J’ai été reçu sous l’olivier et le laurier

Auteur:

P∴ J∴

GODF
Loge:
Non communiqué

Cette phrase, sujet de ma planche de ce soir, est issue du mémento du grade de perfection du 4ème degré – M Sec. Elle fait partie de l’instruction du grade et est la réponse à la question « Où avez-vous été reçu M Sec ? ».

Ce sujet m’a été confié par le Coll des Off Off fin novembre 2009.

De prime abord, cette phrase m’a fait replonger le jour de la cérémonie d’investiture au degré de M Sec et des devoirs qui y sont associés.

Je ne traiterai pas de toute la cérémonie de réception. J’ai choisi de vous parler des points que j’ai jugés prépondérants, à savoir :

– La symbolique de l’olivier et du laurier.
– Un point de vue : hors de toute considération Maç.
– L’instant où j’ai été reçu M Sec.
– Du point de vue du rituel et de l’enseignement de M Sec.

La symbolique de l’Olivier et du Laurier

Tout d’abord l’olivier

Les civilisations du bord de la méditerrané ont incorporées l’olivier au sein de leurs sociétés.

Dans la mythologie grecque

Selon la légende de Cécrops, Athéna et Poséidon se disputèrent la possession de la région qui entoure Athènes : l’Attique. Ils choisirent comme arbitre Cécrops, premier roi du territoire. Poséidon frappa l’Acropole de son trident, en fit jaillir une source d’eau salée et offrit à Cécrops un magnifique étalon noir capable de faire gagner toutes les batailles. Athéna, quant à elle, gratta sa lance et fit naître de la terre brulée par le soleil un arbre immortel permettant de nourrir et de soigner les hommes : l’olivier. Cécrops jugea le présent de la déesse bien plus utile pour son peuple et c’est elle qui devint la protectrice d’Athènes.

Quant à Hercule, son arme la plus puissante était sa massue taillée dans un tronc d’oléacée et dans l’odyssée d’Homère, le pieu avec lequel Ulysse crève l’œil du cyclope Polyphème est taillé dans de l’olivier, symbole de sagesse et de force. Bois d’olivier tout comme le lit conjugal de Pénélope, symbole de patience et de fidélité.

Les grecques récompensaient les héros des jeux olympiques antiques par des branches d’olivier et des jarres d’huile d’olives.

L’olivier et la religion

Dans la bible, la colombe lâchée par Noé après le déluge revint avec un rameau d’olivier dans le bec après avoir trouvée une terre émergée. Ici l’olivier symbolise l’espérance. Dans le Judaïsme et le Christianisme, l’huile d’olive est utilisée pour les onctions sacramentelles et représente : la paix, la réconciliation, la bénédiction et le sacrifice. Dans le Coran, l’olivier est un arbre béni, symbole de l’Homme Universel et l’huile d’olive, en raison de sa pureté, est source de lumière divine pour guider les hommes.

Dans le monde moderne

Sur le drapeau de l’ONU, la couronne de rameaux d’olivier, entourant le monde, symbolise la paix universelle.

L’habit vert des « immortels » de l’académie française doit son nom aux broderies qui le décorent  représentant un motif de branche d’olivier en fruits.

Ce motif de rameau d’olivier orne aussi les pièces de monnaie (ancienne pièce de un franc). Selon les époques et les civilisations, l’olivier symbolisait la force et la victoire, la sagesse et la fidélité, l’immortalité et l’espérance ainsi que la richesse et l’abondance.

Maintenant, le laurier

Originaire d’Europe et du pourtour méditerranéen, le laurier noble ou laurier sauce appelé aussi laurier d’Apollon est un arbuste pouvant atteindre jusqu’à 10 mètres de hauteur. Son feuillage est persistant et résiste au gel. Le laurier sauce contient en ses feuilles, ses fleurs et ses racines diverses huiles essentielles bénéfiques. Il est également utilisé comme condiment. Il ne faut pas le confondre avec d’autres plantes qui portent le nom de laurier mais qui n’en sont pas tel que le laurier rose.

Dans la mythologie grecque

Dans la mythologie grecque, le laurier sauce est le symbole d’Apollon.

Ovide dans les Métamorphoses, conte l’histoire de Daphné. Cette nymphe grecque, premier amour d’Apollon, le fuyait tout le temps, car elle ne voulait pas se marier.

Un jour, après une longue poursuite, Apollon réussi enfin par la rattraper et lorsqu’il fut en face de cette jolie nymphe, Pénée (le père de Daphné), n’étant pas d’accord sur cette union transforma sa fille en laurier. Apollon, toujours amoureux de sa nymphe, en fit son arbre et le consacra aux triomphes, aux chants et aux poèmes.

