La couronne de laurier et d’olivier
H∴ F∴ O∴
ALGDGADL’U
Ordo ab chao
DEUS MEUNQUE JUS
AU NOM ET SOUS LA JURIDICTION DU SUPREME CONSEIL
POUR LA CÔTE D’IVOIRE
Des Souverains Grands Inspecteur Généraux du
33ème et dernier Degré
Du Rite Écossais Ancien et Accepté
De tout temps et en tout lieu, le monde végétal a toujours influencé le mode de vie ou la destinée de l’homme. L’arbre a une longue histoire intimement liée à celle de l’humanité. Il représente le cosmos vivant en perpétuelle régénérescence. Pour les Bwitistes du Gabon, l’arbre Iboga est la première création terrestre unissant le ciel et la terre ; le canal qui permet à l’homme de passer de la matière obscure et souterraine d’où il est issu à l’énergie lumineuse qui l’anime et vers quoi il tend. Il est le centre, le commencement. Pensons aussi à l’Arbre de Vie au milieu du jardin mythique de l’Éden ou à l’Arbre de la Connaissance du bien et du mal dont la consommation value à Adam et Ève d’être déchus et expulsés du paradis (Gen. chp. 3, verset 22). De même, après 400 ans de silence, Dieu se manifesta à Moïse dans un buisson ardent sur le mont Horeb au pays de Madian (Exo. chp. 3).
Le symbolisme végétal figurant au cœur de toutes les traditions initiatiques se retrouve tout naturellement dans les rites maçonniques avec une continuité de symboles végétaux tels que les trois grenades sur les col B et J au 1er degré, l’épi de blé ou Schibboleth symbole de Génération spontanée au 2ème degré et l’acacia, en chambre du milieu, dont la connaissance nous rappelle la mort puis la renaissance de notre respectable maître Hiram. Au 4e grade du REAA cette symbolique végétale se prolonge à travers deux végétaux réunis en un couple symbole : la Couronne de Laurier et d’Olivier. En effet, dans le rituel de ce grade de M S, nous apprenons :
à la page 3, que dans un atelier de M S, le T F P M siège à l’Orient, devant un autel sur lequel sont placés, entre autres, une couronne de laurier et d’olivier ;
à la page 6, que les M M S portent un tablier sur lequel figurent, entre autres, deux branches, l’une de laurier, l’autre d’olivier, qui se croisent ;
à la page 10, qu’à l’ouverture d’un atelier de M S à la question du T F P M à l’endroit du F Inspecteur : « F Inspecteur, êtes-vous M S», ce dernier répond : « Oui, je m’en glorifie. J’ai été reçu sous le laurier et l’olivier, en passant de l’équerre au compas… » ;
à la page 37, qu’à la fin de l’initiation, le T F P M pose une couronne sur la tête du nouveau M S et le « couronne du laurier et de l’olivier, emblèmes de victoire et de triomphe, prémisses de ses succès futurs dans sa marche vers la vérité ».
Après avoir été initié à quelques rites traditionnels tirant leur essence de la « feuille », il était normal que cette Couronne de Laurier et d’Olivier s’imposât avec insistance à mon esprit pour constituer le sujet de ma planche de ce jour.
Une méthode d’approche du symbole, parmi tant d’autres, que je préconiserais ici consiste à :
– Effectuer une recherche étymologique sur le laurier et l’olivier,
– Observer l’association dans une couronne de ces deux symboles, en se posant des questions sur sa forme, son emplacement, son utilisation, etc.
Enfin, en laissant l’esprit raisonner (si l’on peut dire par analogie) et en laissant s’exprimer l’intuition, nous efforcer de découvrir qu’elle est l’idée cachée sous cette forêt de symboles épars dans laquelle nous sommes plongés.
La mythologie grecque attribue l’origine du laurier (laurus en latin) à Daphné, une nymphe grecque qui était très prisée par le dieu Apollon. Ne voulant pas épouser ce dernier, Daphné chercha refuge auprès de son père Pénée qui la changea en laurier. Apollon en fit alors son arbre et le consacra aux triomphes, aux chants et aux poèmes. Ainsi il ceint le front des savants émérites, des poètes, des sages, des généraux vainqueurs, des empereurs, etc. Il associe la sagesse, la victoire, l’héroïsme : « Cueillir ou remporter des lauriers » est signe de succès, « flétrir ses lauriers » signe de déshonneur.
L’usage contemporain utilise encore cette symbolique du laurier à travers le diplôme du baccalauréat (baie de lauriers) sanctionnant la fin des études secondaires.
Comme toutes les plantes au feuillage persistant et résistant au gel, cet arbre apollonien est lié au symbolisme de l’immortalité que confère la victoire. Dédié à Apollon, le laurier possédait des qualités divinatoires et les devins en mâchaient ou en brûlaient avant de prophétiser. Il est décrit dans les « métamorphoses » d’Ovide comme symbole de pureté et de protection car il était réputé ne jamais être touché par la foudre. Ainsi donc, la symbolique du laurier nous ramène aux vertus de sagesse, victoire, héroïsme, immortalité, divination, pureté et protection.
