Le Chandelier
A∴ L∴
En choisissant de vous parler du chandelier qui un
symbole important dans la rituélie
hébraïque, j’ai pensé qu’il serait
intéressant de mettre en évidence certains de ses
aspects qui sont profondément liés à
la tradition maçonnique marquée par l’influence
juive.
Le chandelier est l’objet de la Bible le plus reproduit et le plus
représenté. Le mot hébreu
« menorah » contient
la racine « ner » qui signifie
à la fois
« lumière » et
« feu ». La Bible
désigne par ce mot le chandelier à sept branches
qui éclaire le sanctuaire du Temple de Jérusalem.
Un peu d’histoire
Pour certains le chandelier serait
dérivé de l’arbre de lumière
babylonien ; pour d’autres, d’un arbuste poussant sur le mont Moriah
à Jérusalem (la sauge). La tradition biblique du
chandelier commence au mont Sinaï où Moïse
« jeta un bloc d’or au feu, bloc qui s’est
transformé en candélabre de feu »
; le modèle était d’inspiration divine… Le
chandelier était placé dans le Sanctuaire, au sud
depuis l’entrée du Temple, face à la table de
proposition des pains. Après la destruction du premier
Temple, les juifs exilés à Babel
l’adoptèrent comme emblème : cette image de la
lumière émanant du Temple symbolisa ce dernier,
puis l’unité des douze tribus et la nation juive
disloquée.
Pour Philon d’Alexandrie, philosophe juif de l’époque
romaine, le chandelier était l’image du ciel, avec le
système planétaire au centre duquel brille le
soleil, représenté par la tige centrale : il
symbolisait alors la vie éternelle et c’est peut
être à ce titre que le chandelier figurait sur les
sépultures des juifs romains.
Que cache le chandelier ?
Le chandelier est un arbre dont les branches sont
tournées vers le ciel, un arbre lumineux,
étincelant dans l’azur. Le chandelier est un support
intermédiaire, un lien vertical entre un socle à
trois niveaux, image d’une élévation progressive,
et les sept lampes reflétant l’approche de la
clarté. La ménorah peut aussi faire penser
à un râteau, dents en l’air ayant fini de ratisser
l’or du sable alluvionnaire. Il est aussi à la fois un
réceptacle (huile), et un émetteur
(lumière), le chandelier est l’intermédiaire
d’une transformation. Une description minutieuse est faite dans la
Bible en Exode chap. 25 versets 31/38.
Ce texte très détaillé fait ressortir
un certain nombre d’images symboliques universelles comme l’arbre et
l’amandier, les chiffres 3 et 7, l’or et des concepts comme la
dualité. Mais la Tradition lie d’abord le chandelier
à la Torah.
De nombreux liens existent entre le chandelier et la
Bible. L’analyse biblique fait ressortir un lien entre les
différents éléments
décoratifs du chandelier (calices, pommeaux, fleurs, tiges,
lampes) et les premiers versets des cinq livres du Pentateuque :
Genèse, Exode, Lévitique, Nombres,
Deutéronome. Un certain nombre de mots ou vocables du
premier verset de chaque livre ont une correspondance dans le
chandelier :
Genèse– 7 lampes
Exode–11 pommeaux
Lévitique– 9 fleurs
Nombres– 7 tiges +7 lumières + 3nouds = 17
Deutéronome–3*7+1 coupe = 22
Le total des chiffres est de 66, valeur numérique de
« adonay »,
l’Eternel-Dieu, et de l’unité. Ainsi bien que multiple, la
lumière du chandelier est une, à l’image de celle
d’en haut.
Le chandelier serait donc le symbole de la lumière de la
Torah, elle-même reflet de la lumière divine. Le
chandelier est un arbre.
L’image du chandelier viendrait d’une sauge qui pousse
sur le mont du Temple et dont les fleurs écarlates flambent
au printemps.
Axe du monde reliant la terre au ciel, l’arbre prend racine dans les
profondeurs où la matière est
transformée pour s’élancer vers le ciel,
à travers les vibrations de ses branches. Il puise son
énergie aussi bien dans l’obscurité souterraine
que dans la clarté du jour et éclaire ses
alentours par sa floraison. Dans de nombreuses traditions, la justice
est dispensée sous un arbre qui est appelé la
lumière ou la source de Juste. Dans les régions
tropicales, il existe un amandier dont les branches se
développent selon trois niveaux horizontalement, puis
tendent leur extrémité vers le ciel : un
véritable chandelier dont la branche centrale est un tronc.
Pour ceux qui ont visité Galilée en février, la vision éblouissante de l’amandier en fleurs n’est pas un mystère. En hébreu cet arbre et son fruit s’appellent « louz » qui suggère une lumière éclatante et « shaqed », le veilleur. Cité fréquemment dans le texte de la Bible, l’olivier est l’arbre qui donne le rameau de la paix, l’huile de l’onction, l’arbre témoin de bonnes ouvres. Grâce à lui, la ménorah reçoit en permanence l’huile qui lui permettra d’éclairer les Justes. L’huile du Tabernacle est une huile de première presse, obtenue par concassage des olives au mortier : c’est le premier jet pur et doré qui est recueilli pour alimenter le chandelier, qui le transforme en lumière. Cette lumière doit être permanente comme la vérité est éternelle.
