Le Cartouche du 4ème Degré
J∴ L∴ W∴
A L G D
G A D L U
DEUS MEUMQUE JUS
Rite Ecossais Ancien et Accepté
Ordo Ab Chao
Au nom et sous les auspices du
Suprême Conseil de France
Liberté Egalité Fraternité
Passés les premiers moments de reconnaissance le nouveau Maître Secret découvre peu à peu la disposition de la Loge et les décors du 4ème Degré.
Le rituel précise, au chapitre disposition du Temple :
« A l’Orient, derrière le trône, bien en vue, est un grand cercle dans lequel est placé le triangle sacré, pointe en haut, portant en son centre l’Etoile flamboyante, le tout tracé en noir sur fond blanc ».
Trois figures symboliques sont donc inscrites sur un cartouche.
Tout d’abord que nous évoque ce mot cartouche ?
Laissons de côté les significations courantes du substantif féminin (que sont la munition, les paquets de cigarettes ou le réservoir à encre) pour nous attarder sur le substantif masculin dont l’étymologie est en Italien Cartoccio ou occio de carta qui veut dire petit morceau ou cornet de papier. Plus précisément le cartouche veut dire en architecture « cadre en bas d’un dessin avec références », c’est à dire légende ou commentaires ou encore signification.
En somme le cartouche permet de caractériser l’œuvre tracée par l’architecte. Le cartouche est positionné à l’Orient derrière le T F P M comme se trouve le Delta rayonnant derrière Le V M aux 3 premiers degrés. Ceci semble vouloir dire que, comme le Delta le cartouche porte l’esprit, le sens, qui préside à notre quête.
Evacuons ensuite 2 interrogations qui ne me semblent pas fondamentales.
Le cartouche est disposé verticalement. Cela me semble surtout relever de la logique.Comment pourrait-il être bien en vue, derrière le T F P M s’il n’était accroché verticalement ?
Sa verticalité ne me semble pas forcément symbolique.
2ème interrogation, dans notre Loge le cartouche à une forme carrée, est-ce pour figurer la forme géométrique ?
Je ne le crois pas, en tout cas le rituel ne précise rien à ce sujet.
Le rituel ne donne pas de forme précise au cartouche.
Concernant la couleur, le rituel dit « le tout tracé en noir sur fond blanc ».
La Loge au 4ème Degré est un lieu de deuil.
Le noir et le blanc signifient l’opposition de la Lumière et des ténèbres ou encore du bien et du mal, je ne m’y attarderai pas.
Dans ce travail je m’attacherai à étudier d’abord la signification de chaque figure géométrique, puis leur association, enfin ce qui fait leur unité de sens, leur centre commun. Chemin faisant je tenterai de découvrir les idées sous les symboles.
A L’Orient un Grand cercle
Le cercle a eu de tout temps une image symbolique forte, voire dominante. C’est l’image de l’unité, du tout. Le cercle entoure, protège. On dit un cercle d’amis. On parle d’arrondir les angles. Le cercle c’est l’image du ciel, du soleil, de la lumière, de la divinité.
Les philosophes grecs présocratiques (Héraclite et Empédocle) parlent de sphère divine : « Dieu est une sphère spirituelle dont le centre est partout et la circonférence nulle part », marquant en cela l’absence de limites du principe divin.
Les Temples du ciel construits par les chinois sont ronds et leurs toits sont bleus, couleur très présente à notre degré.
Le cercle était
naturellement la représentation de l’univers quand
le soleil tournait autour de la terre
Depuis que l’expansion de l’univers est connue on
peut désormais imaginer le cercle comme
représentant l’ensemble de la
matérialité en expansion concentrique
à partir de son centre, du big bang.
Le cercle c’est donc l’image de l’infini. C’est aussi l’image du temps, il n’a ni début, ni fin, comme l’éternité. Il symbolise les rythmes cycliques de la nature. Il évoque aussi la perfection, tous les points de sa circonférence sont à égale distance du centre Il symbolise l’œil, lui-même image de la divinité, mais aussi celle de la conscience, « l’œil était dans la tombe » vous connaissez la suite.
Le cercle est aussi l’image de la roue, du dynamisme de l’humanité, qui permet les échanges. Enfin je ne peux laisser sous silence la mode des Chakras spirituels venus des philosophies indoues. Sur un plan maçonnique. Le cercle représente la chaine d’union, mais également la marche en demi-cercles que fait le futur maître au-dessus du corps d’Hiram, pour montrer qu’il n’a pas peur de voir le M∴ se lever pour crier vengeance et le maudire.
Le cercle est aussi le 1er travail du nouveau Maître.
A notre degré le cercle se retrouve dans les couronnes de laurier et d’olivier, limitées à la taille de nôtre tête. Cela doit nous pousser à conserver de la mesure dans nos victoires. Le cercle se retrouve aussi dans les 4 voyages circulaires de l’initiation. En somme le cercle est à la fois une limite (un contenant) et l’infini. Si on se réfère à nôtre quête le cercle représente la limite des connaissances que l’homme cherche à agrandir, de manière concentrique, à partir de son centre. Nous passons d’une vérité moins large à une vérité plus large. Enfin le cercle noir montre que la lumière de notre connaissance est toujours circonscrite de ténèbres.
A l’intérieur du cercle se trouve un triangle sacré.
En géométrie le triangle est la première surface. Le nombre 3, le ternaire permet de sortir des oppositions stériles et de la dichotomie. De l’égalité des oppositions jaillit une idée ou une vérité nouvelle. Le ternaire est le symbole d’une disposition intérieure, représentant la méthode maçonnique (thèse, antithèse, synthèse) ou encore écoute, tolérance, fraternité ; le tout porté pas un esprit plein d’idées mais vide de certitudes. Notre démarche est un processus de création. Il réalise la synthèse des contraires. C’est de l’opposition que jaillit la lumière.
