moment de mon étude, m’est apparue une évidence : J’ai été initié franc maçon à la GLDF, au REAA, travaillant ALGDGADLU depuis des années, j’ai été jugé digne d’être admis par mis vous, parce que libre et de bonnes mœurs, j’ai confirmé mon attachement à ce rite avant d’être admis M S Je ne peux donc sincèrement ni être athée ni être libertin, à moins que votre sagacité n’est été mise outrageusement à défaut.
La question m’est pourtant posé malgré l’évidence. Est-ce que c’est pour me demander si je ma démarche était la bonne, si je regrette où si je persiste et dans ce cas, a en trouver les arguments ?
Après ce chamboulement dans mes objectifs, je me suis remis au travail. La remise en cause de nos certitudes est une part de notre démarche initiatique, mais j’aborde là des fondamentaux.
Athée et libertin font directement référence au Divin et à la Morale. Les deux sont étroitement liés, Anderson y fait allusion en filigrane, avec deux adjectifs qui dans le soucis d’une meilleure syntaxe aurait du s’inverser (irréligieux et stupide). Malgré cela je vais les traiter séparément, pour petit à petit mieux les rapprocher. Et je vais commencer par la Morale qui me paraît moins difficile et sur laquelle je me suis déjà penché.
Dans nos sociétés actuelles nous avons du mal à dissocier la religion de la morale, il faut pourtant se souvenir qu’elles n’ont étaient associé qu’après Moïse qui a sacralisé la morale en l’intégrant au message de Dieu…
Il me paraît peu probable que des groupes, vivants en communauté, puissent survivre sans règles.
Les tribus vivant avant Moïse mais bien évidemment après Noé, avaient assurément des règles de vie sociales, ce qui peut s’apparenter à un esprit de morale. On peut même penser, que celles qui avaient les meilleures règles se sont le mieux développées, dans le sens d’une adaptation aux contingences qui est une loi de la vie. Elles auraient ainsi propagé un système de vie en communauté qui permettait à chacun de trouver sa place en évitant les heurts et les violences internes. Quand on y réfléchit les bases sont assez simples : c’est le respect de l’autre, voir en l’autre son égal en acceptant sa différence.
Toutes les autres règles découlent de celle-ci. C’est la mise en œuvre qui est beaucoup plus difficile.
Je passe ici volontairement sous silence l’ambition, l’ignorance et le fanatisme qui sont l’autre face de la condition humaine mais qui ne font pas partis de mon propos aujourd’hui et qui n’ont jusqu’à présent pas su faire dévier l’ensemble de l’évolution de l’humanité bien que la vigilance soit de mise.
Je suis conscient que l’organisation d’une société dépend de bien d’autre contingences, et je n’ai pas une conception manichéenne des choses mais je vous dit cela pour une meilleure compréhension et pour essayer de revenir à l’essence.
De ce constat, il me paraît que le principe de Morale soit antérieur à celui de Dieu où tout au moins d’une nécessité plus pragmatique. Je veux dire par là que les obligations matérielles supplantaient les considérations spirituelles. Certains d’entres nous avaient quand même ressentis une influence supérieure mais qui se cantonnait à des divinités ce référent aux puissances naturelles. Cela n’enlève rien à leur symbolique, qui a sûrement été la base de l’idée d’un Dieu unique celle-ci n’étant que la synthèse où l’interprétation de tous ces symboles. La civilisation Egyptienne, dont Moïse s’est inspiré est l’exemple type de cette évolution vers le divin unique.
La franc maçonnerie a la même priorité, elle demande au postulant d’être libre et de bonnes mœurs et non pas de croire en Dieu. Les rapports d’enquêtes sont assez révélateurs dans ce sens, sa vie sociale et familiale sont épluchée mais une seule question sur sa vie religieuse. La réponse est, dans presque tous les cas « croyants non pratiquants » mais comment pourrait-il en être autrement ; on vient en franc maçonnerie en état de recherche et non pour propager la bonne parole.
L’ironie du sort fait que j’ai personnellement répondu athée à cette question, je ne maîtrisais pas aussi bien la sémantique à cette époque, mais l’enquêteur a judicieusement su me faire admettre que je croyais en un principe créateur, ce qui me fait peut-être la joie d’être par mis vous aujourd’hui. J’étais effectivement anticlérical et surtout anti-dogme mais toute évidence pas athée.
Pour ce qui est du SCDF ; après cette première sélection, il en fait une deuxième : il coopte les plus vertueux d’entre nous, ce qui nous rend honneur à tous ici mais cela me laisse présager d’autres sélections encore.
