De l’équerre au compas
J∴ R∴ R∴
Ordo Ab Chao
Deus Meumque Ius
Au nom et sous la juridiction du Suprême Conseil pour la France
Des Souverains Grands Inspecteurs Généraux du 33ème et dernier degré
Du Rite Ecossais Ancien et Accepté
Il n’y a pas de hasard, car le 17 septembre 2011, des amis et moi étions en train de préparer plusieurs lots gratuits de kit scolaire pour une centaine d’enfants de ma Région ancestrale très éloignée de la Capitale dont les Parents éprouvent un véritable parcours de combattant pour que leurs enfants aient le minimum de scolarité durant l’année 2011/2012. Et dans la longue liste de ces fournitures scolaires à acheter obligatoirement pour la prochaine rentrée d’octobre 2011 en classe de 6ème, on peut lire : Ardoise, Craies, Cahiers, Règles 20 cm… Equerre…Compas…etc.
Du coup, ce geste humanitaire me rappela le travail que se doit de réaliser un Maçon.
Me voilà en train de participer activement à la « construction »…que dis-je…à l’élévation intellectuelle de ces jeunes malgaches qui, soit dit en passant, sont de petites merveilles innocentes de mon Pays d’Origine. Ainsi, dès leurs plus jeunes âges, ces enfants vont observer, manipuler avec plus ou moins de dextérité ces instruments (équerre et compas) nécessaires à la réalisation de toutes les merveilleuses constructions qu’ils auront à concrétiser tout au long de leur vie et qui, on le sait, depuis la plus haute antiquité faisaient partie des outils indispensables aux grands bâtisseurs et à leurs ouvriers.
Je laisse là ces considérations opératives pour m’orienter davantage vers le thème maçonnique de ma planche intitulée « de l’équerre au compas ».
Qu’est-ce à dire ?
Dans son ouvrage « Symboles des Francs-maçons », Daniel Béresniak explique : « L’Equerre et le Compas ne sont pas des objets exerçant un pouvoir par eux-mêmes. Ils sont des outils conçus par l’homme pour l’assister dans l’exercice d’un pouvoir qu’il se reconnaît sur le réel. Le symbolisme éclaire le sens de ces outils car il les montre comme les images de l’esprit qui les conçoit et les crée. L’Equerre et le Compas sont des symboles parce qu’ils réfractent dans la matière les formes de l’esprit. Et, plus loin surtout, ce même auteur assène : Le cherchant ne doit pas se contenter de mémoriser ce fait. Le travail sur le symbolisme commence avec la question : pourquoi ? »
T F P M et vous tous mes F en vos degré et qualités.
Voici donc venu le moment de mesurer le chemin que j’ai effectué avec vous depuis plus de 10 ans, de faire le point sur mes connaissances de Maçon. Et pour que vous puissiez me suivre dans les dédales de mon activité maçonnique, je commencerai par quelques constatations indéniables intervenues au cours de cette vie.
Débutons par ce « MESSAGER » qui, graduellement, m’a remis des planches à dégauchir afin que je puisse être éveillé et initié par pallier successif à l’emploi symbolique de certains outils, tel précisément, de vous révéler ce soir ce que m’inspirent et m’ordonnent l’Equerre et le Compas.
Chacun de nous a son propre « ENVOYE ».
C’est l’Artisan chargé de transmettre à chacun, tous les ordres venant du « Grand Ordonnateur » de notre destin.
A tout instant de notre vie, tel le facteur, que nous le voulions ou non, il vient frapper à notre porte pour nous remettre ou laisser un pli. J’ignore qui ou quoi, ni comment il est mon mandataire ; mais quoi qu’il fut, je lui suis reconnaissant de n’avoir pas perdu en route tout le synopsis de ma destinée.
A commencer par le thème : « le silence de l’Apprenti » qu’il m’a remis afin que j’apprenne :
- à cultiver l’écoute, le cœur, la raison et ce, dans un mutisme lucide et serein…
- de continuer par l’observation et l’analyse avant d’émettre une suggestion…
- ensuite, seulement passer sans précipitation à l’action.
En effet, l’éveil de l’intelligence n’existe que dans un état de constante observation.
Dans ce sens précis, on a voulu que je perçoive les deux composantes de mon EGO, à savoir la chair(l’équerre) et l’esprit (le compas), deux réalités, deux entités contigües, deux principes du Moi dans son unicité et son unité fondamentale, qui auraient cette particularité de se mettre en état quasi-permanent d’antagonisme dont la première veut dominer le second dans une espèce d’état naturel ou pré-initiatique (le monde profane).
Mais la fermeté du silence donne à l’intelligence sa vraie clarté.
- Et lorsque l’on me demanda : – Que venez-vous faire ici ?
- Je répondis : – Vaincre mes passions, soumettre ma volonté à mes devoirs et faire de nouveaux progrès dans la Maçonnerie.
