La Grande Lumière commence à paraître

Auteur:

P∴ C∴

Obédience:
Non communiqué
Loge:
Non communiqué
A la Gloire du Gand Architecte de L’Univers
Ordo Ab Chao
Deus Meumque Jus
Au nom et sous la juridiction du Suprême Conseil pour la France
Des Souverains Grands Inspecteurs Généraux
Du 33ème et dernier degré du Rite Ecossais Ancien et Accepté pour la France

Les francs-maçons se disent « fils de lumière » et de lumière, il en sera question tout au long de leur vie maçonnique.

Dès l’initiation, le Vénérable Maître m’a demandé : « pourquoi vous êtes vous fait recevoir franc-maçon ? » et j’ai répondu « parce que j’étais dans les ténèbres et que j’ai désiré la lumière ».

Au cours de ce travail, nous essaierons de démontrer que la perception de la lumière change dans l’esprit d’un frère à partir du jour de son initiation et durant toute sa vie maçonnique.

S’orienter vers une recherche de la vérité, de la connaissance ou de la lumière, peu importe le nom que nous lui portons, est un engagement très important, susceptible de bouleverser toute notre existence.

Cette démarche impose la conviction impérative que notre vie est incomplète et que celle à venir serait dénuée de sens et d’intérêt si elle ne parvenait pas à percer le mystère silencieux de l’univers.

L’accroissement de nos succès personnels, familiaux ou sociaux serait une maigre récompense face à l’intuition qu’il existe une dimension cachée qui nous interpelle confusément.

Mais l’homme n’arrive à ressentir cette ardente envie de se diriger vers l’inconnu que s’il reconnaît sa propre impuissance à combler ses peurs ou ses désirs.

Dans le monde profane, nous assimilons ce qui brille à une source de joie et de richesse : aussi, la franc-maçonnerie nous dépouille-t-elle de nos métaux.

Si en rencontrant un homme plein de paix ou en lisant un livre dégageant la sagesse, nous pensions après une bonne réflexion que nous pouvons transformer notre haine en amour, notre crainte en confiance, ce serait se fourvoyer dans une grande erreur.

Dans le dessein de se réaliser et de vivre avec autrui dans la paix, l’amour et la fraternité, l’apprenti, le compagnon et le maître ont respectivement taillé puis poli leur pierre et travaillé sur la planche à tracer.

Ce n’est là que le tout début d’un long chemin, une sorte de préparation à ce que l’on peut qualifier d’éveil pour la suite, pour savoir où l’on va. La lumière éclairera l’esprit humain si rien ne s’oppose à son rayonnement. Tant que l’illusion et les préjugés nous aveuglent, l’obscurité règne sur nous et nous rend insensibles à la splendeur de la vérité.

En me retournant sur le chemin que représente ma progression initiatique, je constate que dans les ateliers symboliques, j’ai essayé d’acquérir les fondamentaux nécessaires et les codes utiles à cette évolution.

Maintenant lors de l’ouverture des travaux au quatrième degré à la question du Trois Fois Puissant Maître « Frère Adoniram, quelle heure est-il ? », le Frère Inspecteur répond « l’éclat du jour a chassé les ténèbres et la Grande Lumière commence à paraître ».

Cette phrase me rappelle le passage au quatrième degré avec ce bandeau sur les yeux, ni opaque ni transparent, seulement translucide. Il n’autorise qu’une vision floue, une lumière tamisée. Il est le reflet de mes connaissances actuelles et de mon degré de compréhension. Le maître secret avance entre l’ombre et la lumière, sur le chemin de cette connaissance. A sept ans et plus, il est conscient qu’il ne sait encore que très peu de choses et que le chemin à parcourir sera long, très long.

La Lumière symbolise le « Voir », thème qui nous renvoie au récit de la Genèse dans lequel elle éclaire les ténèbres initiales au cours d’un processus qui durera sept jours : le symbole de la Lumière est intimement lié à l’œuvre des sept jours de la Création.

Sur un plan purement symbolique, l’ouverture des travaux en Loge correspond à une répétition de l’acte primordial qui distingue le cosmos ordonné du néant. Il n’y a pas non plus, par analogie, de différence entre l’origine du monde et la création de l’initié qui par la lumière, relèvent toutes deux du domaine du sacré.

Pour le Franc-maçon, cette expérience initiatique de la Lumière se présente sous un double aspect : tout d’abord, celui d’une prise de conscience progressive du monde environnant où il commence à discerner sa part d’illusions et de préjugés et ensuite celui d’un bouleversement soudain de l’Etre qui opère une conversion, le faisant sortir d’un univers profane pour le mettre en quête de la Vérité et de la Lumière de l’Esprit dont il est porteur.