J’en conclue donc que la loi Morale est la base de la construction d’une civilisation. C’est la construction du premier temple ou les pierres doivent être polies pour s’ajuster et s’empiler afin d’aller plus haut mais il est évident que pour aller plus haut il faut un but plus élevé. J’en ai fini avec le mot libertin. Et je peux dire à ceux qui pensent que d’être libre penseur les exempte des règles de la Loi Morale sont complètements stupides.
J’aborde maintenant un sujet beaucoup plus complexe : Le Divin. Il a toujours était sous-jacent, même dans mon propos précédent où je voulais parler exclusivement de la morale. L’approche est compliquée. Nombres de penseurs plus illustres les uns que les autres s’y sont essayés dont je n’ose même pas prononcer les noms, pour ne pas comparer cette planche à leurs lumineuses études mais je dois me lancer et je n’emprunterai pas le raccourci que m’offre Descartes. « Je pense donc je suis donc Dieu existe » bien qu’en me relisant j’en sois assez proche mais conformément au rituel je n’accepterai aucune idée que je ne comprenne et ne juge vraie.
J’ai décidé de suivre, dans un premier temps, mon esprit scientifique et d’aborder ce sujet spirituel par la connaissance puisqu’on me dit à la GLDF que le GADLU est le symbole du principe créateur cela me donne une référence. les Images conceptuelles de Dieu ont toujours étaient construites de façon qu’elles soient inaccessibles, celle-ci ont étaient modifié au fil du temps au fur et à mesure de l’avancée et des découvertes scientifiques, souvent non sans violences car il est difficile pour la religion de se remettre en question compte tenue de sa construction dogmatique.
Nous en sommes actuellement, au niveau scientifique, à la théorie du Big bang qui se confirme. Une formidable explosion serait à l’origine de tout l’univers. Un seul point énergétique serait à l’origine de toute la matière de l’univers ? serait-ce là l’énergie primordiale ?
Je vous avoue, que jeune maçon et scientifique pur et dur, je pensais que la science apporterai les solutions, mêmes aux problèmes d’ordre métaphysique qui n’était pour moi qu’une ultra physique. J’ai depuis beaucoup réfléchi.
Pour qu’une énergie explose a l’instant zéro de la création de l’univers il fallait que celle-ci existe juste avant, ce n’est pas un acte de création mais un phénomène de transformation. Pour qu’il y ait création, il faut qu’apparaisse quelque chose et qu’il n’y est rien eu avant, Il faut que quelque chose surgisse de rien, du vide, du néant. Ce créateur ne peut donc faire parti de notre univers car alors sa présence même aurait déjà était quelque chose. De cette logique implacable nous en déduisons qu’il existe un monde supérieur auquel nous n’avons pas accès intellectuellement mais puisque nous en sommes aux limites pourquoi n’en existerais-t-ils pas d’autres tous supérieur les uns aux autres.
La philosophie bouddhiste et taoïste a résolu le problème en disant que tout existe, a existé et existera dans l’infinité du temps et de l’espace.
Notre cerveau a beau être une belle machine, il a ces limites aussi. Notre entendement ne peut concevoir l’infini de l’espace et encore moins du temps et notre raison chavire à l’idée de plusieurs monde superposés les uns aux les autres.
Quand nous approchons des lois de l’univers dans leurs infinis limites, nous approchons des limites de notre entendement ! Seules les mathématiques qui ont intégrés ces limites infinies arrivent par abstraction à les dépasser. Mais seulement dans le domaine de la construction abstraite sans aucune contingences.
La recherche de la vérité par la connaissance montre ses limites. Cette recherche extérieure certes constructive, nous mène à l’impasse dans le domaine du divin et cela nous conduit vers une recherche intérieur, celle de la parole perdue.
L’abstraction est utile, c’est un peu vers quoi nous tire le symbole tout en nous faisant revenir sur le réel dans un système d’interactions. C’est dans ce prolongement que je me suis replacer, comme tous maîtres maçons, au centre du cercle pour éviter l’égarement.
Cette position centrale m’a tout de suite ouvert d’autres horizons évidemment symbolique mais dont le retour est intéressant.
Le centre du cercle, pour un M S est aussi le centre du pentagramme où pentacle, cette étoile flamboyante, symbole de l’homme universel, dans un triangle équilatéral symbole du Divin. Le centre est commun aux trois figures. C’est le symbole qui est à l’Orient. Ce symbole nous dit que l’homme est au cœur du Divin c’est à la fois une intégration et une corrélation. Cette étoile génératrice n’arrive pas à toucher les bords du triangle sans s’excentrer, et est loin par sa pointe d’atteindre le sommet du triangle.
