Le Devoir
S∴ Z∴
Ordo ab Chao – Deus meumque Jus
Au Nom et sous la juridiction du Suprême Conseil
des Souverains Grands Inspecteurs Généraux du 33ème et dernier degré
Du Rite Ecossais Ancien et Accepté pour la France
La neuroscience sépare notre cerveau en 2 hémisphères : le gauche et le droit.
L’utilisation du Cerveau Gauche nous permet d’agir par devoir, au-delà de toute recherche de plaisir. C’est ainsi que nous pouvons investir de l’énergie et des efforts sans en attendre une contrepartie personnelle. Il nous permet de nous perfectionner et développer nos talents, en nous appuyant sur notre volonté. Dans la compréhension des situations, le Cerveau Gauche nous conditionne à mesurer et objectiver les choses telles qu’elles sont, au-delà de toute interprétation subjective, et donc forcément très personnelle. C’est grâce à cette particularité que nous pouvons collaborer mon Frère et nous entendre sur les faits et les tâches à accomplir, dans des processus structurés.
C’est ainsi, qu’Emmanuel KANT a pu concevoir sa notion du Devoir.
A contrario, Le Cerveau Droit est la partie innée qui réside en nous tous. Il fait la part belle au plaisir, au désir, à la beauté et aux relations humaines. Il est l’hémisphère du sensible, de l’interprétation et du sens que nous donnons aux choses. C’est lui qui conditionne notre enthousiasme et notre motivation à effectuer les tâches. Hémisphère de la communication, il apprécie les aspects esthétiques jusque dans la manière de dire les choses, et dans toutes dimensions créatives en général. Il peut concevoir le futur et trace donc une ligne qui donne de la valeur à notre vie. Il conçoit les choses comme partant de lui, et a tendance par ce mécanisme à se mettre au centre. Orienté alors vers la satisfaction de ses besoins, il a de réelles difficultés à faire les choses par devoir.
C’est la vision du devoir de Nietzsche qui rejette « l’impératif catégorique » défendu par KANT ; cette idée selon laquelle il faudrait agir par pure obéissance à une règle inconditionnelle de conduite, la même pour tous en tout temps et en tous lieux. Il la rejette en raison, dit-il, de son caractère dangereux, et donc au nom de la vie et de ses exigences :
Je cite « Les profondes lois de la conservation et de la croissance exigent le contraire : que chacun s’invente sa vertu, son impératif catégorique. Un peuple va à sa perte quand il confond son devoir propre avec l’idée générale du Devoir. Rien ne cause de ruine plus profonde, plus intérieure, que toute forme de devoir » impersonnel « etc…
Le siècle des Lumières, qui voit l’éclosion de ces philosophes, est caractérisé par le triomphe de la raison et le rejet de toute forme d’autorité. Newton, dans le domaine de la physique, représente bien ce siècle. Il énonce la loi de la gravité universelle. Ce dernier mot est essentiel. Cette loi est valable partout dans l’univers, sur Terre, comme dans la plus lointaine des galaxies. Les savants, grâce à la raison, parviennent donc à découvrir les lois qui régissent le fonctionnement de l’univers.
Kant va s’inspirer de cette approche, et va l’importer dans le domaine de la morale. Les lois de la morale sont pour lui universelles ; quant à Nietzsche il considère que la valeur suprême est la vie en dehors de toute considération.
D’autres philosophes comme Jean-Jacques ROUSSEAU se sont penchés sur la notion du Devoir ; sa vision, différente, sera également abordée dans mon propos…
L’aspirine est dans le verre…
…La « table est mise »… Je peux maintenant tenter de comprendre la notion du Devoir selon KANT et vérifier si cette notion est ou n’est pas en adéquation avec le but de ma marche initiatique…à savoir… trouver la Vérité et la Parole Perdue.
A. Devoir et raison pratique
Devant les difficultés à trouver un critère sûr du bien et du mal, ma tentation est de me replier sur mon sentiment intérieur. Ce qui revient à dire : « je fais ce que je sens être bien », « je ne fais pas ce que je sens être mal ». Ce sentiment doit me rendre indépendant et m’émanciper à l’égard de toute autorité extérieure.