L’olivier quant à lui est un arbre oléagineux essentiellement cultivé dans le bassin méditerranéen. La légende relate que Zeus choisit l’olivier comme offrande la plus utile au peuple athénien, consacrant ainsi la victoire d’Athéna sur Poséidon pour posséder l’Attique (actuel Athènes). L’olivier est donc consacré à Athéna, déesse de la pensée en Grèce dont les attributs sont la raison, la mesure, la pondération et la sagesse. Il est le symbole de victoire et de récompense dans de nombreuses traditions : les vainqueurs des jeux olympiques d’Athènes étaient récompensés avec des branches d’olivier et des jarres d’huile d’olive. L’olivier peut vivre des siècles et sa verdure persistante symbolise également l’immortalité.
Dans la mythologie grecque et romaine, l’olivier est le symbole de force. Selon Homère, Hercule en faisait ses massues et le pieu qu’il utilise pour vaincre le Cyclope est fait de bois d’olivier. Il est aussi symbole de patience et de fidélité car le lit dans lequel Pénélope resta fidèle à Ulysse pendant 20 ans d’absence était fait de bois d’olivier. Sur un plan plus moderne, l’olivier symbolise la paix universelle au travers du drapeau de l’ONU figurant le monde entouré d’une couronne de rameaux d’olivier.
La religion également y va de sa symbolique de l’olivier : Dans la Bible au chp 5, verset 11 du livre des Rois, Salomon livrait chaque année à Hiram, Roi de Tyr, du blé et vingt kors d’huile d’olive. Dans la nuit qui précéda son arrestation, Jésus choisit le Mont des Oliviers pour se recueillir et prier. La croix sur laquelle il fut crucifié était faite de bois d’olivier et de cèdre. L’olivier est alors symbole d’amour, de pardon et de sacrifice.
L’onction à l’huile d’olive, dans une fonction sacralisante et purifiante, est souvent utilisée dans divers rites religieux.
Le rameau d’olivier porté à Noé par une colombe à la fin du déluge symbolise non seulement la paix et la réconciliation entre Dieu et les hommes, mais aussi l’espérance. Lors de la consécration d’une Loge, après le blé et le vin, on offre l’huile symbole de paix et d’harmonie.
Le Saint Coran nous enseigne que l’olivier est un arbre béni, l’arbre central, il est l’axe du monde. Une parole extraite de la sourate 24 An Noor (sourate de La lumière) dit que « Dieu est la lumière des cieux et de la terre. Sa lumière est comparable à une lampe. Cette lampe est allumée à un arbre béni : l’olivier qui ne provient ni de l’Orient ni de l’Occident et dont huile éclair sans que le feu ne la touche. Lumière sur lumière ».
Ainsi, selon les époques et les civilisations, l’olivier symbolise la force et la victoire, la sagesse, la patience et la fidélité, l’immortalité et l’espérance, ainsi que la richesse et l’abondance,la fécondité et la Lumière. Mais le symbole le plus usité est la paix et l’harmonie universelle. Il est cependant à noter que l’olivier n’étant pas présent dans toutes les zones géographiques, en Afrique centrale notamment, la plupart de nos rites traditionnelles ont recours au palmier qui présente les mêmes vertus de verdure persistante (immortalité), de paix, d’abondance, de sagesse… Nul initié ne peut se déplacer en forêt sans une couronne tissée avec de jeunes rameaux de palmier, souvent surmontée de plumes de perroquet ou de coq selon le grade mystique de l’initié, au risque d’être emporté définitivement dans le monde des esprits.
Le rituel de M S associe le laurier et l’olivier pour composer une couronne. Symbole d’identification et de pouvoir, la couronne se rapproche sur le plan étymologique du mot corne. Dans le règne animal, plus les cornes sont énormes, plus grand est le pouvoir du détenteur. Dans l’iconographie religieuse, Belzébuth est représenté comme un bouc aux cornes démesurées, symbole de la puissance du mal. Quand la couronne est ornée de pointes, comme celle de la statue de la liberté, elle préfigure des rayons lumineux diffusés dans le monde. La couronne symbolise donc la Lumière, telle l’auréole placée sur la tête des anges diffusant une parcelle de la Lumière créatrice. La forme de la couronne nous renvoi au symbolisme du compas et du cercle. C’est en effet « au centre du Cercle que l’on retrouverait un Maître maçon s’il était perdu ». Il s’agit là d’un renvoi à nos devoirs et nos obligations contractées en tant maître maçon. Le M S passe ainsi de l’équerre au compas, il se dégage des contraintes matérielles pour aller vers le spirituel. La couronne réunie le symbolisme du cercle à celui de l’anneau qui correspond aux vertus d’éternité (immortalité) et d’alliance (fidélité) du laurier et de l’olivier : le M S est lié pour l’éternité aux autres lévites par le Devoir.
