La loi unique et multiple

Auteur:

J∴ M∴

Obédience:
Non communiqué
Loge:
Pax DEORVM - Orient de Cannes

A L G D G A D L’U
Ordo ab Chao – Deus Memumque Jus
Au Nom et Sous la Juridiction du Suprême Conseil
Pour la France des Souverains Grands Inspecteurs Généraux
Du 33ème et Dernier degré du Rite Ecossais Anciens et Accepté

Mes recherches pour traiter ce sujet m’ont révélé une multitude de réponses dont la plupart ont été pour moi une découverte. Malheureusement, de multiple je n’arriverai pas à unique mais ce n’est que quelque unes de ces réponses que je vais retranscrire. Toutes auraient mérité d’être développées mais cela nous aurait entraîné au-delà de la fin du jour. Je me limiterais donc à vous rapporter ce à quoi j’ai été le plus sensible et en particulier le lien entre notre culture occidentale et le TAO, une culture orientale millénaire. Or donc, le troisième voyage de l’initiation au 4ème degré explique au récipiendaire qu’il n’y a rien de plus remarquable que les grandes lois naturelles qui régissent l’univers.

Le Trois fois Puissant Maître lui dit : Quelque admiration que t’inspire le spectacle de l’Univers, seule est réellement admirable la Loi unique et multiple qui régit toutes les choses dans leur ensemble et chaque chose dans son détail.

Mais quelle est donc cette loi mystérieuse, apparemment contradictoire, qui édicte ce principe universel et fondateur ?

Pythagore prônait l’Unité comme principe de toutes choses et disait que cette Unité est une sorte de dualité infinie. L’essence de cette Unité et la manière dont la dualité qui en émanait y était enfin ramenée, étaient les mystères les plus profonds de sa doctrine.

Cette dualité est celle des principes du cosmos, appelée aussi par la scolastique l’Essence et la Substance universelles. L’Univers se manifeste à partir de cette dualité sous trois modifications : le monde terrestre, le monde intermédiaire et le monde céleste. L’Essence – ou le principe indivisible suivant Platon – donne le monde céleste. La Substance – ou le principe divisible – donne le monde terrestre et le monde intermédiaire prend naissance de la Substance élaborée par l’Essence. L’homme se manifeste aussi comme l’univers, sous trois modifications principales : le corps, l’âme et l’esprit et Pythagore lui donne le nom de microcosme, c’est à dire le petit monde.

C’est Pythagore qui est à l’origine de la Tetraktys, une représentation rationnelle de l’unité simultanément pensée comme multiplicité. Elle symbolise « la loi unique et multiple » qui préside au déploiement du cosmos.

Dans la symbolique pythagoricienne, la Tétraktys, révèle l’infinie richesse de la décade, formée de l’addition des quatre premières unités : 1+2+3+4=10.

Les points sont placés de façon à former une pyramide, qui ramène à l’Unité fondamentale, puisque 10 = 1 + 0 = 1.

Avant d’aborder la culture orientale et pour illustrer le concept du UN, il y a lieu d’évoquer le Plotinisme. Plotin est considéré comme le représentant des Néoplatoniciens, Platon étant son maître, ainsi qu’Aristote. Plotin se révèle un mystique très près des ascètes et cherche la vision dans l’extase. Son profil spirituel se rapproche étonnamment de celui de Lao-Tseu.

Pour Plotin, tous les êtres tiennent leur essence et leur existence de l’UN car, séparés de l’Unité ils ne pourraient pas exister. Cet UN n’est ni la totalité des Êtres car il ne serait plus UN, ni l’être, car l’être est toutes choses.

Pour mieux comprendre, disons que cet UN est générateur de tout. Il est immobile, se suffisant à lui-même. Il n’engendre ni ne fabrique ni ne crée : il émane à la façon de la lumière ou de la chaleur ou du froid, ou des effluves d’un parfum.

L’image donnée par Plotin d’un cercle et de ses rayons met son enseignement en parallèle avec celui de Lao-Tseu. Car ce principe d’émanation à partir du centre immobile est à rapprocher du « Wu Wei » ou de l’action par le non agir du Taoïsme.

