La Batterie du Maître Secret
J∴ P∴ R∴
Ordo Ab Chao – Deus Meumque Jus.
Des Souverains grands Inspecteurs Généraux du 33ème
et dernier Degré du Rite Ecossais Ancien et accepté pour la France
Généralités sur les batteries
Le mot batterie a pour origine le verbe « battre ». Il signifiait au Moyen-âge « bataille » ou « dispute violente » accompagnée de coups.
De nos jours il a plusieurs significations :
- Succession rythmée destinée au tambour permettant d’envoyer des ordres aux troupes ou d’annoncer un événement.
- Batterie de cuisine.
- Batterie électrique.
- Ensemble d’instruments à percussion d’un orchestre.
- Une répétition de sons émis en claquant les mains.
C’est probablement par les militaires que la batterie a été introduite en F M. Ainsi parmi les batteries les plus connues.
- La chamade, roulement de tambour qui annonçait la défaite et l’appel à négociation. On appelait cela « battre la chamade » Terme qui nous vient de l’italien chiamada signifiant appel.
- « Battre la diane » annonçait le réveil des troupes par le clairon. C’était également une annonce à la joie. On utilisait deux dianes (2 baguettes de bois) en les frappant l’une contre l’autre en signe d’allégresse dans un rythme OO – O, en rappel de la frappe d’enclume des maréchaux-ferrants.
La Batterie maçonnique se caractérise par une répétition sonore d’une seule note dont la cadence constitue une phrase musicale. Elle est :
- pratiquée par le V M et les S S, à l’aide du maillet pour effectuer une annonce ou une alerte. Il s’agit de coups brefs.
- Soit par les F F de la Loge pour exprimer une joie (accueil d’un notable) ou la tristesse (batterie de deuil). Ce sont des applaudissements, mains gantées, les sons sont sourds. La batterie des cérémonies funèbres se pratique avec deux doigts en frappant l’avant bras. En Salle humide, pour saluer l’intervention d’un F, les F F martèlent avec deux doigts les bords de la table.
Les batteries d’ouverture et de fermeture des travaux se font à la demande du V M ou du T F P M. Elle informe de la disponibilité des F F au travail. Mais au-delà, la batterie d’ouverture des travaux, nous alerte, comme le coq, emblème solaire annonçant l’arrivée de la lumière ; elle nous prédispose au sacré comme les colonnes J et B. Elle favorise l’Égrégore, elle renforce la communion des esprits. Je la compare au son des clochettes qui annonce sacrement de l’eucharistie lors d’une Messe et marque le recueillement. La batterie de fermeture des travaux nous prédispose aux annonces du V M, en particulier, « Poursuivre au-dehors l’œuvre commencée au-dedans ».
Chaque grade a sa batterie spécifique qui reprend certains messages symboliques caractéristique du grade. Ainsi au 1er degré : trois battements de mains. La batterie s’effectue la main gauche ouverte paume dirigée vers le ciel et main droite paume dirigée vers la terre. Symboliquement cette position des mains s’inscrit dans un message identique au symbolisme des nombres 6 et 1 à savoir la réunion du haut : sacré au bas, la terre des hommes ; Communion du corps et de l’esprit. Cette orientation des mains et identique à celle lors de la Chaîne d’Union.
C’est la Batterie du Maître Secret qui est l’objet de ce travail.
Elle est composée de « sept » battements de mains, scindés en « six » battements consécutifs, une pause et « un » dernier battement. Il n’y a pas d’acclamation. Elle s’effectue sur ordre du T F P M, à l’ouverture et à la fermeture des Travaux ou lors d’acclamations.
Le rituel, à ce degré, signale à diverses reprises cette séquence :
– Six bougies vertes décorent le plateau du T F P M + une bougie blanche portée par le T F P M.
– Les Lévites, gardiens du Saint des Saints, sont au nombre de sept pressentis pour succéder à H A, mais un seul sera élu. C’est donc six + un lévites.
– L’attouchement consiste, en 7 balancements des bras.
Nous ne pouvons manquer d’associer ce nombre sept à celui au Grade de Maître. La rupture de séquence nous annonce qu’il y a quelque chose en plus.
C’est par les mathématiques que j’ai cherché à comprendre le sens de la symbolique de cette batterie : numérologie, géométrie plane ou euclidienne et la géométrie spatiale.