Ce fut là, le commencement de mon éducation à s’intérioriser, à se remettre en cause pour être en état de suivre mon cheminement avec persévérance.
Ainsi, lors de ma première instruction, on m’a appris à rentrer dans le Temple les pieds formant un angle droit, s’engageant ainsi sur l’honneur à toujours agir selon le droit et le devoir.
Plus tard, face au Vénérable dont le port de l’équerre symbolise la rectitude nécessaire à la transformation de la pierre brute en pierre cubique, je me suis mis à l’ordre, comme au garde-à-vous, le bras gauche allongé et tendu sur la cuisse, la droite repliée à l’horizontale dans le prolongement de l’épaule, l’avant bras et la main tendus, à plat, au niveau du cou sur la pomme d’Adam. Mon corps, mes membres forment alors une Equerre, solide et ferme qui est l’emblème de la régularité, de la droiture, de l’équité et du devoir.
Selon J Boucher, il représente, en un sens, l’action de l’Homme sur la matière et, dans un autre sens, l’action de l’Homme sur lui-même.
Par la suite, on m’introduisit dans les mystères du second degré. Durant lesquels on me mit successivement entre le mains…soit une règle et un compas pour m’avertir d’observer, dans la construction de mon être moral, les belles proportions des premiers arts qui se sont formés à l’origine de la société des hommes et de maintenir toujours cette harmonie…soit encore une règle et une équerre où, selon le Rituel du 2ème degré (p.26) « On m’a appris les propriétés de la sphère, pour expliquer un grand nombre de phénomènes de la nature… » et « …C’est pour m’aider à calculer ces faits et à les vérifier ».
Le tuilage par les signes de Compagnon me ramène instamment au sens symbolique de l’équerre, à savoir : « En portant la main droite sur le cœur, je renouvelle l’engagement que j’ai pris d’aimer mes Frères et de les secourir ; en élevant la main gauche, je prends à témoin le Grand Architecte de la sincérité de ma promesse et en décrivant une équerre avec la main droite, je montre que je veux que la justice et l’équité soient toujours les seuls guides de ma conduite ».
Continuant la lecture du Rituel (p.26), j’évoque : « …et rien de nouveau ne me fut montré, parce qu’ayant terminé le cours de mes études, il ne me restait plus qu’à en déduire des conséquences propres à m’éclairer et à me mettre en état d’instruire, à mon tour, mes semblables » et « …dès cet instant je dois travailler au bien commun jusqu’à ma dernière heure ».
Ai-je accompli à la lettre et dans l’esprit toute ces recommandations ? Sans ambages, même en dehors du Temple, la symbolique de l’équerre m’a montré comment la lumière reçue à la verticale doit être retransmise à l’horizontale sur l’humanité. En effet, l’enseignement contenu dans l’initiation « à être droit, physiquement et moralement, justes dans mes relations avec mes semblables » m’a emmené, à mettre en place une ASSOCIATION appelée « Harena Manasoa » (Richesse bienveillante), pour accomplir une œuvre caritative dans la Circonscription de la terre de mes Ancêtres.
Spontanément, sans idée de rétribution, elle vient en aide aux nécessiteux… Dans II Cor.9-7 on relève : « Que chacun donne comme il l’a résolu en son cœur, sans tristesse ni contrainte ; car Dieu aime celui qui donne avec joie ».
Jusque là, par l’équerre qui représente les vertus de rectitude, de droiture et de probité « j’ai appris à me connaître moi-même et à corriger mes défauts avec le ciseau de la morale » Ce symbole m’a fait découvrir cet ETAT sublime comme le déclare Jean de Saint Samson : « se connaître soi-même surpasse toute science. Il vaut mieux avoir la science de la beauté de son être propre que de l’excellente nature des anges, de l’étendue des cieux, des propriétés de la terre et des mers… Tout cela est au dehors, tout ceci est au-dedans ».
Ce début de connaissance de soi a débouché sur des actions concrètes citées supra, à la recherche du Bien dans mon comportement comme dans mes actes quotidiens. Toutefois, ces vertus acquises et pratiquées de l’équerre sont-elles nécessaires et suffisantes pour parvenir à la CONNAISSANCE à ne pas confondre avec le SAVOIR.
Le savoir est du domaine de l’avoir, la connaissance est du domaine de l’être. Tous deux relèvent d’une réalité complémentaire, l’une extérieure, l’autre intérieure, tout en étant aussi dans un rapport de subordination, car la connaissance est supérieure au savoir.
Dans ses instructions spirituelles, Maître Eckhart considère que : « la connaissance pure est inconnue de tous ceux qui ne sont pas dépouillés de leur moi et de toutes les choses matérielles ».