Seulement, comment savoir si mon jugement est réellement objectif ? Ne se ment-on pas à soi-même bien souvent ? Ne fait-on pas tout pour se tromper soi-même, quand cela peut être utile ? Mais mettre en cause le sentiment intérieur, c’est porter une accusation grave qui porte atteinte à mon autonomie en matière de jugement moral. Si cette accusation est fondée, que me reste-t-il pour juger du bien et du mal ?
Rien d’autre que la capacité de jugement de ma propre raison ? La question est posée !
Et c’est là tout le mérite de Kant d’avoir voulu le montrer. Que dit en substance la moralité commune ? Que la morale correspond à un ensemble de devoirs auxquels je suis tenu de répondre, car ils s’imposent à moi comme des obligations. Je dois exercer ma volonté pour décider en fonction de principes clairs ce que je dois faire car elle doit se déterminer par Devoir et non pas par intérêt.
Dès l’instant où mes motivations sont intéressées, elles sont aussi égoïstes. Elles visent le plaisir, ou elles me portent à fuir la peine qui résulterait de l’action. Kant appelle mobiles sensibles les motivations intéressées. Ils sont variables d’un individu à l’autre. Ils forment cependant pour chacun un ensemble de principes pratiques qui orientent l’action. Mes principes pratiques se rangent sous une seule espèce, la recherche d’une satisfaction du désir, recherche qui nourrit les penchants de ce que KANT appelle la sensibilité, recherche qui me ramène vers mes besoins. Or, comme les besoins et les désirs sont subjectifs, il s’en suit qu’ils ne peuvent conduire à des principes objectifs, valides universellement.
L’acte moral, d’après KANT, doit se situer sur le plan de la recherche d’un bien universel et non d’une satisfaction personnelle. Agir par devoir, c’est agir non pas en prenant en compte mes propres intérêts, mais en voyant à chaque fois mes actes sur un plan universel.Le devoir s’impose sans autre justification que lui-même, indépendamment des conséquences de mon acte et sans autorité extérieure car j’en suis le législateur.
Si donc mon action suit ce que Kant appelle des maximes déterminant la volonté, le devoir se traduit par une loi de la forme suivante :
« Agis de telle sorte que la maxime de ta volonté puisse toujours valoir en même temps comme principe d’une législation universelle ».
B. Limites du formalisme
Cette représentation du devoir est d’une grande rigueur, mais elle est très marquée par la dualité entre deux principes contraires : le conflit est ouvert entre le sentiment et la raison, le cerveau gauche et le cerveau droit. La moralité suppose un désintéressement absolu et la nature humaine est fondamentalement intéressée. La raison entend ramener l’homme à un intellect froid, mû par de purs principes, mais l’homme est un être de chair et de passion, qui suit davantage l’élan de ses sentiments que les déterminations de sa raison. Exiger des hommes qu’ils suivent la pure raison, c’est imposer l’idée que le Devoir s’inscrit dans la discipline militaire où l’obéissance à l’ordre est la règle.
En fait ce que Kant a voulu écarter, c’est la subjectivité de la conscience morale car elle est dans son fond affective plus qu’elle n’est rationnelle.
Mais quand un tourment moral s’empare de moi, n’est-ce qu’un débat d’idées ? Une joute intellectuelle dans mon esprit ? Suis-je en proie à un problème logique ? Evidemment NON !
Prenons un exemple…
…Sous
la chape de haine tombée sur la France
dans les années d’occupation lors de la seconde guerre
mondiale, des
Lumières, par milliers, refusèrent de
s’éteindre.
Ces hommes et ces
femmes ont menti au péril de
leurs vies pour cacher des enfants Juifs…
Sans mauvaise intention, simplement parce que je veux sauver une personne recherchée injustement, mon acte est-il moins bon que celui d’une personne qui révèle le lieu où se cache le fuyard par conformité à la règle morale suivante : « tu dois toujours dire la vérité sans te préoccuper des conséquences de ton acte ? »
Vous conviendrez avec moi qu’il y a dans cet acte un autre facteur, supérieur à l’impératif de la raison !
C. Conscience morale et amour
Il est au fond des âmes un principe inné de justice et de vertu, sur lequel, malgré notre propre raison, notre maxime, nous jugeons nos actions et celles d’autrui comme bonnes ou mauvaises, et c’est à ce principe que je donne le nom de Conscience. Elle apparaît aux sources de l’être originel ; c’est elle qui fait l’excellence de ma personne et la moralité de mes actions.