La couronne relie le couronné en dessous à ce qui est au dessus, c.à.d l’homme au monde céleste, au cosmos. Sa position au sommet de la tête permet une interconnexion entre l’homme et son environnement naturel à travers un symbole déjà rencontré dans le cabinet de réflexion : le Crâne. Il symbolise toujours, avec la faux et le sablier, la brièveté de la vie. Le Crane évoque la mort physique et est le symbole de la mort du profane qui renaît à la vraie vie par l’initiation. Il rappelle le thème alchimique de la putréfaction. C’est un témoin psychique permettant de relier les vivants aux morts et qui rappelle sans cesse au profane : « J’étais ce que tu es, tu seras ce que je suis ! ». La forme voutée du Crâne nous rappelle le toit vouté du Temple qui, à son tour, nous renvoie à la Voute Étoilée, évoquant la Perpendiculaire qui relie le Zénith au Nadir : « Ce qui est en bas est comme ce qui est en haut, et ce qui est en haut est comme ce qui est en bas ; par ces choses se font les miracles d’une seule chose ».
Nous voilà en possession de toute la symbolique sur chaque élément constituant la Couronne de Laurier et d’Olivier, mais d’une façon épars et dispersée. Il ne me reste plus qu’à recentrer toutes ces vertus évoquées pour arriver à une convergence et une cohérence pour exprimer ma propre sensibilité face à ce symbole.
De prime abord, c’est un sentiment de déjà-vu qui m’envahit lors de mon couronnement par le T F P M. Le premier fait marquant fut que je recevais déjà une récompense par anticipation pour une action que je n’avais pas encore réalisée. Il est dit que cette couronne est prémisse de mes succès futurs, donc à venir ! C’est là un gage de confiance que me donne le T F P M qui me fit me remémorer les cérémonies de communication des mots de passe de compagnon et de maître en loge bleu. Cette couronne est donc pour moi comme un catalyseur, un contrat de confiance que je souscrit pour remporter la victoire sur moi-même dans la poursuite du Devoir, avec patience et confiance, à force de travail. Le coussin sur lequel est placée la couronne devant le plateau du T F P M ne doit donc pas être confondu avec un oreiller de paresse pour « s’endormir sur mes lauriers », mais doit m’inciter à plus d’ardeur dans la recherche de la parole perdue, recherche qui, selon la vertu d’immortalité du laurier et de l’olivier, n’est jamais terminée.
Ce sentiment de déjà-vu s’accentua un peu plus quand je découvris que la couronne, loin d’être faite de métal doré, se compose de végétaux. Le raccourci était tout tracé pour me retrouver quelques années plus tôt, lors de mon initiation au rite Bwiti Missoko. J’arborais alors une couronne tressée avec des rameaux de palmier (dont les vertus et l’utilisation dans ma zone géographique sont proches de celles de l’olivier) et une plume de perroquet fiché en son centre. Il est dit que la couronne de rameaux de palmier est réputée transférer toutes les vertus de cet arbre à l’initié (Banzi). Aussi, et j’aime à le croire, la couronne de laurier et d’olivier, consacrant les vertus du couple divin Apollon-Athéna, crée par son contact une relation particulière avec la divinité qui nous communique ainsi une partie de ses pouvoirs : La couronne capte les vertus du ciel, et celles du dieu à qui sa matière l’assimile, pour les transmettre à l’initié, s’il persévère sur le chemin du Devoir vers la Sagesse, la Lumière et la Vérité.
Plus généralement, le M S couronné de laurier et d’olivier figure l’arbre tout entier avec ses racines dans les enfers, son tronc dans le monde matériel et ses branches (sa tête) dans les cieux. Il relie ainsi les trois mondes dans lesquels il peut monter ou descendre pour reformer le Un. La couronne de laurier et d’olivier est donc pour le M S une voie vers la transcendance, un pont que l’esprit emprunte vers la verticalité, qui nous permet de retourner à l’unité sur le plan spirituel, de nous rapprocher du GADL’U.
Pour conclure, je dirai que le chemin initiatique est toujours parsemé d’embûches, de fausses routes, de certitudes comme de doutes. Nous devons persévérer sur le chemin du Devoir tout en remettant en cause notre personnalité, tout en travaillant sur notre égo qui, lui aussi, devient un ennemi et le plus dur à vaincre. Mais sans effort, il n’y a pas de victoire ultime, d’avancée vers laVérité. Il est vrai que vouloir faire sortir la petite flamme divine qui est en nous, pour la faire rayonner de toute sa splendeur n’est pas chose aisée. Cependant, nous pouvons utiliser symboliquement la Couronne de Laurier et d’Olivier comme une source de motivation à travailler sur nous-mêmes, à purifier notre personnalité. Et si nous sommes sincères dans notre démarche initiatique, alors de la vanité d’avoir été initié, nous aurons l’humilité du cherchant.
J’ai dit, T F P M