La Vérité est une lumière que l’homme perçoit plus ou moins confusément…
P∴ Q∴
Gloire du Grand
Architecte de l’Univers
Deus Meumque Jus
Deus Meumque Jus
Rite Ecossais
Ancien et
Accepté
Ordo
ab Chao
Au nom et sous les auspices du Suprême Conseil de France
Liberté Egalité Fraternité
Au nom et sous les auspices du Suprême Conseil de France
Liberté Egalité Fraternité
La
Vérité
est une lumière
que l’homme perçoit plus ou moins confusément
Elle peut, pourtant se révéler dans tout son éclat
à celui qui veut ouvrir les yeux et regarder.
que l’homme perçoit plus ou moins confusément
Elle peut, pourtant se révéler dans tout son éclat
à celui qui veut ouvrir les yeux et regarder.
Mes Frères, en préalable je relève combien la recherche sur les concepts de « Vérité » ou de « Lumière » est récurrente dans l’actuel programme de nos travaux.
La lumière, mise en exergue au thème de l’année est présente à cinq reprises, quant à la vérité, elle l’est également pour une même quantité de planches, propos ou travaux d’augmentation.
Le développement qui suit, faisant partie de ce cycle, m’a permis avec bonheur d’aborder une réflexion relativement peu traitée en atelier de perfection.
Voici donc le titre de la Planche que je vous propose :
La Vérité est une lumière que l’homme perçoit plus ou moins confusément. Elle peut, pourtant se révéler dans tout son éclat à celui qui veut ouvrir les yeux et regarder.
Nous retrouvons cette phrase dans le Rituel d’initiation au grade de Maître Secret, 4ème degré du Rite Ecossais Ancien et Accepté.
Durant le cours de cette belle cérémonie, arrivé au moment où, après les pérégrinations des 4 voyages et l’enseignement des préceptes du nouveau grade, juste avant de contracter une alliance qualifiée de sincère, le Trois Fois Puissant Maître s’enquiert auprès des encore récipiendaires, d’une dernière compréhension de leur part :
– Que cherchiez-vous dans vos voyages, leur demande-t-il ?
– La Vérité et la Parole perdue, répond pour eux le Maître des Cérémonies.
Alors, le Trois Fois Puissant Maître prononce les mots suivants : Telle la lumière que vous portez et que vous ne voyez qu’imparfaitement au travers du bandeau qui trouble votre vue, puis il enchaîne avec l’expression, titre de cette planche.
Le Trois Fois Puissant Maître poursuit ensuite avec une phrase qui peut constituer une piste en vue d’accéder au but : La route du Devoir mène sûrement à la Vérité. Mais cette route est longue et difficile et parce qu’il tente de l’abréger en prenant des raccourcis, l’homme s’égare dans le labyrinthe de l’erreur.
Ainsi, le Franc-Maçon qui aspire à parfaire son initiation est en recherche ! De Quoi ? Eh bien, de la Vérité et de la Parole perdue.
Il apprend alors que la Vérité est une Lumière diffuse qui, pour se révéler nécessite un effort de volonté, sur le chemin du Devoir.
Il lui est également précisé que la route est longue et parsemée d’embûches.
Volonté donc, patience, obstination et clairvoyance seront les vertus que devra cultiver le Franc-Maçon sur les voies de la perfection.
Mais, n’allons pas trop vite ! Avant d’envisager les différents moyens pour parvenir au but, il convient, tant que faire ce peut,d’éclaircir l’objet de la quête.
C’est de la Vérité dont il est question !
Vérité, avec un article défini, selon les mots exacts du Rituel : « la Vérité », apparaît toute entière contenue dans Lumière. Vérité qui constitue donc une partie de celle-ci, peut vouloir dire qu’elle est sous-ensemble de Lumière. Cela signifie que tous les attributs reconnus à Vérité seront également propres à Lumière, tandis que l’inverse n’est pas vrai ou plutôt, pas suffisant, comme il est dit avec le langage mathématique.
Vérité ! Vaste programme.
En effet, la recherche de la Vérité a un nom, un vieux nom, un nom grec dont le sens a souvent été si chargé qu’il est quelque peu oublié. Elle s’est appelée : philosophie.
Il ne faudra donc pas s’étonner que nombre de grands penseurs l’aient définie, étirée et souvent torturée au regard d’idéologies plus ou moins bien pensantes ou encore, politiquement correctes.