En entrant au quatrième degré, le nouveau Maître Secret se rend compte que les espaces deviennent infinis. Il quitte le géocentrique pour le cosmique, c’est-à-dire qu’il passe du terrestre au céleste. Le divin succède à l’intellect. La quatrième dimension va remplacer la troisième.

Il s’agit là d’une deuxième initiation.

Le monde a profondément changé depuis son origine sans que les hommes aient pu véritablement se donner des repères fiables pour diriger leur vie. Les hommes n’avaient aucune idée du parcours à accomplir sur la terre, pas la moindre idée du début du chemin et moins encore de ce qui allait advenir à la fin du voyage.

Témoins impuissants des évolutions du monde, les hommes n’ont jamais su apporter la bonne réponse à toutes leurs questions :

  • quel était leur destin ?
  • que faisaient-ils sur la terre ?
  • d’où venaient-ils ? où allaient-ils ?
  • pouvaient-ils modifier le cours des choses ?

Ils vivaient avec ce sentiment résigné que le bonheur, le malheur, les joies, les peines, les souffrances, la justice ou l’injustice, étaient vécus ou subis de façon arbitraire, sans que l’on ne puisse rien y changer.

Ils se demandaient pourquoi tant d’arbitraire et qui était l’arbitre.

Au commencement était le chaos, tout était plongé dans l’obscurité inconsciente des mécanismes de la vie.

La lumière, comme l’acacia était dans les ténèbres et l’homme ne le savait pas.

Par l’initiation et son travail, le Franc-maçon a éveillé sa conscience qui détecte les forces négatives. Il les combat sans cesse pour que son Être immanent commence à rayonner.

La Lumière, par son aspect immatériel, mais aussi par sa très forte puissance symbolique, nous rend réceptif au monde informel.

Platon dirait « qu’elle stimule notre imagination, notre inconscient, notre réminiscence ».

Dans les trois premiers degrés, le Franc-maçon a compris que sa personnalité peut devenir le trait d’union entre le monde environnant et l’Être caché.

Ensuite, le Maître Secret commence à permettre à son Être éveillé d’unir le monde spirituel et le monde divin.

En cela, l’homme accompli présente la particularité d’être à l’image de Dieu et d’exprimer le divin sur la terre, de devenir pour lui et les autres, créateur d’un bonheur fécond.

Certains penseurs d’une très grande humilité, parvenus vainement au bout de leurs recherches, se sont heurtés au doute. Ils s’y sont heurtés de bonne foi et avec un certain bonheur, puisque le seul fait de douter sincèrement constituait un progrès formidable sur la voie de la spiritualité.

Saint Augustin, comme une prophétie, avait écrit : « tu ne me chercherais pas si tu m’avais déjà trouvé ».

Car chercher, c’est évidemment croire à l’existence potentielle de ce que l’on cherche, sinon, pourquoi chercher ? L’important n’est peut-être pas de découvrir la vérité, c’est de toujours tenter de la découvrir.

Douter est le signe d’une évolution spirituelle, d’une foi bien vivante qui caractérise celui qui va de l’avant, ose les vraies questions et s’ouvre au vent de l’esprit.

Fermer les yeux reviendrait à perdre de vue le sens de la vie.

Mais par-dessus les doutes, aussi sincères qu’ils soient, les questions demeuraient en suspens.

Alors, la Franc-maçonnerie est venue éclairer les esprits et les cœurs. Elle est venue annoncer que la réponse était ailleurs et que cette réponse se trouvait à l’intérieur de l’homme lui-même.

« Le bonheur n’est pas chose aisée. Il est très difficile de le trouver en soi, il est impossible de le trouver ailleurs » nous enseigne Bouddha.

Le souffle spirituel de l’univers a montré aux hommes que tout avait été ordonné et organisé par le Grand Architecte de l’Univers.

Devenu Franc-maçon, l’homme pourra, sans aucune peur, appréhender le monde qui l’entoure et s’y adapter. Il pourra construire sa vie selon les plans de l’Architecte et progresser dans le noble dessein de faire progresser l’humanité entière.

Le but du Franc-maçon est de devenir un temple élevé à la gloire du Grand Architecte de l’Univers.

Polir sa pierre, c’est devenir un microcosme et se mettre en correspondance avec le macrocosme. Le temple est fait pour l’homme, c’est-à-dire que le temple est bâti sur le modèle ésotérique de l’homme.

L’harmonie qui illumine l’église gothique, par exemple, habite secrètement l’homme qui s’est délivré du mal.

L’homme, s’il travaille sur lui-même, va se trouver lui-même. Il va s’éveiller et découvrir qu’il est en correspondance avec l’univers. C’est l’introspection, le « deviens ce que tu es » de Pindare puis de Nietzsche.