Dans une traduction des métamorphoses d’Ovide, une annotation décrit le laurier comme le symbole de la pureté et de la protection. Les anciens croyaient qu’il n’était jamais frappé par la foudre et Tibère ne manquait pas lorsqu’il faisait orage de se mettre une couronne de laurier sur la tête.

Toujours en rapport avec Apollon, à Delphes, la Pythie et les devins mâchaient ou brûlaient du laurier pour Apollon, afin d’obtenir ses qualités divinatoires. Ceux qui obtenaient une réponse favorable de la Pythie retournaient chez eux avec une couronne de laurier.

En Grèce, cet arbuste est dédié à Apollon d’où son nom laurier d’Apollon. Il symbolise l’immortalité acquise par la victoire.

Chez les Grecs et Romains anciens, les poètes et les vainqueurs étaient couronnés de laurier. Au Moyen-âge ce symbole perdure. Dans les universités, les savants émérites « gagnaient » leur couronne de laurier.

Les jeunes docteurs portaient sur leur tête des couronnes de rameaux feuillés avec des baies d‘ou le nom « baccalauréat » (bacca laurea : baie de laurier) qui est toujours donné encore de nos jours en France au diplôme qui sanctionne la fin des études secondaires.

Le langage courant conserve également cette association du laurier au succès. Ne dit-on pas :

  • Cueillir des lauriers (remporter des victoires).
  • Etre chargé de laurier (avoir acquis beaucoup de gloire).
  • Flétrir ses lauriers (déshonorer sa victoire).
  • S’endormir sur ses lauriers (ne pas poursuivre une carrière glorieusement commencée).
  • Se reposer sur ses lauriers (jouir d’un repos mérité par des succès antérieurs mais cette expression est souvent utilisée de manière ironique).

En récompensant les vainqueurs, les savants et les sages, le laurier symbolise la sagesse unie à la victoire et l’héroïsme.

L’olivier et le laurier

L’olivier et le laurier sont à ma connaissance rarement associés.

A l’origine, vers 1808, les palmes académiques (Crée par Napoléon, cette décoration faisait partie du costume universitaire liées aux hautes fonctions universitaires) étaient composées, à gauche, d’une palme formée de feuillage d’olivier garnies d’olives, associé, à droite, à une palme de laurier. Ce symbole s’est simplifié.

En numismatique, l’association olivier et laurier est utilisé quelquefois comme sur le revers de la pièce de vingt centimes napoléon III empereur : l’inscription empire français est entourée d’une couronne d’olivier et de laurier. Cette association se trouve sur certaines séries de pièces de 5 francs de Philippe Auguste.

Nous les retrouvons associés symboliquement dans le rituel du 4ème degré du REAA. Ils sont également dessinés sur certains tabliers du degré.

Il est plus courant de trouver seulement l’un de ces 2 symboles.

Pour ma part, le symbolisme lié à l’olivier et le laurier que je privilégie est celui de l’antiquité : l’olivier comme symbole de sagesse, d’abondance et de gloire. – Le laurier comme symbole du succès dont on couronnait les vainqueurs.

Un point de vue : hors de toute considération Maç

Hors de toute considération maçonnique, la phrase « j’ai été reçu sous l’olivier et le laurier » me fait construire une image mentale qui ressemble à un endroit calme ou règnent des sensations de quiétude et de sécurité.

Compte tenu de mes origines du sud-ouest, outre l’aspect culinaire, l’image et les sensations auxquelles j’ai associé l’olivier et le laurier sont la tranquillité d’une chaude soirée d’été. A l’abri de l’olivier et du laurier ; confortablement installé contre le tronc, j’entends les sons de l’eau qui coule d’une fontaine. Sous mes pieds, je ressens le contact de la terre sablonneuse. Un vent chaud souffle doucement et porte les douces senteurs de la végétation.

C’est une image que l’on peu mentaliser pour faire une relaxation ou pour se détendre et préparer le sommeil.

Cette évocation est pour moi, synonyme de volupté, de calme, un espace hors du temps propice à la relaxation et à la récupération physique après l’effort. Ainsi, le laurier et l’olivier représente le passage du matériel au spirituel.

Etre reçu sous l’olivier et le laurier me rappelle également les couronnes faites de rameau de laurier et d’olivier portées par les chefs glorieux de l’antiquité tel que César. Symbole repris sur les pièces de monnaie, sur les gravures et gravé dans la pierre.