La raison, origine des sciences, n’est donc pas l’instance suprême. La raison peut exercer une pression morale, mais c’est à la conscience de fournir une aspiration à la perfection dans l’action.Si je pouvais consulter directement ma conscience, je saurais où se trouve mon devoir. « La Conscience ne se trompe jamais, elle est le vrai guide de l’homme, elle est à l’âme ce que l’instinct est au corps », écrivait Jean Jacques ROUSSEAU.
C’est elle qui me porte sans réflexion au secours de ceux que je voie souffrir : c’est elle qui, dans l’état de Nature, tient lieu de loi, de mœurs et de vertu, avec cet avantage que nul n’est tenté d’y désobéir. C’est en un mot, dans ce Sentiment Naturel supérieur, plutôt que dans les arguments subtils de la Raison, qu’il faut chercher la cause de la répugnance que tout homme éprouverait à mal faire, indépendamment des maximes Kantienne.
J’ai donc trouvé un Guide dans ce dédale immense des opinions humaines. Mais ce n’est pas assez que ce Guide existe, il faut savoir le reconnaître et le suivre. S’il parle à tous les cœurs, pourquoi donc y en a-t-il si peu qui l’entendent ?
C’est qu’il nous parle la langue de la Nature, que tout nous a fait oublier et qu’il faut savoir retrouver…
Chacun se souvient des histoires de Thésée ou d’Hercule,réalisant des exploits maintes fois relatés. Mais ces voyages accomplis, souvent au péril de leur vie, n’avaient qu’un but : l’accès à la Royauté ou à la Déité, Couronnement Suprême de l’Homme accompli.
Au moment où je
frappe à la porte du Temple, j’entre de plein pied
dans une tradition
millénaire qu’est la tradition
Hermétique. Celle-ci s’exprime par le biais de
mythes, de symboles et de voyages dont le but
est de réveiller ma
Conscience et me permettre ainsi la reconquête du véritable état humain, de
l’Etre Originelque
tout homme a perdu dans la
Chute. La tradition permet de renaître à
l’état authentiquement humain, de
retrouver cette Conscience enfouie au plus profond de moi, dont l’acte d’Amour est
l’expression la plus
abouti !
Par l’Amour, le Devoir n’a plus d’exception, il n’a plus la cruauté d’une condamnation devant une exigence morale que l’on ne parvient pas à satisfaire.
« Je ne connais qu’un devoir : c’est celui d’aimer»écrivait Albert CAMUS, obligation qui se suffit à elle-même, en deçà de toute raison. Seul l’Acte d’Amour peut donner son expression ultime au Devoir sans porter atteinte à la sensibilité de celui qui l’accomplit… Ce Devoir qui m’accompagne sans cesse dans le tumulte de la Cité comme dans la solitude du désert, en santé comme en maladie, en prospérité comme en adversité.
Pour conclure, je ne résiste au plaisir de vous lire quelques versets de l’épître de Paul aux Corinthiens qui résume parfaitement ce travail :
« Je peux parler les langues des hommes et celles des anges. Mais si je n’aime pas les autres, je ne suis qu’une cloche qui résonne, une cymbale qui retentit.Je peux avoir le don de parler au nom de Dieu, je peux comprendre tous les mystères et posséder toute la connaissance. Je peux avoir une foi assez grande pour déplacer les montagnes. Mais si je n’aime pas les autres, je ne suis rien!
Je peux distribuer toutes mes richesses à ceux qui ont faim, je peux livrer mon corps au feu. Mais si je n’ai pas de cœur pour les autres, je n’y gagne rien!
L’Amour est patient, l’Amour rend service. Il n’est pas jaloux, il ne se vante pas, il ne se gonfle pas d’orgueil.
L’Amour ne fait rien de honteux. Il ne cherche pas son intérêt, il ne se met pas en colère, il ne se souvient pas du mal.
Il ne se réjouit pas de l’injustice, mais il se réjouit de la vérité.
L’Amour excuse tout, il croit tout, il espère tout, il supporte tout.
L’Amour ne disparaît jamais. »
J’ai dit Trois fois Puissant Maître…