La maçonnerie t’a libéré de l’ignorance

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A L G D G A D L’U
ORDO AB CHAO DEUS MEUMQUE JUS

Cette sentence est prononcée par le Trois Fois Puissant Maître à l’issue du premier des quatre voyages de la cérémonie de réception de Maître Secret.

L’ignorance c’est l’état de celui qui ne sait pas, qui est dans les ténèbres de ses passions, comme déconnecté de toute relation avec ce qui l’entoure. L’ignorance c’est l’incapacité à appréhender ce qui nous dépasse. Elle nous conduit inexorablement à la soumission en nous rendant esclaves de notre quotidien puisque nous ne pouvons pas agir pour le transformer. Mais l’ignorance c’est aussi, et cela nous intéresse ici, l’incapacité à nous transcender, l’incapacité à sortir d’un état végétatif, l’incapacité à prendre place, l’incapacité à nous relier tant à nous-mêmes, qu’à autrui ou au cosmos.

Que ce soit sur le plan profane ou symbolique, l’ignorance est synonyme de repli sur soi, de déni de l’Amour, et devient la voie de tous les excès. Elle est alors un carcan, une contrainte, qui nous prive de tout espace d’analyse, d’ouverture et de liberté. Liberté de penser et d’agir.

A l’heure où ce travail m’offre l’occasion de me retourner sur le chemin parcouru en maçonnerie, de sonder mon engagement, je ne peux pas faire cet examen de conscience sans ausculter ma vie au sens large, c’est à dire mon « moi » le plus intime. J’en conclus-sûrement par manque d’humilité – que la maçonnerie m’a ôtée d’un carcan qui affectait l’angle de mon compas.

La maçonnerie m’a permis d’appréhender – et de pratiquer – une triple reliance. Reliance avec moi-même dans un premier temps au grade d’A qu’on peut résumer par « Connais-toi toi-même ». Puis reliance avec autrui, conséquence du travail au grade de C. Reliance enfin avec le cosmos, qui trouve dans l’étoile flamboyante et le mythe d’Hiram de précieux soutiens. Cette liberté retrouvée, cet allègement de contrainte, sont le fruit d’un patient travail solitaire, mais effectué avec le soutien des autres FF.

Et maintenant ?

Oui, la maçonnerie m’a libéré de l’ignorance. Et après ? Comme l’écrivait Victor Hugo « la liberté commence où l’ignorance finit », cette liberté n’est pas une fin en soi mais un moyen. Un moyen pour poursuivre l’œuvre de la Création car je crois en la perfectibilité de l’homme. Cette perfectibilité passe par l’examen constant de nos actes avant de porter un regard sur les autres et le refus de s’endormir sur nos certitudes car le doute, la remise en question, sont les carburants nécessaires à la marche en avant de la pensée, à l’examen sans cesse renouvelé de notre pierre. Mais pour cela, il faut croire en la perfectibilité de l’homme et cette perfectibilité est intimement liée à l’initiation dont elle est à la fois la cause et la conséquence.

Cette perfectibilité est à l’opposé d’une attitude de résignation qui se bornerait à constater que nous sommes ce que nous sommes, que rien ne peut changer, et que par conséquence tout espoir de voir changer le monde serait une dérisoire illusion. Pour ma part, cette croyance en notre perfectibilité est la conviction intime qu’elle fait partie intégrante de la « programmation », si on peut l’appeler ainsi, de l’Homme sur Terre.

A l’opposé du cerveau animal qui atteint vite ses limites, l’acquis, c’est-à-dire l’apprentissage, l’expérience, en un mot la culture, constitue un domaine sans limite. Nous sommes à la fois Nature (inné) et Culture (acquis) et, comme l’explique le sociologue Edgar Morin, l’homme est seul parmi toutes les espèces animales à être « définitivement inachevé ». Et ce n’est probablement pas un hasard : quel sens donnerions-nous à la vie si nous ne pouvions agir sur l’amélioration de notre condition, de la condition humaine ?

Face à cet inachèvement, on peut se résigner et subir. Mais la liberté n’y trouve pas sa place et l’aliénation est l’issue fatale. On peut aussi, et là réside je pense l’essence de notre démarche de maçon, considérer cet inachèvement comme une promesse de progrès et d’évolution. C’est une source d’espérance et d’espoir. C’est un projet. Et le mien est que l’homme s’épanouisse dans l’Humanité.