Le Cherchant ne peut pas se satisfaire des approximations malheureuses qui contentent l’homme ordinaire, ni de ce qu’il voit car l’illusion nous guette toujours ; elle nous fait admettre pour vrai ce qui est faux dans l’ordre de la réalité.

La lumière peut rester inaccessible à qui ne la souhaite pas sincèrement, car tout désir intervient comme une manifestation impure, issue de la volonté débridée, donc d’un mental désordonné et par conséquent de ce qui peut être influencé, changé, dévié de son contexte.

On ne devient pas parfait parce qu’on le désire, parce que le mental l’a décidé. L’homme avance vers son couronnement le jour où il abandonne le Je, le Moi et le Soi, au moment où il renonce à tout.

Le Maître Secret a conscience de son état d’imperfection et son travail porte sur la manière de se corriger pour devenir le plus pur possible dans l’instant présent.

Le Maître Secret ne se cherche pas des excuses, il apprend où se situent ses devoirs et ce qu’il doit faire à chaque instant de sa vie.

S’il commet une erreur, s’il lui arrive une défaillance dans l’accomplissement de ses obligations envers les hommes, la société ou la divinité, il répare immédiatement ce qui peut l’être en laissant de côté sa réputation, son rang ou une fierté n’ayant guère de raison d’exister sur la voie du service divin.

Ces défauts usuels dans le monde profane restent éloignés de tous ceux qui cherchent, avec un vrai désir, à progresser sur la voie initiatique.

Le travail sur soi ne consiste pas, et c’est là un des paradoxes de l’initiation, à se violenter, à se durcir ou à se mutiler.

Au contraire, il faut garder un regard clair, libre et objectif sur sa propre réalité et sur celle de l’univers qui commencent à se répondre comme un écho sans fin.

Tout travail exige un apprentissage. Nous le savons en ce qui concerne le langage, le savoir, et l’art. Mais nous l’oublions lorsqu’il s’agit de réussir notre vie.

L’œuvre la plus importante pour un Franc-maçon est de se prendre en main pour s’exercer à réaliser un chef-d’œuvre de lui-même, c’est-à-dire d’être en mesure de vivre dans un état de conscience le plus élevé possible pour participer à la vie de l’univers, et pour soigner les souffrances des autres hommes.

Le Maître Secret qui commence à se connaître et à voir le monde, se trouve sur le bon chemin. Son temple intérieur commence à s’ajuster et le ciment de sa fraternité unit toutes les pierres entre elles.

Mystérieusement, l’œuvre s’accomplit dans le monde et en lui.

La seule victoire que le Maître Secret peut remporter, n’est pas acquise sur ses semblables, les profanes ou ses frères francs-maçons, mais c’est celle que l’on obtient par l’inlassable travail que l’on accomplit sur soi en vue de sa purification totale.

Elle apporte la paix intérieure qui ouvre l’âme et le cœur à la manifestation possible du Grand Architecte en soi, à la levée de certains voiles sur les mystères de l’homme.

Tout cherchant se trouve habité par l’idée prochaine de sa mort qui peut survenir à tout moment, brutalement.

Cependant, chacun de nous ignore les conditions et le moment du trépas.

Par trois pas, nous sommes entrés dans la condition de Cherchant et dans l’Ordre, par ce trépas – ou trois autres pas – nous sortirons de l’enfermement de cette prison matérielle que constitue le corps.

La seule certitude que nous puissions avoir dans notre monde, c’est que notre forme actuelle va mourir.

La mort est, par rapport à la naissance, l’aboutissement d’une vie sur terre. Montaigne nous dit : « la mort n’est pas le but de la vie, elle n’en est que le bout ».

La mort n’est pas le contraire de la vie, elle est seulement l’opposé de la naissance et entre les deux, tout le reste est bien relatif.

Qu’y a-t-il au bout du chemin ? De quel inconnu sommes-nous nés ? Vers quel secret nous mènera la mort ? La petite lumière du Delta Lumineux éveille l’âme d’Apprenti, le Compagnon perçoit la lumière de la conscience avec l’Etoile Flamboyante. La lumière de l’Être est ensuite ressentie dans la renaissance de l’esprit du Maître. Apparaît enfin cette Lumière divine que découvre le Maître Secret, nouvel initié radieux. La route lui semble ouverte vers la Grande Lumière qui éclairera l’homme dans son unité, dans son âme, sa conscience et dans son être, afin qu’il puisse prétendre parvenir, un jour, jusqu’au Saint des Saints, lieu sacré de la déification.

J’ai dit, Trois Fois Puissant Maître et vous tous mes Frères en vos degrés respectifs.

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