La Méthode Maçonnique

Auteur:

S∴ B∴

Obédience:
Non communiqué
Loge:
Non communiqué
A La Gloire Du Grand Architecte De L’Univers
Deus Meumque Jus
Rite Ecossais Ancien et Accepté
Ordo Ab Chao
Au Nom et sous les Auspices Du Suprême Conseil de France
Liberté, Egalité, Fraternité

A la première lecture, ce sujet m’est apparu comme assez simple. Comprenant l’objet de ce travail, j’ai cherché dans mes affaires quelques sources afin de m’appuyer dans ma recherche. Rapidement la pile de sujets traitant de la méthode maçonnique devint trop grande.

D’un autre côté, …cela restait à priori facile. Cela repose sur les fondements de mon engagement. Mais l’inquiétude grandit à l’idée d’exposer ce que je n’ai peut-être finalement jamais bien appréhendé. En effet, au cours de ma réflexion, une question me submerge assez vite « Et si je n’avais rien compris sur le sens profond de mon engagement ? ». Le travail s’annonçait alors plus difficile que prévu car il nécessitait que je remette à plat ce qui était l’origine de ma présence devant vous.

Je décide donc de reprendre le sujet à la base.

La base de la méthode est le rite et pour nous il s’agit du rite Ecossais Ancien et Accepté. Pour ne pas m’égarer j’ai recherché les critères tels qu’exposé par le Suprême Conseil récemment. Il est dit que ce qui est spécifique à ce rite est : l’invocation et la glorification du grand architecte, la présence du volume de la loi sacré ouvert sur l’hôtel des serments, en l’occurrence la bible, la référence aux textes fondateurs, le respect de la démarche initiatique et la lente progression de celle-ci de degré en degré, les devises citées précédemment et la non-mixité (1).

Je suis rassuré même si je n’en doutais pas vraiment. La tradition des Hommes et celle de l’ordre sont bien au cœur de la démarche, de la méthode. Cela correspond bien à ma conception de la recherche de la juste voie. J’ai toujours imaginé, en bon automaticien que l’avenir d’un système se doit d’être évaluer non seulement à partir de son état présent mais aussi à partir de son passé, voire de son origine. Et comme le disait une de mes aïeules « Pour avoir de bons fruits, un arbre doit avoir de bonnes racines ».

La démarche initiatique est la pierre d’achoppement de cette méthode et la lenteur de la progression souhaitée traduit bien le temps qu’il faut laisser à l’homme pour « mûrir », pour arriver à maturation. Le bon vin ne se fait pas en un jour…et les travaux ne se font-ils pas de midi à minuit ?

Je suis loin d’en avoir fait le tour et le temps m’étant compté, il me faut continuer ma recherche progressive vers l’intérieur. Je me suis alors penché sur les rituels, éléments constitutifs du rite. En fait, je n’ai pu me pencher que sur ceux qui sont à ma connaissance, je veux dire les trois premiers et pour cause…

La démarche de travail me semble familière car notre 1er surveillant, alors nous étions encore compagnons et bloqués sur un sujet, nous disait toujours de revenir au rituel et même de commencer par cela…voire d’en rester là.

J’ai dérogé à cette règle pour ce morceau d’architecture mais finalement j’y suis revenu presque naturellement.

La lente progression imposée dans le rite se retrouve bien dans l’enchaînement des rituels. La découverte d’un degré et de son rituel est souvent l’ouverture de quelque chose de nouveau mais aussi une redécouverte du ou des précédents. C’est d’ailleurs en arrivant à la maîtrise que j’ai pris pleinement conscience que je resterai un éternel apprenti comme le répétaient souvent les plus anciens. La découverte de nouveaux horizons nécessite donc une « revisualisation » de sa propre position. Sans être une remise en question de tout, cette démarche permet d’éviter l’a priori. Ainsi on comprend mieux l’intérêt de la montée en degré progressive lors des rituels.

La réussite, s’il en est une en maçonnerie, ne réside donc pas dans le niveau ou degré atteint mais bien dans la façon d’y accéder. La remise en question de la motivation qui nous a conduit là où nous sommes, doit être permanente car l’apprenti franc-maçon doit se défier de lui-même comme nous le rappelle le rituel.

Dès le premier degré, sans comprendre où le chemin nous mènera le nouvel initié est mis face à lui même. Il ne doit plus douter que, pour être libre, il doit d’abord s’affranchir de ses propres chaînes. Le plus souvent dans le monde profane la quête de liberté passe par l’autre, par l’espace que l’on prend. Ici la liberté s’acquière sur soi même « après être mort aux préjugés du vulgaire » et ainsi l’expression « dépourvu de nos métaux » prend tout son sens. Il faut dire que lors de l’initiation elle perturbe plus d’un nouvel initié.

Tout dans le 1er degré nous ramène à la recherche au fond de soi, la connaissance de soi même…la connaissance de moi-même…pour être en possession de moi même. On entend d’ailleurs souvent : On n’est pas initié, on s’initie soi-même.

On pourrait imaginer faire cette introspection en solo, dans son coin, mais ce n’est pas la démarche maçonnique car il n’est pas de maçon sans tablier.

