La tradition est-elle essentielle au MS pour atteindre le Saint des Saints ?
G∴ B∴
Historiquement, le Saint des Saints était le lieu le plus sacré, la partie la plus intérieure dans la construction du temple de Salomon. C’est à cet endroit qu’était déposé l’Arche d’Alliance. Sur un point de vue opératif Le Saint des Saints est séparé du reste du Temple par une balustrade appelée Ziza. C’est en effet une véritable palissade qui nous sépare encore du Saint des Saints situé à l’orient de la Loge. Pour le moment, à notre degré de Maître Secret, cette barrière nous interdit l’accès au Saint des Saints. Lors de notre initiation au 4ème degré, nous avons été placés devant la balustrade et nous avons pris rang au nombre des Lévites. Nous sommes censés garder l’accès au Saint des Saints.
Sur un point de vue spéculatif, c’est à cette place que nous aspirons à la connaissance des plus sublimes mystères. Sur un plan métaphysique le Saint des Saints est l’endroit indéfinissable qui ne s’appréhende que par l’intuition au plus intime de l’être.
Lors de son initiation au 4ème degré, le M S reçoit le tablier du grade et le sautoir sur lequel est accrochée une clé.
Mais que représente cette Clé d’ivoire ? Dans la légende du grade, la clé, confiée au corps des gardes soumis à l’autorité de l’inspecteur Adoniram, ouvre le Saint des Saints. Ce lieu, contient, outre la dépouille du Maître, les « lois secrètes révélées à Moïse ». Pour nous M S, ce bijou symbolique du 4ème degré n’est pas n’importe quelle Clé. Celui-ci, s’il est diversement interprétable, possède sa signification ésotérique propre que les M S sont invités à découvrir et à méditer.
La clef se différencie totalement des outils des bâtisseurs mis en œuvre dans les trois premiers degrés. Les outils sont faits de minéraux et de végétaux. La clé est d’une matière organique : l’ivoire, l’os. Elle rappelle l’ossature de l’homme.
La clé n’est pas un outil, elle est un signe, un symbole. Elle n’ouvre pas, elle est l’ouverture. Elle agit symboliquement comme une barrière, comme la clôture des monastères qui enferme les moines qui vivent dans le secret de Dieu, dans le silence, dans sa simplicité et dans son unité. Elle agit symboliquement comme le Jubé dans les églises, cette clôture dite « chancel » qui a pour fonction d’isoler le chœur de l’église, des fidèles qui, du fait de sa présence, voient peu ou pas du tout le maître autel.
Et c’est conscient de cela, que nous savons qu’il nous faut nous enfermer dans notre silence et dans notre secret, cette situation ne nous donne qu’une clé d’accès, celle de l’écoute à venir de la Parole Perdue.
Elle traduit l’intention (et le pouvoir) de son porteur d’ouvrir SON Saint des Saints pour se découvrir et se créer.
Détenir la Clé ne suffit pas. La Clé ouvre au domaine du sacré et le monde sacré n’est accessible qu’à ceux qui parviennent au dépouillement du relatif pour trouver la pureté de la vraie lumière. La Clé d’ivoire donnée au M S est le moyen d’accès au sanctuaire de l’esprit. Le secret de la connaissance est en chacun. Au fond de soi-même se trouve la Clé qui permet d’accéder au cœur du Saint des Saints de son temple intérieur.
Cette Clé nous rappelle aussi l’engagement que nous avons pris quant à l’observation de la Loi du Silence qui nous a été rappelée lors de l’apposition du Sceau du Secret sur les lèvres.
La lettre Z sur le panneton situe le cadre du travail qui attend le M S lorsque lors de son initiation, il devient détenteur de la clef permettant d’accéder aux mystères de la F M parce qu’HIRAM revit en lui. Nous sommes là pour remplacer Hiram, l’architecte et nous possédons les clés du chantier. Ce chantier reste bien notre temple intérieur qui doit être terminé. Aller au plus profond de soi-même, pour y découvrir tout ce qui est enfoui.
La Tradition
Qui dit tradition, dit passation. Passation d’une connaissance de père à fils, de maître à apprenti, d’initié à profane. Celui qui sait…doit transmettre à celui qui cherche…à celui qui est en quête.
Il n’y a pas de tradition sans transmission. Cela remonte au plus profond des âges. Chaque génération transmet fidèlement cet héritage à la génération qui lui succède, au travers du rite et des rituels. Ce relais se réalise par une restitution aussi impérative que fidèle de ce qui a été donné avec la vie.
L’origine de la Maçonnerie est opérative et c’est dans les récits légendaires du métier, en particulier dans la construction du temple de Salomon, et dans le personnage d’Hiram et de sa légende que la tradition écossaise va puiser ses premiers enseignements.
La tradition maçonnique dite spéculative aujourd’hui transmet sa connaissance par son symbolisme et par son Rituel. C’est grâce au Rite et à la mise en application du Rituel que les Francs-Maçons perpétuent la Tradition.
L’initié est appelé à témoigner par ses actes. Cela passe par une conversion du regard par la force de l’exemplarité. Chaque F est ainsi porteur de la tradition et l’anime par son témoignage permanent. Le devoir de transmission est son projet de vie.
A la GLDF, nous travaillons au Rite Ecossais Ancien et Accepté ; C’est actuellement, le Rite le plus pratiqué au monde et le Suprême Conseil de France est, depuis sa fondation par Auguste Grasse-Tilly en 1804, le légitime gardien de ce Rite.