« Six »
Le nombre « 6 » est sacré. La Bible dans la Genèse nous dit que Dieu à crée le monde en 6 jours et que le septième il s’est reposé. Nous y retrouvons la déclinaison du 6 + 1. On est interpellé sur la globalité de l’Univers et, inclus comme partie intégrante de ce monde pensé, construit par le G.A.D.L’U. en 6 jours. Il nous semble intéressant de souligner que la construction biblique de l’univers est dans le même ordre que celle proposé par les plus récentes théoriques physiques depuis le Big Bang, il y a 13.6 Mds d’année à Homo erectus, il y a 4 à 5 Mo d’années.
Au 6ème jour de la Genèse, Dieu crée l’homme et la femme et il leur insuffle l’Esprit, à son image. Cette image selon Berteaux est le lien entre Dieu et les hommes.
À propos de « 6 », Saint Augustin nous dit qu’il est constitué de la somme 1+2+3.
Six, est un nombre PARFAIT. Un nombre égal à la somme de ses diviseurs propres est parfait.
Jadis les nombres parfaits étaient considérés comme supérieurs à tous les autres. On voyait en eux un rôle mystique. Citons Saint Augustin dans « La cité de Dieu » (420 après J.C.) : « Six est un nombre parfait en lui même, non parce que Dieu a créé toutes choses en six jours, mais Dieu a créé toutes choses en six jours parce que ce nombre est parfait ».
Cette déclinaison fait du « six » une richesse symbolique d’une autre dimension. En effet nous passons de l’Unique au chiffre « 2 » et à la trinité, on en vient à la triade sacrée. Quant à Saint Matthieu (XXV, 35-37) il joint le « six » aux six œuvres de la Miséricorde. La Cabale qui associe nombre et lettres, relie le nombre six à 3 lettres qui symbolisent l’union, la fécondation – Le Waw, agent ♂ et le Samech ♀, la 3ème lettre : le Mem correspond à la fertilité et également l’aboutissement cosmique.
La Cabale rejoint la Genèse pour nous dire que le six est bien le chiffre de l’homme, de son intégration dans l’univers et de son ouverture vers Dieu.
« Un », l’Unique
C’est un nombre naturel, il n’a pas d’antécédent. Il n’est divisible que par lui-même et le seul à posséder cette propriété. Il est le diviseur de tous les nombres. C’est à la fois un nombre rationnel et irrationnel (1²=1) & (√1=1). Dernière particularité, c’est le seul nombre qui augmente davantage par addition que par multiplication (1+1=2) ; (1×1=1) !
Selon Pythagore, « Un », la monade, l’unité est appelée « Nous », esprit fixe, inaltérable, le Principe de toute chose, Le G.A.D.L.U.
Et, si l’on imagine que l’unité, le premier nombre, confère la notion d’ordre, il ne pouvait rien avoir avant si ce n’est le désordre ! A partir de là, « Un » est l’articulation de « ORDO AB CHAO ».
Platon nous dit qu’« UN » est l’origine encore vierge de toute imprégnation. Tout naîtra de lui.
Les anciens chinois nous enseignent que l’Unité ne peut valoir 1 ; en elle se résorbe les opposés et inversement en elle, ils s’y réunissent : haut-bas, gauche-droite, rond-carré, Yang-Yin.
Sumer, -5000 : Ô Père des Dieux, ton Verbe est le fondement du ciel et de la terre (Invocation à Anu – Exaltation d’Istar).
Les Egyptiens rendent souvent hommages aux Dieux à travers l’Unique : à Tem créateur, le grand, l’Unique. A Thoum à Héliopolis, à Ptah à Memphis, Père de tous les dieux (il crée tout par son verbe).
Et, parmi les nombreuses voix grecques, encore vives de nos jours, qui encensent Dieu à travers l’Unique je ne citerai qu’Aristote : Ayant considéré l’ensemble du monde, il a déclaré que « UN c’est Dieu ». – Xénophane cité par Aristote dans Métaphysique.
Pascal ajoutera, bien plus tard, « Tout l’Univers est contenu dans l’Unité ». « Si vous connaissez l’unique vous pouvez tout connaître ».