L’homme, par sa prise de conscience a fait naître un monde qui le dépasse. Il a ainsi découvert qu’il n’est qu’une possible potentialité par apport à l’infinité des possibilités universelles symbolisé par le cercle.
Je ne peux m’empêcher de rapprocher ce symbole avec le génial graphique de Léonard de Vinci que l’on appelle l’homme de Vitruve. Vitruve était un architecte de l’antiquité qui a fait correspondre les proportions architecturales avec les proportions humaines et dont le traité a influencé jusqu’au constructeurs de la renaissance.
Ce graphisme représente un homme dans un carré et dans un cercle. Cela fait penser à la grande Triade étudié par René Guenon( la terre, le ciel et l’homme).
Je ne vais pas vous faire en détail l’explication symbolique de cette figure qui demanderait une planche toute entière mais en retirer les éléments en relation avec mes propos.
L’homme qui occupe la presque totalité du carré laisse un espace libre, au sommet entre le carré et le cercle, cet espace paraît inaccessible et nous rappelle les limites de notre entendement, que j’ai évoqué précédemment, lors de mon approche scientifique. Cette partie du symbole me paraît importante, d’autant plus qu’elle forme une image de voûte céleste qui ne nous ait pas inconnue. Pourtant il suffit de tracer l’étoile autour de l’homme, pour s’apercevoir que celle ci explore ce domaine céleste par sa pointe au dessus de sa tête.
La signification de ce symbole est, à mon avis la visualisation de la transcendance par l’exploration de l’immanence symbolisé par le centre. C’est un des chemins vers le Divin parmis bien d’autres.
Notre entendement est limité mais notre imagination est sans limite, c’est ce qui fait la force du symbole, il explore notre imagination, cela peut évidemment mener à quelques dérives que vous voudrez bien m’en excuser si cela est le cas mais je persiste et signe.
J’aime dans cette figure, la présence de ce carré, symbole de la matière dont tout est issu, même la pensée. Notre pensée elle-même surgi de la matière. C’est un phénomène qui pourrait nous faire penser au miracle. Quand on pense au parcours depuis les premiers atomes on ne peut s’empêcher de penser que ce phénomène est certainement la clef ! Sans la prise de conscience de l’homme, l’idée du Divin n’existerait même pas, c’est cette pensée émanant de la matière qui a créé le Divin.
A part le fait que le Divin soit par conséquent, obligatoirement en nous, met venu une autre conclusion que j’ai eu quelques réticences à vous dévoiler par peur d’aller trop loin. Mais je sais que je parle en confiance et que mes erreurs seront pardonnées ainsi que mes excès.
J’ai eu le sentiment que le but de la création était de faire revenir les éléments créés vers leur créateur, comme un retour aux sources, comme une recherche de la parole perdue. Et puisque j’en suis là, je vais vous dire ma conception des choses tel quel est aujourd’hui. Tout est dans la création, depuis le premier le jour de la création, le libre arbitre réside dans la forme de sa réalisation dans le choix immense de sa potentialité.
Je suis bien loin de la question qui m’a été posé ! Ma démarche arrive à son terme et il est temps de conclure.
La vertu morale est une exigence pour devenir Franc-Maçon. La suite du premier paragraphe des constitutions d’Anderson, nous le confirme. « …les soumettre seulement à cette religion que tous les hommes acceptent, …qui consiste à être des hommes bons et loyaux où hommes d’honneur et de probité ».
Je pense, aussi, avoir pu vous
prouver qu’en pratiquant, en temps soit peu l’Art,
comme j’ai pu essayer de le faire aujourd’hui, on
ne peut être athée.
A l’opposé de la religion qui fait
émerger la Morale d’un être Divin, signe
d’une vérité
révélée, la franc
maçonnerie pose, comme base, la Loi Morale pour aller vers
ce Divin. L’interaction inévitable qui se produit
ensuite, peut prêter à confusion et peut faire
ressembler la Franc-maçonnerie à une religion…
Mais le chemin, bien plus difficile, que nous avons choisi et que nous a transmis le rite, permet à chacun d’exprimer son individualité, gage de diversité et de richesses.
Le message d’Amour qui nous a été transmis, il y a plus de deux mille ans, est sans aucun doute, le lien entre ces deux parcours et si je ne l’évoque seulement que dans ma conclusion c’est parce qu’il me paraît tout concilier.
J’ai dit.