En chinois, Tao veut dire Voie. C’est une désignation pour indiquer le chemin à suivre pour devenir un Sage. Pour les Sinologues, le mot possède des significations multiples que l’on traduirait en français par Principe.

Dans le Tao Të king, Tao est le Principe Suprême existant avant le Créateur qui a créé le Ciel et la Terre et la multitude, les dix mille choses… Dans notre culture nous pouvons à la rigueur faire un rapprochement avec le TEM Egyptien, qui se place bien au dessus de tout le Panthéon égyptien. Mais le Tao, c’est encore plus que l’UN et que l’Unité que nous cherchons, comme l’atteste ce Verset 42 :

Le Tao
Engendra l’Unité Primordiale
L’Unité Primordiale
Engendra le Ciel et la Terre
Le Ciel et la Terre
Engendrèrent l’Entre-Deux
L’Entre-Deux
Engendra les dix mille choses

Rappelons nous Pythagore qui nous dit que le monde intermédiaire prend naissance du monde terrestre (la substance) élaboré par le monde céleste (l’essence). N’est-il pas fascinant de réaliser que depuis la nuit des temps, les hommes cherchent la Vérité et que toutes les réponses nous indiquent la même direction !

Comme tout Principe d’Essence Supra transcendante, le Tao ne peut être approché mentalement que par voie apophatique : innommable, ineffable, insondable, incommensurable…

Notons que Lao Tseu n’a marché que sur la continuation d’une culture chinoise déjà millénaire à son époque. Comme par hasard, à peu près à la même période vivaient sur le même continent deux autres Sages : Gautama Siddharta le Bouddha et Confucius (Konfuzi) le moraliste.

Enfin, la philosophie Orientale, dans sa recherche de l’UN sous le multiple, aboutit à cette conclusion que la dualité est dans l’esprit humain et non dans la réalité. L’erreur est de prendre les antinomies de sa raison pour les antinomies des choses. Il n’y a pas d’affirmation valable sans sa propre négation. Rien n’est séparé, rien n’est séparable. Le Rituel dit d’ailleurs que cette loi unique et multiple qui nous occupe est celle du Grand Architecte. Il n’est donc pas surprenant que nous ne puissions pas la concevoir plus que le Principe dont elle émane !

Pourtant, admirant le spectacle de l’univers, nous sommes en communion avec lui, en parfaite harmonie dans cette Loi qui régit à la fois l’immensité qui nous dépasse et la créature infime que nous semblons être face à lui.

Avant d’être réduit par les hommes à l’amour physique, l’Éros d’Hésiode était la force tendant à rassembler, à réunir les êtres et les choses, autrement dit à rassembler ce qui est épars. Si nous ne pouvons concevoir ce que peut être la Loi universelle qui nous occupe, ne peut-on penser qu’elle a quelque chose à voir avec la Grande Loi d’amour, seule capable d’amener les opposés à un état fusionnel ?

Le Maître Maçon cherchant précisément à rassembler ce qui est épars trouve peut-être là sa solution. En tout cas, il lui faut comprendre que ce n’est pas en mettant en œuvre son intellect qu’il approchera la Loi, mais en appliquant ses règles, en communiant avec les autres et avec l’univers, c’est-à-dire en faisant appel à ses sentiments.

Et voila ! Passionné que j’étais par ce voyage en orient je ne vous ai pas parlé de mythologie, en particulier du dieu Pan, dont le nom signifie en grec ancien « TOUT » et qui est le dieu de la nature universelle, du monde dans sa totalité, l’Un, le Tout. J’ai fait l’impasse sur l’hermétisme et la table d’émeraude que vous connaissez bien et qui nous dit : « Ce qui est en bas est comme ce qui est en haut, et ce qui est en haut est comme ce qui est en bas pour la plus grande gloire d’une chose unique ». Vous le voyez, il y avait tant à dire et à développer !

Mais mon objectif était de vous faire partager mes propres découvertes et, j’espère que ceux d’entre vous qui les connaissaient déjà se sont réjouit de les voir mises en lumière.

J’ai dit.

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