L’instant où j’ai été reçu M Sec

J’ai été reçu sous l’olivier et le laurier en décembre 2008. Ce moment a été pour moi semblable à un nouveau passage au cabinet de réflexion, tant sur le point de la pause introspective que sur l’aspect alchimique de l’œuvre au noir avant la purification : Etape nécessaire avant de franchir une nouvelle étape et démarrer un nouveau cheminement initiatique.

Alors que le M Maç se place, en réflexion, entre l’équerre et le compas, le M Sec passe, selon l’instruction Maç, de l’équerre au compas. Le 4ème degré me ferait-il passer de l’immobilité à l’action ? Ou plutôt me dit-il de me dégager du matériel pour aller vers le spirituel ?

Pour faire un parallèle avec l’alchimie, dans le cabinet de réflexion, des symboles et inscriptions font un parallèle avec l’œuvre au noir c’est-à-dire putréfaction, carbonisation, purification. Dans cette nouvelle épreuve au quatrième degré, j’y vois un nouveau processus de purification, de renaissance et de régénérescence du maçon pour l’amener à faire des voyages pour aller vers la recherche de la vérité et de la parole perdue.

Je pousserais l’audace à faire référence au savon d’Alep, lui–même issu d’un processus non pas Alchimique mais chimique qui combine et transforme des ingrédients pour renaitre en savon qui a pour but de laver et purifier. Pure coïncidence ou non, le savon d’Alep est fabriqué avec l’huile d’olive mélangée à des feuilles de laurier séchées auxquelles est ajouté la cendre de salicorne (œuvre au noir) afin de déclencher le processus de saponification.

Passer de l’équerre au compas et être reçu sous l’olivier et le laurier sont pour moi des éléments qui définissent un espace temps identique au cabinet de réflexion du futur App. C’est une prise de conscience par le passage d’un état à un autre, une halte, une réflexion puis une renaissance. Je fais un parallèle avec le cénotaphe d’Hiram qui est, lors du rituel de maitre, encadré par l’équerre situé au niveau des pieds (le concret) et le compas situé au niveau de la tête (spirituel). Lors de mon exaltation mes premiers pas m’ont fait enjamber le corps d’Hiram en passant de l’équerre au compas. Pour après prendre sa place, et de là, revivre les mythes d’Hiram. La encore un élément végétal qu’est l’acacia situé au dessus du corps d’Hiram est présent. Cette branche d’acacia délimite l’espace. Et être reçu sous l’olivier et le laurier, avec ces deux éléments végétaux, laurier et olivier, a été, a nouveau, un passage : de l’immobilité vers le M Sec.

Du point de vue du rituel et de l’enseignement de M Sec

Alors que le rituel précise que « la loge de M Secreprésente l’intérieur du temple de Salomon endeuillé par la mort d’Hiram et où se trouvent des MM recherchant secrètement à retrouver les enseignements du disparu ».

Le mémento du M Sec indique :

  • « Comment avez-vous été reçu M Sec ? En passant de l’équerre au compas ». On se dégage des contraintes matérielles pour allez vers le spirituel.
  • « Où avez-vous été reçu M Sec? Sous l’olivier et le laurier ».
  • « Que représentent ces symboles. Le laurier est l’emblème de la victoire que j’espère remporter sur moi-même par mes efforts dans la poursuite du Devoir. L’olivier symbolise la fécondité de la paix qui suit cette victoire ».

Je suis reçu M Secet l’on me couronne des lauriers de la victoire en me donnant des branches d’olivier. Ceci m’a quelque peu dérouté. Comment peut-on déjà désigner victorieux un frère avant même qu’il ait fait quoi que ce soit. Comme si cela était acquis d’avance. Cette position me parait présomptueuse. Comment peut-on être récompensé avant même d’avoir livré bataille ?

La phrase du rituel dit « Le laurier est l’emblème de la victoire que j’espère remporter sur moi-même par mes efforts dans la poursuite du Devoir ».

Sommes-nous dans l’espoir ou l’espérance ?

L’espoir est le fait d’attendre quelque chose avec confiance. Cela me parait contemplatif. Obtenir une victoire sur soi-même sans rien faire n’est pas du à mon travail mais à une sorte de chance. Il n’y a pas d’effort. Je n’entre pas dans l’action.

L’espérance est le sentiment qui fait entrevoir comme probable la réalisation de ce que l’on désire. Dans ce sens, la dimension est tout autre. Avec patience et confiance, à force de travail, je peux me perfectionner.