Nous ne pouvons faire abstraction de la Cabale, « Un » est lié à la première lettre de l’alphabet hébraïque : « Aleph » (même première lettre en hébreux et arabe). Symbole de tout ce qui est et de tout ce qui n’est pas. Aleph est la création, il n’est pas crée, il existe. Il n’a pas de mémoire puisqu’il n’a pas de passé. Aleph est au-delà de la conscience humaine ou cosmique. YOD se place dans le prolongement d’Aleph, il est l’existence manifeste. Ceci nous ramène au mot sacré du Maître Secret.
« SEPT »
La batterie du MS est bien « six », pause, un qu’on écrira « 6+1 ». Cette association nous conduit au nombre sept. Les relations symboliques entre les nombres sont différentes des relations mathématiques. Ainsi le « + » n’est pas toujours une somme. C’est le plus souvent une relation, un message ésotérique.
Le nombre sept nous ramène au 3ème degré. On est bien dans une phase de transition. Le 6+1 étant la forme la plus répandue d’expression du nombre 7.
Le sept est aussi l’association d’un carré et d’un triangle. Symbole également transmis par la pierre taillée à pointe du Compagnon. Le carré étant la terre et le triangle évoque le ciel. Ne nous dit-on pas que « Tout ce qui est en haut est comme tout ce qui est en bas ».
Effectivement l’Apocalypse (Bible de Jérusalem – Apocalypse), nous remet sur la voie du symbolisme du nombre sept avec les Archanges de Dieu. Les notions de destruction, de mort et de résurrection, y sont abordées (celle de Babylone), puis le règne du Christ le jugement dernier et, la reconstruction, celle de la Jérusalem céleste. Ce message optimiste est exprimé par le nombre 12.
Sept traduit l’esprit. Mais également quand il est le résultat de la composition 6+1, il est le lien entre la terre et le ciel, entre l’homme et Dieu. N’était-ce pas le message que le rituel exprime au 4ème degré. Cette transition entre les loges symbolique et les loges de perfection. Cette transition vers le parfait. Cette ascension vers la spiritualité. Le 4ème degré n’est-il pas tout cela exprimé par la Batterie du MS.
Papus, médecin et
rosicrucien, cite Martinez de Pasqually (La Cabale) qui nous dit que le
nombre 7 est le nombre de l’Esprit (saint). C’est
un nombre plus-que-parfait car il correspond aux six pensées
divines pour la création. Le septième jour a
été réservé aux 7 dons de
l’esprit.
Toutes les religions ont fait référence au nombre
« 7 ». Africaines,
bouddhiste, Egyptienne, Grecque, Hébraïque,
Indienne, Sud-américaines, l’Islam. Je citerai
celle qui m’interpelle le plus, Le Soufisme iranien :
« la religion se développe en six
jours, suivi du septième qui est en
vérité le sabbat de la religion, le jour de la
lumière ». Il est dit
également : le microcosme humain et assimilé
à sept organes subtils à chacun d’eux
est associé un prophète et une couleur.
Le premier correspond à l’organe corporel subtil ; il est l’Adam de ton être et de couleur noir.
Géométrie
De nombreuses figures géométriques, tant planes que spatiales, peuvent nous aider à appréhender la symbolique de la batterie du MS. J’ai préféré le sceau de Salomon ou Bouclier de David qui me semble être le plus explicite et, chargé d’une riche symbolique.
C’est un hexagramme régulier, constitué de 2 triangles équilatéraux, superposés de façon inverse, ayant le même centre et, présentant 6 pointes sortantes et 6 pointes rentrantes. Il peut être inscrit dans un cercle, ceci élargit sa valeur symbolique. C’est un haut symbole de l’ésotérisme. Il est, en effet, en équilibre géométrique parfait autour de son centre. Tel que présenté, on peut le concevoir dans un plan horizontal.
Par son centre, perpendiculairement, il est traversé par un axe défini par deux points spatiaux : le Nadir et le Zénith. Il exprime l’universalité M.
On rejoint ainsi notre batterie : « six » points en un plan et « un » axe. Une figure qui passe du plan à l’espace. Il s’agit bien de l’Elévation et laisse entrevoir les infinies possibilités de perfectionnement et le contact avec le spirituel. Il nous rappelle notre Devoir fondamental : la recherche de la Lumière.