Je ne suis franc-maçon que parce que mes frères me reconnaissent comme tel.

Donc la méthode maçonnique nous conduit en premier à une recherche sur nous même sous l’aile protectrice de nos frères…et de la loge. Nous n’en prenons pas vraiment conscience au début même si l’instruction nous y ramène à chaque instant, petit pas par petit pas. Et c’est bien à couvert que nous oeuvrons car nous réalisons cela dans un autre temps et un autre lieu : un temps sacré, le rituel et un lieu sacré, la loge. Ainsi les forces extérieures n’ont plus d’emprise sur l’apprenti et il est en mesure de travailler sur sa pierre brute. La pierre brute ! …la loge n’est pas vide ou seulement peuplée de frères bienveillants. Elle est aussi le lieu de nombreux symboles que nous cherchons à appréhender. Rapidement on comprend que la vérité de chacun d’eux n’est pas unique et écrite. Ainsi la marche vers la lumière ne consiste pas à suivre une voie mais à trouver SA voie avant de progresser dans les voies qui nous sont tracées (2).

Le sens de tout cela n’est pas toujours très clair et notre intelligence est mise à rude épreuve. Ainsi en avançant pas à pas, en épelant lettre à lettre on peut espérer trouver…ou retrouver…dans le silence sa voiE et sa voiX.

Même s’il n’est pas certain d’avoir compris le sens profond du rituel, on peut percevoir que l’intelligence individuelle n’a pas de place en loge et que c’est l’intelligence collective qui prime, celle que l’on ne peut concevoir et renforcer que par l’écoute des autres…grâce…au rythme imposé par le rituel.

MAIS, bien que reconnu par ces frères le travail n’est pas terminé.

TRAVAIL, mot clé s’il en est un en franc-maçonnerie !

Car rien ne s’obtient sans travail, travail sur soi même, travail pour accomplir son œuvre. Ce n’est plus un travail sanction mais un travail libérateur qui a le goût de l’espoir et de la récompense (3). En rompant le silence, on doit en comprendre la grandeur, la force. Ainsi, on peut espérer maîtriser ce silence (ou la parole…suivant l’angle où on se place) pour apprendre à se taire par soi même en dehors et en dedans afin de mieux entendre (4) ce qui est autour de nous. La parole ne doit plus affirmer l’individu mais donner du sens à l’ensemble. Elle n’est plus flatterie de l’ego mais parole constructive. Il ne suffit pas de connaître les mots…il faut en comprendre le sens profond, tel est un des enseignements qui me semble majeur dans le rituel du second degré. La connaissance superficielle n’apportera donc rien sans ce travail sur soi. Ce travail devenu sacré doit ainsi permettre de concilier les contraires afin d’espérer intégrer quelque chose de plus grand. Le rituel introduit ainsi quelque chose d’universel, un point de convergence de la pensée qui doit conduire vers la lumière et dont la franc-maçonnerie est une continuité. La recherche du VRAI, de la lumière, doit rester l’objectif ultime, …quelque soit la voie choisie.

On est exhorté à sortir de notre sillon pour voir plus haut et plus finement notre route. En effet, le chemin le plus évident n’est pas forcément celui qui nous conduira dans la bonne direction. En fait, qu’importe notre chemin si nous sommes en mesure de nous recadrer sans cesse afin de persévérer dans la quête de vérité. Cette quête n’est pas faite pour autant au hasard, elle doit se faire en respectant l’équilibre et l’harmonie sans quoi rien de durable n’est possible (5).

On doit donc s’entendre, entendre, explorer et construire mais pas dans l’éphémère. On doit le faire dans le temps pour obtenir quelque chose de durable et de profond.

Pour cela, il faut s’élever, aller vers le haut. Comme le veut la méthode au travers du rite nous devons le faire avec patience ! Sinon la compréhension ne sera pas parfaite…et nos « mauvais démons » referont surface pour ébranler l’édifice.

L’initié doit rester dans un mouvement permanent afin de garder un pas d’avance sur ses faiblesses d’homme. Passé de l’extérieur à l’intérieur de lui même, il a progressé de l’inférieur vers le supérieur afin d’ouvrir pleinement sa conscience. Tout cela a été possible grâce à la loge juste et parfaite, intelligence collective (collégiale) des maîtres qui la compose, garante du travail initiatique sous la seule et simple invocation du G A D lU…

J’ai dit.

Bibliographie :
(1) Ordo ab chao n 48-49 « Spécificité du Rite Ecossais ancien et accepté ».
(2) PVI n 149 sept. 2008 page 3 : « La méthode Maçonnique » Dimitri Davidenko.
(3) « La foi d’un franc-maçon » Richard Dupuis Plon page 95.
(4) « Discours sur la méthode maçonnique » JF Tolédo.
(5) Extrait PVI n 0 janvier 1958 « Ce qu’est la Franc-maçonnerie : l’Homme, devant l’Univers, s’interroge » page 7.
Divers non cités explicitement.
PVI n 138 du 4ème trim. 2005 « Construits-toi toi-même ».
PVI n 140 du 2ème trim. 2006 : « Les mystères de la Franc-maçonnerie ».
« Franc-maçonnerie symbolique en douze séances » H. Cauchois 1863.

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