Cette connaissance de l’au-delà de moi-même m’engage donc vers une voie plus en rapport avec ce que je suis réellement c’est-à-dire évoluer vers le chemin ardu du savoir reconstruire mon temple intérieur certainement plus en rapport avec mon cœur et de devoir voyager « de l’Occident à l’Orient et sur toute la surface de la terre pour y répandre la lumière et rassembler ce qui est épars » toujours dans l’obligation spirituelle d’élévation, de l’équilibre et d’harmonie pour être à l’écoute des liens entre tous mes frères.
Cette recherche de la substantifique moelle de l’esprit relève du COMPAS, c’est-à-dire devenu M M dans mon parcours initiatique, je dois maintenant m’évertuer à cultiver plus mon intellect, mes savoirs, ma spiritualité, mes approches vis-à-vis des autres et ma compréhension du monde dans lequel je vis en dehors du temple.
Tel est le sens caché de « l’équerre au compas ».
Sans cesse, je dois agrandir progressivement le cercle de « mon chemin de vie ».
On peut rappeler que l’équerre et le compas sont indissociables et que leur position sur le V L S indique, d’une part, le degré des travaux de la Loge, et d’autre part, les degrés d’ouvertures du compas symbolisent dans la tradition maçonnique les possibilités et les degrés de la connaissance, ils peuvent symboliser également les degrés d’ouverture de la conscience au fur et à mesure que l’on affine sa vigilance et la Maîtrise de soi :- Equerre sur le compas ouvert à 45 indique la non maîtrise de la matière par l’esprit ;
- Equerre et compas entrecroisés fait entrevoir à l’initié qu’il est en voie d’équilibre entre la matière et l’esprit ;
- Compas sur l’équerre indique au 3, grade du M M, que l’esprit a la dominance sur la matière ;
- En deçà de 180 le compas indique son emprise sur la matière, au-dessus, il devient une ligne droite sans possibilité effective.
Cependant à ce stade de « l’équerre au compas » je devrai rester vigilant et continuer à polir ma pierre car la maîtrise passée, il restera toujours des aspérités à niveler.
Car, dans le fond, l’important n’est pas la réussite totale, mais la constance, la sincérité, la foi réelle et consciente ; et surtout l’AMOUR. Celui-ci est la seule grande puissance sur terre.
En effet :L’homme qui a le sens des RESPONSABILITES mais manque d’amour devient MESQUIN.
L’homme qui est CULTIVE mais manque d’amour devient PRETENTIEUX.
L’homme qui a le sens de la PAROLE mais manque d’amour devient BAVARD.
L’homme qui cultive le SILENCE mais manque d’amour devient TACITURNE.
L’homme qui est INTELLIGENT mais manque d’amour devient RUSE ou MANIPULATEUR.
L’homme qui est AIMABLE mais manque d’amour devient HYPOCRITE.
L’homme qui est COMPETENT mais manque d’amour devient ERGOTEUR.
L’homme qui est PUISSANT mais manque d’amour devient VIOLENT.
L’homme qui a le sens du DEVOIR mais manque d’amour devient DUR.
L’homme qui a le sens de la JUSTICE mais manque d’amour devient INFLEXIBLE.
L’homme qui a le sens de la VERITE mais manque d’amour devient CRITIQUEUR.
L’homme qui a le sens de l’ORDRE mais manque d’amour devient MANIAQUE.
L’homme qui a le sens de l’HONNEUR mais manque d’amour devient ORGUEILLEUX.
L’homme qui a le sens de la FRANCHISE mais manque d’amour devient INSOLENT ou CRUEL.
L’homme qui a des BIENS mais manque d’amour devient AVARE.
L’homme qui a la FOI mais manque d’amour devient FANATIQUE.
L’idéal consiste même à vivre ses devoirs sans penser à rien. Que l’amour pour la divinité devienne fort, réel en soi, le reste demeure sans importance. Et peu importe l’endroit où nous sommes, l’essentiel est de fleurir où l’on est semé.
Et, en ce qui me concerne, je conclurais que de « l’équerre au compas » signifierait véritablement : « Connaître le mot de maître ou le secret de la Vie…c’est-à-dire : avoir, quoiqu’il arrive, la Foi en la Vie. Vie, dont nous sommes dépositaires ».
Je dois y adhérer, par intime conviction fondée sur l’intuition et la confiance. C’est exister par tous ses sens, dans son essence primordiale. C’est être présent à soi dans les petites comme dans les grandes choses. C’est résonner dans l’univers. C’est être alors dans le cercle dont la circonférence est nulle part, et le centre partout. Là réside, peut être, le secret du Maître Maçon.
SECRETS comme Silence, Sérénité, Spiritualité.
E comme Ecoute, Equilibre, Etre.
C comme Confiance, Conscience, Connaissance.
R comme Recherche, Recentrage, Régénération.
E comme Eveil, Espérance, Elévation.
T comme Transmission, Transformation, Transcendance.
J’ai dit.