Notre rite est donc là depuis 2 siècles, certes quelques changements ont eu lieu, mais le cœur, l’esprit du travail et du dévouement restent. La maçonnerie est d’essence supérieure, elle est de tradition séculaire et de demande initiatique ; ce qui la distingue de tout autre mouvement humain, qu’il soit politique ou professionnel. L’idéal maçonnique devra apporter à chacun une connaissance critique de l’ardeur de la tâche à accomplir.
La tradition est une force vivante en perpétuelle évolution créative. C’est le mouvement permanent du passé, du présent et qui prépare l’avenir. Cela fait plusieurs millénaires que les traditions sont véhiculées à travers les âges. Notre tradition est immémoriale car elle puise ses racines à la source de l’univers, étant l’héritière de toute l’humanité qui l’a précédée.
Croire en la tradition, c’est donner un sens à sa vie. La tradition véhicule d’autres traditions qui convergent toutes vers elle, parce qu’elle en est le vecteur inspiré. La tradition c’est le retour de l’homme à l’état édénique, à l’état de grâce. L’homme est au centre de la tradition car si la Tradition primordiale s’appuie sur un mythe fondateur, alors il s’agit du mythe fondateur de la création de l’univers ou à tout le moins de la création de l’homme.
La tradition est-elle essentielle au M S pour atteindre le Saint des Saints ?
La tradition initiatique (celle qui nous intéresse) est avant tout le véhicule d’une connaissance immuable qui relève d’une transmission dont l’origine remonte à la nuit des temps, donnée à l’homme par les dieux (!) qui se transmet de génération en génération. Elle est, comme je l’ai dit plus haut, une force vivante, mais elle met seulement à disposition de l’homme une méthode qui lui permet de se réaliser. Le travail s’effectue en l’homme dans son Saint des Saints par prises de conscience successives que seul le cherchant découvre par lui-même…
La F M fait partie de la tradition dite Solaire, elle à deux voies : la voie sèche (intérieure) et la voie humide (extérieure), on la retrouve chez les Egyptiens avec le livre de Thot, dieu des lettres et des sciences. La connaissance qu’il apporta à l’Egypte redonna à la Tradition Primordiale souffle et vie. Plus tard, Pythagore fût l’héritier de cette tradition, il était héritier du livre de Thot, et à son tour, il légua sa science à certains de ses disciples.
Il existe bien sûr d’autres traditions grâce auxquelles l’homme peut se réaliser, c’est à dire, retrouver cette partie dont il est privé dans le monde de la matière (ou qu’il a oublié s’il y reste trop attaché), c’est à dire, son EVE de la Genèse qui est sa partie spirituelle dont il doit prendre conscience avant de chercher à la faire vivre en lui. C’est aussi la symbolique des 5 points parfaits de la Maîtrise où, en « s’assemblant » avec le V M le nouveau Maître (HIRAM matière vivante renaissante) renait plus radieux que jamais en retrouvant sa partie manquante (symbolisée par le V M qui est porteur de la connaissance et donc de l’esprit qui nous anime) Matière et Esprit ne font alors plus qu’un, la dualité qui anime et rend vivante la matière retrouvant ainsi l’unité attribut de son origine et donc, de son créateur (un le tout).
Oui, la tradition est essentielle et je serais tenté de dire qu’elle est essentielle à chaque degré de la F M, pourquoi ne le serait-elle qu’au grade de M S ?
La tradition nous a été transmise par nos aînés dès notre initiation sous la forme des rituels, du VLS, de l’interprétation des symboles. Notre devoir à nous M S c’est de continuer cette transmission. La première vocation d’une société traditionnelle comme la franc-maçonnerie est la transmission qui se fonde à la fois sur le droit de connaître et le devoir de mémoire.
En Loges symboliques, les FF Officiers doivent avoir bien conscience de leurs responsabilités à transmettre cette tradition afin que tout cherchant soit en mesure de la transmettre à son tour par la suite. En Loge de perfection, les M S que nous sommes, doivent être considérés comme des apprentis avides de connaissance. Nous avons conscience de nos faiblesses mais nous les acceptons en toute humilité pour arriver à la perfection. Et pourtant, nous étions, en Loges symboliques, des Maîtres maçons, bien installés sur notre colonne, nous étions censés détenir la connaissance, mais lors de notre initiation au 4° degré, on nous a rappelé, par le port du voile sur les yeux, que nous avions grand besoin de perfectionnement et que pour nous aussi, la transmission de la Tradition est essentielle.
Aujourd’hui nous possédons la clé qui permet de fermer les portes du passé, un jour, elle nous permettra d’ouvrir celle de la porte du Saint des Saints, nous préservant ainsi des turbulences du monde profane. Pour l’instant nous sommes devant la balustrade qui nous en interdit l’accès.
Mais cette balustrade n’est telle pas en fait une protection contre nous-mêmes et nos passions ? Nous M S, qui somme nous vraiment ? Je dirais, simplement des humbles cherchants qui tentent de percer les mystères qu’entretiennent entre eux les hommes.
Le M S a aussi des devoirs, cela lui est rappelé par le F Premier inspecteur lors de son initiation au grade, à la fin du 4° voyage. Les devoirs du M S parmi bien d’autres sont de bien comprendre, bien voir, bien faire, s’il veut contribuer à l’œuvre et vivre une plus grande spiritualité. Il lui faut bien comprendre son devoir, et les devoirs de sa charge : l’obéissance, garder le secret et rester fidèle, un véritable sacerdoce, un don de soi.
Pour tout cela, la tradition est essentielle au M S, il est parmi les Lévites et a la lourde charge de garder et de préserver le Temple du Roi Salomon et ses trésors. Il est donc essentiel qu’il s’imprègne de la tradition afin de s’élever vers son idéal et atteindre SON Saint des Saints.