L’union rationaliste dit « On évoque beaucoup l’espérance. Nous mettons la nôtre dans une culture humaniste pour tous, intégrant la culture scientifique et les valeurs de la laïcité ». Cette définition est-elle aussi applicable à la F M ?

Mais je ne remporterais pas la victoire en l’absence du Devoir c’est-à-dire au détriment de tout. Le cap à suivre est le respect des autres et de moi-même, des valeurs Humanistes et le respect de la Liberté, l’Egalité et la Fraternité : dans la poursuite du Devoir.

La méthode est, peut-être, de s’imposer une discipline par le travail sur soi, pour tendre vers la perfection morale (l’ascèse) dans le respect des valeurs maçonniques. La paix avec soi-même en est la récompense. La richesse qu’elle apporte est durable. Cette fécondité de la paix qui engendrera de nouvelles victoires sur soi-même est, à la fois pérenne et, à la fois contribue à maintenir un état de quiétude favorable à la réflexion. C’est une aptitude à ouvrir un vaste champ de réflexion.

« L’olivier symbolise la fécondité de la paix qui suit cette victoire ». Pour moi, cette victoire s’inscrit au plus profond de mon être et en cela est pérenne. Ce n’est pas se reposer sur ses lauriers mais consolider ses acquis pour une paix durable avec soi-même.

Travailler sur soi et trouver la paix.

« La recherche du Devoir, de secret et de silence. Il n’y a de devoir qu’envers soi-même ».

Nos devoirs, outre ceux décrits dans le règlement général, sont :

  • Travailler sur soi-même.
  • Respecter nos engagements.
  • Respecter nos valeurs.

La phrase du rituel « l’apprenti recherche la connaissance, le M M est un homme d’action tendant vers l’extérieur, le degré de M Secest le symbole d’une ascèse intérieure devant provoquer une évolution spirituelle menant à la notion élargie de devoir », est peut-être un axe de recherche sur le sens du devoir du M Sec. Je n’ai pas encore le recul nécessaire pour définir ce qu’est pour moi le devoir et adapter l’action permettant l’élévation spirituelle.

Comme le dit un maitre de l’atelier : Le devoir de chaque maitre secret est aussi de savoir conjurer le devoir. S’affranchir des limites du devoir pour explorer de nouveaux espaces tout en conservant le cadre et les valeurs que l’on s’est fixés, ne serait-il pas le devoir du M Sec ?

Conclusion

J’ai travaillé cette planche différemment des autres que j’ai pu faire jusqu’à présent. J’ai accepté de restituer dans des délais qui sont pour moi extrêmement court. Une planche, d’habitude, me demande une gestation de 9 à 12 mois pour collecter, murir intellectuellement avant de pouvoir formaliser. Se donner un objectif de restituer un travail à un degré de perfection moindre (bien que ce mot de perfection ne me convienne pas) : C’est accepter ne pas être parfait mais d’être heureux de présenter un travail avec un degré de finition moindre tout en se voulant être un travail de qualité.

Et d’avoir un retour de vous mes frères et de me livrer des pistes qui me permettent de progresser et de faire sauter les verrous, comme je l’ai fait précédemment dans mon cheminement dans les ateliers bleus. Le feed-back permet d’aller vers l’idéal tout en comprenant le réel (merci Jean Jaurès !). Le Feed-back est un terme utilisé en psychologie pour désigner les informations en retour sur nous-mêmes que nous obtenons de notre environnement. Le feed-back est littéralement la « nourriture en retour ».

La planche de notre F Philippe Ber sur la clé d’ivoire m’a éclairée. L’objectif, pour moi, sera de travailler pour façonner le panneton de ma clé afin de trouver la forme idéale qui me permettra d’ouvrir mes serrures. S’il faut quelquefois briser les chaines, il faut savoir accepter de patienter pour fabriquer la clé qui ouvrira ou fermera progressivement les nombreuses portes vers la voie de la progression et me délivrera de mes chaînes. Dans ces considérations là, l’ascèse du M Sec me fait un peu peur car je risque de trop rester dans l’intellect. Je prends conscience que l’intellect ne peut aller sans le corps. Le corps et l’esprit sont indissociables.

Si j’ai été reçu sous l’olivier et le laurier, je ne suis pas encore digne de porter le laurier qui symbole la victoire que l’on doit remporter sur soi-même. Pour le moment, je l’ai dans les mains mais je ne peux le placer sur la tête. Je ne m’endormirai pas sur mes lauriers, c’est promis.

T F P M, j’ai dit.

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