Voyons justement, ce que pense la philosophie dans son sens moderne, de Véritas en latin ou encore d’Alèthiéia en grec ?
Elle est qualifiée de réalité, stable, profonde, essentielle, par opposition aux apparences fuyantes et aux accidents éphémères. Le rapprochement sémantique de la vérité et de la réalité remonte au platonisme, et, au-delà, à Parménide (Ve siècle av. J.-C.).
On dit également qu’elle est qualité de ce qui est conforme à la réalité telle qu’elle est et non telle qu’on se l’imagine.
Ou encore, dans les domaines conceptuels, on parle de qualité d’un énoncé lorsqu’il est correctement inféré, à partir de propositions premières, reconnues indéniables. C’est le cas d’une vérité logico-mathématique.
On dit enfin, pour généraliser, que la véritéest universelle et nécessaire.
Le foisonnement du concept est tel que, pour différencier les sens il a été nécessaire d’y accoler d’autres mots.
On trouve ainsi : vérité à priori comme à posteriori, vérité de fait que Leibniz oppose à vérité de raisonnement, vérité formelle distinguée par Kant par rapport à la vérité matérielle, Vérité éternelle chez saint Augustin, tables de vérité – tiens j’ai étudié cela en logique booléenne. Que sais-je encore ?
Une dernière, en référence à l’Empire du Milieu : la triple Vérité » qui est une conception développée par une école philosophique chinoise selon laquelle il existe trois vérités : celle de la vacuité, celle du monde phénoménal et celle du Milieu, propre à l’appellation de la Chine bien entendu et non en référence à une assemblée de malfaiteurs. Laquelle qualité réconcilie les deux premières et affirme leur identité.
Spinoza, dès le début de l’Ethique évoque la substance comme une Vérité éternelle et affirme que l’essence d’un homme de même que l’essence et l’existence de Dieu sont des Vérités éternelles – rappelons-nous que pour ce penseur Dieu et la nature sont de la même essence. Ces affirmations ne peuvent se comprendre pleinement que par l’analyse de l’idée de vérité proprement dite.
Il précise sa réflexion en écrivant : l’idée claire et distincte, c’est-à-dire vraie, d’une substance. L’on peut alors penser que, pour lui, la vérité est en quelque sorte l’idée vraie, adéquate en tant que claire et distincte comme peut l’être la connaissance même.
Avec ce philosophe, la possession d’une idée vraie, d’une vérité, est une source de joie. Comprendre, écrit-il, connaître en vérité, est la source de la plus haute satisfaction de soi parce qu’elle exprime notre véritable puissance.
Comte-Sponville, philosophe contemporain, pose dans son dictionnaire philosophique que vérité est ce qui est vrai, ou le fait de l’être, ou le caractère de ce qui l’est.
Il en déduit que la vérité n’existe pas parce qu’elle est une abstraction.
Tout se passe dit-il comme si les progrès même de la connaissance rendaient la notion de vérité plus problématique.
Séparés du réel par les moyens qui, par ailleurs, nous servent à le connaître tel qu’il est en lui-même ou absolument, nous ne connaissons pas l’être, nous ne connaissons que des phénomènes.
Il conclut ce passage par une interrogation qui constitue un doute ontologique : Une connaissance qui ne porte plus sur l’être, est-ce encore une vérité ?
Et l’exotérisme, à présent !
Lisons Jean l’Evangéliste en XVIII – 37 et 38.
A la question de Pilate : « Ainsi tu es roi ? » Ieshoua répond : « Tu dis, toi, que je suis roi. Moi je suis né pour cela, et pour cela je suis venu dans l’univers, pour témoigner de la vérité. Quiconque est de la vérité, entend ma voix. »
Pilate lui dit : « Qu’est-ce que la vérité ? »
Déjà le problème est posé ! Qu’en est-il de la vérité comme de la lumière pour le croyant et pour celui qui ne l’est pas ?
A l’inverse de la ténèbre propice à évoquer l’indéterminé, le chaos primordial, le stade de l’avant-manifestation des formes créés, visibles ; la lumière, qualifiée de céleste, dans la Bible, évoque le monde d’en haut, le monde de la transcendance.
Avec l’ancien Testament, elle est don de Dieu, mais aussi Dieu lui-même, en tant que sauveur d’Israël et garant de la vie terrestre ou donneur de la vie divine.
