La mort d’Hiram

Auteur:

J∴ R∴ R∴

Obédience:
Non communiqué
Loge:
NP

A04B-M-1

Observation d’ensemble du mythe :

Il n’appartient pas à ma faible plume de retracer ce grand récit fabuleux de la « Mort d’Hiram » D’innombrables éminents Frères plus éclairés l’ont déjà décrits maintes et maintes fois. Cependant, pour tout observateur, une même scène : vue, entendue voire explicitée de mille manières, lui paraîtra toujours à l’instant T et au moment M sous un angle différent.

Aussi, mes V F ici présents, souffrez que je vous décrive d’abord, ma vision exotérique de ce drame mythique et son influence circonstancielle dans ma vie présente.

Avant de parler de sa mort, il y a lieu de savoir qui est ce personnage dont on parle ? Qui est donc ce Hiram ? Car, de toute ma vie profane, quelque peu religieuse, aucun souvenir culturel ou cultuel ne subsiste ! Ce personnage mythique me fut seulement connu, lors de mon élévation au sublime grade de Maître.

Et alors où puis-je au juste situer les sources de cette légende fondatrice de la maçonnerie.

L’Ancien Testament (Livre des Rois – I Rois, VII, 13-45) rapporte que : « Salomon, roi d’Israël et fils de David, voulait mener à terme le désir de son Père d’offrir un Temple à l’Eternel son Dieu. Il fit appel à Hiram Ier roi de Tyr et fils d’Abibaal. Cet appel se concrétisa entre les deux Rois par un pacte qui dura vingt ans et aussi, selon le chapitre biblique des Chroniques (II Chron. 2,14) par l’envoi auprès du roi Salomon d’un homme habile et intelligent, un autre Hiram appelé « Houram-Abi », le bronzier phénicien ou maître maçon qui était fils d’une veuve de la tribu de Nephtali. Spécialiste du travail du bronze, « rempli de sagesse, d’intelligence et de connaissance, il s’occupa donc, à la demande de Salomon, de la décoration du Temple, la maison de l’Éternel ».

A l’exception de ce passage des Chroniques, étrangement le récit biblique n’en dit pas plus et ne révèle rien d’autre sur le bronzier phénicien. L’histoire d’Hiram, l’artisan, s’arrête là.

Or, si je reviens à ma planche qui s’intitule « la mort d’Hiram » Lequel de ces deux personnages homonymiques, cités supra, dois-je identifier et retenir comme l’élément central des cérémonies du grade de Maître ?

Explication de cette mort mythique :

Et d’abord, pourquoi ce « Hiram » est-il mort ?

En cherchant côté légende, on raconte qu’« Houram-Abi » trouva la mort sur le chantier du Temple avant son achèvement, assassiné par trois brutes encore « inaptes » à développer leurs qualités initiatiques respectives gangrenées par l’Ignorance, le Fanatisme et l’Ambition, parce qu’il ne voulait pas leur communiquer le mot de passe différent à leur degré et qualité.

Ainsi, de tous les personnages de ce récit mythique et légendaire, à savoir – Salomon, roi d’Israël ; Hiram Ier roi de Tyr et Hiram appelé « Houram-Abi », le bronzier phénicien.

Seul : Hiram, l’artisan, appelé « Houram-Abi », et personne d’autre, est désigné formellement comme victime du guet-apens tendu par les trois « mauvais compagnons ».

Et ensuite, comment ce « Hiram » est-il mort ? Successivement il fut frappé,

  • par le 1er compagnon à l’aide d’une règle sur l’épaule droite : siège du souffle et des vibrations créatrices initiales ;
  • par le 2ème compagnon d’un violent coup de pince sur la nuque : siège de la conscience spirituelle ;
  • par le 3ème compagnon d’un puissant coup de maillet sur le front : siège de l’intellect, de l’œil de la connaissance.

Ce violent choc provoqua une chute mortelle du maître, son corps étendu à l’horizontale.

Sans réussir à lui arracher le mot de passe, et de facto se rendant compte de l’absurdité de leur crime crapuleux, ils enterrèrent le corps du Maître, hors du Temple, hâtivement et superficiellement à même le sol.

C’était sans compter sur l’inquiétude grandissante du Roi Salomon qui, ne voyant pas son Architecte venir lui rendre compte journellement de l’avancement des travaux, ordonna à neuf maîtres de le rechercher.

Et selon le rituel du 3ème degré – je cite :

D – Où trouva-t-on le corps de notre Vénérable Maître ?

R – « Dans un tas de décombred’environ neuf pieds cubes sur lequel on avait planté une branche d’acacia »

D – A quoi devait servir cette branche ?

R Aux traîtres, pour reconnaître l’endroit où ils avaient caché le corps d’Hiram, qu’ils se proposaient de transporter dans un endroit plus éloigné » – fin de citation.