Le chiffre trois et sept
L’analyse biblique traditionnelle fait appel à la structure du chandelier : son socle est assimilé au fondement ou au sexe ; ses tiges qui s’épanouissent en bourgeons et en fleurs sont assimilées au verbe ; ses calices sont assimilés à la boisson et à la nourriture. Dans ses trois parties, le chandelier résume les trois activités essentielles de l’être humain (se nourrir, parler, se reproduire) qui, sanctifiées, éclairent le monde de leur lumière. Une autre analyse met en relief les sept tiges se terminant par sept lampes qui sont assimilés aux colonnes de la sagesse. Dans Proverbes chap.9 vers.1 il est dit : « La Sagesse s’est bâtie une maison, elle en a sculpté les sept colonnes ».
La Tradition fait aussi le lien entre les Psaumes et la ménorah : les chants d’en bas s’élèvent avec la même clarté et avec la même chaleur que les sept lumières. Ainsi les sept mots du verset 3 du Psaume 123 (cantique des degrés) correspondent aux sept tiges du chandelier. Le regard de la Tradition distingue aussi la flamme centrale qui, par miracle, brûlait en permanence dans le Sanctuaire, des autres lampes qu’il fallait allumer régulièrement. Les six lampes sont assimilées aux six jours de la création et la flamme du milieu au shabbat : le temps créé a besoin du secours de l’homme pour subsister mais le shabbat éclaire les hommes en brillant dans l’éternité. Les kabbalistes considèrent le chandelier à sept branches comme le symbole de structure du monde sensible et l’assimilent à l’arbre de vie : les sept lumières et les trois nouds sont les dix attributs divins ou séphirot. Sept est la totalité de l’espace, sept ciels, sept terres, les six directions et le centre… ; sept est aussi la totalité du temps, six jours de création et un jour de repos, le shabbat, consacré à la contemplation de l’ouvre. Sept est le cycle de l’ouvre accomplie, dont le renouvellement est positif. Les trois niveaux du socle sont les degrés du processus d’évolution pour parvenir à percevoir la « lumière », cette connaissance qui n’est acquise que par étapes, selon les trois niveaux progressifs des branches du chandelier. Le retour à l’unité centrale est assuré par le dix, somme du trois et du sept.
L’ambivalence de l’or
L’or est le métal parfait, absolu. Le chandelier est créé d’un seul bloc transformé par le feu : il suggère une transformation de l’homme qui le rapproche de la vérité et un dépassement grâce à la lumière qui éclaire son cheminement dans la vie. L’or est le métal du détenteur de cette « lumière », qu’il dérobe au regard des profanes, de ceux qui ne sont pas près à la recevoir ; mais il est aussi un trésor ambivalent comme sa couleur : c’est une source de perversion et de dégradation spirituelle et l’origine de la chute de l’homme en mortel. Source de lumière mais aussi de convoitise, le chandelier comme l’or dont il est constitué sont duels ; cette dualité est en équilibre instable et a besoin d’une base solide pour tenir debout durablement, d’où le socle à trois niveaux. Elle a besoin aussi d’une finalité qui est la lumière centrale.
Symétrie et Dualité
Regardons le chandelier : sa symétrie semble
parfaite par rapport à l’axe central et trois tiges partent
de chaque côté portant trois lumières
de part et d’autre de la lumière centrale. La Bible
distingue pourtant la droite de la gauche tout au long de la
description du chandelier. De même un olivier à
gauche et un olivier à droite alimentent le chandelier en
huile. Le premier est l’image du constructeur du Temple, Zorobabel, le
second celle du constructeur de la nation, Josué. L’un a la
grâce de la miséricorde, l’autre à la
force de la rigueur. Aussi, dans l’arbre de vie la tradition distingue
la droite de la miséricorde, de la gauche de la rigueur,
l’équilibre se faisant au centre, dans l’axe reliant le
cerveau, au coeur et au fondement et portant la lumière
centrale qui s’élève vers le haut. Le chandelier
est le support d’une double transformation dont le but est de relier le
terrestre au céleste, l’humain au divin.
Ainsi la symétrie du chandelier n’est qu’apparente : il
s’agit bien d’une dualité qui se résout dans la
tige centrale unitaire.
Le chandelier a évolué
Le chandelier a évolué dans le
temps en gagnant une branche. Le chandelier à huit branches
n’est pas mentionné dans les 24 livres de la Bible. Ayant
une valeur iconographique considérable, il ne peut
être occulté. Cet objet est l’emblème
de la fête solsticiale des lumières
« H’anoukiah »
et commémore un événement historique
miraculeux ; il rétablit le Sanctuaire et le rituel et, on
raconte que le chandelier resta allumé miraculeusement huit
jours grâce à une réseve d’huile d’un
seul jour. Le mot hébreu H’anoukiah dont la racine signifie
« inaugurer »,
« éduquer » est
utilisé lors de l’inauguration du Temple ou lors de la
dédicace d’un lieu de culte. Il est également
utilisé dans le sens de
« former ».
Le chandelier à huit branches révèle
ainsi un double message commémorer un
événement, une épopée
historique, un comportement exemplaire, de valeur
pédagogique et inaugurer une nouvelle ère de
lumière, après l’obscurité du
passé ou de l’hiver.
Le symbole huit s’explique à partir des chiffres sept et un.
Avec la Ménorah et le sept, un cycle est terminé
; la « H’anoukiah »
inaugure une ère nouvelle d’ouverture vers
l’extérieur. La lumière intérieur de
la Ménorah éclaire le Sanctuaire ; par contre la
H’anoukiah est aux fenêtres et sa lumière se
réfléchit à l’extérieur de
cette Résidence. La Ménorah est le symbole de
l’unité accomplie ; la H’anoukiah est le symbole de
l’ouverture vers l’humanité à travers la
dispersion de la lumière dans l’univers.
J’ai dit.