Pour donner corps à cette idée, nous devons nous atteler à un travail immense qui commence par reconsidérer les notions mêmes de connaissance et de progrès, et ce dans une perspective dépourvue de pessimisme excessif ou de naïveté béate. Mais encore nous faut-il préalablement nous débarrasser de nos préjugés, notamment celui qui a irrigué la pensé dominante du XIXème siècle selon lequel seule la raison serait source de salut.

Tout est affaire d’équilibre et notre démarche nous le rappelle constamment. Et, comme le monde change chaque jour en raison de nos découvertes, nous avons renoncé au piège réducteur de la croyance en une vérité figée dans une immobilité définitive. La connaissance ne sera jamais un royaume fini et connu mais une perpétuelle conquête où chaque nouvel éclairage fait surgir de nouvelles ténèbres. Ce qui est tenu pour vérité technique ou scientifique devient par principe « biodégradable ». Le probable et l’aléatoire prennent peu à peu le pas sur les certitudes binaires. C’est plus complexe mais combien intéressant : le champ des possibles s’étend à l’infini.

Et c’est bien parce que certains désenchantements ne sont -aujourd’hui encore, hélas ! Que le résultat d’une vision manichéenne du monde que la maçonnerie, par l’athanor de nos travaux, est le creuset du champ des possibles. Le creuset de l’Homme libre et de bonnes mœurs qui, en pleine relation avec le cosmos, peut explorer ce champ des possibles et construire jour après jour un vrai progrès fondé sur l’Art Royal. Le Franc-maçon navigue en permanence entre l’utopie et la réalité. Il évolue également entre présent et avenir, entre instant et éternité, entre tradition et modernité, entre individualité et collectif, entre spirituel et matériel. Etre franc-maçon, c’est accepter de voyager sans cesse sur ces axes qui forment un espace multidimensionnel complexe. Dans la même lignée, le franc-maçon se garde des à-priori et des dogmes. Il s’efforce de ne pas accepter pour vérité ce qu’on lui assène, mais d’en rechercher la Voie en s’appuyant sur la recherche personnelle et l’échange. La Loge est donc ce lieu où, derrière ce qui peut apparaitre comme des contraintes, s’offre à nous cet espace d’infinie liberté.

Si l’homme veut vivre et non pas survivre, il doit résister aux idéologies trompeuses et à l’idée d’un salut dont il ne serait pas l’unique artisan. C’est ici que la fraternité trouve sa raison d’être : les hommes continuent l’œuvre du G A D L’U, leur communauté est une communauté de destin.

Pour un maçon, travailler à l’amélioration de la condition humaine, c’est concevoir et agir, c’est contribuer à construire la société des hommes avec la certitude qu’il ne saurait y avoir de société idéale ou de Jérusalem céleste brusquement descendue sur Terre. Car c’est nous qui, malgré cette Parole perdue depuis Adam, continuons l’œuvre de la Création en tentant d’éviter de nouvelles tours de Babel. Aujourd’hui comme toujours, l’orgueil nous guette et nos vicissitudes nous rappellent sans complaisance que l’humanité doit se parler et se comprendre pour réaliser de grands projets, et plus encore celui que le G A D L’U nous a confié.

Nos sociétés sont, comme nous-mêmes, en perpétuelle recherche d’équilibre sous la poussée de contradictions et d’antagonismes. Depuis la nuit des temps. Tant que les contradictions s’équilibrent, les sociétés peuvent évoluer. Mais, lorsque ces mécanismes sont débordés, les complémentarités deviennent contradictions, les antagonismes s’exacerbent et le désordre surgit tout naturellement. Alors, mes FF, revenons à nos fondamentaux en commençant par la devise de notre rite « Ordo ab chao ». Oui, l’humanité ne peut être stable, mais du désordre naît l’ordre. Ce n’est pas une résignation devant une tâche impossible, mais l’acceptation lucide du constat que toute œuvre humaine est par nature inachevée.

Le Temple est donc toujours à construire et l’œuvre maçonnique un combat permanent. Notre travail nous fait prendre conscience que la fraternité est la condition de notre devenir. C’est la raison pour laquelle l’initiation n’est pas une fin mais un moyen, elle nous permet ce regard détaché des passions sur ce qui nous entoure.

La maçonnerie m’a libéré de l’ignorance par cette démarche initiatique qui, en commençant au plus profond de nous-mêmes, nous rappelle que des ténèbres jaillissent la Lumière, cette Lumière sur nous-mêmes et sur notre futur.

En Lui était la vie et la vie était la Lumière des hommes et la Lumière luit dans les ténèbres et les ténèbres ne l’ont pas comprise.

J’ai dit.

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