Le nouveau Testament, quant à lui, propose la lumière comme symbole du Christ et la vérité comme son attribut principal. N’aurait-il pas déclaré afin d’affirmer dogmatiquement sa divinité : Je suis la lumière du monde ! Dans ce contexte, le terme « fils de lumière » signifie, ni plus, ni moins : « spirituellement sauvés ».
La lumière, de même que la vérité, représentent alors, comme un don de foi, les symboles anthropologiques et religieux de la « connaissance supérieure » en tant que mystère du monde incréé.
La religion, en terme générique bien entendu, nous le voyons, se définit principalement par un système de dogmes qui nécessairement délimitent la vérité, l’enferment entre certaines bornes, au-delà desquelles commence l’hérésie.
Seule la foi de l’être religieux lui permet de passer outre les découvertes de l’intelligence qui font progresser les acquis du savoir.
Il semble que la foi qui avalise le dogme, est en quelque sorte un sentiment qui induit une compréhension de ce qui est encore mystère pour l’intelligence ou même une interprétation à priori des lois de la nature, pour entraîner une certitude inébranlable.
Je pense en écrivant cela, à l’essor irrésistible de certaines actuelles prédications anglo-saxonnes qui nient l’évidence des découvertes anthropologiques et géologiques, au bénéfice de ce qui est « écrit » et relancent avec véhémence la théorie créationniste de la formation de la Terre et de l’Homme.
En matière de vérité, nous le voyons, la voie religieuse est celle de la passivité et, s’il est vrai, comme disait Aristote, que l’être est tout ce qu’il connaît, alors, les limites que le dogme assigne à la vérité ne peuvent manquer d’affecter, je dirais même d’amoindrir l’homme qui se retranche sur des certitudes non fondées.
Mes Frères, venons-en maintenant au domaine de la spiritualité.
A le lecture de l’auteur qui a signé étrangement « A.B.Z. » dans l’ « ORDO AB CHAO » N° 32 du 2ème semestre 1995 : La Franc-Maçonnerie, comme d’ailleurs toutes les autres formes d’initiation, non seulement n’a point de dogmes à imposer mais encore, elle invite instamment ses néophytes à dépasser les leurs.
Ce faisant, elle n’entend nullement favoriser un scepticisme stérile ou l’on ne sait quel laxisme de la pensée.
Elle croit en la Vérité.
Son attitude anti-dogmatique revient seulement à un refus de tout ce qui pourrait la limiter.
Fort bien ! Mais « croire en la Vérité » n’est-ce pas déjà un dogme ?
Ce pourrait l’être si la Vérité était une, indiscutable et incontestable, telle que la conçoit Guénon en tant que : Immuable loi, principielle et suprahumaine.
Ce n’est pas ainsi que j’intériorise cette notion de Vérité.
Je pense sincèrement que la Vérité, ma Vérité a rapport à la connaissance, qu’elle est évolutive, fonction de ma réflexion et des efforts que je déploie (ou non), en vue de progresser.
La Vérité n’est pas l’objet connu mais l’adéquation de la connaissance à son objet.
Alors, sans que cela soit une tautologie, on peut dire que la Vérité est la connaissance vraie. Spinoza dit encore que la Vérité est de l’ordre de la connaissance réflexive, qu’elle est en quelque sorte « l’idée de l’idée ». Ne vous est-il jamais arrivés, mes Frères d’éprouver, de manière fugace mais intense, l’idée de détenir soudain une certitude absolue sur telle ou telle opinion. Dans ces cas, l’idée éblouissante de cette certitude est du même ordre que la Vérité qu’elle sous-tend. Elle est connaissance de la Vérité ! Voir pour plus de développement sur ce point, le « Traité de la réforme de l’entendement » de Spinoza.
Ce point de vue accrédite ma conviction que chaque initié possède sa propre Vérité qui réside dans la connaissance adéquate de l’idée vraie, dans la conscience de posséder une idée vraie.
Bien entendu, chaque Vérité, la mienne, la tienne mon Frère, partielle ou élaborée, fait partie d’un tout qui représente, en quelque sorte, l’objectif de la quête. Je pense alors à l’intuition de Teilhard de Chardin ; celle d’un point de convergence, d’un lieu de rencontre, des pensées positives, sorte d’unanimisation et donc de point Vérité de la pensée humaine. Il nomme le sommet de ce cône de la Connaissance, fléché par le paramètre temps, le « Point oméga ». Teilhard dira à ce sujet que : l’homme peut choisir mais l’avenir de l’évolution donnera raison à ceux qui auront fait le bon choix de la force d’amour, la seule force vraiment évolutive.