Je ne puis entrer dans le détail du symbolisme du sceau et de l’étoile à « six » branches, mais il est intéressant d’en résumer quelques éléments qui nous rapprochent du sujet.
Cette étoile laisse paraître « six » équerres, par translation (opération géométrique) nous formons un cube. On est bien dans le Saint des Saints, lui-même cubique. Ainsi Le Sceau de Salomon est une représentation parfaite du Temple celui de Jérusalem et de tous les temples du monde. C‘est la clé de notre axe de travail énoncé lors de l’initiation. Les droites, le plan, l’axe, nous permettent de voyager du 1er au 2ème et au 3ème degré, puis hors de l’espace et du temps, dans le Saint des Saints et accéder à la Jérusalem céleste au moment de la dernière initiation.
Les « six » équerres indiquent le chemin du Devoir de perfection, l’axe nous montre d’où nous venons et ce que nous cherchons. En même temps ce bouclier de David (en Hébreux, maguen David) protège des forces du mal, de nos propres faiblesses clairement citées dans les sentences au 4ème degré – Les manquements au Devoir.
J’aurais pu me contenter de citer la pensée de notre IF Jacques T, à propos du Sceau de Salomon, « Il a le mérite d’orienter la méditation sur la véritable identité de l’homme, fruit du croisement du ciel et de la terre, du principe masculin et féminin, de l’esprit et de la chair ». L’homme recentré, réalisé, est celui qui sait marier la chair et l’esprit, incarner l’esprit et spiritualiser la chair.
Je ne saurais clore ce travail sans vous entretenir d’un autre travail de notre I.I.I. F Jacques et ceci au risque de froisser sa modestie. Il s’agit « des trois voies de la réalisation initiatique » à partir de l’œuvre d’Albrecht Dürer : « Les Meisterstische », en particulier « « Melancolia » ou la quête de connaissance.
Dans son œuvre, l’Artiste a peint un carré magique. Je cite notre IF : « …il porte un message initiatique d’un intérêt majeur… ». Vous devez surement tous connaître cette étude, je vous rappelle les chiffres mis en évidence.
16 | 3 | 2 | 13 |
5 | 10 | 11 | 8 |
9 | 6 | 7 | 12 |
4 | 15 | 14 | 1 |
– « 34 » est la somme des nombres dans les différents sens. Il apparait 22 fois.
– « 34 » peut se lire 3 + 4 = 7, c’est le nombre clé de la maîtrise.
Le carré magique comprend 16 cases soit « 6 +1 ». De plus 22 : 7 = Pi soit 3.14.
On est bien au grade de MS, 7 ; 6 + 1 ; Pi ; on passe de « l’Equerre au compas ». La résolution de la quadrature du cercle. Mais ce tableau va au-delà ; notre IF nous dit que c’est bien la quête de la connaissance dont il s’agit. Quête dans un univers obscur. L’ange semble égaré mais il tient la clé, celle du MS et à ce grade nous ne savons pas quoi en faire, L’ange est dans cette même situation.
L’Etude de notre IF est bien plus riche sur le plan initiatique, mais le temps qui m’est imparti est largement dépassé.
Bien que l’homogénéité du Grade ne soit guère évidente, Cette Batterie reflète bien les grandes lignes instructrices du Rituel. Les « six + une » lumières installées sur le Plateau du TFPM et celle que porte l’impétrant, le futur MS lors de son admission, montrent qu’on est remis sur le chemin de la recherche de la Lumière. Ce chemin sera long et difficile mais pour cela, nous avons la clé ; bien que nous ne sachions pas encore nous en servir. La lettre « Z » qui figure sur le panneton est, avec le Laurier et l’Olivier promesse de victoire.
J’ai dit T F P M
Documents consultés :
Raoul Berteaux – La symbolique des nombres.
Irène Manguy – Symbolique au III
millénaire.
Irène Manguy – Symbolique au grade de perfection.
Marc-Alain OUAKNIN – Mystère des chiffres.
Encyclopédie de la Franc-maçonnerie –
Livre de poche / La pochothèque.
Encyclopédie des Symboles– Livre de poche / La
pochothèque.
Jacques TRESCASES – La symbolique de la mort.
Jacques TRESCASES – Les trois voies de la
réalisation initiatique d’après
Meisterstische d’Albrecht Durer (Internet).