Jusque-là, rien d’extraordinaire ne mérite une attention particulière ! Car, depuis l’apparition de l’HOMME sur terre et plus particulièrement lorsqu’il a transgressé l’ordre établi par son Créateur : assassinat, meurtre et crime jalonnent quotidiennement sa vie et ce, par égoïsme…appât du gain…mensonge…iniquité !

Et comme je fais partie intégrante de cette humanité, me voici lotie dans cette parcelle de perversité.

Application dans la vie maçonnique

Heureusement, étant initié, ma vision ésotérique de ce drame mythique et son influence circonstancielle dans ma vie présente m’ont permis de comprendre cette légende de Maître HIRAM trahi et assassiné par 3 mauvais compagnons.

La trahison est nécessaire au salut. Sans trahison, personnifiée par Judas, le dessein de Dieu ne se serait pas accompli.

Au fait, Judas aurait pu être notre Saint Patron à tous. Nous qui trahissons maintes fois durant notre passage sur terre !

Ici, il y a lieu de souligner sans ambages que contrairement au credo catholique romaine sur la résurrection de Jésus, la Maçonnerie ne fait pas ressusciter Hiram qui reste bel et bien – et définitivement – au royaume des morts.

Nulle part, il n’est question de « résurrection » mais bien de « relèvement ». Même si le mythe offre un caractère éminemment Christique, il n’est pas question d’identifier Hiram au Christ. Dans les cérémonies maçonniques, le récipiendaire « au titre de Maître » s’identifie à Hiram : il doit d’abord « mourir » pour renaître, investi des qualités du Maître.

Comment comprendre ce processus de « relèvement » ?

Tout au long de la maîtrise vécue, le maître perçoit la révélation débutante de la connaissancede l’au-delà de lui-même en ayant réussi à « déterrer » du fond des abîmes et de l’obscurité totale, Maître Hiram, qui n’est autre que l’Esprit maçonnique c’est-à-dire la CONNAISSANCE, comme il est écrit dans le Rituel du Maître (p.19) « …Oui ! Il est dit que la Connaissance repose à l’ombre de l’acacia… » Et de lui redonner la vie c’est-à-dire : le relèvement.

Oswald Wirth, nous explique que l’on découvre en l’initié ayant vaincu la mort, les traits de l’Architecte. Le vieil homme est mort et le nouvel homme, se réveille… L’Initié doit mourir pour renaître tel Osiris ou le Phénix de la légende pour comprendre le sens véritable de l’être en lui, l’Architecte.

Connaissance à ne pas confondre avec le savoir

Le savoir est du domaine de l’avoir, la connaissance est du domaine de l’être. Tous deux relèvent d’une réalité complémentaire, l’une extérieure, l’autre intérieure, tout en étant aussi dans un rapport de subordination, car la connaissance est supérieure au savoir.

De ce fait, la maîtrise comporte le devoir de cultiver et d’appliquer dans les réalités vivantes les principes antithétiques de Maître HIRAM : du Savoir à l’Ignorance, de la Tolérance à l’Hypocrisie et du Détachement à l’Envie.

Comme le précise justement Alexandre LEDERMAN :

« C’est bien en nous-mêmes que nous devons rechercher le moteur, le catalyseur de notre renaissance…et nous comprenons que notre mort, notre chute symbolique n’est pas accidentelle mais nécessaire à la réalisation de la plénitude de nos possibilités ».

Seul celui qui sait ce qu’est la mort et l’au-delà de la mort pourra tendre toute sa foi consciente et active, vers sa transformation spirituelle au-delà :

  • du système figuré des connaissances humaines :

« L’ENTENDEMENT » (Mémoire, Raison, Imagination) et cela dans un processus d’INDIVIDUATION, c’est-à-dire : la prise de conscience qu’on est distinct et différent des autres, et l’idée qu’on est soi-même une personne entière, indivisible ; selon Jung, l’individuation est une des tâches de la maturité.

La maturité apprend à se soumettre aux lois de la nature, à comprendre les hommes sans leur faire une confiance absolue, à respecter les opinions.

Cette maturité assimilable à la sagesse, m’engage donc d’abandonner l’horizontalité pour privilégier la verticalité et la relation directe avec le Créateur, vers une voie plus en rapport avec ce que je suis réellement c’est-à-dire évoluer vers le chemin ardu du savoir reconstruire mon temple intérieur certainement plus en rapport avec mon cœur et de devoir voyager « de l’Occident à l’Orient et sur toute la surface de la terre pour y répandre la lumière et rassembler ce qui est épars » toujours dans l’obligation spirituelle d’élévation, de l’équilibre et d’harmonie pour être à l’écoute des liens entre tous mes frères.

Car, dans le fond, l’important n’est pas la réussite totale, mais la constance, la sincérité, la foi réelle et consciente ; que l’amour pour la divinité devienne fort, réel en soi, le reste demeure sans importance.

L’idéal consiste même à vivre ses devoirs sans penser à rien. Et peu importe l’endroit où nous sommes, l’essentiel est la direction dans laquelle nous marchons.

J’ai dit.

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