Poursuivons !
J’ai à l’heure présente ma Vérité que j’entends élargir aux domaines qui, encore, m’échappent, cela revient à dire que j’ai la certitude de détenir un fragment de la connaissance atteignable par mon individualité et je peux déplorer que cette braise s’éteigne avec mon dernier souffle.
Si, avec la première assertion , la dynamique de la quête est synonyme de vie, de désir et de détermination, avec la seconde, alors, c’est la mort qui sera la seule victorieuse.
La cigüe a eu raison de Socrate et ce n’est que dans la légende que l’Architecte assassiné est relevé.
Cela est vrai (tiens, encore une certitude) et dans l’ordre des choses mais, peu importe, quelle que soit la fin, il s’agit pour l’homme « re-naît », de jouer la pièce de la dignité, celle des humains dont l’existence est de veiller sur la question de l’être.
D’y veiller afin qu’elle ne sombre pas dans l’oubli, au bénéfice des petites certitudes exotériques du vieil Homme, jamais tout à fait défunt.
Rappelez-vous, le soir de votre initiation au 4ème degré : Ne profanez pas le mot de Vérité en l’accordant aux conceptions humaines. Il nous faut alors, accepter notre présence au monde comme la joie d’un présent, celui de l’instant donné et celui du don du moment.
Le passé Grand Maître de l’obédience, Michel Barat peut écrire à ce sujet : Notre réalité singulière et nos expériences particulières déterminent le territoire fini, de notre recherche infinie de la Vérité.
Ni les rires du ridicule d’un tel acharnement à vouloir connaître, ni les larmes de la rage d’une telle insatisfaction ne peuvent étancher la soif de ceux qui, un jour, ont osé une telle aventure. Fin de citation.
Revenons à présent au titre de cette réflexion, je paraphrase pour simplifier :
La Vérité, comme la parole perdue, objet de notre quête touche aux limites de l’entendement humain, cependant, elle peut se révéler dans tout son éclat à celui qui veut ouvrir les yeux et regarder.
A en croire les grandes traditions telles que l’hindouisme, l’initiation a pour but ultime la délivrance, c’est-à-dire l’affranchissement par rapport à l’individualité humaine comme, vis-à-vis de tout état conditionné, quel qu’il soit, et corollairement, l’identification avec le grand « Tout » dont toutes choses proviennent. Certes, ce but est lointain, quasi inaccessible, mais tout initié, si peu élevés que soient ses grades et qualités, et si modestes ses ambitions, est entré dans la voie qui y conduit.
Au début du développement, j’évoquais les notions de volonté, de patience, d’obstination et de clairvoyance, ce sont bien les vertus que l’initié doit acquérir afin de pouvoir « ouvrir les yeux à la réalité intérieure de soi et la percevoir. »
C’est pour cela que le Rite Ecossais Ancien et Accepté est gradué et qu’à chaque degré, la plus extrême attention est demandée au néophyte.
Après l’ « illumination » apportée par la vibration initiale, tout reste à faire par le travail intérieur et le déploiement des vertus déjà citées.
René Guénon que j’approuve à présent, dit que : Entrer dans la voie, c’est l’initiation virtuelle ; suivre la voie, c’est l’initiation effective. Et plus loin : Pour pénétrer plus avant, il faut un degré de compréhension qui, en réalité, suppose tout autre chose que la simple érudition.
Il me reste, pour conclure, à évoquer ce qui, peu à peu, donne corps à notre quête, je veux parler de l’Amour qui, le temps passant, s’épure pour devenir une ouverture du cœur qui nous aide à discerner parmi « Lumière », laquelle est « Vérité ».
La mienne, nous l’avons vu, mais également celle de l’autre envers qui j’éprouve tous les sentiments du « Com-pagnon » – celui qui partage avec moi le même pain sur la même route.
Amour que, plus tard encore, nous saurons appeler Charité, pour notre plus grande joie.
Spinoza, évoquant la nécessité de la vie sociale nous dit que : Les âmes ne se convainquent pas par les armes, mais par l’Amour et la Générosité.
Quel étrange destin que celui de ces chercheurs de Vérité qui ont transformé leur singularité en universalité !