Ce triangle nous rappelle la pierre cubique à pointe du 2ème degré. C’est à dire la possibilité d’accéder aux choses de l’esprit à partir d’une base matérielle solide (le ternaire spirituel s’appuie sur le quaternaire matériel). Ce triangle sacré n’est pas celui des Egyptiens ou de Pythagore, en équerre. C’est un triangle équilatéral, parfait et harmonieux, avec la pointe en haut pour signifier un équilibre ascensionnel. La pointe en haut, comme l’était déjà le delta lumineux, évoque une recherche spirituelle.
Le triangle évoque la Trinité, D’ailleurs dans les rituels anciens étaient inscrits dans le triangle des mots sacrés, sensés représenter Dieu. Après le travail des premiers degrés : connaissance de soi, ouverture sur le monde et acceptation de notre finitude, le triangle sacré nous indique qu’il faut rechercher un niveau de conscience, une spiritualité supérieure.
Portant en son centre une Etoile Flamboyante
L’Etoile est un guide pour nos ancêtres. Elle évoque la quinte feuille et les rosaces des cathédrales, présentes sur les voutes, pour nous inciter à aller de la matière à l’esprit, de la raison à l’imaginaire. Si l’Etoile Flamboyante, comme le Delta rayonnant représente le GADLU, elle Loge aussi le corps de L’homme comme l’homme de Vitruve de léonard de Vinci. L’Etoile c’est la lumière qui nous guide, elle est au centre du cartouche, objective, profonde. Elle nous indique ce qui doit inspirer l’œuvre à accomplir. A noter que dans certains rituels anciens elle était remplacée par une clef, celle qui ouvre le chemin.
Revenons à la disposition de nos figures sur le cartouche.
Le cercle, le triangle et l’étoile sont 3 figures géométriques fondamentales des tailleurs de pierre (ne manque que le carré).
Platon avait fait graver sur la porte de son école de : « Nul n’entre ici s’il n’est géomètre ». Géométrie et philosophie étaient alors étroitement liées. La géométrie permettant de mesurer la terre, de comprendre l’univers et de tracer juste et beau. La géométrie est le savoir de l’architecte. On peut remarquer que les 3 figures (cercle, triangle et Etoile) peuvent être tracées avec un compas (seule l’Etoile nécessite aussi l’équerre).
C’est ce compas que le futur initié met sur son cœur au moment de la prestation de serment lors de la cérémonie d’initiation, une pointe sur ce qu’il a de plus profond en lui, le cœur et une pointe vers le haut, vers un idéal, comme pour tracer un cercle illimité. Le cœur représente notre centre, nôtre Saint des Saints, c’est un lieu sur et sacré.
Ce compas s’ouvre progressivement ensuite au 2ème et 3ème degrés jusqu’à permettre au nouveau Maître de tracer son 1er Travail de maître, un cercle. Il s’agit ici pour le jeune maitre de trouver son propre centre, point d’équilibre entre son être et son idéal, en somme son juste milieu et de fixer un écartement du compas qui soit contrôlable. Il ne doit pas ouvrir le compas au-delà de ses connaissances. Dans ce cas le maitre ne pourra s’égarer.
En enjambant le corps d’Hiram, en passant de l’Occident à l’Orient, de l’équerre au compas il a déjà prouvé sa capacité à mesurer, à analyser la réalité. Dans le cartouche le centre est justement le point stratégique. C’est le point d’équilibre entre les 3 figures. Ces 3 figures gigognes ont le même centre comme dans une mandala, mot issu du sanskrit, qui signifie figure organisée autour d’un centre. Ce centre permet une expansion infinie (il permet en effet de construire des infinités de cercles comme l’expansion de l’univers, sans limites connues).
Il n’a pas de dimension ni même de matérialité comme le principe. Chez les Bouddhistes le centre est également absent, il représente l’absolu, qui par essence est vide de substance. Je ne parlerai pas, faute de temps des chiffres qu’évoquent les 3 figures. Le 1, le 3 et le 5 dont la somme est le 9, chiffre porteur de symboles forts. Ni des 3 fois 27 ans accomplis.
Je me souviens, comme si j’y étais, d’un travail exceptionnel, je m’en aperçois maintenant, de notre frère Pierre sur ces nombres et je me sens bien Béotien dans ce domaine.
En guise de Synthèse
Nous sommes devant le Saint des Saints, ou sont cachés les mystères secrets, la vérité et la parole perdue. Le cartouche, comme son étymologie nous indique, nous en donne la signification.
Positionné à l’Orient il fait face à la devise Ordo ab Chao à l’Occident. Il nous indique la loi universelle et la méthode à appliquer pour ordonner le chaos du monde matériel. Muni du compas, bien centré sur son être intime, le M S tracera son devoir. Il est guidé par L’Etoile Flamboyante qui nous montre l’idéal à suivre.
Le triangle sacré pointe en haut nous donne la direction, celle de la recherche spirituelle. Le cercle la limite ou l’absence de limites de la connaissance. Il ne s’agit plus de suivre un simple chemin mais de réaliser une synthèse active, autour de l’équilibre du centre. Nous devons continuer à construire et passer par cercles concentriques d’une vérité simple à une vérité plus haute. Il n’y a de paradis terrestre, ni ici ni ailleurs. Mais comme il n’est pas nécessaire d’espérer pour entreprendre ni de réussir pour persévérer. Le M S continuera son devoir à la recherche d’une harmonie universelle.
Le résultat obtenu est la pratique d’une fraternité élargie à défaut d’arriver à la connaissance parfaite.
T F P M et vous tous mes FF M S
J’ai tracé